02/05/2018

Les Blacks-Blocs, ces houligans de la politique-spectacle

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La mayonnaise du mouvement social commençait à prendre en France. Et voilà qu’en ce 1ermai 2018, les Blacks-Blocs envoient une giclée de vinaigre pour la faire tourner. Les revendications des cheminots, étudiants, enseignants, aides-soignants sont noyées par les scènes de violence orchestrées par les cagoulés. Qui demeurent parmi les alliés les plus fidèles des pouvoirs. (photo JNC)

Les blacks-blocs sont à la politique ce que les hooligans sont au foot : des accros à la montée d’adrénaline. Il n’y a pas de black-bloquisme. Dans cette nébuleuse aux idées confuses, certains semblent se réclamer de l’anarchisme tout en arborant des portraits du Che, alors que le régime castriste n’a cessé de réprimer les anarcho-syndicalistes cubains, voire en brandissant des portraits de Marx, l’implacable ennemi de l’anarchiste Bakounine. Aucune stratégie pour élaborer une vision politique, seule compte la tactique à opérer contre les flics. En fait, les Black-Blocs ont bien capté l’air du temps : ne pas penser, ça fatigue la tête ; mais bouger, bouger, ça réveille les endorphines.

Les Black-Blocs, ce n’est pas un mouvement, c’est une plateforme pour organiser des émeutes sans lendemain et qui s’estompent comme la fumée âcre des poubelles en feu. Elle n’est pas née d’aujourd’hui, cette plateforme, puisqu’elle apparaît au cours des années 1980 en Allemagne, s’est répandue au fil des manifs contre les réunions du G8 et ses divers avatars, s’est renforcée grâce aux réseaux sociaux nés des technologies.

La première fois que Le Plouc a été confronté, en tant que reporter, aux Blacks-Blocs remonte à dimanche 1erjuin 2003. Une centaine de milliers d’altermondialistes étaient venus de toute l’Europe pour protester contre la tenue du G8 à Evian. Bien entendu, c’est à Genève que les manifs se sont déroulées, les policiers français ayant bloqué la frontière. Sous l’égide du Forum social lémanique, de nombreux groupes altermondialistes s’étaient réunis plusieurs semaines auparavant afin de débattre des moyens à mettre en œuvre pour résister à la globalisation du capitalisme financier – la taxe Tobin entre autres – et pour organiser de façon non-violente l’opposition au G8, courroie de transmission interétatique de ladite globalisation. Il fallait éviter de tomber dans la violence des émeutes qui avaient endeuillé Gênes, deux ans plus tôt. Débats parfois confus, comme c’est le cas dans un tel contexte, mais le plus souvent riches et créatifs.

Il a suffi d’une ou deux centaines de Black-blocs pour enrayer ce processus. En multipliant les provocations, les destructions de commerces, les bris de vitrines, les incendies ici et là, les polit-hooligans ont semé l’émeute au centre de Genève pendant trois jours. Oubliées les stratégies anticapitalistes et les tactiques non-violentes. On ne parlait plus que de ça: la mise à sac d’une ville. Aussitôt, l’extrême-droite s’est posée en défenderesse des petits artisans victimes des déprédations. Et les dirigeants du G8 et les grands groupes économiques ne pouvaient que se réjouir de voir sombrer dans l’indifférence les idées les plus gênantes pour eux[1]. L’extrême-droite et l’hypercapitalisme financier inscrivaient sur leurs tableaux de score les autobuts marqués en leur faveur par les cagoulés. Ce qui était vrai, il y a quinze ans, se confirme aujourd’hui. Hier comme maintenant, ces antiautoritaires autoproclamés ne cessent d’imposer leurs volontés à la masse des manifestants, aux journalistes et à tous ceux qui n’adhèrent pas à leur tactique. L’autorité, ils ne la conçoivent qu’à leur service. Comme n’importe quel politicard véreux.

Ils illustrent cette vérité vieille comme la politique : les extrémistes d’une cause en sont les plus vaillants fossoyeurs.

