04/12/2018

Gilets Jaunes et anarchisme autoritaire  

XVMcaa2383e-f703-11e8-b534-f05b86df9909-805x537.jpg

Pas une tête ne doit se lever. Si une seule dépasse, on la coupe. Et pas toujours métaphoriquement. C’est ainsi que les Gilets Jaunes qui voulaient discuter avec le gouvernement ont-ils été menacés de mort, ainsi que leurs enfants. Ils ont donc renoncé à jouer les porte-paroles. Violence dans le même camp, au nom de la pureté du mouvement.

Dès qu’une personnalité émerge, l’être collectif nommé Gilets Jaunes crie aussitôt la trahison. A partir du moment où les porte-paroles franchissent les portes de Matignon ou de l’Elysée, ils sont foutus. Les dirigeants politiques, bien plus malins qu’eux, les auront retournés et s’en serviront pour diviser le mouvement, ce qui amènera celui-ci à périr à brève échéance. La révolution n’est pas un dîner de gala, disait Mao.

De plus, tout chef est considéré, en soi, comme un ennemi. En voulant servir de fédérateur pour porter la parole du groupe, il brise aussitôt l’unité de l’être collectif. Même s’il multiplie les garanties. Cela n’a rien à voir avec sa personnalité. Le simple fait qu’un seul élément veuille représenter le tout enclenche une phase mécanique de destruction de l’être collectif. Pour s’y opposer tous les moyens sont utilisables, y compris les menaces de mort, même sur des enfants. La préservation de l’être collectif l’emporte sur toute autre considération.

C’est bien un ordre qui se construit, un ordre anarchique, certes mais un ordre tout de même qui donne… des ordres.

Tiens, à propos, qui donc les donne, ces ordres? Qui sont les Gilets Jaunes auteurs des menaces? On l’ignore, car toute Terreur, aussi petite soit-elle, a pour corollaire l’omerta. C’est pourquoi elle se révèle aussi efficace. Si le nom de ceux qui ont menacé était connu, l’affaire serait vite réglée. Mais voilà, on ne va pas donner de nom. Par peur des représailles, bien sûr. Mais pas seulement, par crainte aussi de fissurer cet être collectif que l’on a eu tant de mal à engendrer.

Cette phase d’anarchisme autoritaire, bien des épisodes insurrectionnels ou révolutionnaires l’ont connu. La Révolution française a commencé par l’universalité des droits de l’homme. La Terreur a suivi pour défendre ce principe sublime et libérateur. Et enfin, la nuit du 4 août 1789 (abolition des privilèges) a sombré dans la journée du 18 mai 1804 (Sacre de Napoléon). Même processus, avec bien sûr, les inévitables variantes, lors de la Révolution bolchévique. Il y a dans les Gilets Jaunes qui ont menacé leurs camarades, un minuscule Iagoda[1]prompt au réveil. 

 A chaque fois, les défenseurs de l’intégralité de l’être collectif s’organisent et s’emparent des instruments de la violence. Pour le bien de la collectivité, cela va de soi, et nullement par goût du pouvoir, voyons!

L’ennui avec le goût du pouvoir, c’est qu’il rend fou. L’humain reste partagé entre son affirmation comme individu et sa nécessité vitale de vivre en collectivité, ce qui rend paradoxale son action. Le fait de dominer les autres l’enivre. Il peut ainsi s’affirmer comme individu tout en bénéficiant de l’œuvre collective. C’est ce processus que veulent éviter les «menaceurs»  au sein des Gilets Jaunes. Mais en se plaçant dans cette position de Gardiens du Temple, ils se situent immanquablement au-dessus des autres et revêtent l’uniforme abhorré des chefs, même s’ils s’en défendent avec véhémence.

Pas simple l’anarchisme autoritaire! Il va falloir en sortir. Comment ? Sans doute faudra-t-il apprendre en premier lieu à se méfier de la pureté. Pureté de la révolution, pureté de la classe ouvrière, pureté de la nation, pureté de la race… Que de crimes de masse a-t-on commis en ce nom ! Edouard Herriot – vieux politicard républicain tendance tablier de sapeur – n’avait pas tort lorsqu’il expliquait : «La politique, voyez-vous, c’est comme les andouillettes, il faut que ça sente un peu la merde, mais pas trop!»

