10/09/2018

Nostalgie… Mon pote le Gitan s’est taillé

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Les Gitans ne font plus rêver. Les lendemains ne chantent plus. Ils déchantent à tue-tête. De nos jours, qui siffle encore des chansons dans les rues ? Peut-être quelques vieux dont le grand âge n’as pas encore gercé les lèvres. Il faut faire avec nos paradis perdus. Ou plutôt, il faut vivre sans. Mais pas sans rêve. Impossible de vivre sans.

« Mon pote le Gitan » s’est taillé. Ne reviendra plus. Sa roulotte a brûlé quelque part avec ses affaires, selon la tradition mortuaire des nomades. D’ailleurs, il n’y a plus de Gitans, ni de Tsiganes. Gitans, Tsiganes… Mots qui vous tiraient par la manche pour vivre sur les routes, de rien, de pas grand’chose, de pommes volées à un paysan à la fourche furieuse, de l’air du temps. Gitanes, tsiganes… mots qui vous faisaient valser au rythme des longues jupes multicolores qui laissaient apparaître, en un mélodieux mouvement d’éclair, une cheville superbe et fangeuse.

Non, il n’y pas plus de Gitans, plus de Tsiganes mais des Roms. Pensez donc, des Roms, aucun gadjé n’aurait l’idée de les mettre en songe ou en chanson. On les méprise, les Roms. On ne leur trouve aucun charme, aux Roms. C’est simple, on ne les voit plus. Invisibles silhouettes qui tendent une main dans le vide. Gitane… on en faisait même des marques de cigarette et de vélo. Tiens, celui de Jacques Anquetil, par exemple, le coureur à la socquette légère et au maillot solaire. Imagineriez-vous une moto ou une vaporette appelée «Rom» ou «Romette» ? 

Nostalgie sans issue

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Jadis, les lendemains chantaient sur les murs, sur les manchettes de l’Huma.Belles chansons emportées dans les égouts du Goulag. Remarquez, on se doutait bien que tout n’était pas blanc-bleu dans la rouge patrie du socialisme. Mais on chassait fissa ces déplaisantes bouffées qui vous piquaient les yeux. On préférait se réfugier dans une Union soviétique reconstruite par nos soins, village Potemkine à Aubervilliers ou Ivry. Quand la vie était injuste, quand le patron vous en faisant voir de toutes les couleurs, quand les flics cognaient fort, ça faisait chaud de se calfeutrer dans ce Moscou inventé. Ça nous redonnait du cœur au ventre. Prêts à repartir pour la lutte avec les copains, enchantés que nous fûmes par nos lendemains. Maintenant pour quoi, pour qui lutter ? La Révolution ? On a déjà donné, merci.

Nous voilà donc orphelins de nos rêves. La tête embuée de jeux crétins pour smartphone surmené, mélangeant le faux et le vrai, « prenant des chiens pour des loups »[1], perdant chaque jour un peu plus de notre substance humaine.

Si les rêves nous ont guidés vers les pires folies guerrières, ils nous ont aussi porté au sommet de la création. Ils nous ont induits au pire. Et au meilleur. Mais sans rêve l’humain ne l’est plus, humain. Il se mue en zombie et abdique en faveur du dieu Algorithme qui lui façonne un monde à sa mesure, sans rêve, avec confort. Jusqu’à ce que, devenu une bouche inutile, le zombie se dilue dans son néant.

Il faut sauver les rêves, s’en bâtir de nouveaux. En prenant conscience, afin de ne plus en être la dupe, qu’ils ne sont que des espaces virtuels où la pensée peut y recevoir de nouvelles inspirations pour rendre vivable la vie. Des rêves pour partir à la recherche de la vérité. En sachant surtout que l’on peut s’en approcher mais sans jamais la détenir. Ceux qui s’en disent les propriétaires nous conduisent vers l’envers du rêve, le cauchemar. On connaît l’histoire.

 L’humain ne vit que par le récit qu’il se fait de la vie. Même la science est un récit. Plus élaboré que d’autres. Mais un récit tout de même, changeant comme les autres. Et le rêve est le système sanguin du récit. Sans rêve point de récit.

Mon pote le Gitan est mort depuis longtemps. Les lendemains ont regagné leur passé. A l’humain de s’efforcer, au risque de s’anéantir dans le dérisoire, d’être le maître de ses rêves.

Jean-Noël Cuénod

[1] Formule inversée du poème d’Aragon « Est-ce ainsi que les hommes vivent » :

(Extraits) C'était un temps déraisonnable

On avait mis les morts à table

On faisait des châteaux de sable

On prenait les loups pour des chiens

Tout changeait de pôle et d'épaule

VIDEO "Mon Pote le Gitan" chanté par Yves MontandNOSTALGIE EN VIDEO "Mon Pote le Gitan" chanté par Yves Montand (paroles de Jacques Verrières sur une musique de Marc Heyral)

 

15:10 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Facebook | | |

Commentaires

Je ne suis pas aussi pessimiste que vous. L'humain a besoin d'humanité. Les villes ont grandit non dans l'humanité, mais dans le souci de bien circuler. Il y a à réinventer les villes pour redonner des lieux de vie.
Lorsque l'humain aura cessez de penser à des idéologies, il regardera autour de lui et se dira peut-être qu'au lieu de croire à un paradis idéologique, ce serait mieux de le construire dans la réalité.