Jean-Noël Cuénod

 

[1]Autre point commun entre le cortège contre le G8 à Genève en juin 2003 et le 1ermai 2018 à Paris : dans les deux cas, les gouvernements ont été accusés d’avoir plus ou moins volontairement laissé les blacks-blocs agir, avant d’ordonner les assauts des forces de l’ordre. A cela, à Genève comme à Paris, la réponse a été la même : au moins, on a évité le pire contrairement à Gênes (un mort et 600 blessés).

 

 

14:59 Publié dans Politique française, social | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : 1er-mai, black-bloc | |  Facebook | | |

Commentaires

Même sans ces hooligans, les manifs sont clairement un échec. Depuis une année, des réformes ont étaient entamées ce qui normalement aurait dû amener plus de manifestants que l'année passée.

A vrai dire en devenant politiques marqué très à gauche, les manif ne représentent qu'une partie minoritaire de la population française.

De plus concernant la SNCF et l'université, la sympathie de la population n'est pas élevée.

Le monde a changé, la gauche trotskiste et autre version mélanchon est en total décalage. Ils peuvent être une bannière pour rassembler les mécontents, mais ces mécontents n'ont pas dans leurs idéaux, un gouvernement trotskiste qui dirigerait le pays.

Pour le moment l'échec est cuisant, inimaginable si on fait référence au passé dans des situations avec beaucoup moins de réformes.

Tant que l'extrême gauche organise les manifs, le gouvernement n'aura pas de souci à se faire.

Écrit par : motus | 02/05/2018

La faschosphère de gauche pro islam pro faux peuple palestinien n'a d'autres buts que servir le pouvoir.

Même si c'est hors sujet, les marches blanches servent "également les pouvoirs.

Nous sommes dans la France des neuneus islamisée avec ses miracles et son casino de Lourdes.

Quant à l'intervention de la police, c'est de la télé-réalité pour neuneus.

Écrit par : Pierre NOËL | 02/05/2018

Cher Pierre Noel@ je ne peux être, hélas, que d'accord avec vous, et en mage de nos élections genevoise de dimanche prochain, je vois que tous bombent le torse en voulant nous faire croire qu'ils sont indispensables, alors que la drogue est en vente libre partout dans la ville, ce qui montre bien que la corruption est partout jusqu'au sommet du pouvoir!

Écrit par : Dominique Degoumois | 03/05/2018

Dérégulation des conditions du travail, délocalisations, privatisations.
Ambiguë "flexibilité".
Droits de l'homme bafoués.

Suicides des agriculteurs.
Emplois temporaires sous-payés.

Licenciement à l'en veux-tu? l'en voilà!
Insécurité.

Quelle "Fête du travail"?

1er mai, désormais, jour de funérailles nationales.
Défilés, cortèges.
Marches funèbres.
Têtes de morts, corbillards.

Habits noirs, voiles de deuil, "costards" (si possible) de rigueur.

Des ex acquis sociaux quels sont les réels "casseurs"?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 03/05/2018

Tous les politiciens savent que faire un délit (du point de vue légal) du fait de manifester masqué ou casqué mettrait fin à ce mouvement sans identité véritable, mais personne n'ose demander ce qui ne ferait qu'amener à l'application véritable de ce qui est déjà interdit.
On attend toujours, dans nos démocraties vieillissantes, l'arrivée de pouvoir non démocratiques du tout, dont les exemples ne manquent pas dans la monde.

Écrit par : Mère-Grand | 03/05/2018

Mère-Grand bonjour,

Ce que vous écrivez n'est pas faux, mais, (objection, il faut se poser la question à savoir, qu'elles sont les intentions des gouvernants à ne pas faire appliquer strictement des lois, elles existent ?

Dominique Degoumois évoque la drogue, lorsque nous voyons dans toutes les villes de France, d'Europe ces bandes qui agissent quasiment en toute impunité, ou la police n'a pas ou peu de moyens pour faire appliquer la loi.

