13/09/2018

Algérie-France… Que de crimes en vos noms !

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Le président «reconnaît, au nom de la République française, que Maurice Audin a été torturé puis exécuté ou torturé à mort par des militaires qui l’avaient arrêté à son domicile». Crimes commis par quelques-uns mais rendus possibles, selon Emmanuel Macron, «par un système légalement institué». D’autres horreurs ensanglantent la mémoire de la France et de l’Algérie. La vérité est un cap lointain.

Le 11 juin 1957, Maurice Audin est arrêté à son domicile d’Alger par des militaires français qui disposent de tous les pouvoirs depuis l’instauration de la loi martiale le 8 juin de la même année. Le général Massu est le vrai patron de la ville encore française.

 La jeune épouse de Maurice, Josette, ne reverra plus son mari. Le corps du jeune homme n’a jamais été retrouvé. Son décès est déclaré par les tribunaux algérois et de la Seine en 1963 et 1966. Membre du Parti communiste algérien alors interdit, Maurice Audin est, à 25 ans, un mathématicien déjà reconnu et qui s’apprête à défendre sa thèse de doctorat. Il fait partie de la minorité de «Pieds Noirs» qui soutient les Algériens du Front de Libération Nationale dans la guerre d’indépendance. Sous la responsabilité du général Massu, la bataille d’Alger fait rage depuis six mois. La torture et les assassinats plus ou moins ciblés répondent aux attentats à la bombe perpétrés par les combattants du FLN. Comme communiste, Français proche des indépendantistes, Maurice Audin ne tarde pas à attirer l’attention des officiers.

Pendant des décennies, l’armée et les autorités politiques alignèrent les mensonges quant à la disparition du jeune mathématicien. Diverses théories ont circulé jusqu’au 8 janvier 2014 où le journaliste Jean-Charles Deniau – auteur de « La vérité sur la mort de Maurice Audin » (Editions Equateurs-Documents) – diffuse dans l’émission télévisée «Grand Soir 3» son interview du général Paul Aussaresses qu’il a enregistrée juste avant la mort de l’ancien bras droit de Massu, décès intervenu le 3 décembre 2013. Aussaresses s’y accuse d’avoir donné l’ordre de tuer Maurice Audin, au couteau, pour faire croire que l’assassinat était le fait «des Arabes» (voir et écouter l'extrait du "Grand Soir 3" en fin de texte).

C’est à ce jour l’explication la plus plausible de la mort du jeune communiste. La femme du général Aussaresses avait convaincu celui-ci de se libérer de son passé avant de mourir, en acceptant de dire tout ce qu’il savait à Jean-Charles Deniau. Compte tenu de ces circonstances, la sincérité des propos de l’officier paraît fort probable. Néanmoins, n’a-t-il pas évacué la responsabilité du général Massu, son patron direct, et celle de ses subordonnés qui auraient pu se soustraire à leur destin de tueurs tortionnaires comme le fit le général Pâris de Bollardière ? D’ailleurs au journal Le Monde, la veuve de Maurice Audin a souligné que son combat mémoriel est loin d’être terminé : «Comment mon mari a-t-il été tué ? Quels sont les noms de ses tortionnaires ? Qu’a-t-on fait de son corps ? Nous ne le savons toujours pas. Il faudrait que des gens parlent enfin». Aussaresses a dit beaucoup mais pas tout.

Maintenant, la vérité semble un peu plus à portée de main; Emmanuel Macron a annoncé l’ouverture à la libre consultation de tous les fonds d’archives de l’Etat concernant «tous les disparus de la guerre d'Algérie, Français et Algériens, civils et militaires».

Et la mémoire algérienne ?

Petit à petit, la France lève les coins du voile qui recouvrait les abominations commises en son nom par une armée qu’un pouvoir politique volontairement aveugle avait laissé à elle-même. Longtemps occultés, les massacres de masse à Sétif et à Guelma en 1945 et la répression sanglante par le préfet de police Papon de la manif pro-algérienne du 17 octobre 1961 à Paris ont été, non sans peine, mis au jour.

Mais il reste tant d’autres événements à découvrir qui ont rendu cette guerre d’Algérie encore plus sale que d’autres. Tortures et assassinats perpétrés en Algérie et France métropolitaine, mais aussi à l’étranger, à Genève et en Allemagne, n’ont finalement pas empêché la France d’abandonner l’Algérie dans les pires conditions. Tant de sang pour un tel fiasco.

Tout de même, la France est en train de faire son boulot de mémoire. C’est encore loin d’être le cas en Algérie.

Car les horreurs ne sont pas le seul fait des Français. Les combattants du FLN n’en furent pas avares. Le fait d’être du bon côté, celui du colonisé contre le colonisateur, ne saurait tout excuser. En premier lieu, l’Algérie ferait bien de se pencher sur les assassinats commis par le FLN contre ses «frères» du MNA (Mouvement National Algérien) entre 1956 et 1962, sur le massacre que son bras armé a perpétré le 5 juillet 1962 contre environ 700 Européens désarmés, sans oublier les attentats aveugles ou les assassinats ciblés, notamment contre des Juifs pour les obliger à quitter leur terre ancestrale.

Si les non-dits de la guerre ont longtemps miné la France, ceux du FLN continuent à pourrir l’Algérie. «Un pays qui oublie son passé est condamné à la revivre», disait Churchill. Les années de plomb que l’Algérie a connues durant la décennie 1990 ainsi que la persistance du djihadisme illustrent de façon éclatante la véracité de cette formule.

