30/11/2017

Comment le salafisme infiltre les syndicats en France

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«La laïcité est trop souvent bafouée dans les entreprises». Un syndicaliste «musulman et républicain» fait part de son inquiétude. Et dénonce l’influence toujours plus forte des intégristes islamistes mais aussi évangélistes à la base des organismes de salariés

 

 Pratiquer l’islam et militer en faveur des valeurs laïques de la République française n’a rien d’incompatible pour Mustafa. Toutefois, en affirmant publiquement cette double position, il prendrait de gros risques vis-à-vis des musulmans intégristes – souvent regroupés sous la dénomination de salafistes– dans un contexte intercommunautaire particulièrement tendu depuis la série d’attentats djihadistes qui ont visé la France. Aussi, Mustafa n’est-il pas le vrai prénom de ce responsable d’un grand syndicat (son identité est connue de la rédaction).

S’il souhaite ne pas être identifié, il tient toutefois à sonner l’alarme sur un fait peu et mal connu : l’infiltration des salafistes à la base des syndicats et les violations des principes de la laïcité au sein de certaines entreprises. «C’est la France de très en bas», poursuit-il, «la France qui se lève à 5 h. du matin pour le salaire minimum.»

La représentation du personnel et sa défense s’effectuent à plusieurs niveaux en France. D’une part, les salariés d’une entreprise élisent leurs représentants au sein de trois instances (Délégués du personnel, Comité d’Entreprise, Comité d’Hygiène, de sécurité et des conditions de travail) qui, dès le 1er janvier prochain, fusionneront au sein d’un seul Comité social et économique (CSE) créé par les ordonnances Macron. D’autre part, les syndicats désignent leurs représentants au sein des entreprises. Les premiers sont des élus, les seconds, des mandataires. Il est possible de cumuler les deux fonctions.

Effets de la concurrence entre syndicats

«Voilà ce que j’ai pu constater dans certaines boîtes d’Ile-de-France», explique Mustafa. «Des salariés fréquentant les mêmes mosquées d’inspiration salafiste et vivant dans les mêmes quartiers, parfois dans les mêmes rues et provenant souvent des mêmes pays d’origine se portent candidats aux élections professionnelles, parfois sur plusieurs listes différentes. Les uns seront candidats de tel syndicat, d’autres, de tel autre, etc. Lorsqu’ils font campagne, ils prennent bien soin de ne pas afficher leurs convictions intégristes. Souvent, ils profitent du manque d’engagement des autres salariés au sein de ces structures représentatives pour s’imposer comme de bons défenseurs de la cause du personnel. Une fois élus, certains de ces intégristes s’entendent pour quitter leur syndicat et rejoindre celui qu’ils jugeront le plus puissant. Leur poids au sein du Comité social et économique de l’entreprise et de leur nouveau syndicat en sera renforcé d’autant. »

Mustafa relève également la vivacité de la concurrence entre les nombreuses centrales syndicales (en France, on en dénombre au moins huit) pour expliquer leur bienveillance vis-à-vis de ces élus de base qui leur apportent des sièges:  «Non seulement, ils seront élus comme délégués du personnel, mais encore leur syndicat les désignera volontiers comme délégués au sein des entreprises. Ce sont de véritables petits sultans qui s’installent dans ces structures de représentation et de défense du personnel. Leur stratégie consiste à investir la base mais sans chercher à grimper dans la hiérarchie syndicale. Dès lors, ils ne gênent personne au sommet !»

