15/01/2019

Le Grand Débat de Macron écrit en langue morte (VERSION ACTUALISÉE)

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Ecrite en langue morte, la « Lettre aux Français » du président Macron ne pouvait que manquer de souffle. Contrairement aux « Soufflaculs» de Nontron (photo), sous-préfecture du Périgord Vert, héros sans culotte de cette fête aussi annuelle que pétaradante[1].

Puisque nous sommes au Périgord, autrement dit la Dordogne, restons-y en ce jour où le coup d’envoi du Grrrand Débat NNNNational est donné. Certes, c’est en Normandie qu’Emmanuel Macron a lancé son remue-méninges. Mais causons Dordogne, puisque ce département est particulièrement touché par la vague des Gilets Jaunes.

Le contraire serait surprenant pour ceux qui y vivent, même temporairement : les services publics se raréfient jusqu’à extinction complète dans de larges zones ; même des bourgs importants sont en peine de médecins et surtout n’ayez pas l’étrange idée d’y subir un AVC ou un infarctus ; les écoles se ferment dans de nombreux villages, comme paupières sur les yeux d’un agonisant ; pour se rendre à la poste et au guichet de banque, il faut prendre sa voiture alourdie de taxes et empuantie de diesel.

Air connu, me chanterez-vous. Mais le pouvoir parisien ne l’entend pas, ni de cette oreille ni d’une autre d’ailleurs. Il préfère siffler sa ritournelle intitulée « On ne change pas de cap » même s’il s’agit aujourd’hui pour Jupiter de faire l’empathique. Mais jouer les humbles en escarpins devant des godasses crottées, ça ne marche pas. Ce n’est pas la fadasse missive macronienne qui va bouleverser ce triste état de fait. Dès lors, un grand rassemblement de Gilets Jaunes est prévu samedi prochain à Périgueux.

Malgré ses appels au secours, Emmanuel Macron ne devra pas compter sur l’aide des maires périgordins. Réunis en assemblée générale de leur union départementale, mercredi 9 janvier à Périgueux, ils se sont montrés « très réservés », à l’égard du vaste remue-méninges hexagonal, comme le signale le site de la radio France Bleu Périgord.

André Laignel – ancien secrétaire d’Etat socialiste, premier magistrat d’Issoudun (Indre) et vice-président de l’Association des maires de France – était l’invité de ses confrères de la Dordogne. Alors que le gouvernement tente de mobiliser les élus locaux pour mener à bien le grand débat, Laignel a renvoyé l’exécutif dans ses 22 mètres (nous sommes en terre de rugby), selon France Bleu Périgord : « C’est un débat entre les citoyens et l’Etat, les maires ne sont pas partie prenante. Bien entendu, si l’on nous demande une salle dans notre commune, nous la mettrons à disposition. Mais en aucun cas – contrairement à ce que laisse croire parfois le gouvernement – nous ne sommes associés à la préparation de ce débat. »

Le maire LR de Neuvic, François Roussel se situe sur la même longueur d’onde, dans les tons plus aigus : « C’est de l’enfumage total ! ». Même du côté macronien, on ne cache guère son désarroi. Ainsi, le maire La République En Marche du ravissant village de Saint-Crépin-de-Richemont se gratte l’occiput. Il va organiser le débat mais trouve l’exercice plutôt ardu : « Les problèmes des Gilets Jaunes, ce sont des problèmes individuels. Pour une commune, c’est difficile d’y répondre.»

Les élus locaux rendent à Emmanuel Macron la monnaie de sa pièce. Outre, qu’il a boudé le congrès des maires de France – une indélicatesse qui laisse des traces – son gouvernement n’a cessé de tondre les communes. Avec la suppression de la taxe d’habitation, il les a privées d’une importante pompe à phynances qui n’a pas été compensée par d’autres ressources ; avec celle des emplois aidés, il a mis fin à de nombreux projets sociaux dans les villages les plus pauvres. Comme les Gilets Jaunes, les maires – ces grognards de la République – se sentent méprisés par la morgue élyséenne.

