08/06/2018

« La nation contre le nationalisme »

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Voilà un bouquin à emporter dans vos bagages pour bronzer utile : La nation contre le nationalisme, écrit par le professeur Gil Delannoi et publié au PUF. Il balaye toutes les idées reçues qui encombrent le concept de nation et la rendent si confuse. En résumé, malgré la globalisation, la nation n’est pas devenue obsolète. De même, elle ne saurait être considérée comme néfaste a priori.

Le politologue français rappelle les distinctions établies par la Grèce antique : « demos » – le peuple en tant qu’acteur politique – « genos » – notion biologique qui se rapporte à la filiation – « ethnos » – qui est de nature culturelle avec le partage d’une langue commune[1], d’usages, de mythes. C’est cette dernière qui se rapproche le plus de la nation au sens moderne du terme.

Qu’est-ce qu’une nation ? Brève question, vaste réponse. Delannoi s’inspire de Renan pour  définir quatre modèles fondamentaux d’organisation  (formes Tribus, Cité, Empire, Nation).  Certaines Tribus, par la division du travail se sont muées en Cités. Et quelques Cités, en en conquérant d’autres, sont devenues des Empires. Renan situe ainsi la Nation dans ce processus : une Nation est une entité politique et culturelle qui succède à la tribu, la cité et l’empire sans toutefois les supprimer. La forme Nation comme forme politique s’est forgée en Europe par opposition à tout empire unificateur continental.

Gil Delannoi s’attaque au préjugé qui associe la Nation aux conceptions raciales ou ethniques : La Nation politique prévaut sur la Nation culturelle qui elle-même prévaut sur la nation ethnique. La Nation ne convient pas aux conceptions raciales. La fixité ethnique est mieux assurée par les autres formes politiques, Tribu, Cité ou Empire. En comparaison, la Nation est un espace plus abstrait, clos pour instaurer la liberté politique et la solidarité sociale.

Le nazisme contre la Nation

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Les pensées contemporaines sautent comme des moutons en troupeau de la Nation au nationalisme, puis au nazisme, présenté comme l’expression extrême du nationalisme. Erreur fondamentale selon le professeur Delannoi : le nazisme s’oppose à la conception démocratique d’une Nation d’égaux et lui substitue une conception organique d’un corps social biologique qui n’est pas plus national que tribal mais racial (…) la doctrine nazie des races ne pouvait s’accomplir que dans un empire pyramidal qui interdit toute coexistence de nations égales en droit.         

Quant au nationalisme proprement dit, il s’agit avant tout d’un véhicule ; Mussolini était un nationaliste certes, mais Gandhi aussi : Les nationalismes belliqueux sont ceux des dictatures et des régimes autoritaires. L’inverse se vérifie tout autant. Les Nations démocratiques ne se font pas la guerre[2]. La variable décisive n’est donc pas la Nation mais la présence ou l’absence de démocratie, comme régime et comme société.

La Nation née des acquis positifs de la Révolution française reste pour l’instant le seul terreau qui permet le respect des droits humains, le fonctionnement démocratique et cet ensemble d’instruments de régulation que l’on appelle Etat de droit. La Nation démocratique forme le plus sûr rempart contre les nationalismesnon-démocratiques, internes ou externes.

L’international contre le postnational

La globalisation va-t-elle effacer les frontières ? Gil Delannoi ne le pense pas en soulignant qu’elle n’a rien d’irréversible : La planète Terre étant un système fini et ses ressources énergétiques limitées, ce n’est pas seulement un arrêt dans le développement de la globalisation mais peut-être un recul qui semble s’annoncer.

Les effets de la pollution, parlons-en ; ils ignorent les frontières. Réponse du politologue : Il est vrai que ces problèmes requièrent une coopération internationale et que la nation n’est pas la bonne échelle pour les résoudre. Il défend donc la coopération entre nations démocratiques plutôt que l’abolition des frontières au profit d’une entité qui risque fort d’être impériale et donc non-démocratique :

Tout l’enjeu contemporain est d’opter pour l’international contre le postnational et contre le nationalisme chauvin et égoïste. Autrement dit, des frontières ouvertes mais flexibles selon les situations, ni fermées ni abolies.