A noter, que les intégristes évangélistes adoptent la même stratégie, en visant d’autres buts. Ils contribuent, eux aussi, à leur manière, à ce «communautarisme» bien contraire à la «République une et indivisible»    

L’imam payé par son employeur

Cette présence importante des salafistes au sein de ces organismes n’est pas sans conséquence, loin de là, comme le précise Mustafa: «Tout d’abord, ils font tout pour discriminer systématiquement les femmes et même les dénigrer. Par exemple, un représentant des salariés, récemment, s’est attaqué à des responsables de la coordination au sein d’une boîte, uniquement parce qu’il s’agissait de femmes. Pourquoi la direction ne réserve-t-elle pas ces postes aux hommes ? Voilà ce qu’on peut entendre au sein d’un Comité d’entreprise, de la part d’un élu du…personnel! Tout est fait pour sortir les femmes du monde de l’entreprise afin qu’elles regagnent leur foyer ». En outre, les comités d’entreprise reçoivent de leurs employeurs une subvention représentant 0,2% de la masse salariale brute, somme qui se révèle fort importante selon la taille de l’entreprise. Cette manne patronale sert à financer les œuvres sociales de ces comités d’entreprise (lieux de vacances, bons cadeaux, événements divers). Les élus d’entreprises en sont les dispensateurs. Ce qui accroît leur prestige auprès de leurs collègues.

Mustafa ajoute que ces salafistes, forts de leur statut d’élus, répandent leur idéologie antisémite. Quant à la sécurité, cette présence salafiste pose de très sérieux problèmes. Notre interlocuteur cite un exemple parmi d’autres: «Un représentant du personnel d’une société de service n’a pas reçu l’autorisation de se rendre dans le périmètre d’un ministère, car il est repéré comme musulman intégriste par les services de renseignement. Sa boîte n’a pas pu le licencier car il est protégé par son statut d’élu représentant du personnel. Pour ne pas avoir d’histoire, son employeur a préféré lui verser son salaire sans obligation de se rendre au travail. Comme il est imam, il peut donc accomplir sa mission religieuse tout en étant salarié par son entreprise!».

Et la lutte contre le terrorisme ? «Je ne dis pas que ces salafistes d’entreprises sont tous des terroristes, bien sûr. Il n’empêche que dans un pareil contexte, un terroriste y évoluerait comme un poisson dans l’eau».

Un cadre supérieur d’une entreprise publique – qui tient lui aussi à ce que son nom ne soit pas publié – confirme en tous points les dires du syndicaliste. Il ajoute : «Une grande partie des intégristes sont liés au gangstérisme et aux réseaux mafieux. Il y a osmose entre intégrisme et gangstérisme.» Ce cadre met en cause les scissions fréquentes au sein du monde syndical : «Cette fragmentation fragilise les organisations qui deviennent ainsi des cibles plus aisées à atteindre pour les intégristes.»  

Contre le salafisme en entreprise «Promouvoir les femmes» 

Comment lutter contre ce fléau? Réponse de notre interlocuteur syndicaliste et musulman: «Le plus urgent est de promouvoir les femmes dans les organismes de représentation du personnel et les instances syndicales. La laïcité ne doit pas s’arrêter aux portes des entreprises, charge à elles de disposer d’une charte à cet effet comme il s’en trouve dans les écoles publiques. Et enfin, il faudrait que les employeurs cessent de se montrer laxistes vis-à-vis des violations de la laïcité et que les plus hauts responsables des syndicats prennent enfin la mesure de l’infiltration des réseaux salafistes à leur base. Pour moi, être musulman dans son cœur, c’est respecter pleinement la liberté de conscience. »  

Jean-Noël Cuénod

Article paru mercredi 29 novembre 2017 dans la Tribune de Genève et 24 Heures.

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29/11/2017

Ariane Ferrier, un hommage

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Ainsi Ariane[1], tu ne seras pas une vieille dame. Devant ton visage de madone, le temps en est resté interdit. Piteux, il s’en est retourné avec ses âges et ses outrages. Te voilà jeune à jamais. Grâce à toi, l’éternité ne prendra pas une ride.

Mais cela nous fait une belle jambe, puisque nous ne te verrons plus, puisque nous n’écouterons plus tes formules caustiques décochées de ta voix flûtée, mine de rien. Courtoisie narquoise. Nuage persiffleur dans la tasse de Darjeeling. Griffe dans la tapisserie, rue des Granges. Fêlure sur un vase de Sèvres.

