15/02/2018

A la langue corse, Macron préfère le franglais

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Alors que le président français refuse de donner un statut de co-officialité à la langue corse, même dans l’île où elle est parlée, sa présidence est marquée, à la fois par l’usage intense du franglais et la résurgence de mots français tombés en désuétude. Le pouvoir passe par un jeu de langues (Photo: Emmanuel Macron pendant son discours en Corse).

Pour expliquer son refus, Emmanuel Macron a fulminé cet argument jupitérien et bien dans sa ligne jacobine : « Dans la République française, il y a une seule langue officielle, le français ». Circulez, il n’y a rien à entendre ! Pourtant, la publication des actes officiels à la fois en français et en corse, dans la seule Ile de Beauté, n’empêcherait nullement notre langue de rester celle de la République. A cela, Macronpiter répliquerait sans doute qu’en octroyant cette modeste concession aux Corses, il devrait aussi satisfaire les revendications similaires des Bretons, des Alsaciens, des Occitans, des Savoyards. Et alors ? La langue du grand Molière disparaîtrait-elle si les textes officiels étaient publiés en français et en breton à Rennes, en français et en occitan à Toulouse, en français et en alsacien à Strasbourg, en français et en arpitan à Annecy ? De toute évidence, non. La Suisse connaît quatre langues officielles. Ni le français, ni l’allemand, ni l’italien pâtissent de cette situation, au contraire. Quant au romanche, son statut de co-officialité l’a peut-être sauvé de sa disparition, ce qui aurait été malheureux pour la richesse culturelle de la Suisse.         

« La langue a été le premier sédiment de la France, il est indispensable que nous gardions ce qui nous a fait » a proclamé Emmanuel Macron en Corse. Le français serait-il un sédiment si fragile qu’il serait pulvérisé en cas de co-officialité régionale ? C’est faire peu de cas de son capital culturel, incomparable par rapport aux langues régionales de la République. Notre langue resterait de toute façon prépondérante ; la France serait même perçue comme plus proche des populations qui forment ses marches.

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Macron l’oxymore

 Mais justement, cette proximité, le président semble la fuir. C’est sans doute l’un des ressorts qui motive sa décision concernant la Corse. A défaut qu’elle soit rare comme il en avait fait la promesse hâtive, la parole de Macronpiter reste distante. Le président déteste les collectivités territoriales qui s’interposent entre lui et « son » peuple, comme le démontre le triste sort fiscal qu’il leur a réservé et la condescendance dont il ne manque pas de faire preuve à l’égard de ces élus de la bouse. En cela, ce faux moderne reprend les vieilles habitudes de la Ve République. Paris doit garder la main sur les gueux, sinon, voyez-vous, c’est la chienlit comme le dirait de Gaulle. Autoriser la publication en Corse des textes officiels dans les deux langues, c’est céder un peu de pouvoir symbolique. Et ce peu-là est encore de trop.

Ce président, qui manie l’oxymore comme Poutine sa crosse de hockey, n’en est pas à une contradiction près. Vétilleux pour conserver la primauté absolue du français en Corse, il laisse grande ouverte la porte de la France à l’anglais et au franglais. Les correspondants étrangers – y compris les francophones – reçoivent des communications ministérielles en anglais ; les grands groupes français en font de même ; les ondes nous gavent les oreilles de chansons américaines et britanniques et même nombre de chanteurs de rock français éructent leurs borborygmes en émettant des sons anglomaniaques. Si la langue française est menacée, ce n’est certes pas par le corse !

Quant au franglais, c’est la novlangue du macronisme. Au soir du premier tour de l’élection présidentielle, Le Plouc avait assisté, Porte de Versailles, à la soirée organisée par les Macron’s. D’emblée, il fut pris en charge par des « helpers » qui en référaient à leur « boss », voire à leur CEO pour répondre à ses questions, alors que d’autres peaufinaient le « show » avec la « team ambiance ». Heureusement, pour mettre en liens les « process », « helpers » et « boss » recouraient à des « call conf ». Une vraie « strartup ». D’ailleurs, c’est la formule-clé de Macron : « Faire de la France une startup. »

Le franglais est aussi une arme de pouvoir pour Macron. En l’imposant à son mouvement, il cherche à le répandre à l’ensemble de la France afin d’accélérer l’insertion du pays dans l’économie globale de l’hypercapitalisme. D’où ce parler globish, devenu le patois de la République En Marche.