La ville doit être la première étape du changement en y associant la psychologie humaine à chaque développement urbanistique, pour ne plus être comme un rat de laboratoire. Le diktat des projets sans humanité des architectes doit cesser. L'urbanisme doit être fait pour l'humain pas pour la gloriole.

Et qui sait, on réapprendra à chantonner!

Écrit par : motus | 10/09/2018

La citation est inachevée ; pour retrouver le poème dans les œuvres d’Aragon il faut chercher « Bierstube, magie allemande « 

Écrit par : Daniel AMIGUET | 10/09/2018

Heureusement que la vie fait toujours rêver, c'est mieux que les religions et le gitan. L'avenir appartient aux jeunes pas aux vieux.

Le rêve éveillé et la force de la volonté font la fureur de vivre, pas de mourir. Il faut y penser très fort.

Écrit par : Charle 06 | 10/09/2018

Superbes! à regarder de trop haut


LE GITAN… celui que tu ne connais pas...


Daniel Guichard

Écrit par : Myriam Belakovsky | 10/09/2018

A regarder de trop haut on ne voit plus...

"ce gitan que tu ne connais pas…!" (D. Guichard)

Écrit par : Myriam Belakovsky | 10/09/2018

Charles O6

"Mieux que les religions(…)"

"Leçon-perle" (Evangiles traduits par Chouraqui) que l'Evangile qui par ses étranges contradictions nous met en garde afin que nous puissions rêver sans forcément désenchanter l'heure qui suit: comment Jésus peut-il dire à Pierre qu'il est un pêcheur de poissons et que lui, Jésus, le fera pêcheur d'hommes? Quand le poisson mord, bonne affaire pour qui? et l'homme converti non par le souffle de l'Esprit mais par celui de certains onéreux maîtres gourous, ou autres?

Comment Jésus peut-il à la fois enseigner qu'il faut honorer son père et sa mère tout en imposant à ses adeptes de renier leurs parents?

Sans les vieux, Charles O6, pas de jeunes!

Il y a des jeunes raides et/mais des vieux souples!

Souplesse, tel le roseau, non synonyme de soumission.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 11/09/2018

Nostalgie du passé? Gens du voyage comme il faut dire en France aujourd'hui sous peine de se faire traiter de raciste par des détraqués.

"Tout passe, tout casse le joint le cul lasse" (Noir Désir)

Écrit par : NOËL Pierre | 11/09/2018

@Mme Myriam Belakovsky,

Vous dites sans les vieux il n y a pas de jeunes! En Afrique, quand un "vieux" meurt, ils disent que c est une bibliothèque qui a brûlé...

Au sujet factuel de cette page de M. J.-N. Cuénod sur les Gitans, je me rappelle de cette citation de Carole Martinez dans le coeur cousu/2007:

" C'est nous, les Gitans, qui faisons tourner la terre en marchant. Voilà pourquoi nous avançons sans jamais nous arrêter plus de temps qu'il ne le faut".

Bien à Vous.
Charles 05

Carole MartinezLe Coeur cousu (2007) de Carole Martinez

Écrit par : Charles 05 | 12/09/2018

Charles O5

Les vieux ne sont-ils pas d'anciens jeunes?

En Inde en temps les plus reculés écoeurés par le système social des gens s'en furent ailleurs ancêtres… des gens du voyage

un point d'honneur: le vol
les préjugés ne sont donc pas toujours tous infondés mais ces marcheurs, musiciens, danseurs, bricoleurs comme montreurs d'ours étaient extrêmement ouverts aux mœurs et coutumes... et croyances... rencontrés sur leurs chemins


suggestion "voilée" concernant certain islam dit non modéré

Écrit par : Myriam Belakovsky | 12/09/2018

"Au sujet factuel de cette page..."

LOL! M'enfin M. Cuénod! :)))))))))))

Écrit par : Patoucha | 12/09/2018

Il y a un très joli proverbe espagnol qui dit :"Ce n'est pas la destination mais la route qui compte.""

Bien à Vous.
Charles 05

Écrit par : Charles 05 | 12/09/2018

Espèces humaines disparues apparaît sur l'écran… en fin de chanson… bienvenue au transhumanisme?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 13/09/2018

"Au sujet factuel de cette page..."

LOL! M'enfin M. Cuénod! :)))))))))))

Écrit par : Patoucha | 12/09/2018

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A écrit M. Patoucha et il croit que je vais m abaisser à répliquer.
Don t feed the troll!

Écrit par : Charles 05 | 13/09/2018

Les commentaires sont fermés.