Et l’Union européenne dans tout ça ? Si elle veut se développer et devenir démocratique, c’est en s’appuyant sur les Nations en tant que données historiques, en tant que consciences culturelles et qu’institutions politiques qu’elle a les meilleures chances d’y parvenir (…)

Pour l’instant, on ne voit guère la forme que l’UE adopte actuellement ; elle n’est ni Tribu, ni Cité, ni Empire, ni Nation. C’est une sorte d’Europe des Etats et/ou de l’euro dont on voit bien les limites.

En constatant le déferlement de passions nationales qui submerge la planète Foot ou Olympique, on se dit à la suite de Gil Delannoi que l’idée de Nation est en effet très profondément ancrée dans les populations et que ce phénomène n’est pas aussi superficiel que le suppose nombre d’intellectuels.

La Nation souveraine mise en péril par les Etats-Unis ?

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Toutefois, Le Plouc hasarderait deux objections à ce brillant et, sur la plupart des points, convaincant ouvrage. Il en a fait part au professeur Delannoi (photo Didier Goupy). Voici l’échange qui conclut ce papier.

Le Plouc : – L’extension du droit américain à la planète entière confère à l’Empire des Etats-Unis une dimension universelle qu’aucun autre Empire n’avait atteint avant lui.Désormais, nous sommes tous contraints de nous soumettre aux intérêts américains, parfois au détriment de nos intérêts nationaux. Washington n’a d’ailleurs même plus besoin de sévir a posteriori. Il suffit que Trump déclare que son pays frappera les entreprises non-américaines qui resteraient en Iran pour que le constructeur automobile français PSA annonce son retrait de la République islamique, que le groupe Total prépare ses valises à Téhéran et que les entreprises suisses basées dans ce pays refusent toute nouvelle commande.

Dès lors, comment les Nations peuvent-elles s’opposer à ce mastodonte ?

Gil Delannoi : – Dans mon lexique, il s’agit plutôt d’une domination hégémonique des Etats-Unis que d’un comportement impérial, mais c’est un détail de définition. En effet, l’hégémonie parvient souvent à s’exercer presque sans sévir en dehors de son territoire ! En ce sens elle surpasse l’Empire. On pourrait soutenir en parallèle que l’Allemagne est, d’une autre manière, hégémonique dans l’Union européenne. Pour sortir d’un tel blocage hégémonique, il faut une coalition très large ou presque unanime des « anti-système » contre « l’hégémon ». Dans un système où la puissance hégémonique coalise ou domine une moitié des acteurs en présence, celle-ci court peu de risque d’être limitée dans ses prétentions. Pourtant n’est pas impossible de résister aux Etats-Unis aujourd’hui mais cela suppose une coalition (au moins ponctuelle) des Européens avec la Chine, le Japon et quelques autres.

Il me semble que le même problème risque de se poser avec la généralisation de l’anglais comme langue de communication entre les élites planétaires (nationalistes ou non, soit dit en passant). On peut chanter les louanges du passage à l’anglais en tant que dimension cosmopolite. Pour ma part, je donne un cours en anglais et écrit dans cette langue. Cela revient néanmoins à créer deux planètes parallèles, celle des élites « anglo-fluentes » et le reste des exclus locaux. Il est vrai que le « globish » sert d’intermédiaire appauvri mais pratique.

Le Plouc : – Une nouvelle forme d’Empire est née au sein de l’économie numérique dominée par les géants de ce secteur, les fameux GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) qui se moquent des frontières et choisissent leurs sièges principaux en fonction de la gentillesse fiscale des pays d’accueil. Dans un tel contexte, la protection des frontières ne relève-t-elle pas du leurre ?