Mais le « boss », pardon, le président ne doit pas parler comme le vulgaire pékin qui milite pour lui. Emmanuel Macron – dont la culture est authentique et non haute en toc – sait tisser ses discours sur la trame de l’élégance française. Le président doit montrer qu’il est plus éduqué, plus intelligent que ses troupes et que ses interlocuteurs, heureux mortels qui reçoivent le don de sa Parole. Il utilise même des mots tombés en désuétude – perlimpinpin, galimatias etc. ; dans sa bouche, ils prennent une nouvelle vigueur. Macron s’est mis à l’école du général de Gaulle qui mobilisait d’anciennes formules, lesquelles, par leur sonorité et leur étrangeté, marquaient durablement les esprits. Cinquante-sept après, « le quarteron de généraux en retraite » qualifie toujours les auteurs du putsch d’Alger. Le « volapük » ou « la hargne, la grogne et la rogne » sont autant d’expressions qui flottent encore dans la mémoire des plus vieux.

Le corse banni de l’officialité, la grande ouverture anglomaniaque et le français châtié font partie intégrante de la stratégie macronienne. Au début, était le Verbe. Après Jupiter, Jéhovah. Carrément !

Jean-Noël Cuénod

16:09 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : macron, corse, langue | |  Facebook | | |

Commentaires

En suivant les travaux incontournables de Françoise Dolto selon laquelle le langage maternel concerne l'enfant avant même sa naissance la langue corse devrait l'emporter sur la langue française... l'enfant est être de langage par lequel il se structure n'en déplaise à Monsieur Macron.

Pour avoir vécu la Seconde guerre mondiale... une sorte de gloubi boulga Macron de Gaulle a de quoi choquer.

De gaulle parlait le langage de son milieu et de son époque: perlimpinpin ou galimatias, par exemple.

Plus martial, "chienlit"!

Monsieur Macron, vous l'écrivez juste, Jean-Noël Cuénod, utilise le français comme arme du pouvoir.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 15/02/2018

Si on peut se moquer des suisses qui se disent fiers d'être suisses, on ne peut pas en dire autant des corses, qui se disent fiers d'être corses! Ils ont aussi le droit de se dire chez eux sur leur île! La culture corse existe, elle est vivante et très originale, à la différence de la notre!

Écrit par : dominique degoumois | 16/02/2018

On note que dans les salons des élites on parle un français châtié le "franglais" cet horrible sabir dévolu à la rue

ce qui n'est pas étranger aux concerts privés apportés aux uns dans leurs salons

sans oublier certain rap misogyne dégradant concernant les femmes

des femmes, selon lesquelles... applaudissant de telles nouvelles "modernes" idoles
mais la culture de notre pays, dominique degoumois, n'est pas forcément non vivante ou non originale

en aucun cas pas que rien que de la poudre de perlimpinpin!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 16/02/2018

Macron, en interdisant le corse mais en utilisant constamment l'anglais même dans des notes officielles, démontre indirectement que le centralisme culturel est la voie pour l'américanisation brutale, l'uniformité permettra à l'américanisme d'avaler la France d'un coup. D'ailleurs le français n'est pas le ciment de la république, celle-ci est censée s'appuyer sur la libre volonté individuelle, et le français n'a été que l'instrument de l'impérialisme. Cela lui a d'ailleurs ôté sa dimension esthétique, et la chanson s'anglicise aussi à cause de cela, la poésie se provençalisait du temps de Mistral aussi pour cette raison.

Écrit par : Rémi Mogenet | 16/02/2018

Macron n'est pas choqué que la langue arabe soit la troisième langue parlée que l'islam soit la deuxième religion de France.

Chansons américaines:

https://youtu.be/zLkCWT2neuI?list=PL9Usv-OWgUF84SZWpkywT8uiGo9bWKx_r

https://youtu.be/zrK5u5W8afc?list=PL9Usv-OWgUF84SZWpkywT8uiGo9bWKx_r

Musiques et danses orientale:

https://youtu.be/1OSAUBJEtyE?list=PL876DD43E46FF00F2

https://youtu.be/AURm7GY-Uj4

Voilà voilà pour la chanson française, je pense Georges Brassens........

Être américanisé ou islamisé ? La réponse est simple.

La langue Corse officialisée était un atout pour la culture européenne. Ils ont préféré l'arabe et ses pétrodollars et pour cause.........