Les patriciens genevois ont de l’esprit mais point d’humour, dit-on. Tu avais le bon goût de partager et l’un et l’autre. La cascade de ton rire ne sera pas tarie de sitôt. Il nous reste tes chroniques à relire et à découvrir ta «Dernière gorgée de bière», Dieu merci… Mais faut-il vraiment Le remercier ? Envie de lui faire la gueule, aujourd’hui. Car tu aurais pu en écrire tant d’autres sur l’avalanche de ridicules qui encombrent nos voies de façon bien plus massive que des amas neigeux sur la ligne du Simplon.

Tu avais le chic pour débusquer la bouffonnerie cachée sous les lourdes tentures de la componction, pour faire sortir le burlesque de ses buissons médiatiques, pour traquer le Père Ubu dans les plis de la mode.

Ariane, tu avais l’élégance de la légèreté. N’ayons pas le cœur lourd. Enfin, essayons. Pour toi.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Ariane Ferrier vient de nous quitter à 59 ans. Journaliste et chroniqueuse de talent, elle a travaillé aux quotidiens La Suisse, La Tribune de Genève, La Liberté, entre autres ainsi qu’à la Télévision suisse romande. A lire « La Dernière gorgée de bière » Éditions BSN Press qui sort aujourd’hui.

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27/11/2017

Sinaï : Frères soufis qui avec nous vivez !

L’islamoterrorisme a frappé au Sinaï « le cœur de l’islam » en massacrant 305 personnes dans la mosquée al-Rawda, dédiée au soufisme. «Le cœur de l’islam » c’est ainsi que l’on appelle ce courant initiatique et ésotérique. Le Soufisme, persécuté par les tyrans du salafisme, comme le fut la Maçonnerie sous les dictatures européennes. Que les francs-maçons n’oublient pas ces frères en initiation.

Même si Daech n’a pas encore revendiqué ce carnage, il en porte la marque. Le soufisme est perçu par l’Etat Islamique comme l’un de ses pires ennemis, car se tenant à l’intérieur de l’islam. Ce faisant, les islamoterroristes ne font que mettre en actes l’idéologie salafiste qui a toujours mené contre l’islam ésotérique une guerre implacable.  Il est difficile de donner une définition générale du soufisme qui inspire de nombreuses tarîqat (voies) fort différentes les unes des autres en fonction du maître (Cheikh) qui les a créées. Par ce lien, l’influence spirituelle, cette étincelle divine, se transmet de maître à disciple par une chaîne de transmission initiatique (silsila). Il s’agit pour l’initié de « goûter » Dieu, de s’efforcer à se purifier pour atteindre l’Unicité, la fusion dans le Divin. Cette conception n’est pas si éloignée de la doctrine de la Réintégration étudiée par un des rites maçonniques, le Régime Ecossais Rectifié.

Pour parvenir à cet état ­– Dieu sait si le chemin est long ! – le soufi doit pratiquer un ensemble de prières, de méditations, de rituels, d’incantation et de discipline de vie. Mais il doit aussi percevoir les vérités cachées du Coran. Cette volonté de placer au premier plan l’esprit du livre sacré de l’islam plutôt que la lettre, de le questionner, d’en tirer la substantifique moelle, a suscité la colère des musulmans intégristes soucieux de diffuser la lecture exclusivement littérale du Coran : nul besoin de réfléchir, il faut se contenter d’apprendre les sourates par cœur.

 Cette liberté de chercher Dieu hors des sentiers battus reste insupportable aux intégristes de toutes les époques. Le premier martyr du soufisme est Ibn Mansour al-Halladj qui fut crucifié en 922 à Bagdad, d’autres ont suivi. L’un des plus récents a pour figure celle du chanteur pakistanais Amjad Sabri, assassiné par des talibans en raison de son appartenance au soufisme et de ses « blasphèmes ».

