12/03/2018

Surtout ne pas enterrer le clan Le Pen!

Après le Congrès du futur ex-Front national, Marine Le Pen verrouille son pouvoir interne et veut s’allier avec les autres partis europhobes pour « détruire l’Union européenne ». Le terrain paraît bien préparé pour Marion Maréchal-Le Pen. 

Le FN ­– qui deviendra peut-être RN - Rassemblement national si une majorité d’adhérents confirme cette appellation — a fait front bas depuis l’élection présidentielle de 2017. Démoralisé après la lamentable prestation télévisée de sa candidate face à Emmanuel Macron, le Font national a perdu plus de la moitié de ses effectifs, selon les chiffres donnés par ses dirigeants, et le quart de ses conseillers municipaux. Elue à l’Assemblée nationale, Marine Le Pen s’y est signalée par l’indigence de ses rares interventions, démontrant que son manque de maîtrise des dossiers n’était pas qu’un accident d’un soir.

Marine flotte

De plus, la ligne politique de la présidente du FN manque de consistance. Privée du cadre souverainiste que lui avait confectionné Florian Philippot, Marine Le Pen flotte. Continue-t-elle à prôner l’intervention étatique sur le plan économique ou glisse-t-elle vers une sorte de libéralisme tempéré de souverainisme ? Sur les sujets de société, elle ne partage guère les positions de sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, proche de l’intégrisme catholique, contre le mariage gay et l’avortement. Mais à ce propos, Marine Le Pen semble ne pas avoir d’idées précises, ce qui est fâcheux pour un parti qui apprécie avant tout les positions tranchées

«Le poisson pourrit par la tête», à en croire ce dicton chinois. Néanmoins, le FN frétille encore, malgré Marine Le Pen. Et il ne faudrait surtout pas l’enterrer maintenant. Si à la surface de l’actualité, la conjoncture actuelle ne lui paraît pas favorable pour l’instant, le Front national ne profite pas moins d’un large courant de fond qui a propulsé la Lega Nord en Italie, le FPÖ en Autriche, le PiS en Pologne, la formation d’Orban en Hongrie, sans oublier Trump aux Etats-Unis comme l’a rappelé samedi à Lille Steve Bannon sous les acclamations de Marine Le Pen et de ses congressistes. Les ennuis présents du FN risquent fort de n’être que très passagers.

Tout d’abord, il s’est trouvé 10,6 millions de Français pour voter Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielles alors qu’elle avait démontré l’abyssale profondeur de son incompétence. Le FN peut donc compter sur une base électorale de 36%, même avec une candidate médiocre. Ce n’est pas rien. C’est même beaucoup.

Ensuite, en parti dynastique, le FN a assuré la relève avec la petite-fille du fondateur et nièce de la présidente, Marion Maréchal-Le Pen. A l’évidence, l’ancienne députée du Vaucluse a quitté la politique pour mieux y revenir comme le démontre sa stratégie minutieusement élaborée.

Marion Maréchal-Le Pen tisse sa toile

 Le 22 février dernier, Marion Maréchal-Le Pen a fait sensation en participant au grand congrès des conservateurs américains, le CPAC, et en lançant, façon Trump, son slogan «France d’abord». Depuis des années, sa tante Marine avait tenté en vain de participer au CPAC. Sa nièce a donc réussi là où la cheffe frontiste avait échoué. Il faut dire que cette dernière ne sait pas un mot d’anglais, contrairement à la benjamine du clan Le Pen.

Régulièrement, Marion Maréchal-Le Pen intervient dans des « tribunes libres », notamment à Valeurs Actuelles. Elle peut disposer de réseaux discrets influents au sein de la droite radicale française, notamment ceux activés par le groupe Audace qui réunit des entrepreneurs proches du Front national ainsi que par le mensuel L’Incorrect qui se veut passerelle entre Les Républicains et le Front national. Cette nièce vibrionnante vient aussi de lancer une «académie de sciences politiques» destinée à détecter les futurs dirigeants des droites dures françaises et à les former.

Contrairement à sa tante, Marion Maréchal-Le Pen dispose d’un cadre idéologique solide, inspiré par ce néomaurassisme très à la mode chez les jeunes intellectuels de la droite radicale française. Sur le plan économique, elle défend une vision libérale en donnant le primat de l’action privée sur l’action publique. Sur le plan des mœurs, elle se déclare contre l’avortement et la mariage gay et adhère aux conceptions des frontistes les plus engagés dans le catholicisme intégriste. Elle paraît encore plus ferme que sa tante dans la lutte contre l’immigration et sait jouer avec les mots de façon à ne pas être taxée de racisme, tout en faisant comprendre à son auditoire quel est l’objet de son racial ressentiment. Les militants frontistes l’ont bien compris puisque selon un récent sondage IFOP, 83% d’entre eux souhaitent son retour en politique.

