28/09/2018

Faut-il pendre les blancs ?

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Le rappeur Nick Conrad n’était connu que par sa concierge et sa cour. Aujourd’hui, le voilà célèbre grâce à son clip à scandale intitulé « pendez les blancs ». Il a tout compris, Conrad. Pour percer dans le chaud-bise, il faut tout d’abord crever la croûte de fumier et faire le Zemmour en investissant dans le racisme bien gluant.

Petit rappel pour ceux qui viennent de débarquer de Proxima du Centaure. Le rappeur susmentionné – qui se présente en tant qu’ « artiste noir, Parisien fier et raffiné » – a commis un clip d’une petite dizaine de minutes où il met en scène le sort qu’il réserve à un blanc avec, entre autres gages de finesse, ces éloquentes paroles :  «Écartelez-les pour passer le temps, divertir les enfants noirs de tout âge petits et grands. Fouettez-les fort faites-le franchement, que ça pue la mort que ça pisse le sang!» Nous parvenons à la fine pointe du sublime avec ce doux songe : « Je rentre dans des crèches, je tue des bébés blancs, attrapez-les vite et pendez leurs parents ». Tel un chœur antique, les comparses du rappeur psalmodient : « Pendez-les tous ! Pendez-les blancs! »

Le clip – c’était son but – vérole les réseaux sociaux. Les médias installés le dénoncent, donnant ainsi un surcroît d’audience à la chose. Et puis, re-belote, les politiciens entament leur grand bal des faux-culs indignés, du ministre Collomb à Marine Le Pen, trop heureuse de condamner le racisme version noire.

Les sites concernés affirment que ce clip a été supprimé : pipeau à coulisse ! Le Plouc s’est contenté de gougueliser « pendez les blancs » pour retrouver en une seconde ce truc dans son intégralité.

Le ministre Collomb s’est empressé de saisir la justice. Le Parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour « provocation publique à la commission d’un crime ou d’un délit». La police a aussitôt interrogé Nick-le-Raffiné, « en audition libre ». Donc sans menottes, ni cellule. Au grand regret du rappeur, sans doute.

Pour sa défense, Conrad invoque l’usage du second degré. Il n’a pas voulu inciter à la haine du blanc : « Dans mon clip qui n'est que de la fiction, j'ai voulu inverser les rôles de l'homme blanc et de l'homme noir et proposer une perception différente de l'esclavage », fait-il savoir dans la médiasphère.

Que son clip ne soit « que de la fiction », c’est encore heureux. Dans le cas contraire, ce n’est pas pour « provocation publique à la commission d’un crime ou d’un délit» qu’il serait poursuivi mais pour « assassinat »!

Ensuite, voyons un peu ce second degré qui est brandi façon bouclier.

Au marché de Brive-la-Gaillarde…

Il est vrai que Georges Brassens, dans sa chanson « hécatombe » n’y est pas allé de main morte contre les malheureux gendarmes, torturés par les mégères du marché de Brive-la-Gaillarde. Sa première diffusion remonte à 1952, encore à l’époque des 78 tours. En voici quelques extraits (voir aussi la vidéo sous ce texte ) :

 

En voyant ces braves pandores
Être à deux doigts de succomber
Moi, je bichais car je les adore
Sous la forme de macchabées

(…)

Une autre fourre avec rudesse
Le crâne d'un de ses lourdauds
Entre ses gigantesques fesses
Qu'elle serre comme un étau.

(…)

Jugeant enfin que leurs victimes
Avaient eu leur content de gnons
Ces furies comme outrage ultime
En retournant à leurs oignons
Ces furies à peine si j'ose
Le dire tellement c'est bas
Leur auraient même coupé les choses
Par bonheur ils n'en avaient pas.

 

Pourtant, « Hécatombe » se situe à des années-lumière du rap de Conrad. Outre, que le racisme (la flicophobie n’est pas une expression raciste au sens strict du terme) y est absent, ce qui distingue clairement les deux textes, c’est l’humour. A écouter Brassens, on est mort, mais de rire. Soixante-six ans plus tard, sa chanson reste drôlissime. Alors qu’il serait vain de trouver la moindre trace d’humour dans « Pendez les blancs », même en cherchant bien, même en se forçant. Or, pour que le second degré fonctionne, il faut instiller au texte cette goutte d’humour qui permet de décoller le texte de sa signification immédiate. Si Nick-le-Raffiné avait vraiment voulu introduire le second degré dans son rap, ce qui reste à prouver, alors il a lamentablement échoué, faute de talent.

