22/01/2018

Laïcité et islam, l’impératif féministe

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La femme n’est pas seulement l’avenir de l’homme. Elle doit être le présent de la laïcité afin que celle-ci puisse développer tous ses effets. La laïcité repose sur deux principes de base : séparation entre l’Etat et les instances religieuses ; respect absolu de la liberté de conscience. Il est impossible d’entamer l’un ou l’autre de ces piliers, sans que s’effondre tout l’édifice qui abrite la vie en commun dans une démocratie[1]. A ces deux principes, il convient aujourd’hui d’associer un troisième, l’égalité entre femmes et hommes. Aujourd’hui, car naguère encore cette égalité n’existait pas dans les principes. Et actuellement, elle éprouve encore mille peines à entrer dans les faits.

C’est justement en raison de cette difficulté qu’il faut sans cesse promouvoir cette égalité majeure d’où découle toutes les autres. La discrimination entre hommes et femmes inaugure la domination par la violence, instaurée par le patriarcat. Ce pouvoir du père, on l’a retrouvé dans les autres types de domination sociale, notamment au sein de l’industrie. Aujourd’hui, ce modèle paternaliste est en voie d’abolition par le nouveau type d’hypercapitalisme financier globalisé qui s’instaure.

Ce qui rend d’ailleurs la réaction patriarcale d’autant plus virulente, réaction dont le salafisme radical n’est que l’un des aspects les plus spectaculaires. Dès lors, les risques de déchirement du tissu social en sont accrus. L’objectif principal de la laïcité étant de préserver et développer l’harmonie de la vie en société, la promotion de l’égalité entre  femmes et hommes lui est donc consubstantiellement liée. D’autant plus que la liberté de conscience est illusoire tant que l’une des deux parties de l’humanité est considérée comme inférieure à l’autre. Peut-on « penser librement » si l’on est mis en état d’infériorité et, par conséquent, d’aliénation ?

Dans ce contexte, la séparation entre Etat et instances religieuses est d’autant plus à préserver que certaines institutions confessionnelles constituent la base arrière des troupes de défense du patriarcat. Les Eglises romaine et orthodoxes ne sont pas prêtes à ouvrir la prêtrise aux femmes, contrairement aux autres Eglises chrétiennes[2]. Ce qui est un symbole d’inégalité très fort, puisque les femmes ne sont pas jugées aptes à donner les sacrements. De même, l’Eglise romaine et des courants évangélistes intégristes mènent encore une lutte déterminée contre les interruptions volontaires de grossesse.

Toutefois, ces tendances chrétiennes ont perdu de leur virulence, dans la mesure où leurs fidèles ont majoritairement intégré la notion d’égalité entre les genres (même s’ils ne la pratiquent guère au moment de laver la vaisselle, mais bon, ils ne sont pas les seuls dans ce cas !)

La laïcité et le courant mutazilite

En revanche, la discrimination sexiste fait rage dans de nombreux milieux musulmans, discrimination qui est légitimée par plusieurs passages du Coran. Notamment, le verset 34 de la quatrième sourate (intitulée « Les Femmes ») qui, en matière de discrimination, se révèle fort explicite :

Les hommes ont autorité [qawwâmûna] sur les femmes, en raison des faveurs que Dieu accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes à leur mari [qânitât], et protègent ce qui doit être protégé, pendant l’absence de leur époux, avec la protection de Dieu. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance [nushûz], exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les [wa-dribûhunna]. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Dieu est certes, Haut et Grand ! 

On trouvera dans le Coran d’autres versets nettement plus favorables aux femmes[3]. Mais il en va du Coran comme de la Bible et d’autres textes sacrés, les versets contradictoires ne manquent pas. Et le poids de ce verset 34 de la quatrième sourate n’est pas aboli par les autres. L’ennui avec le Coran, c’est qu’il est considéré comme vecteur de LA parole pure et intacte de Dieu, Mohamed n’en étant que le docile instrument. Mise à part l’interprétation du judaïsme orthodoxe concernant la Torah, la Bible porterait plutôt la parole des humains inspirée par Dieu, ce qui induit des changements, des modifications au fil des prophéties, puis des Evangiles.

Toutefois, l’islam est aussi traversé de courants contradictoires qui conçoivent une autre vision de la soumission au texte. L’école mutazilite indique, par exemple, que si Dieu a créé le Coran, le Livre Saint de l’islam n’est pas éternel dans la mesure où ce qui prend place à un moment donné dans le temps, ne peut pas procéder de ce qui est éternel. Dès lors, place est ainsi offerte à la discussion et à l’échange entre le doute raisonnable et la foi spirituelle. Le mutazilisme fut dominant au cours du VIIIe siècle de notre ère avant d’être supplanté. Ce courant cherche à renaître aujourd’hui ; une Association pour la renaissance de l’islam mutazilite (ARIM) a d’ailleurs été fondée en France en février de l’an passé (cliquer sur ce lien pour accéder à son site).

