Trump, Kim and Co : l’emblème contre le symbole

Imprimer

000_1i22wr_0.jpg

Les gros médias semblent disposer d’une inépuisable réserve de jobardises. En cette matière (grasse), ils se sont tout particulièrement distingués lors de la rencontre, hier, entre Trump et Kim Jong-Un en mettant à leurs sauces écœurantes le mot « symbole ». Or, ce coup du pub’ ne doit rien au symbole et tout à l’emblème. Les confondre, c’est mettre dans le même sac l’intelligence et la propagande.

Trump franchit-il la ligne qui sépare les deux Corée ? Symbole ! Se pose-t-il en premier président des Etats-Unis à entrer, fut-ce de quelques centimètres, en Corée du Nord ? Symbole ! Le porteur de moumoute jaune sert-il la raquette au sanguinaire poussah ? Symbole ! Les deux posent-ils leurs imposants fessiers sur des fauteuils enjambant la frontière ? Symbole ! Symbole, vous dis-je !

Pour l’un comme pour l’autre, il s’agissait de développer leur récit propagandiste à usage interne. Kim avait besoin de cette rencontre pour ancrer auprès de ses sujets l’image d’un Guide tout puissant, capable de dialoguer avec les plus grands et d’amener sur son sol le patron de la première puissance mondiale, ce que ses père et grand-père n’étaient jamais parvenus à réaliser.

Or, ni la stature ni le jeune âge de l’héritier de la dynastie Kim ne le prédisposaient, à première vue, à incarner ce rôle. Le bras-de-fer qu’il mène avec – et non pas contre – Trump a donc connu son zénith, dimanche. Aussitôt, les moyens de propagande de la dictature coréenne du Nord ont balancé ces images d’  « entente cordiale » avec une rapidité foudroyante qu’on ne leur connaissait pas. La dictature Kim sort renforcée de cette séquence car, même s’ils verrouillent leur communication à tous les étages, les tyrans ont besoin de recevoir l’adulation de leurs sujets pour conforter leur mainmise. Il n’est pas plus docile esclave que celui qui voue un culte à son maître.

Le président Trump se fiche d’avoir donné ce coup de pouce au despote de Pyongyang. Il a lui aussi atteint son objectif : créer un bruit médiatique tellement tintamaresque qu’il fait passer au second rang le lancement de la campagne présidentielle des démocrates. Il fallait soigneusement préparer le caractère « impromptu » de la rencontre, afin de créer un effet de surprise propre à enflammer l’audimat. Evidemment, les médias ont foncé tête la première dans le panneau en s’extasiant sur cette « improvisation » mûrement planifiée. Autre avantage pour Trump, il se donne les gants du pacificateur après avoir revêtu l’armure du guerrier : « Vous voyez, ma méthode paye. J’éructe des insanités contre un type et après je l’ai à ma main et on deale entre potes ». Sauf que dans le cas présent, le « pote » est le potentat le plus immonde de la planète et que c’est plutôt Kim qui a roulé Trump dans sa farine.

 Trump, Kim et la pauvre langue de l'emblème

Rien dans cette démarche relève de la symbolique. Le symbole contient en lui plusieurs significations liées les unes aux autres par des réseaux de correspondance et de relation analogiques. C’est une sorte de méta-langage. Dans la symbolique, un mot est riche de plusieurs, comme une poupée russe.

Le philosophe français Pierre Riffard donne cette définition de la symbolique : « un langage naturel, qui établit des relations non conventionnelles entre le signifiant et le signifié ».  De correspondances en correspondances, le symbole conduit celui qui le travaille à aller toujours plus avant dans sa quête de vérités qui se dérobent. Dérober dans tout les sens du verbe : se mettre à nu et rester insaisissable. C’est Baudelaire qui a le mieux illustré ce processus dans son célèbre poème tiré des « Fleurs du Mal » et intitulé, justement, « Correspondances » :

La nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles;

L'homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l'observent avec des regards familiers.

    

Comme de longs échos qui de loin se confondent

Dans une ténébreuse et profonde unité,

Vaste comme la nuit et comme la clarté,

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

 

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,

Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,

- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

 

Ayant l'expansion des choses infinies,

Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,

Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

Nous ne sommes pas seulement loin de la pauvreté des récits politicomédiatiques, nous nous en trouvons carrément aux Antipodes. Le numéro de duettistes sur la ligne coréenne relevait donc non pas du symbole mais de l’emblème qui, lui, ne porte qu’une seule signification ; tel drapeau national représente tel pays et non un autre. Le symbole est aussi foisonnant que l’emblème est sec.

 Le symbole pose chaque fois de nouvelles questions et n’induit aucune réponse définitive. C’est la marche qui fait son prix et non pas le but. Alors que l’emblème, lui, ne donne qu’une seule réponse et n’en induit pas d’autres ou alors en nombre très limité. Il recèle en lui les germes d’une forme autoritaire de langage.

Le symbole libère. L’emblème enferme. Prière de ne pas confondre. Prière aussi de ne pas prendre une scène politicienne pour un acte politique.

Jean-Noël Cuénod

Lien permanent Catégories : Politique internationale 8 commentaires

Commentaires

  • Très bien vus !

  • Encore un journaliste qui ne connaît pas le contraire de "symbolique".

    Bien sûr que cette rencontre est symbolique puisqu'elle tent à éviter une guerre.

    Son explication de la différence entre symbole et emblème est foireuse. Il suffit de comparer les définitions des deux termes. Il se prend pour l'Académie Française à lui tout seul.