Enfin, sous prétexte de croyances des individus peuvent asservir des femmes, des gamins qui plus est, imposer leur us et coutumes obscurantistes aux pays les accueillant, il y a bien quelque chose de choquant ?

Que beaucoup de gens en soient amenés à voter pour des Le Pen et consorts. C'est regrettable. L'Occident est en faillite financière au profit des monarchies et leurs industriels obligés d'un moment à l'autre tout peut s'écrouler comme un château de cartes, mais à qui profite le crime ?

Merci de votre réponse.

Bien à vous.

Écrit par : Pierre NOËL | 03/05/2018

L’avantage quand on parle des black blocs, c’est qu’on peut en dire ce que l’on veut car leur système est tellement éphémère que personne ne peut prétendre connaître leur caractéristique. Je vais donc en faire de même, avec en plus l’expérience de les avoir fréquenté de très près pendant 7 ans.

Les black blocs refusent d’adhérer à une quelconque idéologie; ils sont toutefois issus des milieux écologiques, gauche, anarchistes ou adhèrent au départ à leurs idées.

Il n’y a pas d’organisation labellisée, de fiche, de cotisation, mais en revanche une utilisation performante de moyens de mobilisation, en évolution et adaptation permanente.

En général, leurs actions s’effectuent les jours fériés ou congés car la plupart ont un travail, tout comme les hooligans.

Ils agissent en mercenaire, sans devoir de fidélité à une quelconque mouvance.

Fort souvent, les organisateurs espèrent les avoir dans les manifs car, bien que cela puisse sembler paradoxal, ils leur rendent un immense service par une forte pression exercée sur le peuple qui peut devenir sensible à une cause reconnue sans toutefois devoir accepter les moyens de pression.

Ils recherche la confrontation avec la police, ce qu’ont très bien compris les chefs tactiques en charge du maintien de l’ordre public.

On entend même des observateurs dire: « de tous temps il y a eu des contestations de rue, plus ou moins violentes... ». Ceux qui l’affirment légitiment les actions black bloc.

Le soir ou le lendemain des émeutes, ils reprennent leur tran-tran quotidien de bon employé ou cadre, car ils n’existent plus en tant que membre du black bloc.

Écrit par : Gilles Bourquin | 04/05/2018

Le BB, c`est un mouvement paramilitaire et fasciste dans ses modes d`action. Étrangement, il est quasi intouchable quelque soit le gouvernement en place. Ca me fait assez penser aux imbéciles ultra-violents italiens manipulés par on ne sait trop qui... du temps du Gladio.

Écrit par : JJ | 04/05/2018

@ Pierre NOËL
Je vous remercie de réagir à mon intervention, qui se révèle, à la relecture, bien mal écrite.
Noua faisons allusion ici à des événements qui se passent en France et j'ai appris que les comportements auxquels nous faisons allusion (dissimulation du visage et port de casque lors de manifestations) y sont effectivement interdits, mais n'entraînent qu'une amende et non une arrestation.
Plus qu'en Suisse probablement, la population française se distingue par sa tendance à ne pas respecter les conséquences de ses propres choix démocratiques, ce qui a pour conséquence de paralyser toutes les tentatives de moderniser son administration et son économie.
Les gouvernements sont en général aussi incapables de faire appliquer des décisions politiques ou de justice dès lors qu'elles entraîneraient le moindre risque de faire une victime, tant l'opinion politique est prête à se dresser contre eux par un réflexe qui tient à un esprit révolutionnaire romantique, à la peur d'être parmi les méchants et de porter la responsabilité que comporte le fait d'imposer le respect de l'ordre social.
Ce sont là des sentiments et des comportements largement partagés en Occident, conséquences de la liberté individuelle que nous a apporté l'état démocratique et la paix qui règne depuis quelques décennies. Ils sont louables autant que dangereux.Ma crainte est qu'à force d'affaiblir nos Etats très bienveillants en comparaison de la plupart de ceux qui règnent dans le monde, nous soyons devenus des enfants gâtés qui se voient un jour imposer des régimes, d'inspiration religieuse ou non, très heureux de pouvoir cueillir les fruits venus à maturité mais incapable d'éviter le pourrissement.