En mai 2016 à Mostaganem en Algérie, s’est tenu le 1er congrès mondial du soufisme réunissant les représentants d’une quarantaine de pays afin d’élaborer une stratégie pour se défendre contre l’islamisme radical. Cette réunion n’avait alors guère suscité l’intérêt des médias européens. La nouvelle était pourtant d’importance dans la mesure où, selon Jeune Afrique, le soufisme compte 300 millions d’adeptes sur 1,6 milliard de musulmans. Ce qui démontre, une fois de plus, que considérer l’islam comme un bloc monolithique relève de l’ineptie. Une ineptie largement partagée par les partis dits « populistes » qui ne font ainsi que conforter les éléments les plus toxiques de l’islamisme. Dans ce contexte, la présence des soufis est, pour reprendre l’expression du regretté Abdelwahab Meddeb (écrivain et animateur à France-Culture), « un antidote au fanatisme ».

Chercher l’esprit pour ne pas se faire étouffer par la lettre a toujours suscité la réprobation des hiérarchies confessionnelles et des Etats autoritaires qui craignent que cette fâcheuse quête aboutisse à la remise en cause de leurs pouvoirs respectifs (mais pas forcément respectables). Ainsi, au XXIe siècle, l’Eglise romaine considère toujours que les catholiques francs-maçons sont en état de péché grave et leur interdit la Sainte Communion. Mussolini, Hitler et Franco mais aussi Lénine et Staline les ont persécutés.

Soufis et francs-maçons ont en partage cette histoire et l’initiation qui, sous des formes très diverses, n’est qu’une, depuis le premier matin de l’univers. Cette fraternité, il serait temps d’en prendre conscience. L’émir algérien Abdelkader et le penseur français devenu égyptien René Guénon, tous deux soufis, n’ont-ils pas reçu l’initiation maçonnique ?

Frères soufis qui avec nous vivez, vous n’êtes pas seuls.

Jean-Noël Cuénod

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23/11/2017

Le Plouc « En état d’urgence » vient de sortir !

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Le nouveau recueil de poésie pondu par Jean-Noël Cuénod, vient de sortir des presses de La Nouvelle Pléiade après avoir reçu le Grand Prix de Poésie des Jeux floraux 2017 à Pau. Le Plouc cède le clavier à Vital Heurtebise, président de « Poètes sans frontières » et auteur de la préface. A lui, grand merci.

Le poète vrai assume une double fonction, une fonction sociale : il est témoin de son temps, il en dénonce et combat les excès. Il est alors le « veilleur au créneau », et une fonction spirituelle : il apporte un message par lequel le lecteur se sent transporté en esprit, il est alors « éveilleur d’âmes ». Les deux fonctions peuvent d’ailleurs se retrouver dans un même texte, sur un même sujet.

Jean-Noël Cuénod assume cette double fonction !

Journaliste de profession et de surcroît…poète, comment ne se sentirait-il pas agressé par les horreurs de notre belle actualité ! Quand le journaliste ne peut que « balbutier les évènements » dans un article objectif, certes, mais peu propice à l’expression de sentiments personnels, la poésie, par contre, est bien cette « parenthèse de vie ouverte dans l’existence » et que l’on ne referme pas sans avoir crié toute sa révolte, sans avoir hurlé de la douleur d’autrui, sans avoir condamné la haine, la violence et le meurtre perpétué par des fous.

« En état d’urgence », écrit après l’attentat du Bataclan, marque le chemin du poète d’une pierre noire, un chemin déjà et depuis longtemps jalonné de pierre semblables. Le poète ne cessera jamais de croire en l’Homme mais au prix de combien de désillusions ! Une vague d’amour passera toujours et repassera sur nos désespérances, et s’il n’en reste rien « qu’un peu de sel à nos âmes » remercions en le poète : il nous a montré la voie de l’honneur.

Vital Heurtebize Président de « Poètes sans frontières »

 OÙ SE PROCURER LE BOUQUIN ?

 « En Etat d’Urgence » (15 euros) peut être commandé sur le site de Poètes sans frontières – L’Etrave en cliquant sur le lien hypertexte suivant :

 http://www.psf-letrave.fr/ds/nos-editions/989/-en-etat-d-...

