21/05/2018

La Franc-Maçonnerie attaquée en Italie

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Le programme de gouvernement signé en Italie par les deux partis démagogistes « Cinque Stelle » et la Lega d’extrême-droite contient un alinéa stipulant qu’aucun ministre du futur cabinet transalpin ne doit appartenir à la Franc-Maçonnerie. C’est l’une des constantes des mouvements totalitaires en général et fascistes en particulier : bannir la Franc-Maçonnerie.

Il en va ainsi des entités politiques dits « antisystèmes » : sous couleur de nouveauté, elles nous resservent des recettes éculées. L’alliance de la carpe ligarde et du lapin étoilé ne fait donc pas exception. Il faut dire aussi que l’on n’efface pas vingt ans de fascisme en Italie d’un simple coup de gomme.

Le prétexte que ne manquera pas de brandir les deux formations démagogistes aura pour figure feu Licio Gelli et sa pseudo-Loge maçonnique P2 qui avaient ébranlé l’Italie dans les années 70, avec quelques secousses sismiques enregistrées à Genève où le patron de la P2, Licio Gelli, fut arrêté avant de s’évader de la prison de Champ-Dollon en corrompant un gardien, puis de s’y reconstituer prisonnier par la suite.

Pseudo-Loge P2, disions-nous. Si Licio Gelli avait été régulièrement initié en 1964 à la Franc-Maçonnerie, son entité, elle, n’était aucunement régulière au regard des traditions et de l’organisation des loges maçonniques. Gelli avait investi en 1966 une ancienne Loge dite « de passage », « Propaganda Due », créé en 1877 sous le nom « Propaganda Massonica ». A l’origine, elle n’initiait pas de nouveaux membres mais accueillait les parlementaires de province et qui venaient à Rome pour remplir leur mandat d’élu. Dès l’arrivée de Mussolini au pouvoir en 1924, la Franc-Maçonnerie fut interdite et sévèrement réprimée. En 1945, avec le retour à la démocratie, le Grand Orient d’Italie a réactivé la Loge sous le nom « Propaganda Due », afin de transmettre les valeurs maçonniques de liberté de conscience et de laïcité au sein d’une Italie qui venait de sortir du fascisme et se trouvait encore sous l’influence du Vatican.

Cette Loge P2 vivotait lorsque Gelli en a fait son instrument dès 1966. Il a transformé cet Atelier en une sorte d’institution clandestine pour s’opposer à l’arrivée au pouvoir du puissant Parti communiste italien et faire pièce au compromis historique qui se dessinait entre le PCI et la Démocratie Chrétienne. La P2 a participé à la stratégie de la tension en étant plus ou moins liées à des attentats destinés à déstabiliser l’Italie. Elle a aussi élaboré une vaste stratégie d’influence en conviant une foule de parlementaires, de ministres, de généraux, de dirigeants de médias à rejoindre ses rangs. Dans la liste de 962 noms (sans doute incomplète) trouvée au domicile de Licio Gelli, figure celui d’un certain Silvio Berlusconi.

Une Loge maçonnique d’un millier de personnes, cela n’existe pas. En outre, les récipiendaires étaient reçus par trois petits coups d’épée sans autres cérémonies. Or, les réceptions maçonniques se déroulent selon des rituels bien précis et éprouvés par une longue tradition. Dès lors, Gelli ne procédait par à des initiations maçonniques. Sa P2 fut d’ailleurs dissoute dès 1974 par le Grand Orient d’Italie. Mais grâce à d’habiles manœuvres, Gelli a pu tout de même continuer ses manipulations pendant quelques années. La dissolution effective a eu lieu en 1981.

Franc-Maçonnerie: Churchill n'aurait pas pu être ministre en Italie!