Pas très exaltant, il est vrai. Mais pour que survive et se développe ce mouvement des Gilets Jaunes – né d’une saine réaction devant un pouvoir qui a fait de l’inégalité sociale son passeport pour la mondialisation – , il ne peut pas se tenir à son actuel surplace protestataire, sous peine de s’étioler. Peut-être que l’intelligence collective des Gilets Jaunes trouvera le moyen de briser le cercle vicieux de la chefferie que nous avons décrit et fera naître de nouvelles formes d’organisation. Espérons. Mais parfois, il faut accepter de manger l’andouillette d’Herriot.

Jean-Noël Cuénod

 

 

[1]Genrikh Iagoda fut le chef du NKVD – la police politique de l’URSS – entre juillet 1934 et septembre 1936. Sur ordre de Staline, il a fait mourir des millions de personnes lors des collectivisations forcées ; il est le concepteur du Goulag.

16:55 Publié dans Politique française, social | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : gilets jaunes anarchisme autorité | |  Facebook | | |

Commentaires

On peut comprendre ce ras-le-bol des gens de se faire représenter par des d'aucuns qui n'ont de cesse de les trahir. Il n'y a qu'à voir Cohn-Bendit plastronner aujourd'hui pour se dire que cela ne vaut pas la peine de se battre pour que de tels individus prennent la première place encore 50 ans plus tard...

Écrit par : Géo | 04/12/2018

Répondre à ce commentaire

Un cohn bendit qui avait appelé à voter macron, qui avait toute sa confiance et là il dit que macron est dépassé!!!!! OUI macron est dépassé, mais macron est incapable d'écouter qui que ce soit d'autre que lui! Les casseurs sont d'extrême gauche ils sont là pour semer le chaos et macron les y encourage, là est son erreur! Après la révolution verte c'est sans doute la révolution jaune, et comme le jaune est la couleur de l'éveil de la conscience!!!! Espérons encore!!!!

Écrit par : Dominique Degoumois | 04/12/2018

Gilet jaune 1 heure par jour, lorsque ma santé le permet, je peux vous indiquer que les gilets jaunes ce n'est pas cela. Qu'il y ait des extrémistes idiots utiles ou inutiles, certes, c'est comme dans tous les mouvements de ce genre.

Je reprends une phrase sur un carrefour 'Lorsque les taxes sur les carburants dépassent celui du prix de revient du litre d'essence, ce n'est pas la voiture qu'il faut changer, mais le gouvernement"

Ce n'est pas un mouvement anarchiste, ni révolutionnaire même si certains comportements peuvent y ressembler, mais ne faites pas l’amalgame.

Pour résumer, il me semble que que nous sommes arrivés à la limite de la démocratie à la française ou à l'européenne. Le système Suisse me paraît correspondre pour remplacer un système pervers consistant à élire un beau parleur tenant des propos bourrés de promesses qu'il ne tiendra qu'en partie.

Devant un café ce jour, trois migrants accompagnés d'une gardienne, "dites travailleur social" avent portables, fringues de marque Lacoste, baskets à plus de 200€. Leurs revenus sont indexés sur le coût de la vie, alors que ce gouvernement à supprimé celle-ci pour les retraites.

Quant à l'andouillette, cher Mr Cuenod un conseil changez de charcutier, nous nous avons une andouille comme président, il sème la merde on ne peut le changer dans l'immédiat.

Écrit par : NOËL Pierre | 04/12/2018

Répondre à ce commentaire

Pour le public à part les gilets jaunes.. visiblement formés au combat il y a les casseurs

Simples quidams en quête de passe-temps ces casseurs?