Emmanuel Macron se vantait d’avoir toujours un coup d’avance sur ses adversaires. Mais c’était avant. Avant les Gilets Jaunes. Maintenant, il a systématiquement un coup de retard. Un coup de retard, lorsqu’il abandonne ses taxes sur le carburant au moment où l’insurrection jaune est passée à une contestation plus politique. Un coup de retard, avec son grand débat alors que c’est l’ensemble des institutions de la Ve République qui est aujourd’hui remis en cause, de fond en comble. Non seulement de la part des Gilets Jaunes mais aussi par les deux tiers des Français, selon un sondage Opinion Way.

Langue morte que celle de Macron, disions-nous en commençant ce papier. Langue de communicant qui ne communique plus rien.

Jean-Noël Cuénod

 

[1]Pour celles et ceux qui lèveraient le nez sur cette célébration carnavelesque, qu’ils sachent que la « Fête des Soufflaculs de Nontron » est inscrite à l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France. Elle se pratique aussi de l’autre côté de l’Hexagone, à Saint-Claude, dans le Jura français, haut-lieu des maîtres pipiers.

 

17:48 Publié dans Politique française, social | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Facebook | | |

Commentaires

On reproche tant et plus à E. Macron de se prendre pour Jupiter. Mais avec tout ce qu'on lui demande de faire, il doit amèrement regretter de ne pas l'être !...Il faut d'urgence qu'il fasse appel à Eric Antoine - le plus grand magicien de France - qui sera sûrement capable de faire apparaître les milliards nécessaires à consoler les gilets jaunes.
Au fond, en France, que le Président s'appelle Macron ou Tartempion n'a aucune importance dès le moment qu'il ne s'agit que d'en changer. Avec E. Macron, la France est au bord du gouffre ? Avec un autre président, elle fera un grand pas en avant.

Écrit par : Michel Sommer | 15/01/2019

Jean-Noël Cuenod, il me semble que vous faites erreur sur Grand Bourgtheroulde qui se trouve à 30 kms au sud de Rouen, c'est à cet endroit que vient de commencer le grand débat du sieur Macron.

Pour le Perogord c'est le deuxième jour demain c'est à dire demain.

Écrit par : NOËL Pierre | 15/01/2019

Cher Monsieur, je n'ai pas dit que c'était en Dordogne que le coup d'envoi du Grand Débat était donné. Je ne faisais que reprendre l'exemple d'un département, la Dordogne, qui est particulièrement atteint de fièvre jaune, département qu'en outre je connais assez bien. Mais je vais modifier le texte pour le rendre plus clair. Merci. Bonne soirée.

Écrit par : Jean-Noël Cuénod | 15/01/2019

Merci, c'était un de mes secteurs à champignons dans ma jeunesse.

Écrit par : NOËL Pierre | 15/01/2019

C’est bien ce que j’ai aussi compris Pierre. C’est écrit noir sur blanc dans le deuxième paragraphe.

Belle nuit:)

Écrit par : Patoucha | 15/01/2019

Enfin un nouveau slogan macronien LIBERTE/EGALITE/FLASHBALLITE!

Écrit par : Dominique Degoumois | 15/01/2019

Michel Sommer,

Comment savoir si la France avec un autre président ferait forcément un grand pas en avant?

Quid de Charybde en Scylla…?
De mal en pis?

Monsieur Cuénod a écrit ce qui est: c'est l'ensemble des institutions de la Ve République qui est remis en cause de fond en comble...

et, tenez, en écrivant cette ligne reviennent en tête les escaliers roulants du présent Conservatoire de Lausanne alors Galerie du commerce… escaliers qui ne s'arrêtaient jamais tournant en bas comme tournant en haut… il fallait ces escaliers les prendre en marche.