Écrit par : Pierre NOËL | 17/02/2018

On préfère l'arabe comme autrefois le russe... C'est quand même minoritaire, au bout du compte contre le communisme et contre l'islamisme, malgré la politique ambivalente de De Gaulle, on continue à pointer les missiles vers l'ennemi des Américains.

Écrit par : Rémi Mogenet | 17/02/2018

Réalités


Imaginons-nous à Davos au moment du discours en français "digne de ce nom" et remarquable d'humanité de Monsieur Macron
L'assistance est saisie

mais soudain s'éclaire une paroi où par la grâce de la technique on se trouve dans les rues de Paris concernées par les habitants extrêmement nombreux (Marianne) qui dorment dehors, non par choix... des parents, également, avec des enfants scolarisés qui eux aussi passent leurs nuits dehors sans abri autre que cartons ou couettes...

Réalités et... perspectives?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 17/02/2018

PS

On annonce plus grand froid et neige pour la semaine prochaine.

Se trouvera-t-il quelques "compagnons" style abbé Pierre pour secouer les consciences?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 17/02/2018

L'arabe comme le russe sont des langues très nobles si je puis dire. Le problème se situe dans les croyances, le communisme en est une, la Corée du nord en est la parfaite illustration.

Quant à De Gaule, ne refaisons pas l'histoire, ce serait discuter du sexe des anges c'est sans intérêt.

Les armes servent à tuer, qui est contre la peine de mort? Le dieu des croyants ou les croyants de dieu? L'hypocrisie ne tue pas directement, elle a ses soumis et ses dhimmis.

Écrit par : Pierre NOËL | 18/02/2018

La langue fait partie des premiers apprentissages de l’enfant. Fort souvent, il s’agit de dialectes. Puis à l’école, on apprend la langue principale de l’Etat, voire d’autres, comme en Suisse par exemple. Vouloir renier un dialecte ou un patois comme langue officielle est un acte de dictature inadmissible dans une nation au XXIe siècle. Macron fait une grande erreur, en l’occurrence; il a été poussé par des élans centralisateurs et jacobins qui ne doivent plus avoir lieu dans un Etat démocratique moderne. Il s’agit-là d’un de ses points sombres, comme on en connaissait en Allemagne et en Italie dans les années 30. Macron a perdu une occasion qui aurait démontré un développement du système français sclérosé.

Écrit par : Gilles Bourquin | 18/02/2018

Le Franglais de Macron est il aussi en Marche? Quand l Immobilisme et le double langage se mettent en route (ou se mettent En Marche, si on le veut!), plus rien ne peut l arrêter.

Franglais de Macron? Même la Presse américaine avait relevé que le discours en anglais de M. Macron est destiné à la presse étrangère mais son discours en Français est différent sur les même sujets car il est destiné aux "sans dent et sans culotte" français.

Bien à Vous.
Charles 05

Écrit par : Charles 05 | 18/02/2018

"Puis à l’école, on apprend la langue principale de l’Etat, voire d’autres, comme en Suisse par exemple."
C'est exactement ce qui se passe en Suisse alémanique, sans trop de problèmes, chose que personne ne semble savoir, notamment ceux qui en Catalogne prennent la Suisse pour exemple.

Écrit par : Mère-Grand | 18/02/2018

Un des plus grands problèmes en France est son Ecole qui n a pas réussi à ce jour ni à expliquer à NOS enfants c est quoi la laïcité "de la France" ni l enseignement professionnel ni la formation des professeurs. Le ministre de l Education a un grand projet mais il ne parle pas aux enseignants afin de hausser encore plus la côte médiatique autant la sienne que celle de M. Macron pour rester En Marche Forcée.

Ne dirait on pas que la France-Etat et la France-Opinion-Publique ne savent pas ou plutôt ne veulent pas savoir, entre autres, c est quoi la laïcité tout en voyant que la Religion est devenue presque une race comme les musulmans qui sont considérés tous forcément des potentiels assassins et s ils parlent arabe, Bon Dieu! Pour l enseignement professionnel, pourquoi faire du moment où on délocalise, on ferme des usines, on coupe dans les Cheminots et on n engage plus de profs ....etc...

Écrit par : Charles 05 | 18/02/2018

Les catholiques selon la signification du mot catholique sont des universels citoyens de l'univers

immensité, infini

avec cet autre mot infini qui dit aussi ce qui n'est pas encore fini, achevé

à venir

Écrit par : Myriam Belakovsky | 18/02/2018

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