De même, les défenseurs du rappeur pourraient se prévaloir de cette célèbre formule rédigée par André Breton dans son « Second manifeste du surréalisme » :

L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu’on peut, dans la foule.

Certes, l’humour n’y apparaît pas dans toute son évidence. Néanmoins, en se reportant à l’époque – 1929 – où elle fut conçue, elle présentait cet écart qui sépare la signification immédiate du texte de son appréhension distanciée. Bien sûr, la Première Guerre mondiale avait provoqué son lot de massacres. Toutefois, à l’époque, il était difficilement concevable qu’un quidam surgisse au coin de la rue pour tirer au hasard.

Mais tout a changé. Sans doute André Breton n’aurait-il pas pu écrire sa phrase aujourd’hui. Désormais, les quidams n’hésitent pas à appliquer la formule surréaliste au pied de la lettre, sur des campus aux Etats-Unis, sur des terrasses de bistrot à Paris ou ailleurs. Dès lors, l’effet de distance n’existe plus. Cette absence d’écart rend difficile, voire impossible le second degré en un tel contexte.

« Je rentre dans des crèches, je tue des bébés blancs », éructe Nick Conrad… Mais c’est exactement ce que Mohamed Merah a fait à l’école juive de Toulouse au matin du 19 mars 2012 ! Où est l’écart ? Où se trouve la distance ? Où se cache l’humour ? Dans quel recoin dénicher le moindre fragment de second degré ? Indéfendable, Nick-le-Raffiné !

Loin de briser les codes du racisme blanc, il les renforce en leur donnant une forme de légitimité : « Vous voyez, tout le monde est raciste, même eux. Alors pourquoi se gêner ? »

S’il n’y avait pas eu tout ce ramdam à propos du clip, Le Plouc n’aura même pas songé à l’évoquer. Le silence est la meilleure des armes pour faire taire les imbéciles.

 Mais voilà, le silence est rigoureusement incompatible avec notre société média-mercantile. Et les réactions qui miment l’indignation relèvent avant tout du marketing politico-médiatique : il s’agit de profiter du beuze pour faire propagande de sa came électorale. Quant à l’intrusion de la justice dans cette affaire, elle ne fera que nimber le rappeur raciste de la précieuse aura du « Bad Boy ».

C’est bon pour le bizness, ça, coco !

Jean–Noël Cuénod

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26/09/2018

Etre Suisse à Paris sous Schneider-Ammann

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Le bientôt ex-conseiller fédéral Schneider-Ammann jouant de son instrument favori, le pipeau traversier...

Johann Schneider-Ammann, ministre suisse de l’Economie, a démissionné. Comme scoupe, on fait mieux. Même en Suisse, la nouvelle n’a pas renversé les Alpes. Pour le Plouc, ce n’est pas pareil. Schneider-Ammann lui avait fait passer le plus sale quart d’heure de sa vie de correspondant à Paris. Il a tiré de cette expérience un chapitre de son bouquin « Quinquennat d’un Plouc chez les Bobos » paru chez Slatkine avec une préface d’Edwy Plenel. Voici ce texte qui a également été publié le 30 novembre 2010 sur le site de la « Tribune de Genève ».

Aimez-vous l’aviron? Oui ? Alors le journalisme fédéral est fait pour vous. Car dans cette discipline – en l’occurrence ce substantif ne manque pas de substance – il faut ramer. Et même souquer ferme. Le journaliste fédéral ne doit pas rechigner à se frotter à la rude école des galériens.

Depuis son arrivée à Paris, Le Plouc avait oublié ces servitudes. En France, les ministres savent lâcher à la meute journalistique un ou deux os qui vont vous faire un bouillon médiatique, rarement consistant mais toujours parfumé. Et leurs collègues genevois les imitent à la perfection. Franchie la Versoix, les politiciens helvétiques ne vous lancent rien pour satisfaire l’appétit des lecteurs. Sinon une langue en bois brut, même pas joliment chantournée. Pas de quoi en faire un plat.

