Le tirage au sort en démocratie, qu’est-ce ?

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La crise des Gilets Jaunes en France remet en cause les institutions politiques. Parmi les futurs modes d’expression des citoyens, le tirage au sort est de plus en plus évoqué. Rencontre avec le politologue Gil Delannoi, auteur d’un ouvrage sur ce thème qui vient de paraître.

La crise des Gilets Jaunes en France a démontré à quel point la démocratie représentative est malade. Si le RIC – référendum d’initiative citoyenne, équivalent de notre initiative populaire – est la réforme-phare de l’actuel grand débat initié par le président Emmanuel Macron, un autre mode de représentation politique est de plus en plus évoqué, le tirage au sort. Il ne s’agit pas de remplacer l’urne par le cornet à dés mais d’envisager le recours au tirage au sort pour désigner des citoyens dans certaines instances, à côté ou avec les actuels chambres parlementaires de tous niveaux, local, régional ou national, voire dans d’autres domaines, universitaires par exemple.

En France, le politologue Gil Delannoi étudie les différents modes de tirage au sort depuis plusieurs années. Il va publier un nouvel ouvrage sur la question Le Tirage au sort – Comment l’utiliser (SciencesPo-Les Presses, collection Nouveaux Débats) qui sortira mercredi en librairie. Nous l’avons rencontré à Paris.

Les principales qualités du tirage au sort ? «Il permet une représentation précise et diversifiée de la population. Il satisfait au principe d’égalité et d’impartialité. Il ne faut pas sous-estimer la sérénité qui se dégage de ce processus de désignation puisqu’il ne nécessite aucun combat électoral coûteux et belliqueux. A côté du système de représentation par élection – et non pas à la place – il permet de dégager une autre vision de la société, ce qui peut faire émerger d’autres propositions», explique ce professeur de théorie politique à Sciences Po.  

Donner une telle place au hasard, c’est faire la part belle aux incompétents, non? «C’est un faux problème», rétorque Gil Delannoi. «Certes, personne ne veut se faire arracher une dent par un dentiste tiré au sort. Mais, en l’occurrence il s’agit d’un cas qui requiert une technicité particulière, ce qui n’a rien à voir avec la vie politique. Chacun est capable de juger moralement et politiquement selon sa propre expérience de la vie et de la société. Je vous rappelle qu’il ne faut présenter aucune compétence particulière pour briguer un siège au parlement».

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Trois types de tirage au sort et tricamérisme

Comment pratiquer le tirage au sort ? Tout commence par déterminer la taille de sa base, en fonction de ce qu’on attend de ce mode de désignation. Le professeur Delannoi voit trois options : sans qualification, avec qualification, sur candidature.

Dans le premier cas, le tirage au sort s’effectue, en règle générale, sur la base des listes électorales ; ce mode convient particulièrement aux assemblées de délibération politique locales, régionales ou nationales.

Dans le second, la base est fixée selon l’âge, la résidence, le niveau d’éducation ou alors en fonction de la réussite de certains tests, même faciles. On peut imaginer une sorte de permis de tirage équivalent à un permis de conduire afin de tester les connaissances rudimentaires en matière d’éducation civique.

Dans le troisième cas de figure, le fait de poser sa candidature de manière active est, en soi, un critère de qualification par la volonté d’engagement qu’elle démontre.

Dans son livre, Gil Delannoi détaille les principaux modes pour déterminer la base du tirage  et leur utilisation spécifique. Dans la seconde partie, il émet une série de propositions concrètes pour introduire une dose de tirage au sort dans les institutions politiques françaises, en prévoyant notamment de vastes réformes du Sénat. Parmi ses idées, citons celle visant à instaurer le tricamérisme parlementaire : à côté du Sénat et de l’Assemblée nationale, siègerait une Assemblée populaire désignée par tirage au sort ; elle serait consultative, contrairement aux deux autres. Outre le vote d’avis consultatif, elle disposerait d’un droit d’initiative en matière de législation et la possibilité de questionner le gouvernement et d’auditionner les hauts fonctionnaires. «Pour qu’elle soit vraiment représentative, tout en permettant les débats de se dérouler sans trop de difficultés, elle devrait accueillir entre 1500 et 2500 membres», ajoute le professeur.

En Europe, comme en Suisse, nos vieilles démocraties ont besoin d’un bon coup de fouet. Le tirage au sort représente-t-il une solution possible? Le débat est sur la table, et pas seulement en France.

Jean-Noël Cuénod

 

Commentaires

  • Le tirage au sort ne saurait soigner notre civilisation en son déclin.

    En reprenant le Marianne qui présente Paris poubelle, en feuilletant, un article sur l'empoisonnement de nos aliments, médicaments, couches culottes pour les touts petits… enfin l'art contemporain dans la rue… adressé à ce qui fut un peuple aujourd'hui "masses".

    De sorte qu'en fait de cancre, votre avant-dernier article. Jean-Noël Cuénod, je parlerais de cancrelats décideurs sous la houlette du néolibéralisme.


    Le mythe serait qu'il se lève un être inspiré (d'après certains scientifiques non matérialistes la conscience, qui nous survit, commanderait au cerveau) capable de faire jaillir le meilleur de l'homme: sa tension vers le haut, la force ou l'élan évolutif.