    Le dirigeant nord-coréen est qualifié de "potentat le plus immonde de la planète" et "sanguinaire poussah". Traditionnelle et convenue propagande occidentale de quelqu'un qui n'a jamais mis les pieds en Corée du Nord. Et attaque haineuse contre le physique de Kim Jung-Un. Combien la Corée du Nord a-t-elle agressé d'autres pays et y a semé le chaos? Ce serait pas plutôt les présidents US qui ont du sang sur les mains eux qui ont soutenu et continuent à soutenir les pires terroristes, qui menace d'oblitérer une pays indépendant coupable de cette indépendance? Le principal crime de la Corée du Nord et de l'Iran: ne pas soumettre leur système bancaire aux yankees.

  • Le Père Noêl, rencontré une fois, existe.
    Il est un chaman.

    Il n'y en a qu'un seul, chaman, revêtant une autre apparence à chaque manifestation.

    On ne s'en rend compte qu'après rencontre.

    Cette rencontre provoque un rêve qui, représenté, signifie tout ce que perçoit le rêveur.

    Deux montagnes, un feu: aussi bien un insecte qu'une coupe avec une glace et ainsi de suite.

    Cette "vision" symbole provoque, comme écrit Jean-Noël Cuénod, une délivrance ou une "éclosion".

    Non pas une conversion mais un revirement fondamental voire une guérison.

    Parfois, Damiel, Jean-Noêl Cuénod, ne mâche pas ses mots mais, contrairement à vous, en ayant le courage et le sens de l'honneur lui donnant la force de signer ce qu'il écrit non de se camoufler...

  • Bonjour à toutes et à tous,

    Si l'on se réfère au dictionnaire Larousse les deux termes sont considérés comment étant synonymes. Néanmoins les champ des significations du mot "symbole" est plus large que celui du mot "emblème", qui est lui, sensiblement plus restreint. Donc on peut différentier les deux termes dans la portée de leur sens.
    Concernant le sujet de la rencontre Trump/Kim, Jean-Noël a raison dans son analyse, il ne s'agit aucunement d'un symbole de paix, de réconciliation, etc, etc, mais d'une parade de coqs destinée bel et bien à montrer à chacun de leurs camps respectifs que l'un est capable d'être le "mâle dominant" serrant le plus fort les "prunes" de l'autre et vice-versa. Reste-t-il à savoir lequel a tiré le plus de bénéfice de l'opération et j'aurais tendance à penser que Kim a plus de force dans ses doigt que Trump.... Pardon pour ce langage imagé.
    Quant à Kim et bien qu'incontestablement il ne soit pas responsable de guerres extraterritoriales, il est néanmoins un dictateur qui a le sang de nombre de citoyens de son pays sur ces mains (ok d'accord, sur ce point il ne détient aucune exclusivité...) et il a semé une bonne pagaille dans le monde avec ses tirs de missiles et ses gesticulations de programme d'armement nucléaire.
    Tout comment Trump, Kim fait partie du Club des Nuisibles même si pour le moment 'il y en est un petit nuisible, pas par rapport à sa taille physique, mais parce que ses sévices sont pour la plupart limités à son propre pays. Mais attention ! Petit nuisible peut devenir grand.
    Je ne suis jamais allé en Corée du Nord, mais pas besoin d'aller en Antarctique pour savoir qu'il fait très froid.

    Cordiales salutations

    l'Os

  • Disons qu entre Kim et Trump, il y a une complicité . Trump se comporte comme un voyou. Kim a acheté l assurance-vie de son pays, la Corée du Nord, avec sa folie de grandeur et avec ses armes nucléaires. Au fond qui avait menacé la Corée du Nord de la faire disparaître sauf Washington?!

  • En plus on sait tous que la Chine aide incontestablement Kim depuis toujours! Et ce n est pas aujourd hui que la Chine va larguer Kim et la Corée du Nord du moment que l autre Voyou Trump mène une guerre économique détestable et honteuse contre la Chine! Pourvu que la Corée du Nord ne devienne pas le dindon de la Farce ou l Idiote utile à date d
    obscolessence programmée comme le sont les alliés-serpillières des USA qui sont en quelque sorte des idiots utiles aux USA ( =Union Européenne inclus l Allemagne, la GB et la France, certes le Qatar d Exon Mobile le Texan et la Saoudie et même son autre gendarme Netanyahu...)

  • Trump, Kim and Co : l’emblème contre le symbole!

    Je vais vous taquiner, M. J.-N. Cuénod!

    Nous avons tous pris l habitude tordue à la française afin de ridiculiser quelqu un de haut rang comme un président d un autre pays étranger qu on voudrait faire détester (président et pays), à tort ou à raison et pays qui n est pas le nôtre et d appeler son Président par son prénom voire par son diminutif.

    Combien de fois avons-nous entendu : L armée de Bachar et non pas de la Syrie, La Russie de Vlad ou de Putin et c est parti pour Kim!! ...Aujourd hui c est Trump et Kim! Et pourquoi pas Kim et Donald sinon Trump et Jong-un .... Non?

    Dit-on sur le Président de la France, Emmanuel a fait ceci et cela, non? Bien que Pierre Gattaz, ex-Patron des Patrons en France a rassuré ses troupes il y a 2 ans et inquiéts de l arrivée de ce "jeune" nouveau Président M. Macron en leur disant avec un jeu de mots bien véridiques: Ne vous inquiétez nullement, Nous avons d ores et déjà donné le Manuel à Emmanuel!

    Bien à Vous M. Cuénod :)
    Charles 05

  • Belle plume, mais à l'encre trop acide qui déprécie le message.
    Dommage.

Les commentaires sont fermés.