 A Genève, il est disponible à la Libraire Le Parnasse, 6 rue de la Terrassière (Rive-Eaux-Vives, cyberadresse : leparnasse@vtxnet.ch)

 Plusieurs lectures-danses autour de ce livre sont prévues à Genève et à Paris pour le début 2018. Nous vous tiendrons au courant.

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17/11/2017

Conte Délirant signé Le Plouc & Burlingue

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Grâce à l’excellent éditeur Alain Miquel, Le Plouc a rencontré un compagnon de délire, Burlingue, alias Xavier Bureau, un dessinateur qui allie poésie, cocasserie, folie et talent. Rien que ça. Il va exposer à Paris à La Galerie des Patriarches, (12 rue des Patriarches, Ve arrondissement) du 23 novembre au 20 janvier[1]. Le vernissage se déroulera mercredi qui vient, soit le 22 novembre. Si vous êtes l’Hexagonale Capitale, poussez vos pas jusque-là, vous ne le regretterez pas.

Ci-dessus, une gouache de Burlingue « Cavalcade » qui a inspiré au Plouc ce conte délirant.

CAVALCADE  

J’ai le mal de terre. Tous ces virages à tordre les boyaux du diable, ces épingles à cheveux qui vous défrisent, ces tournants qui vous tourneboulent. Il faut monter, que voulez-vous. Ne pas se contenter de la plaine pleine de vide. Là-haut, c’est mieux. C’est toujours mieux, là-haut. La vue y est dégagée. Mais dégagée pour aller où ? Hein ? Pour le savoir, il faut monter. Pas d’autre issue. Et on ne monte pas en ligne droite. Jamais. Impossible. Le plus novice des mulets le sait bien. Désignez-lui le sommet. Et il vous tracera le chemin. Mais en zigzag. La nausée, c’est le prix à payer pour s’extirper des émouvants marais mouvants du pays d’en-bas.

Un puissant parfum de patchouli me fout la gerbe. L’odeur jaillit de la terre comme un geyser odorant. D’étranges visions palpitent dans l’air épais transformé en vaste écran de cinéma.

Les femmes ? Où sont les femmes ? Je ne les vois pas ! Ah si, en voilà une, en tête du cortège, danseuse sur le cul d’un cheval de parade à la queue enrubannée. La belle – certes, je ne la vois pas bien mais elle ne peut être que belle, toutes les femmes sont belles quand elles dansent. Où en étais-je ? Elle me rend chèvre, cette Cavalcade... La belle, disais-je, brandit haut une ombrelle. Pour l’équilibre. Pas pour le soleil. Elle le précède, le soleil, tenu par un Africain en babouches, juste un peu plus loin. Les jambes nues de la danseuse forment un 4. Je me mettrai bien en 4 pour satisfaire ses 4 volontés aux 4 coins du monde. Elle est l’âme du corps animal. D’un coup d’ombrelle, elle ferait vaciller la planète. La force est dans la grâce, voyez-vous ? Non. Vous ne voyez rien. Bien sûr…

Et le grand crétin en habit d’aristo qui la suit peut bien faire le chef avec son tricorne vissé sur sa tête de piaf, ses gestes véhéments et son jarret tendu, il n’est qu’un pantin qui reste de bois. Le chef serait plutôt l’Indien, avec sa cascade de plumes, tirant sur sa pipe sous un dais pour envoyer des signaux de fumée à un mystérieux correspondant. Juché sur son rhinoféroce blindé, l’Indien n’a plus besoin d’être chef. Il a dompté le corps animal et sait que seule la danseuse dirige l’univers. Il lui reste les plumes, certes. Pour faire joli. Sans plus.

Le paon suit. Sternum faraud mais roue pliée. Pas même une roue de secours. Pas du tout une roue de secousse. Paon digne mais paon de peu.

 Et ce geyser de patchouli qui rejaillit encore plus fort… Si le ciel avait des aisselles, elles auraient cette odeur tenace, nauséeuse, capiteuse, stomacale. Fourrer son nez dans les aisselles du ciel… But de cette montée cavalcade ? En guise de touffes poilues, les nuages. Sous les nuages, la peau bleue souple comme la membrane d’un organe palpitant.