Donc, lorsque l’ambassade de Suisse a téléphoné au Plouc pour lui annoncer l’arrivée à Paris  du conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, il en est tombé de son bottacul : « Schneider qui ? Ammann quoi ? » Consternation au bout du fil.
 

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Pour les non-Suisses: voici un bottacul. Siège amovible et instable pour traire les vaches. Toute allusion à la vie politique serait malvenue.

Vite, un mensonge : « Monsieur Schneider euh Houlmann ? Non Ammann ! Oui voilà, Schneider-Ammann, mais voyons je ne connais que lui bien sûr ! C’est le … le conseiller fédéral chargé du Département de… euh, oui oui, c’est ça l'économie. »

Voilà qui commence bien. Le Plouc avait tout simplement oublié l’existence de ce conseiller fédéral. Quelle honte ! Quel mauvais Suisse ! Rattrapons notre retard grâce à Internet. Bof, on ne peut pas dire que le conseiller Schneider-Ammann déchire la Toile…

Le pire restait à venir. L’ambassade de Suisse annonce qu’après avoir rencontré la ministre française Christine Lagarde, ledit conseiller fédéral recevra la presse, dans l’annexe du ministère des Finances, sis 80 rue de Lille au cœur de l’ultrachic VIIème arrondissement qui a pour maire Rachida Dati.
Les journalistes suisses de Paris sont donc massés dans ce boudoir très Marie-Antoinette qui a dû en voir de belles. Et sous toutes les coutures. La porte s’ouvre. Christine Lagarde surgit en majesté avec son casque de cheveux immaculés et cuirassée par son tailleur argent (une ministre des Finances ne pouvait faire moins).

Suisse et France, pas le même tailleur

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«Mais où sont les éléments de langage?» La ministre s’adresse sotto voce à l’un de ses collaborateurs. Qui, le regard tendu à la recherche de ces «éléments de langage» égarés, prend un air un peu inquiet. Moins inquiet tout de même qu’un quinquagénaire lunetté à l’allure grise répondant ton sur ton à son costume et aux nuages qui plombent Paris. A l’évidence, il se demande ce que, Diable, il peut bien faire en cet antre qui sent la poussière aristocrate. Et même le soufre.

 Ce quinquagénaire marchant dans l’ombre de la ministre française de l’Economie et des Finances n’est autre que son confrère suisse, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann qui paraît bien pâle devant le bronzage éblouissant de la ministre française. Elle fait songer à la Déesse Athéna, sortie tout armée du crâne de Zeus. Lui, ressemble à un conseiller paroissial de la Reformierte Kirchgemeinde de Sumiswald. Le temps de débiter tout le bien qu’elle pense de ce cher conseiller fédéral et d’annoncer qu’elle viendra en Suisse, la ministre tourne ses talons aiguilles en laissant un sillage de Chanel numéro 5.

Nous voilà donc entre Suisses. Retour à grosses semelles vers le journalisme fédéral. Laborieusement, le conseiller Schneider-Ammann nous dit qu’il n’a, au fond, rien à nous dire. Les « éléments de langage » égarés par Christine Lagarde auraient pu lui servir. Hélas, il n’y a pas plus d’ "éléments" que de "langage" dans ce boudoir qui n'a jamais autant mérité son nom. 
La sueur commence à perler au front des journalistes. Et chacun de presser de questions ce malheureux Johann Schneider-Ammann. Comme une huitre, le conseiller fédéral se ferme. Il y a un semblant d’ouverture vers le G20. On s’y engouffre. Le Plouc a la curieuse idée de poser cette question stupide :

- La France serait-elle pour la Suisse une sorte de cheval de Troie pour entrer dans le G20 ?

Le conseiller fédéral lance un regard affolé vers Le Plouc et se tourne vers ses conseillers :

- Un quoi ? Mais ça veut dire quoi ça ?