    Un être humain inspiré implacable parce que non intéressé par le pouvoir.

    La Bible parle des rares colères du Divin "lent à la colère prompt au pardon".

    L'inconscient collectif d'une partie du monde comme d'une autre met toujours en avant les valeurs spirituelles et transcendantales.

    La victoire ne revenant jamais aux fêlons iniques cupides: abjects.

  • Pourquoi créer une troisième assemblée - consultative de surcroît - alors que les deux autres peinent déjà à accomplir la tâche qui leur est attribuée.

    La France qui a par ailleurs tant de créativité doit absolument trouver une voie qui permette au peuple dans son ensemble de s’affranchir de cette démocratie représentative qui est essoufflée au profit d'un système où le compromis l'emporterait sur l'invective et la verticalité obsessionnelle des élites. La France a intrinsèquement suffisamment de ressources pour y parvenir à condition qu'elle cesse d'être sourde à ses propres angoisses qui la paralysent.

  • Voilà que la démocratie se joue en loterie......

    Jean-Noël Cuénod! Les meilleurs éléments ne sont pas ceux qui réussissent les questionnaires, car bien des personnes font un blocage sur ce type d’ »examen »! Je préfère juger quelqu’un sur l’oral, sur diverses questions et juger le candidat sur sa rapidité de répondre, l’intelligence des réponses, ses jugements sur divers projets ou problèmes, ses réaction..... Etc....

  • Nous sommes déjà en mesure de supprimer l'échelon parlementaire. La Blockchain supprime les intermédiaires. (https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mocratie_liquide)

  • Patoucha

    A propos de la rapidité de réponse une fillette passait un test écrit.

    Mieux vaut, pensa--t-elle, prendre son temps, surtout ne pas aller trop vite! faire très attention et ne pas se tromper.

    On ne lui avait préalablement donné aucune information ou recommandation.

    Le teste portait sur la rapidité d'exécution.

  • Le tirage au sort aurait au moins un mérite, indépendemment d’apporter une représentation objective du souverain, c’est de limiter l’élection des « beaux parleurs », capables de dire n’importe quoi, surtout avant les élections, pour flatter l’électorat potentiel, et qui profitent parfois les parlements pour leur propre besoin alimentaire.

  • La politique est un métier à ne pas mettre entre toutes les mains.

    Dois-je rappeler que ce n'est pas un débat mais une étude de marché avec une communication marketing des années 1970/1990 un questionnaires préfabriqué, des Maires choisis, des médias inféodés est des idiots pour aller perdre leur temps tels des dépressifs ayant besoin d'une cellule psychologique.

    Macron est le larbin de Junker, Merkel, tiens aucun n'a de gamins, bizarre? Ils se foutent de l'avenir, seule la finance et leur bien-être les intéressent.

  • Plus que des tests… fussent-ils faciles...la connaissance de la formation, l'expérience et des réalisations dans la vie d'une personne… sans oublier ses centres d'intérêt seraient souhaitables.

    Actuellement le refrain concernant les élus, à une exception près, est repris en chœur "Ils ne tiennent jamais leurs promesses"!

    L'exception concerne Emmanuel Macron qui tient les siennes.

    Sa plus récente déclaration suite au Grand Débat: "Les Français seront déçus"!

  • Je suis sidéré de voir sur youtube des reportages comme (l'oligarchie des incapables) de (sophie coignar)! Et de voir aujourd'hui cette même personne jouer les indignée face aux Gilets Jaunes, alors que dans ce reportages et d'en plusieurs autres, elle dénonce précisément et très justement "l'oligarchie qui méprise le peuple"!!!! Il semble que le gouvernement macron ratisse large en ce moment! Et que, s'ils veulent participer aux débats, les journalistes doivent épouser les dogmes de la macronie! Ce reportage est édifiant et illustre parfaitement l'indignation des petits, des sans grades!

  • Sans changement de mentalité de fond en comble de uns comme des autres, pas que des "premiers de cordée"... le tirage au sort, sans oublier le tirage à la courte paille, ne servirait à rien.

    Un exemple.

    L'actualité des Gilets Jaunes.

    De cheveux et yeux très clairs portant des noms de famille puis de femme mariée n'indiquant en rien ma part juive (père de mon enfance totalement inconnu du public) je suis bien placée, après tout ce qu'entendu à ce sujet, pour affirmer que l'antisémitisme s'exprimant librement y compris l'antisémitisme religieux... n'a rien à voir avec les attentes et les revendications des Gilets Jaunes lesquels ne sont pas en mesure d'empêcher l'infiltration des antisémites, pas nouveaux, ne datant pas de quelques trois ou quater mois... sévissant.

    Ceux qui n'apprécient pas le mouvement des Gilets Jaunes utilisent ces infiltrations pour tenter d'affaiblir ou décourager le mouvement des Gilets en "oubliant" (?) de tenir compte dans leurs propos ou écrits du fait que s'il y a de moins en moins de manifestants présents le samedi c'est d'abord aux gaz lacrymogènes puis aux coups de matraques et autres jets criminels responsables notamment d'yeux crevés qu'il faut penser.

    Antisémitisme des uns, mauvaise foi des autres.

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