Avant de renifler, il faut monter, monter en serpentant. Nous sommes tous des boas. Nos langues bifides captent les molécules divines dans les jets de patchouli. Le film continue sur l’écran du parfum.

 Un Louis XIV se balance dans son carrosse décapotable. Son engeance sera décapitée. Il n’en perd pas la tête pour autant. Il faut bien une tête pour porter la perruque, non ? C’est la perruque qui fait le roi. Plus de tête, plus de perruque. Plus de perruque, plus de roi. C’est net, simple tranché. Louis XVI ne l’avait pas compris. Où avait-il la tête ?

Encore une femme, nous sommes sauvés ! Habillée comme une comtesse russe qui aurait pris le thé chez Tchekhov, elle conduit de son fessier magistral le dinosaure devenu doux comme un agnelet pour carte postale. Le monstre ne bouffe même pas l’agaçant roquet qui le devance. Castratrice, la comtesse russe ! Elles se sont fait la malle, les couilles du mâle. « Où est le mal ? » s’exclame la comtesse. « Il n’a même pas eu mal. Un petit couinement préhistorique et hop, les testicules ont rejoint l’espace quantique. Mon dino est désormais indéterminé. Mort et vivant à la fois. Ici et ailleurs en même temps. Un dino de Schrödinger » La comtesse russe a bien envie d’en faire de même avec Tchekhov qui a la chance d’être tout à fait mort.

 L’automobiliste en crayon à moteur négocie son virage. Mais vous connaissez les virages… Redoutables partenaires ! Le virage l’attend donc au tournant. Le juge, le jauge et ne laissera le crayonmobile poursuivre sa route que s’il signe un exploit. N’importe quel exploit.

Tiré par une jument noire qui se cabre, le carrosse vide ressemble à un corbillard qui aurait laissé partir son cercueil. A moins que la cavale n’ait pris le mort aux dents.

L’hyène cycliste est en position de sprinteuse. Et pourquoi n’y aurait-il pas d’hyène cycliste ? Nous avons bien eu jadis, au temps sartrien, une hyène dactylographe. Le vélo fait partie de l’hygiène des hyènes. Pourquoi tant d’hyènes dans le monde ? Ah ça, c’est une autre histoire… Ici, il n’y en a qu’une, qui cherche à dépasser tout le monde de façon subreptice. Une vraie hyène, quoi !

Entre l’hyène cycliste et le filiforme qui court en dansant, il paraît perdu, le mégacéphale sans cou, sans épaules dont les bras et les jambes surgissent de sa tronche inquiète. Il est dépassé par les événements et ça le rend morose. C’est dur de se voir dépassé par plus rapide que soi. Mais l’être par les événements, quel sort funeste ! Vous voilà seul, sans événements. Vous n’êtes même pas dans un désert. Car un désert, c’est encore un événement. Vous n’êtes même plus un événement pour vous-même. Vous flottez dans un vide indéfini, infini. Fini, vous êtes.

Chevauché par un autre Louis XIV emplumé, le coq géant caquette son agacement. Il s’en va piquer les minces fesses du filiforme, rien que pour passer sa colère d’être cornaqué par l’empanaché. Et puis, il ne peut pas y avoir deux Louis XIV. Cela ferait un Louis XXVIII. Et il n’y jamais eu de Louis XXVIII, relisez bien votre manuel d’histoire. Lorsque la cavalcade aura atteint ses sommets, il faudra couper la tête à ces deux Louis. Nous aurons ainsi un Louis 0. Et tout rentrera dans le désordre.

Soyons juste et impartial. L’ire du coq a peut-être une autre origine. Un ange à roulettes piloté par un diablotin souffle de la double trompe dans le cul du gallinacé agacé. Il y a de quoi mécontenter le plus placide des monarques de la basse-cour, non ? D’ailleurs, même ceux de la haute-cour détestent qu’un ange – même à roulettes, même conduit par un sous-diable – leur souffle de la double trompe au prose ; ça leur donne des vers.