On essaie en allemand. Sans plus de succès. Ses conseillers marmonnent. Il comprend encore moins. Une vague lueur s’allume. Et répond sur un ton réprobateur:

-  Non, non nous n’agirons jamais comme ça avec la France.

Soulagé, le conseiller fédéral a terminé sa corvée et s’esquive, laissant les journalistes à leur perplexité.

Si le cheval de Troie a bien servi aux Grecs pour emporter la place, il n’a été d’aucune utilité au Plouc dans sa chasse à courre aux « éléments de langage ».

Jean-Noël Cuénod

"Quinquennat d'un Plouc chez les Bobos", Editions Slatkine, pages 205 à 207.

16:20 Publié dans Politique française, Politique suisse | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : suisse, france, schneider-ammann | |  Facebook | | |

25/09/2018

Quand la justice déménage…

La justice a une odeur. Remugles de vieux papiers et d’anciennes sueurs de corps fatigués, parfums de cire sur les huisseries, senteurs ecclésiales des pierres taillées. La justice a aussi un toucher. Moire des robes magistrales, tissus rêches des toges d’avocat, bois poisseux des tribunes de la presse, crasse des cellules. Il en faut du talent pour évoquer ces deux sens interdits au cinéma.

Ce talent, la cinéaste Yamina Zoutat l’a illustré à la faveur de son dernier film documentaire « Retour au Palais ». De nationalité suisse et travaillant à Paris, elle a longtemps œuvré à TF1 en tant que chroniqueuse judiciaire.

 Avant que la plus grande partie du Palais de Justice de Paris déménage aux Batignolles, Yamina Zoutat est revenue sur ces lieux que hantent les traces de mémoires laissées par Marie-Antoinette, Landru, Zola, Pétain, Petiot. Dès que vous pénétrez dans cet antre de toutes les angoisses et de toutes les vanités, vous en ressentez la présence comme si les murs avaient absorbé l’encre de leurs ombres comme un papier buvard immense et usé.

Plutôt que d’invoquer ces fantômes célèbres, la cinéaste a pris le parti de donner chair aux oubliés des paparazzi. Par exemple, les bonnes soeurs qui donnent un peu d’humanité aux sordides cellules du dépôt côté femmes, ces immondes « souricières » dans lesquels les prévenus, faits comme des rats, attendent le verdict dans une angoisse à la mesure de leur inconfort. Ou alors, les éducateurs de la justice pour mineurs qui doivent réaliser des miracles à mains nues tant leurs moyens semblent dérisoires ; les techniciens chargés de veiller au bon fonctionnement des intestins de cette vieille géante. Et enfin, ces magistrats qui se posent des questions sous la chaleur de leur hermine.

Comme elle l’avait accompli dans son premier film documentaire sur les mères et femmes de détenus, « Les Lessiveuses », Yamina Zoutat opère par petites touches, en partant du détail d’apparence dérisoire et en suivant ce rythme lent qui, à aucun moment ennuie mais au contraire, fait oublier le temps par son pouvoir hypnotique, un peu comme dans un film de Kurosawa. La tortue est plus rapide que le lièvre, c’est bien connu.

La lenteur. Restons-y. Elle est le propre de la justice. Cette lenteur dont chacun se plaint dans les Etranges Lucarneset autres Boites à Babil[1]est consubstantiel à l’art de juger. On peut déclencher une guerre avec une rafale de tweets. Mais on ne juge pas une femme, un homme en appuyant sur la touche « envoi ». La lenteur est une vertu. Ce n’est pas la moindre leçon de ce « Retour au Palais ».

Jean-Noël Cuénod

 PRATIQUO-PRATIQUE

« Retour au Palais » sera projeté à Paris, Lyon, Marseille et le film sort en Suisse fin octobre. Avant-première le 26 octobre à Genève, au cinémaLe Spoutnik,avec l’ancien procureur général et juge fédéral Bernard Bertossa en compagnie de Me Nicolas Gurtner qui préside le Jeune Barreau genevois. A la fin de ce mois, ce film sera disponible en DVD.

[1]Référence et révérence au grand André Ribaud, alias Roger Fressoz, feu patron du « Canard Enchaîné » et inoubliable chroniqueur de « la Cour » au temps du Général de Gaulle et de Georges Pompidou.