Gil Delannoi : –Ce second point semble moins redoutable que le précédent. Les G7, 8 ou 20 pourraient très facilement se coaliser pour taxer normalement (donc sans abus de pouvoir) ces « free-riders » planétaires. On ne peut même pas les défendre au nom du marché, car la plupart d’entre eux sont en situation de monopole ou duopole. Rien n’empêche donc de limiter leur position dominante aussi bien au nom du marché que de la social-démocratie. Pourquoi non ? C’est par lâcheté, corruption ou complaisance, mais certainement pas par impuissance. Les GAFAM peuvent probablement continuer à prospérer si un seul continent les refuse, mais certainement pas au-delà. Comme ils ne visent que leur propre intérêt, les contraindre à négocier n’est pas si difficile.

Que ces entreprises échappent pour l’instant au contrôle classique de l’Etat-nation n’est pas faux, mais dans le monde impérial-chaotique du « sans frontière » qui le remplacerait, ces multinationales donneraient encore davantage le ton puisque, au lieu de rivaux pusillanimes, elles n’auraient plus aucun adversaire potentiel, sinon des concurrents commerciaux partant avec un lourd handicap à l’assaut des privilégiés de la mondialisation. L’Union européenne est l’échelle minimale d’intervention qi l’on veut peser sur de tels acteurs « hors sol ». Dans cet affrontement il me semble que les actionnaires qui ont intérêt à favoriser leur rente de situation en faveur de ces GAFAM ne sont pas aussi puissants que la coalition des Etats, lesquels sont, sans exception, pénalisés par une évasion fiscale massive et une distorsion durable de la concurrence.

Jean-Noël Cuénod

 

[1]Qu’en est-il des pays plurilinguistiques comme la Suisse ? Ce qui relie les Suisses ce n’est pas la langue – ils en ont quatre, en ne comptant pas les dialectes – ni la religion mais un héritage commun, celui de la démocratie directe qui est devenue bien plus qu’un mode de scrutin, un véritable art de vivre collectivement par les débats qu’elle suscite et l’aptitude au consensus qu’elle génère.

[2]Pour Gil Delannoi, la Première Guerre mondiale est une guerre entre impérialismes nationaux et non une guerre entre nations démocratiques.

12:16 Publié dans Politique internationale, social | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : nation nationalisme | |  Facebook | | |

Commentaires

L'empire n'est pas plus ethnique que la nation, il l'est même moins.

Écrit par : Rémi Mogenet | 08/06/2018

La doctrine nazie a la notion de peuple supérieur, raciale, raciste autorisant les adeptes à dominer, conquérir par tous les moyens dont la croyance. L’Allemagne n'était pas nazie elle l'est devenue avec le parti national socialiste. L'idéologie et la propagande ont fait le reste avec la bénédiction des collabos et du vatican.

Aujourd'hui, la France est soumise à une Europe des monarchies, des financiers et du capitalisme désigné comme ultra libéralisme. La dilution de la Nation est actée.

L'Allemagne impose son hégémonie sur le dos des autres pays européens.

L'Amérique joue sa carte avec un Président qui se moque royalement de nos gesticulations. Sa cote de popularité est forte, les Clinton et autres Obama n'ont plus que l'islam et les pétrodollars pour finir leurs vieux jours.

L'islam non réformé, tel qu'il apparaît est notre premier danger. Notre deuxième danger ce sont Bruxelles et ses lèches bottes dont Merkel la cheffe de Macron et autres serviteurs.

Il ne s'agit pas d'être un nationaliste. Nos démocraties ne sont pas plus démocrates que je suis pape. La preuve, ils sont passés outre du NON à cette Europe pourrie.

L'islam attend le moment pour imposer une nation islamique. En cela, ils ont leurs idiots utiles et inutiles, et, les collabos.

L'ère industrielle telle que nous l'avons vécue est morte. Les syndicats politisé et soumis aux nouveaux adhérents Place aux robots.

La planète n'en peut plus, moi non plus. les peuples de cette Europe imposée vont voter pour le nationalisme. Les révoltes sont en vue.

Nous devrons prendre le modèle Suisse ou mourir en islam.