Un souverain oriental portant barbe assyrienne, suivi de son esclave porteur d’ombre, traine toge et robe dans la poussière des chemins. Il s’en fiche. Ses esclaves feront la lessive. Un jour nous retournerons tous, esclaves et souverains, à la poussière originelle. En attendant, il y a ceux qui nettoient et ceux qui sont nettoyés. Nous ne sommes pas tous nés de la même poussière. Certaines sont plus légères que d’autres et lorsque le vent souffle, elles vont au ciel. L’égalité des poussières n’est pas encore à l’ordre du jour. Ni de la nuit.

 Le dinosaure qui suit le souverain oriental n’a pas de barbe, même assyrienne et arbore sur son dos saurien une crête de punk tout à fait démodée. Sait-il que depuis des lustres (en plastique, pas en cristal) les Sex Pistols ont débandé ? Mais non, il n’en sait rien, le dinosaure ! Vous avez vu l’étroitesse de son crâne ? Pas de quoi abriter des nichées de neurones.  Il n’est bon qu’à tirer la langue en même temps qu’un char portant un vase antique garni de fleurs du même âge et surmonté d’un dais dont les montants ne tiennent que par la force du Saint-Esprit. Il faut bien qu’il serve à quelque chose, le Saint-Esprit.

 Sain d’esprit, tel est Neptune chevauchant un paquebot. Pas que beau, le Neptune, bodybuildé, surtout. Sain de corps aussi. Les muscles roulent sous la peau comme des courants sous-marins. Dans cette chair abondante, des mystères aquatiques se meuvent avec force et délicatesse. De son trident, Neptune fera surgir des monstres marins lorsqu’avec la Cavalcade, il sera parvenu tout en haut, là où la mer et le ciel ne font plus qu’une même soupe d’âmes.

 Le fou mandoliniste, échappé sans doute d’un carnaval belge, danse les yeux fermés. Pourquoi belge ? N’avez-vous pas remarqué le lion flamand qui lui colle aux fesses d’un air narquois ?

Comme tous les fous – les vrais, pas ceux qui se prennent pour des rois – son troisième œil, bien ouvert, suffit à lui montrer le chemin. C’est le seul qui permet de voir l’invisible. Il est préférable de laisser les deux autres yeux dans leur nuit, lorsqu’on veut atteindre le sommet où tous les mondes se rejoignent. Nécessité de la cécité.

 Un chien ferme la marche, tête basse, à la recherche d’une odeur perdue. Et un dragon, queue entre les jambes, regarde en arrière la plaine qui s’éloigne et s’estompe dans la poussière du soleil. Il me contemple courant en vain derrière ce cortège. Et je reste seul, seul, seul dans une plaine sans parfum.

 Jean-Noël Cuénod

[1] La Galerie est ouverte du jeudi au samedi, tous les renseignements se trouvent sur le site www.galeriedespatriarches.fr ; adresse électronique : galeriedespatriarches@gmail.com.

 

 

15:58 Publié dans Poésie L'Or du temps | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : art, poésie, conte, fantastique, dessin | |  Facebook | | |

13/11/2017

«Laïcité» laxiste ? «Laïcité» sectaire? «Laïcité» identitaire ? Laïcité tout court!

laïcité, identité,Etat,liberté

La polémique soulevée par Charlie-Hebdo contre Edwy Plenel à propos de l’affaire Tariq Ramadan doit être dépassée. On devine, derrière ces attaques, des règlements de comptes personnels et confraternels[1] qui polluent et parasitent le seul débat qui vaille : quelle laïcité pour quelle République ? Surtout en ce triste anniversaire des attentats du 13-Novembre 2015.

Placer au bon endroit le curseur de la laïcité paraît fort malaisé à pratiquer, en France, à Genève et ailleurs, surtout lorsqu’il s’agit d’islam. Ainsi, trois pseudo-«laïcités» sont-elles mises en avant : laxiste, sectaire et identitaire.