ESPACE VIDEO

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18/09/2018

Moustache Academy, un spectacle au poil

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Le Plouc voue une tendresse particulière à Moustache Academy, ces trois zigotos qui rendent intelligentes les bêtises. Aussi, il leur passera le titre effroyablement franglais de leur spectacle « Back to School » que le trio présente au Théâtre des Deux Ânes (ce qui en fait donc cinq, diront les méchantes langues) mercredi 26 septembre à 15h. (Photo @StellaK).

Mathurin Meslay, Astien Bosche, Ed Wood et leur metteure en scène Julie Chaize participe à cette occasion à la première édition du Festival Désobéissant. Il y a tellement de Festivals obéissants – ne serait-ce qu’aux mécènes, aux notables ou à l’air du temps – qu’il en manquait un pour tirer la langue à cet esprit de sérieux qui rend la toile des réseaux sociaux tellement poisseuse.

On connaît la trame de ce spectacle mais on se fait un plaisir de la redessiner. Les trois « Moustaches » retombent en enfance et réaniment la vie des préaux faite de joies étincelantes, de peines éphémères, de désespoirs profonds, d’amitiés passionnées. Car on en fait porter des choses, aux petits… Entre les agendas de ministres à neuf ans (à 16 h. la danse, à 17h. l’escrime, à 18h. la chorale…), les divorces qui font mal, la pression des notes scolaires, l’interro du lendemain et les condisciples, enfer et paradis en même temps ! C’est tout cet univers que Moustache Academy évoque. C’est gai, joyeux, ça bouge, ça danse, ça chante, ça déménage. Mais pas que…

A voir et à revoir donc.

Jean-Noël Cuénod

Prochains spectacles pour la fin 2018 :

  • mercredi 26 septembre, 15h. au Théâtre des Deux Ânes, 100 boulevard de Clichy – 75018 Paris (Billetterie : 00 33 1 46 06 10 26 – 2anesresa@gmail.com);
  • mercredi 31 octobre, Salle Jean-Gabin à Royan ;
  • mardi 20 novembre, à Villiers-Lès-Nancy ;
  • Jeudi 29 et vendredi 30 novembre, au Théâtre de La Celle-Saint-Cloud ;

VIDEO A MOUSTACHES

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17/09/2018

Poésie à lire et à ouïr : PROCESSUS

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Cette sculpture en bronze de Philippe Pasqua, intitulée Face Off, est installée dans le superbe parc de Chamarande en Essonne. (Photo JNC)

A LIR

Frais pondu, un poème à lire et à ouïr comme cela vous chante.

 

Croque-mort et pain de vie

 

Le blé enterre le soleil

Deuil et noce en un seul souffle

Si tu rêves de ciel

Enfonce-toi dans la glèbe

Pénètre-la en son cœur

Dans une étreinte de flamme

 

Tu rencontreras le monstre

Et tu te reconnaîtras

L’âme-or passe par le sol

Pour tirer le feu des pierres

Le monstre alors sera l’ange

Et la racine du blé

Qui bande vers le ciel

 

Croque-mort et pain de vie

Jean-Noël Cuénod

ET A OUÏR


podcast

 

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13/09/2018

Algérie-France… Que de crimes en vos noms !

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Le président «reconnaît, au nom de la République française, que Maurice Audin a été torturé puis exécuté ou torturé à mort par des militaires qui l’avaient arrêté à son domicile». Crimes commis par quelques-uns mais rendus possibles, selon Emmanuel Macron, «par un système légalement institué». D’autres horreurs ensanglantent la mémoire de la France et de l’Algérie. La vérité est un cap lointain.

Le 11 juin 1957, Maurice Audin est arrêté à son domicile d’Alger par des militaires français qui disposent de tous les pouvoirs depuis l’instauration de la loi martiale le 8 juin de la même année. Le général Massu est le vrai patron de la ville encore française.