Dans sa présentation, l’ARIM indique, entre autres : Ainsi, nous sommes attachés à deux principes : aborder les textes, les pratiques et les dogmes de l’islam avec esprit critique et non comme des vérités absolues et inaltérables ; et garantir la liberté de l’individu à décider par lui-même de ce qui est bon ou mauvais pour sa pratique spirituelle.

Cette vision de l’islam est aujourd’hui d’autant plus minoritaire que les médias l’ignorent trop souvent et préfèrent ménager un large espace propagandiste aux salafistes radicaux et aux islamoterroristes, sujets nettement plus vendeurs en termes d’audience.

Il existe donc au sein de toutes les traditions religieuses des antidotes au sexisme. Les musulmans peuvent les trouver dans les leurs. Ce faisant, la laïcité leur apparaîtra comme une opportunité à saisir pour vivre leur foi dans la liberté et le respect de ceux qui ne partagent pas leurs conceptions religieuses. Car contrairement aux repas dans les cantines publiques ou à d’autres sujets subalternes, l’égalité entre femmes et hommes ne se négocie pas.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] La laïcité ne peut pas fleurir dans une dictature. En URSS et chez satellites, il n’y avait nulle séparation entre l’Etat les religions, puisque l’un contrôlait étroitement les autres, quand il ne les persécutait pas. Et ne parlons pas de l’Allemagne nazie, qui voulait créer une nouvelle mouture du paganisme germanique, ni de l’Italie fasciste et encore moins de l’Espagne franquiste, ce marais pour venimeuses grenouilles de bénitier.

[2]  Les Eglises protestantes permettent aux femmes d’accéder à la fonction pastorale et à la direction des églises ; chez les vieux-catholiques, appelés en Suisse catholiques-chrétiens, les femmes peuvent accéder à l’ordination et à toutes les fonctions ecclésiastiques ; depuis 2014, l’Eglise anglicane accepte l’ordination de femmes évêques.

[3] Entre autres, le verset 16 de la sourate 97 : Certes, Nous assurerons une Vie Agréable à tout croyant, homme ou femme, qui fait le bien.

16:27 Publié dans Laïcité | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : laïcité, féminisme, islam | |  Facebook | | |

Commentaires

Laïcité et islamisme?

Problème qui ne se posait pas au moment de la décision de séparer les affaires de l'Eglise de celles de l'Etat.

Qu'il s'agisse de nourriture, d'habits ou de congé, etc., l'islam, même dit modéré, ne cesse de compliquer la vie des pays d'accueil.

Abattages rituels cruels (également du judaïsme): pourquoi avoir accepté et pourquoi continuer à fermer les yeux?

Congés et jours de prière obligatoirement les mêmes que ceux des pays d'accueil.

Et que l'on ne vienne pas nous chanter, roucouler ou vocaliser que cette attitude du respect d'autrui comme du pays d'accueil fâcherait Dieu!

Lecture de la Bible recommandée à tous avec rencontres entre communautés religieuses.
Discussions entre "humains"!

Respect de la religion d'autrui... avec réciprocité.

La Bible offre non pas, comme pour le coran, pour la plus grande joie des élus, l'enfer éternel mais un temps... seulement.

Au "retour" (mot qui revient sans cesse dans la Bible) au revirement fondamental ou à la conversion le pardon est d'ors et déjà accordé à qui reconnaît sincèrement ses torts.

Que font nos pasteurs, à quoi jouent-ils: comment accepter ce qui apparaît aux yeux du profane comme une scandaleuse démission?

Les protestants sont proches du judaïsme avec ses rabbins mariés et pères de famille exactement comme les imams... Il devrait y avoir moyen de s'entendre à condition de chercher autant que faire se peut le vérité en second, le bien-être et la joie de vivre des fidèles en premier lieu.

Sans oublier que les contraintes qui forcent... faussent.

Les domaines matériel comme intellectuel sont plus ou moins ouverts au public mais en arrivant devant le domaine spirituel on devrait en approchant déchiffrer sur un modeste écriteau les deux mots suivants: PROPRIETE PRIVEE

Aux gens d'Eglise comme de mosquée le soin d'édifier leurs fidèles dans le sens de la beauté, de la bonté ainsi que de l'aspiration légitime à la sécurité

Edifier signifiant également construire quoi?

Un monde meilleur pour tous.