Ce mélange de mœurs conservatrices, de rejet xénophobe, de protectionnisme contre les migrants et de libéralisme économique, c’est la marque de Marion Maréchal-Le Pen en France. Une marque dont Steve Bannon à Zurich a rappelé que son créateur n’était autre qu’un certain Christoph Blocher «Ce Trump d’avant Trump». 

Marine Le Pen verrouille son appareil

Le congrès de Lille fut surtout l’occasion pour Marine Le Pen de verrouiller son appareil à l’occasion de la révision des statuts. «Nous avions peut-être une gouvernance trop verticale. Nous allons donner plus d’autonomie aux fédérations. Mais plus d’autonomie, cela signifie plus de responsabilités», a-t-elle expliqué aux congressistes. En effet, ces statuts semblent donner plus d’air aux instances locales du parti ex-FN. Trompeuse apparence : le lien entre les responsables régionaux et les instances centrales, entièrement à la main de Marine Le Pen, seront plus directs. De plus, celle-ci dirigera elle-même les commissions les plus sensibles, surtout celles des investitures de candidats aux élections. 

La composition des différentes instances de direction relève également de dosages subtils. La patronne lepéniste s’est entourée de sa vieille garde rapprochée (Louis Aliot, Steve Briois, Jean-Lin Lacapelle, Gilbert Collard, etc.) mais en y ajoutant de jeunes dirigeants qui ont le profil et l’âge de Marion Maréchal-Le Pen, à l’instar de Nicolas Bay devenu proche de l’ancienne députée du Vaucluse. Sans doute pour assurer en douceur la transition dynastique entre la tante et la nièce.

Les canons de Marine braqués sur Bruxelles

Commencé dans la morosité, le congrès s’est achevé dans une humeur plus guillerette. Sans doute, le galvanisant discours de Steve Bannon tient-il sa part dans cette évolution. En faisant acclamer Marion Maréchal-Le Pen et en rappelant les succès italiens et autrichiens des «partis frères», l’ancien conseiller de Trump a réveillé les ardeurs frontistes. Cela dit, le choix d’un tel personnage incontrôlable et ouvertement raciste – même Trump a dû le virer – ne se situe pas vraiment dans la ligne de dédiabolisation que Marine Le Pen affirme poursuivre. Sans doute, cet aspect a-t-il pesé moins lourd que le bruit médiatique assuré par la présence à Lille de ce sulfureux mais efficace bateleur de réseaux.

Bannon a soulevé l’enthousiasme des congressistes en claironnant : Laissez-vous appeler racistes, xénophobes, portez-le comme un badge d'honneur. Parce que chaque jour, nous devenons plus forts et eux s'affaiblissent.  Nouveau nom. Vieille mentalité.

Sur la lancée de l’intervention de Steve Bannon, Marine Le Pen a dressé la cible principale, à part le président Macron, de son nouveau parti : l’Union européenne. «Avec les autres partis amis, nous pouvons obtenir la majorité des sièges au Parlement européen pour détruire de l’intérieur cette Union qui étouffe les nations afin de construire l’Union des Nations européennes; elle facilitera la collaboration entre nations souveraines, sans entraver leurs libertés». Le cap est donc fixé : les élections européennes de mai 2019 afin de dynamiter Bruxelles.

Jean–Noël Cuénod

15:14 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : marine le pen, steve bannon, fn, marion maréchal-le pen | |  Facebook | | |

Commentaires

Des membres de la direction FN ont travaillé pendant des mois pour découvrir un nom au parti.

Pour trouver un nom lors de la création d'une entreprise, il suffit de quelques semaines.

Marine Le Pen ne sera jamais Présidente de la République. Quant à sa nièce, elle a ses chances, elle n'a aucun passif et un peu plus de talent dans son domaine.

De cette Europe nous n'en voulons plus:

C’est l’Europe des bandits manchots. C’est l’Europe ou les industriels véreux ont le choix de délocaliser au Portugal ou les salaires sont en moyenne à 650 € / mois. En Pologne Le salaire minimum s’élève à 1850 PLN, soit environ 430 € / mois, 1400 environ en France avec un système social qui attire les étrangers et autres migrants.