 La jeune épouse de Maurice, Josette, ne reverra plus son mari. Le corps du jeune homme n’a jamais été retrouvé. Son décès est déclaré par les tribunaux algérois et de la Seine en 1963 et 1966. Membre du Parti communiste algérien alors interdit, Maurice Audin est, à 25 ans, un mathématicien déjà reconnu et qui s’apprête à défendre sa thèse de doctorat. Il fait partie de la minorité de «Pieds Noirs» qui soutient les Algériens du Front de Libération Nationale dans la guerre d’indépendance. Sous la responsabilité du général Massu, la bataille d’Alger fait rage depuis six mois. La torture et les assassinats plus ou moins ciblés répondent aux attentats à la bombe perpétrés par les combattants du FLN. Comme communiste, Français proche des indépendantistes, Maurice Audin ne tarde pas à attirer l’attention des officiers.

Pendant des décennies, l’armée et les autorités politiques alignèrent les mensonges quant à la disparition du jeune mathématicien. Diverses théories ont circulé jusqu’au 8 janvier 2014 où le journaliste Jean-Charles Deniau – auteur de « La vérité sur la mort de Maurice Audin » (Editions Equateurs-Documents) – diffuse dans l’émission télévisée «Grand Soir 3» son interview du général Paul Aussaresses qu’il a enregistrée juste avant la mort de l’ancien bras droit de Massu, décès intervenu le 3 décembre 2013. Aussaresses s’y accuse d’avoir donné l’ordre de tuer Maurice Audin, au couteau, pour faire croire que l’assassinat était le fait «des Arabes» (voir et écouter l'extrait du "Grand Soir 3" en fin de texte).

C’est à ce jour l’explication la plus plausible de la mort du jeune communiste. La femme du général Aussaresses avait convaincu celui-ci de se libérer de son passé avant de mourir, en acceptant de dire tout ce qu’il savait à Jean-Charles Deniau. Compte tenu de ces circonstances, la sincérité des propos de l’officier paraît fort probable. Néanmoins, n’a-t-il pas évacué la responsabilité du général Massu, son patron direct, et celle de ses subordonnés qui auraient pu se soustraire à leur destin de tueurs tortionnaires comme le fit le général Pâris de Bollardière ? D’ailleurs au journal Le Monde, la veuve de Maurice Audin a souligné que son combat mémoriel est loin d’être terminé : «Comment mon mari a-t-il été tué ? Quels sont les noms de ses tortionnaires ? Qu’a-t-on fait de son corps ? Nous ne le savons toujours pas. Il faudrait que des gens parlent enfin». Aussaresses a dit beaucoup mais pas tout.

Maintenant, la vérité semble un peu plus à portée de main; Emmanuel Macron a annoncé l’ouverture à la libre consultation de tous les fonds d’archives de l’Etat concernant «tous les disparus de la guerre d'Algérie, Français et Algériens, civils et militaires».

Et la mémoire algérienne ?

Petit à petit, la France lève les coins du voile qui recouvrait les abominations commises en son nom par une armée qu’un pouvoir politique volontairement aveugle avait laissé à elle-même. Longtemps occultés, les massacres de masse à Sétif et à Guelma en 1945 et la répression sanglante par le préfet de police Papon de la manif pro-algérienne du 17 octobre 1961 à Paris ont été, non sans peine, mis au jour.

Mais il reste tant d’autres événements à découvrir qui ont rendu cette guerre d’Algérie encore plus sale que d’autres. Tortures et assassinats perpétrés en Algérie et France métropolitaine, mais aussi à l’étranger, à Genève et en Allemagne, n’ont finalement pas empêché la France d’abandonner l’Algérie dans les pires conditions. Tant de sang pour un tel fiasco.

Tout de même, la France est en train de faire son boulot de mémoire. C’est encore loin d’être le cas en Algérie.

Car les horreurs ne sont pas le seul fait des Français. Les combattants du FLN n’en furent pas avares. Le fait d’être du bon côté, celui du colonisé contre le colonisateur, ne saurait tout excuser. En premier lieu, l’Algérie ferait bien de se pencher sur les assassinats commis par le FLN contre ses «frères» du MNA (Mouvement National Algérien) entre 1956 et 1962, sur le massacre que son bras armé a perpétré le 5 juillet 1962 contre environ 700 Européens désarmés, sans oublier les attentats aveugles ou les assassinats ciblés, notamment contre des Juifs pour les obliger à quitter leur terre ancestrale.