Écrit par : Myriam Belakowski | 22/01/2018

Heureusement que les Mutalizites ont existé! Sinon que pourrait-on invoquer pour montrer que l’islam est divers et varié? Depuis l'époque de ces partisans (en partie) de la raison, on attend vainement qu'un mouvement digne de ce nom conteste la statut du Coran.
Pour moi, cette affirmation que le Coran est incréé, parfait, qu'on ne peut rien remettre en question est l’obstacle majeur d’une part à l'évolution des musulmans pieux, d'autre part à la possibilité pour nous de respecter cette religion.
Quant aux versets qui discriminent les femmes, ils sont me semble-t-il infiniment plus nombreux que celui que tu cites. Je te rappelle le demi-héritage, le demi témoignage, la répudiation unilatérale(un des pires aspects), le viol des captives et leur esclavage...

Écrit par : Mireille Vallette | 22/01/2018

C'est quoi la Liberté de conscience?

la définition ne veut rien dire, c'est la porte ouverte à tout et n'importe quoi.

Le croire en islam c'est haine, racisme, viol et mariage des gamines, tuer ou mettre en dhimmitude le non musulman, le juif et faire disparaître Israël. En toute Liberté de conscience
Il faut faire la part des chose, cela ne concerne pas tous les musulmans mais une bonne majorité des croyants. Le statut des hommes est dans le coran ou celui-ci peut avoir 4 femmes esclaves, soumises au labour du mâle.

Vu la dangerosité du concept, il faut l'interdire dans sa forme actuelle ainsi que le coran, sinon se sera une guerre mondiale par grandes puissances interposées.

"" La liberté de conscience est le droit d'un individu d'avoir le libre choix de son système de valeurs et des principes qui guident son existence et de pouvoir y adhérer publiquement et d'y conformer ses actes. Elle inclut la liberté de croyance, de religion ou de ne pas avoir de religion.""

La Liberté de conscience islamique nous oblige à penser haut et fort qu'il faut réagir au plus vite en stoppant le monstre islamonazi.

Écrit par : Pierre NOËL | 23/01/2018

La femme avenir de l'homme, (?) il faudrait qu'elle commence par assumer ses responsabilités afin d'assurer son avenir. Qu'elles s'instruisent sur le pourquoi du par ce que si je puis m'exprimer ainsi.

Les religions ne sont pas l'avenir de la femme loin s'en faut, elles ont été inventées par des hommes pour les hommes. Les femmes, pour certaines d'entres elles, ont servit dans les colonies à évangéliser afin de rendre des services à ce capitalisme religieux en rien vertueux, qu'il faut toujours combattre. Les despotes africains ont mal copié ou imité ces capitalistes appartenant aux royautés de toutes les couleurs, l'état de l'Afrique aujourd'hui en atteste.

L'islam, avec l’amabilité du vatican et des églises réformées, abêtit la femme de plus en plus en chiffonnée, entorchonnée. les adeptes croyants, dangereux, démontent brique par brique d'une manière sournoise, cette Laïcité moribonde. La Liberté d'expression est elle aussi réduite en conséquence.

La Liberté c'est l'émancipation de la femme celle-ci renforçant celle-là.

les musulmanes doivent se révolter par tous les moyens en quittant le concept islamique mortifère. Quant aux dirigeants européens, ils nous mettent en danger pour plusieurs générations.
La Laïcité n'est pas une arme, elle n'est qu'un -moyen pour vivre ensembles entre chrétiens croyants et non croyants, entre catholiques et protestants et les juifs pas avec des musulmans qui veulent notre peau ou nous soumettre.

Depuis notre islamisation, la Laïcité n'est plus suffisante pour assurer notre sécurité, notre Liberté et nos modes de vies. Nous devons les obliger les dirigeants de tous les pays d'Occident sous peine de révolte, à changer de cap.

Ne plus voter pour des énarques est impératif; voter pour des responsables voulant interdire l'islam, est devenu obligatoire, impératif si nous voulons éviter des conflits sanglants. Tout est lié......

Écrit par : Pierre NOËL | 24/01/2018

L'avenir de l'homme comme de la femme, leurs enfants, la planète dépend du bon sens de chacun et de la notion de responsabilité tant individuelle que collective.

Pierre NOEL vous faites un mélange constant concernant ce que les évangiles appellent le bon grain, d'une part, l'ivraie, de l'autre.

Jean-Noël Cuénod signale les avancées solidaires suscitées par les évangiles mais il faut admettre qu'aujourd'hui les questions qui se posent à l'humanité ne sont pas les mêmes que celles d'il y a environ deux mille ans

à commencer par la transition écologique (les paraboles évangéliques, selon Renan, sont provoquées par le bon air et la gaieté des habitants de la Galilée qui inspirent Jésus contrairement à son approche de la Judée avec... Jérusalem et les gens du Temple juristes et docteurs de la Loi.

Écrit par : Myriam Belakowski | 24/01/2018

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