Colette Jean, femme de radio, disait qu'en cas de noyade il faut toucher le fond de l'eau pour donner un coup de talon qui permet de remonter… en l'occurrence sortir d'impasse

mais il faut cesser de parler d'"un" président!

Il y a des ministres

Il y a, aujourd'hui comme éteint, un Parlement

et puis il y a un peuple, il y a "le" peuple!

Un peuple en démocratie dit souverain...lesquels souverains usaient du droit de veto.

Pourquoi ne pas accorder au peuple, aux peuple, des droit de veto absolus… en commençant, par exemple, par le refus de faire la guerre…!?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 15/01/2019

J'ai écouté en partie ce début de campagne du Président. Ce n'est pas un débat, c'est une reconquête par l'image et des propos pour garder cette Europe des clans, des monarchies et de la haute finance.

Jusqu'à preuve du contraire, c'est une manipulation. Les Gilets Jaunes doivent continuer le mouvement dans la sérénité comme ils l'ont fait au départ. Les retraités doivent être sortis du mouvement en ré-indexant les retraites sur le coût de la vie.

Tant que ça n'est pas fait, je reste Gilet Jaune et soutiens le mouvement.

Écrit par : NOËL Pierre | 15/01/2019

edouard philippe qui voit que la case final n'est pas loin pour lui a déjà recasé 2 de ses plus proches collaboratrices, l'une chez orange où elle va occuper le poste de directrice DRH, son salaire qui était de seulement 100'000 euros par an chez mac'aron cie, passe quant même à près de 300'000 euros chez orange! Comme quoi elle ne va pas trop regretter la mac'aron cie! Et l'autre devient préfète, mais sans territoire, avec des occupations symboliques! C'est pas beau la vie????

Écrit par : Dominique Degoumois | 15/01/2019

D'accord avec P Noël, un enfumage de plus. Chassez le naturel...

Écrit par : simon templar | 15/01/2019

Normal que les élus rechignent. La classe politique ne peut pas être favorable à un outil qui les mets hors-jeux.
L'opposition est court-circuité par les citoyens.

Si les citoyens demandent une immigration limité, la gauche sera mal placé pour être opposée, et ceci pour toute une série de sujets.

En fait, beaucoup de ces demandes citoyennes vont dans le sens de Macron. Mais Macron devait satisfaire son aile gauche et droite.
Macron est pour une immigration choisit, préfère favoriser le travailleur plutôt que le chômeur, veut diminuer le nombre d'élus et changer les mœurs du Sénat.

Si ces tendances citoyennes se confirment, Macron aura plus de légitimités à réformer avec une opposition muselée par le résultat du débat.

La gauche va se retrouver orphelin d'un de leurs thèmes de prédilection : l'immigration. Thème qui servait de repère pour le PS entre la gauche et la droite. Il est difficile de tenir un discours impopulaire si on veut revenir au pouvoir. Ce n'est pas plus mal. La gauche doit se recentrer sur les besoins des citoyens.

Écrit par : motus | 16/01/2019

On a compris: Macron, pas joli, pas bien.

Mais vous, chers Analystes, êtes-vous bien sûr d'avoir écouté le "peuple de

France" ?

Et d'avoir compris ce qu'il dit ?

Car enfin, il lui est arrivé, au cours de sa longue histoire, de ne pas dire

que des conneries....

Écrit par : Scheitru | 16/01/2019

S'agissant de l'immigration on demande aux couples de l'Hexagone ne freiner leurs naissances afin de faire de la place aux migrants.

Les gilets jaunes, s'ils ne souhaitent pas faire du sur place, doivent désormais passer à autre chose, de pacifique, que les manifs du samedi.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 16/01/2019

Si Macron se prend pour Jupiter n'est-ce pas la version latine de la signification de son prénom: Emmanuel, soit Dieu avec nous!?

Qu'y peut-il, le pauvre...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 20/01/2019

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