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Voilà le donc le prétexte qu’utilisera sans doute les étoilés et les ligards italiens pour entamer leur première action antimaçonnique.
Les Francs-Maçons n’échappent pas au sort de tout groupe humain dont aucun n’est à l’abri des dérives. Faudrait-il interdire aux catholiques de siéger au gouvernement parce que des prêtres se sont livrés à la pédomanie et que leurs actes ont été couverts par leur hiérarchie ? Ce serait absurde et odieux. C’est tout aussi absurde et odieux, de le faire à l’endroit des Francs-Maçons, en excipant des turpitudes de la P2.

S’attaquer aux Francs-Maçons n’est jamais anodin. Ce n’est pas par hasard si les premiers actes des dictateurs consistent à les poursuivre, voire à s’en débarrasser physiquement, à l’instar de Mussolini, de Hitler, de Franco, de Pétain mais aussi de Lénine et de Staline. Les rituels maçonniques portent en eux cette liberté de conscience qui est insupportable aux tyrans.

Si la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et la France avaient pris les mêmes dispositions antimaçonniques que préconisent les deux partis démagogistes italiens, elles se seraient privées de grands dirigeants qui ont marqué leur histoire au XXe siècle tels, entre de nombreux autres, Winston Churchill, Franklin D. Roosevelt et Pierre Mendès-France.

Jean-Noël Cuénod

18:09 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | | |

Commentaires

Bravo !
J’aai Bien fait d écrire sur FB que l’Italie comprendrait assez vite que les dirigeants populistes qu’ils se sont choisis sont des graves incompétents. J’ai vécu assez longtemps en Italie pour savoir qu ils ne croient en ces partis et ce vote est un vote de protestation qu il
Ne faut pas prendre très au sérieux !

Écrit par : gruson | 21/05/2018

Il y aura des prêtres catholiques ministres, vous pensez? Ou des Jésuites? Des membres de l'Opus Dei? D'autres prétextes peuvent éventuellement être trouvés. Je viens de parcourir la correspondance d'un franc-maçon savoyard du dix-neuvième siècle qui annonçait que dans l'Italie laïque qui se préparait, le gouvernement, c'est à dire le Roi et le Parlement (disait-il) imposerait "une souveraineté spirituelle positivement contraire à celle du Pape", et de nouveaux dogmes, contraires à ceux de l'Eglise, notamment le rationalisme. Donc il n'y avait pas de neutralité spirituelle, pour cet Albert Blanc...

Écrit par : Rémi Mogenet | 22/05/2018

Si "le Roi et le Parlement (...) imposerait "une souveraineté spirituelle positivement contraire à celle du Pape" et de nouveaux dogmes (...)

on laisserait leur Dieu à de tels faiseurs de dogmes nouveaux en optant pour la libre pensée.

Écrit par : MB | 22/05/2018

J'ai abrégé, Albert Blanc prévoyait aussi d'imposer le dogme de la liberté de conscience et de l'examen personnel...

Écrit par : Rémi Mogenet | 22/05/2018

Bravo pour cette analyse: on reconnaît cette plume toujours prête à s'investir et à donner un avis toujours très documenté qui ne devrait pas laisser indifférents tous ceux qui croient encore à une humanité responsable
MERCI

Écrit par : Wilfredagnes | 23/05/2018

Bravo à la plume toujours si documentée de jean Noël Cuénod. Il va de soi que certains courants politiques ne peuvent pas autoriser tout ce qui permet à tout un chacun de réfléchir, ce serait scier la branche sur laquelle ils (elles) sont assis/es).
Incompatibilité grave entre la raison et la stupidité qui permet d'affirmer ce que l'on ne connaît pas du moment qu' ON nous dit et explique ce que cachent ces inquiétantes sociétés qui , selon eux, détiennent tous les pouvoirs (argent, politiques, etc). On se renseigne pour vous, on réfléchit pour vous, ...et tout le troupeau s'engouffre dans la bergerie !!!
Merci d'essayer de secouer certains cocotiers !!!

Écrit par : Agnès Junod | 23/05/2018

Les liens sont souvent obscures........

http://andreacarancini.blogspot.fr/2010/03/mussolini-era-massone-lo-dice-guenon.html

Écrit par : Pierre NOËL | 23/05/2018

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