Jean-Noël Cuénod

18:13 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Facebook | | |

Commentaires

La reconnaissance est plus facile à faire lorsque les responsables ne sont plus là.

De plus la reconnaissance, le pardon, c'est un truc d'occidentaux probablement lié à la culture chrétienne. Ainsi que c'est difficile pour le Japon de reconnaître ses torts. L'esclavage arabe, un sujet tabou.

Bref, l'Algérie comme d'autres pays ne reconnaîtront probablement jamais rien de leur Histoire, et c'est ainsi que les haines ne disparaissent pas.

Écrit par : motus | 13/09/2018

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L'Algérie a l'excuse de la souffrance endurée. Pas la France.
Certains Algériens ont un discours très critique sur leur passé.
Et pour la France, il n'y a pas que l'Algérie...

Écrit par : Daniel | 13/09/2018

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La torture en Algérie (gégène) comme (1946) à Madagascar, des êtres vivants abandonnés aux bons soins de l'armée française "bombes vivantes" jetés par des avions

France d'alors très gracieuse fille aînée de l'Eglise catholique aux aumôniers militaires à tous les carrefours…

Plus de torture nulle part, aujourd'hui?

Aucun commerce des armes?

Objecteurs de conscience plus présents et actifs que jamais?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 13/09/2018

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Un tout petit président fossoyeur de son pays que les Français devraient démissionner! Il est indigne de représenter la France!

Écrit par : Patoucha | 13/09/2018

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Ces redresseurs de tord qui n'ont jamais connu ne serait ce que le vent d'une balle de fusil ça me débecte.

Écrit par : norbert maendly | 13/09/2018

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Le paltoquet ne doit même pas savoir ce qu’est un fellaga ni n’avoir jamais lu sur Le guerre d’algerie?! Combien de civiles français juifs et chretiens ont été assassinés qu’on nous enquiquine avec un activiste communiste qu’on pourrait confondre avec ceux d’aujourdHui.......

Écrit par : Patoucha | 14/09/2018

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"L'Algérie a l'excuse de la souffrance endurée. Pas la France." Les Français qui ont du fuir l'Algérie pour ne pas être massacrés comme les 700 mentionnés dans le billet étaient un million, sans aide ni soutien une fois arrivés en France. Les harkis, eux, de Gaulle n'en a pas voulu : 100'000 Algériens égorgés sans autre forme de procès. Les femmes algériennes, qui ont lutté avec les hommes, se sont faites rouler par ceux-ci et renvoyées dans leur foyers et dans l'asservissement que leur offre la société musulmane : elles se sont suicidées en masse, et personne n'en a jamais parlé. Je l'ai appris sur place en 1972.
Votre tiers-mondisme date des années 70, Daniel. Il faut affiner vos analyses...

Écrit par : Géo | 14/09/2018

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Vous avez bien corrigé: .... sur la guerre.... Merci!:)

Écrit par : Patoucha | 14/09/2018

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Disons qu’il ne se sont pas faits de cadeaux ni d’un côté ni de l’autre! Il faut avoir lu, vu des documentaires sur cette guerre et entendu ceux qui se sont sauvés , tout abandonné, pour sauver leur peau! Des enfants du pays devenus étrangers dans leurs propres pays.... - comme en 39/40 - j’inclus la Tunisie!

Je passais.....

Écrit par : Patoucha | 14/09/2018

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Disons qu’il ne se sont pas faits de cadeaux ni d’un côté ni de l’autre! Il faut avoir lu, vu des documentaires sur cette guerre et entendu ceux qui se sont sauvés , tout abandonné, pour sauver leur peau! Des enfants du pays devenus étrangers dans leurs propres pays.... - comme en 39/40 - j’inclus la Tunisie!

Je passais.....

Écrit par : Patoucha | 14/09/2018

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Si on ne parle pas des horreurs d'hier, lit-on, elles recommenceront demain nous pose juste le problème que parlant d'hier on ne parle pas d'aujourd'hui ou que si, on en parle, juste l'exposé tout "en décourageant", en présentant vite un autre thème ou sujet de divertissement, l'"entrée en de vrais débats" qui ouvriraient l'accès à l'acte après la parole

tant qu'il en est encore temps.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 14/09/2018

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"Je l'ai appris sur place en 1972."
Tiens donc! Et vous étiez-vous exactement en 1972?
Il y a aussi un millions d'Algériens qui ont fait un autre "voyage".
Les Français qui ont aidés les Algériens n'ont pas eu de problèmes.
Je doute que vous ayiez rencontré le Docteur Pierre Chaulet...
N'étiez-vous pas (encore) maoiste en 1972?

Écrit par : Daniel | 14/09/2018

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Il y a beaucoup de choses qu on aime pas chez Jupiter.

Néanmoins, chapeau pour son geste avec une certaine mea culpa de la France à l époque à l égard de M. Maurice Audin et de sa famille, après 60 ans de sa mort par l armée française. M. Macron n a tenu compte ni de sa religion (juif, musulman, chrétien, athée, boudhiste....(on s en fiche) ni de ses idées politiques ...(on s en tape...) ni qu il était contre ou pour la guerre de l Algérie et ses rouages (rien à cirer dans le contexte de Maurice Audin).

Cracher du feu sur ce geste de Macron est amoral.


Bien à Vous et Merci à M. J.-N. Cuénod,
Charles 05

Écrit par : Charles 05 | 15/09/2018

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