Si les non-dits de la guerre ont longtemps miné la France, ceux du FLN continuent à pourrir l’Algérie. «Un pays qui oublie son passé est condamné à la revivre», disait Churchill. Les années de plomb que l’Algérie a connues durant la décennie 1990 ainsi que la persistance du djihadisme illustrent de façon éclatante la véracité de cette formule.

Jean-Noël Cuénod

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10/09/2018

Nostalgie… Mon pote le Gitan s’est taillé

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Les Gitans ne font plus rêver. Les lendemains ne chantent plus. Ils déchantent à tue-tête. De nos jours, qui siffle encore des chansons dans les rues ? Peut-être quelques vieux dont le grand âge n’as pas encore gercé les lèvres. Il faut faire avec nos paradis perdus. Ou plutôt, il faut vivre sans. Mais pas sans rêve. Impossible de vivre sans.

« Mon pote le Gitan » s’est taillé. Ne reviendra plus. Sa roulotte a brûlé quelque part avec ses affaires, selon la tradition mortuaire des nomades. D’ailleurs, il n’y a plus de Gitans, ni de Tsiganes. Gitans, Tsiganes… Mots qui vous tiraient par la manche pour vivre sur les routes, de rien, de pas grand’chose, de pommes volées à un paysan à la fourche furieuse, de l’air du temps. Gitanes, tsiganes… mots qui vous faisaient valser au rythme des longues jupes multicolores qui laissaient apparaître, en un mélodieux mouvement d’éclair, une cheville superbe et fangeuse.

Non, il n’y pas plus de Gitans, plus de Tsiganes mais des Roms. Pensez donc, des Roms, aucun gadjé n’aurait l’idée de les mettre en songe ou en chanson. On les méprise, les Roms. On ne leur trouve aucun charme, aux Roms. C’est simple, on ne les voit plus. Invisibles silhouettes qui tendent une main dans le vide. Gitane… on en faisait même des marques de cigarette et de vélo. Tiens, celui de Jacques Anquetil, par exemple, le coureur à la socquette légère et au maillot solaire. Imagineriez-vous une moto ou une vaporette appelée «Rom» ou «Romette» ? 

Nostalgie sans issue

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Jadis, les lendemains chantaient sur les murs, sur les manchettes de l’Huma.Belles chansons emportées dans les égouts du Goulag. Remarquez, on se doutait bien que tout n’était pas blanc-bleu dans la rouge patrie du socialisme. Mais on chassait fissa ces déplaisantes bouffées qui vous piquaient les yeux. On préférait se réfugier dans une Union soviétique reconstruite par nos soins, village Potemkine à Aubervilliers ou Ivry. Quand la vie était injuste, quand le patron vous en faisant voir de toutes les couleurs, quand les flics cognaient fort, ça faisait chaud de se calfeutrer dans ce Moscou inventé. Ça nous redonnait du cœur au ventre. Prêts à repartir pour la lutte avec les copains, enchantés que nous fûmes par nos lendemains. Maintenant pour quoi, pour qui lutter ? La Révolution ? On a déjà donné, merci.

Nous voilà donc orphelins de nos rêves. La tête embuée de jeux crétins pour smartphone surmené, mélangeant le faux et le vrai, « prenant des chiens pour des loups »[1], perdant chaque jour un peu plus de notre substance humaine.

Si les rêves nous ont guidés vers les pires folies guerrières, ils nous ont aussi porté au sommet de la création. Ils nous ont induits au pire. Et au meilleur. Mais sans rêve l’humain ne l’est plus, humain. Il se mue en zombie et abdique en faveur du dieu Algorithme qui lui façonne un monde à sa mesure, sans rêve, avec confort. Jusqu’à ce que, devenu une bouche inutile, le zombie se dilue dans son néant.