Écrit par : Mère-Grand | 04/05/2018

@ Giles Bourquin
"Le soir ou le lendemain des émeutes, ils reprennent leur tran-tran quotidien de bon employé ou cadre, car ils n’existent plus en tant que membre du black bloc."
Je pense qu'il ne serait probablement pas nécessaire de les emprisonner pour faire cesser leurs agissements antidémocratiques. Il suffirait d'exposer leurs visages à la population en publiant leurs photographies et en indiquant par quels moyens ils financent leurs voyages et séjours dans tous les pays d'Europe.
Après mise en garde de ces conséquences de leurs actions, bien sûr, ce qui leur laisserait le choix.

Écrit par : Mère-Grand | 04/05/2018

Mère-Grand donne l'exemple: revenir sur mon commentaire à propos d'une journée du 1er mai de deuil national car à la visualiser elle risquerait de tourner façon farce voire carnaval.

Un 1er mai désormais Fête de l'amitié serait une meilleure idée sachant que les inégalités ne sont pas la conséquence de la mondialisation mais qu'elles sont voulues... par le moyen des lois du marché.

Rien d'inventé ou d'imaginé:

A lire ou relire le livre déjà référencé de Jean-Claude Guillebaud La refondation du monde POINTS

Invités à lutter non violemment... souhaitons-le.

Il y faudra donc de l'amitié, de la solidarité, du partage ainsi que de l'entraide financière.
On l'avait déjà dit, il y a longtemps: acheter le moins possible.

Donner aux enfants le goût de l'entraide non de la compétition. Compétition dingue, forcenée aujourd'hui... mais par la coopération dès l'école.

L'émulation saine, stimulante: authentique.

Bienveillance, altruisme sans oublier ces pages du livre en question qui nous remettent en mémoire le mépris absolu des pauvres, soit nuls, paresseux, soit sanctionnés par les dieux tant par la Grèce antique que par Rome et que c'est au Judaïsme puis au christianisme que nous devons nos progrès sociétaux.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 04/05/2018

Il semble que ceux qui ont été arrêtés ne viennent pas de la classe ouvrière, mais sont plutôt de familles aisée, fils et filles de grands fonctionnaires et de financiers? Oh la gaffe!

Écrit par : Dominique Degoumois | 04/05/2018

Ces nantis arrêtés qui n'appartiennent pas à ceux qui sont et seront atteints en leurs vies, santé et raison de vivre sont ceux qui auront les moyens de se rendre en d'autres mondes planètes habitables tandis que les "petits" évangéliques seront condamnés à crever "ici-bas" en terrains empoisonnés par la chimie, les pesticides, etc., l'air, les particules fines sans oublier, non potables, désormais, les eaux usées.

Pauvres (sans pour autant oublier les esclaves sans IA emmenés sous d'autres cieux pour accomplir les corvées que les Bienheureux refuseront d'accomplir) pauvres, donc, sans culture pour nombre d'eux passant sans doute par les bons soins d'un Islam non évolué par le coran annoncés pour les damnés souffrant atrocement de mille morts.

Ce, voir le Coran, pour la plus grande joie jubilation des Bienheureux.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 05/05/2018

Mère-Grand, merci de votre précision.

""Ma crainte est qu'à force d'affaiblir nos Etats très bienveillants en comparaison de la plupart de ceux qui règnent dans le monde, nous soyons devenus des enfants gâtés qui se voient un jour imposer des régimes, d'inspiration religieuse ou non, très heureux de pouvoir cueillir les fruits venus à maturité mais incapable d'éviter le pourrissement.""

Écrit par : Mère-Grand | 04/05/2018

Très belle conclusion avec laquelle je suis en phase, encore merci.

Écrit par : Pierre NOËL | 07/05/2018

Heureusement que maudet à la "mobilité!", en tout cas c'est ce que la tribune met en une de son édition de ce jour!

Écrit par : Dominique Degoumois | 07/05/2018

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