Union européenne: salaire minimum au premier semestre 2017

Luxembourg 1998,59 €

Irlande 1563,25 €

Pays-Bas 1551,60 €

Belgique 1531,93 €

Allemagne 1498,00 €

France 1480,27 €

Royaume-Uni 1396,90 €

Espagne 825,65 €

Slovénie 804,96 €

Malte 735,63 €

Grèce 683,76 €

Portugal 649,83 €

Estonie 470,00 €

Pologne 453,48 €

Slovaquie 435,00 €

Croatie 433,35 €

Hongrie 411,52 €

République tchèque 407,09 €

Lettonie 380,00 €

Lituanie 380,00 €

Roumanie 275,39 €

Bulgarie 235,20 €

Hors UE:
Monténégro 288,05 € (hors UE)

Serbie 249,69 € (hors UE)

Macédoine 231,40 € (hors UE)

Albanie 154,61 € (hors UE)

(Source Eurostat, en Euros)

En matière fiscale chaque pays fait ce qu’il veut, idème pour la sécurité.

Chef d'entreprise, j'aurai bien tord de me priver de délocaliser.

Écrit par : Pierre NOËL | 13/03/2018

Diaboliser un camps pour permettre à tous les autres de faire comme bon leur semble, mais toujours contre les peuples européens!

Écrit par : Dominique Degoumois | 13/03/2018

Je comprends mieux pourquoi nous avons partout dans nos pays autant de camions (payé par Bruxelles!) et de camionnettes des pays de l'Est, qui travaillent librement avec de tels salaires!

Écrit par : Dominique Degoumois | 13/03/2018

Au risque d'écrire une bêtise de plus le clan Le Pen est-il plus dangereux que le néolibéralisme?

Quels sont les Etats qui appellent à une refondation de l'UE?

Qui diaboliserait les Etats en question?

Mais que le clan Le Pen mêle ses vois à celles des Etats concernés: vade retro...

Marine Le Pen est incompétente, soit.
Monsieur Macron, lui, est on ne peut plus intelligent!

Les moins fortunés en France en sont-ils plus heureux pour autant?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 14/03/2018

2O16
Agriculteurs français
suicides entre 56O et 732

selon la Mutualité sociale agricole

Écrit par : Myriam Belakovsky | 15/03/2018

Myriam, les socialistes s'accomodent très bien du néoliberalisme sauvage et en sont totalement compices... Si cela n'avait pas été le cas, ceux-ci seraient tous partis dans les pays de l'Est au moment de la chute du Mur.

Écrit par : Laurent Lefort | 15/03/2018

Et vous avez totalement raison de soulever le nombre exponentiels de suicidés dans l'agriculture et les force de l'ordre. Alors soit, Marine est une avocate minable et une oratrice pitoyable, et j'espère sincèrement que l'on ne la reverra pas, mais ce sont bien les gouvernements successifs de gauche comme de droite qui ont des hectolitres de sang sur les mains.

Écrit par : Laurent Lefort | 15/03/2018

Laurent,

Le Pen a dit de sa fille Marine qu'elle n'est pas assez intelligente pour devenir présidente de la République.
En reprenant le Grand Débat où Macron ne fit qu'une bouchée de Marine car ayant disposé de tout son temps, avec ses conseillers variés, d'étudier les points faibles de Marine.
Il commença par la traiter de menteuse.

Je ne sais, s'agissant de Marine Le Pen, s'il faut parler de manque d'intelligence ou de manque du sens de la riposte.
Elle aurait pu le regarder bien en face en lui demandant de répéter ce qu'il venait de dire puis s'adresser à leur hôte et meneur de jeu de la TV "Ecoutez-moi bien je suis présente pour aborder les problèmes qui se posent au pays et à ses habitants. Je n'ai pas de temps à perdre: à la prochaine insulte de Monsieur Macron je quitte le plateau

Les Français jugeront!"

Toute personne qui connaît ses lacunes comprend qu'il faut qu'elle se fasse aider, guider, éclairer: informer.

Les présidents de la République en sont non seulement les moyens mais le devoir.

Au revoir.

Écrit par : Myriam | 15/03/2018

Les présidents de la République en "ont" et non en sont les moyens.
Plus haut ayant disposé de tout son temps "pour" étudier (...)

Comment comprendre qu'en relisant plusieurs fois son texte on ne voie pas les fautes de frappe qui sauteront aux yeux une fois publiées!?

Excuses...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 15/03/2018

Les militaires en tirant dans le tas, font aussi des fautes de frappes!

Écrit par : Dominique Degoumois | 15/03/2018

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