Il faut sauver les rêves, s’en bâtir de nouveaux. En prenant conscience, afin de ne plus en être la dupe, qu’ils ne sont que des espaces virtuels où la pensée peut y recevoir de nouvelles inspirations pour rendre vivable la vie. Des rêves pour partir à la recherche de la vérité. En sachant surtout que l’on peut s’en approcher mais sans jamais la détenir. Ceux qui s’en disent les propriétaires nous conduisent vers l’envers du rêve, le cauchemar. On connaît l’histoire.

 L’humain ne vit que par le récit qu’il se fait de la vie. Même la science est un récit. Plus élaboré que d’autres. Mais un récit tout de même, changeant comme les autres. Et le rêve est le système sanguin du récit. Sans rêve point de récit.

Mon pote le Gitan est mort depuis longtemps. Les lendemains ont regagné leur passé. A l’humain de s’efforcer, au risque de s’anéantir dans le dérisoire, d’être le maître de ses rêves.

Jean-Noël Cuénod

[1] Formule inversée du poème d’Aragon « Est-ce ainsi que les hommes vivent » :

(Extraits) C'était un temps déraisonnable

On avait mis les morts à table

On faisait des châteaux de sable

On prenait les loups pour des chiens

Tout changeait de pôle et d'épaule

VIDEO "Mon Pote le Gitan" chanté par Yves MontandNOSTALGIE EN VIDEO "Mon Pote le Gitan" chanté par Yves Montand (paroles de Jacques Verrières sur une musique de Marc Heyral)

 

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07/09/2018

Le Japon secret désormais à portée de langue

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Pour la première fois, le monument de l’ésotérisme japonais est disponible en français. LE SHINGON–MIKKYO traite de façon complète l’histoire, les doctrines, les pratiques de l’école Shingon et de son enseignement secret, Mikkyo. Il vient de paraître aux Editions Slatkine dans la collection Les Architectes de la Sagesse.

L’ésotérisme du bouddhisme japonais est un inestimable trésor de la pensée universelle par la profondeur de sa sagesse, la précision de ses rituels, les subtilités de son argumentation. Et par sa haute dimension spirituelle, il dépasse largement l’aire culturelle du Japon, ainsi que celle des différentes écoles du bouddhisme en général, pour atteindre tous les esprits.

Cette forme d’ésotérisme a donc pour ouvrage-clé LE SHINGON-MIKKYO. La particularité de la discipline qu’il enseigne est de permettre à l’adepte de retrouver le germe d’éternité qui est en lui à l’état latent, non pas au bout d’une longue série de réincarnations mais dans cette vie-même, grâce à la méditation sur la doctrine et aux exercices pratiques qu’elle suggère.

Jusque dans les années 1970, cet enseignement n’était transmis qu’oralement de maître à élève. Grâce au professeur et moine Shingon Taiko Yamasaki, il a fait l’objet de publications sous forme écrite en 1974 et 1981, tout d’abord en japonais puis en anglais. Mais il n’était pas accessible dans d’autres langues, du moins jusqu’à aujourd’hui. Les lecteurs des pays francophones pourront désormais prendre connaissance de cet ouvrage fondamental

LE SHINGON-MIKKYO a été traduit de l’anglais par Charles Stampfli qui l’a également adapté pour se conformer aux exigences de la langue française et aux spécificités du lectorat francophone qui connaît peu l’ésotérisme japonais. Depuis de longues années, Charles Stampfli n’a cessé d’approfondir ses connaissances dans ce domaine, lui permettant ainsi de mener à bien son travail non seulement de traduction, mais aussi d’adaptation sans trahir la source en aucune façon. Initiateur du Kyudo[1]en Suisse dès 1973, Charles Stampfli a construit avec l’aide de son groupe le superbe Kyu-dojo, Mei-Kyu-Kan (lumineux-arc-bâtiment public) situé à Plan-les-Ouates, près de Genève.

A lire donc, et à méditer.

Jean-Noël Cuénod

Directeur de la collection Les Architectes de la Sagesse.  Editions Slatkine.

 LE SHINGON-MIKKYO est disponible en librairie ou sur le site des Editions Slatkine avec ce lien

https://www.slatkine.com/fr/slatkine-reprints-erudition/7...

[1]Art martial dédié au tir à l’arc mais qui vise aussi une autre cible : le dépouillement intérieur.

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