Écrit par : Pierre NOËL | 08/06/2018

"mais cela suppose une coalition (au moins ponctuelle) des Européens avec la Chine, le Japon et quelques autres."
Certes, certes, mais Trump a vu le coup venir et proposé de recréer le G8 et donc de réintégrer la Russie. Ce que ces idiots d'Européens ont refusé, poussant Moscou à encore se rapprocher davantage de la Chine. l'Europe est sur la voie de garage du train du monde et elle s'y met toute seule...
PS. "L’Allemagne n'était pas nazie elle l'est devenue avec le parti national socialiste. L'idéologie et la propagande ont fait le reste avec la bénédiction des collabos et du vatican." Avec l'aide du vatican ? On est en plein délire...

Écrit par : Géo | 09/06/2018

Pour les manants, gueux ou vilains au désormais Royaume de Macronie.... de l'UE le commentaire de Pierre NOEL entre au vif de leurs préoccupations:

Une "Europe des monarchies"
Régence Merkel
TRUMP
L'islam réformé?
Selon le Père de Foucault en son temps seule la conversion des musulmans au catholicisme serait la solution
Un fonctionnaire de l'UE: "la démocratie ça va... cinq minutes"!
Place aux robots (que feront les gens non fortunés, qui seront multitude, privés d'un travail?

De quoi bien s'amuser quand soi-même on est bien à l'aise sans avoir rien à redouter?
Cet article remarquable comme tous les autres de Jean-Noël Cuénod ne passe-t-il pas un peu à côté des préoccupation contemporaines de pas mal de monde s'attendant désormais au pire à venir?

Nous aimions la France tout en chantant "Suisse ma patrie" sans nous encombrer ou nous embarrasser côté vocabulaire et... les acquis sociaux loin de fondre progressaient au soleil de l'amitié et... de la confiance.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 09/06/2018

Bonjour,
Qu’est-ce qu’une nation ?
Rappelons rapidement les bases de l'ancien régime (antique) : Le régime social actuel est un dérivé lointain et une altération monstrueuse de l'ancien régime gynécocratique, qui donnait à la Femme, la direction spirituelle et morale de la Société.
Une Déesse-Mère régnait sur une petite tribu, qui, agrandie, devint une province, à laquelle souvent elle donnait son nom.
La Déesse Arduina donna son nom aux Ardennes.
Avant la conquête romaine, les Gaulois comptaient 22 Nations ou Matries, les Gallo-Kymris 17, les Belges 23.
C'est pour cela que les Nations (lieux où l'on est né) sont toujours représentées par une figure de femme.
La Déesse-Mère était la Providence (de providere, celle qui pourvoit) de ceux qui étaient groupés autour d'elle. Elle les instruisait, elle les pacifiait ; car c'est elle qui rendait la Justice.
Les hommes n'entreprenaient rien sans la consulter. Ils étaient ses fidèles et dévoués serviteurs. Ils étaient Féals, mot qui vient de Faée (fée) et a fait féodal (qui appartient à un fief).
La jalousie de nationalité a créé le patriotisme, ce sentiment d'orgueil collectif compliqué d'un sentiment de jalousie de race.
Ah ! quand la patrie était la Matrie le petit coin béni où nous avions passé les jours heureux de notre enfance, sous la bienveillante sollicitude maternelle, exempts de tous soucis, on pouvait, on devait, aimer le sol natal et le défendre, car c'était alors défendre le domaine de la Mère, ce qu'il y a de plus sacré : c'est le sentiment né alors dans l'âme humaine, qui a laissé, en nous, le souvenir atavique de quelque chose à aimer et à défendre, de quelque chose qui était un bien collectif. Mais les nations modernes ne sont plus cela, elles sont pour nous, comme un père méchant qui est venu chasser la bonne mère, depuis le jour où le mot Patrie a été substitué au mot Matrie. Aujourd'hui défendre la Patrie n'est-ce pas défendre l'usurpateur ?
Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/faits-et-temps-oublies.html
Cordialement.

Écrit par : Anwen | 25/06/2018

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