A qui rendent-ils service ces casseurs

Aux gilets jaunes?
Aux commerçants dont ils démolissent les vitrines

ou… au pouvoir en place?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 04/12/2018

Répondre à ce commentaire

« Pas une tête ne doit se lever. Si une seule dépasse, on la coupe. »
N'est-ce pas là, la conséquence du grand principe de la démocratie et de sa fausse morale ?
Partout où l'homme règne et fait régner sa morale (celle qui est basée sur son intérêt), ce qui est vrai, ce qui est bon, ce qui est juste, ce qui est droit est déprécié.
Toute élévation du type humain demande un régime aristocratique. La démocratie avilit en abaissant les bons, c'est une tyrannie qui s'exerce par un mouvement de traction morale, de bas en haut ; elle fait descendre, elle empêche les meilleurs de s'élever, elle abat les têtes qui dépassent le niveau des médiocres, empêchant ainsi l'éclosion des types supérieurs, elle supprime le respect et rend les petits insolents.
Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/le-bien-et-le-mal.html
Cordialement.

Écrit par : Anwen | 05/12/2018

Répondre à ce commentaire

Macron, commentaire de Dominique Degoumois, est dépassé.

Prenons l'exemple d'un tricot.

Il y a des mailles écoulées, ensemble du social "détricoté", l'une s'appelle travail, l'autre hôpitaux dont maternités, une troisième, écoles, etc.

Quoi faite?

Il faut avec une aiguille à tricoter aller "repêcher" chaque maille l'une après l'autre... les remonter en les "retricotant" au long du tricot pour, finalement, qu'elles se retrouvent sur l'aiguille (aujourd'hui) afin de poursuivre le tricot.

Tel serait le combat loyal d'un gouvernement digne de foi luttant pour le bien-être de chacun.

Avec une question

Si, aux élections présidentielles, les classes moyennes méprisées par Macron au point qu'il dit qu'elles n'"existent pas" avaient voté pour Marine Le Pen Macron aurait-il été élu?

Écrit par : Mère Tricota | 05/12/2018

Répondre à ce commentaire

Chère mère tricota@ votre commentaire me rappelle un film génial "Les grands seigneurs" avec des dialogues d'Audiard père, (Tricot mesure à domicile) sur youtube, un sommet!

Écrit par : Dominique Degoumois | 06/12/2018

Il faut signaler que les français, ont toujours été en première ligne pour se détacher des féodaux et leurs religions. Il y a des excès, c'est évident. La greffe des croyances aux divinités, au paradis, à l'enfer et au tribunal des flagrants délires ne prend plus.

Transformer les désirs royaux en une soi-disant réalité divine dans la cafetière des gamins est terroriste.

Le bonheur des peuples, leur bien-être, la Liberté ne peuvent venir que des peuples pas des religions.

L'islam, les énarques sont avec le changement climatique les fléaux du 21 ème siècle autant que le pétrole; alors, il faut s'en débarrasser avant qu'il soit trop tard. Tout le reste n'est que du pipeau.

Écrit par : NOËL Pierre | 05/12/2018

Répondre à ce commentaire

Je viens de tomber sur youtube sur une petite vidéo un peu limite, mais on y voit attali dans ses grands jours dire entre autre qu'il avait travaillé au traité de Maastricht et qu'ils avaient très clairement tout fait pour qu'il soit impossible de sortir de l'Europe! Voilà c'est (la méthode soros) tellement adulée par la gauche! Il dit bien qu'il avait parrainé macron!!! (attali les élus n'ont plus de pouvoir!) sur youtube! A voir pour mieux comprendre la situation de macron qui n'a plus aucun pouvoir! Le gouvernement avait privatisé Gaz de France en 2008, on se demande bien pourquoi!!!! Il ne faut pas s'étonner de voir les factures de gaz et d'électricité exploser!

Écrit par : Dominique Degoumois | 06/12/2018

Répondre à ce commentaire

S'ils ont tout fait, d'après Attali, pour que les Etats concernés ne puissent pas sortir de l'Europe… il s'agit d'un engrenage qu'il leur faut refuser en sortant de l'Europe: il leur faut se désengrener

sans oublier les propos d'une ex conseillère fédérale selon laquelle comme le "peuple suisse n'acceptera jamais d'entrer dans l'Europe nous l'y ferons entrer en "biaisant"!

Déjà écrit, certes, mais on ne le redira jamais assez.

Écrit par : Mère Tricota | 06/12/2018

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.