«Laïcité» laxiste 

 Pour certains militants d’extrême-gauche, notamment parmi certaines variétés trotskystes, il est possible de s’allier avec les fondamentalistes musulmans dans la mesure où les uns et les autres ont deux ennemis communs, à savoir l’impérialisme américain et le capitalisme mondialisé. Cette position – qui fait fi des aspects les plus rétrogrades et antidémocratiques, voire fascistoïdes des islamistes – s’explique, en partie du moins, par la frénétique recherche du prolétaire perdu. Pour cette frange gauchiste, le vrai prolétaire est désormais le musulman militant engagé contre l’Occident. Il s’agit donc de se concilier ses bonnes grâces dans le but d’en faire un camarade de combat.

 L’ennui, c’est que ça ne marche pas ainsi. Le prolétaire en question ne se perçoit pas comme lié à sa condition ouvrière. Il se vit essentiellement en tant que musulman fondamentaliste ou salafiste. Il n’a que faire d’une identité ouvrière qui, à ses yeux, le rabaisse.

Or, ces gauchistes ont oublié ce point essentiel du catéchisme marxiste : pas de classe, sans conscience de classe. Dès lors, l’islamiste ne se reconnaissant pas comme un prolétaire mais comme un héraut de l’islam intégriste, le combat qu’il mènera ne sera pas celui de la libération des travailleurs, mais de la diffusion de l’islam dans sa version fondamentaliste. Pour ce faire, il utilisera ces gauchistes comme Lénine manipulait les « idiots utiles », c’est-à-dire les intellectuels, compagnons de route du Parti bolchévique.

La laïcité est considérée, par cette aile du gauchisme, comme une tambouille bourgeoise au fumet colonial.

Du côté des ultralibéraux, la même complaisance envers l’islamisme peut se vérifier, avec, bien sûr, une autre forme de discours. Ainsi, lors des élections parlementaires de 2012 aux Pays-Bas le Libertarische Partij (Parti libertarien) draguait sans complexe l’électorat musulman lui promettant de ne jamais voter contre le port du voile islamique et l’abattage rituel. Dans cette optique, la laïcité est un avatar de l’Etat. Moins il en a, mieux le libertarien se porte. Voilà pour la version laxiste. Voyons maintenant, la laïcité sectaire.

«Laïcité» sectaire 

Elle est souvent défendue, sur des modes divers, par d’autres branches de l’extrême-gauche, de la gauche ou par les défenseurs de l’athéisme. Elle consiste à interdire aux institutions religieuses toute expression dans le domaine public ou sur le champ politique.

Or, si la laïcité  exclut ces institutions des organes de décision et de délibération politiques, elle ne saurait s'opposer à la Convention européenne des droits de l'homme qui, à son article 9, leur garantit la pleine liberté d’expression dans le cadre de la loi. L’Eglise romaine peut manifester – hors de ses Eglises et dans le respect de la tranquillité publique – contre le mariage gay sans que cela ne lèse le principe de la laïcité ; comme d’autres associations ont le droit de descendre dans la rue pour soutenir cette loi. En revanche, cette même Eglise ou certains militants agissant en son nom n’auraient pas le droit de s’opposer physiquement à la célébration des mariages gay, en occupant des mairies, par exemple. Ou des centres pratiquant l’interruption volontaire de grossesse pour contrer l’application de la Loi Veil.

 Il y a, surtout en France, l’idée bien ancrée que la religion doit demeurer dans l’intime de la personne et ne pas s’extérioriser. C’est le thème central de la «laïcité» sectaire qui veut bannir toute trace de religion dans l’espace public. Coca-Cola, McDo, Nike, les partis politiques pourraient donc s’exprimer pour convaincre des clients et des électeurs, mais les institutions religieuses ne le pourraient pas pour convaincre des fidèles. Empêcher l’expression d’un groupe parce que celui-ci ne nous plaît pas est inadmissible en démocratie. La libre expression ne doit avoir d’autres limites que celles imposées par la loi pour garantir l’ordre public.

«Laïcité» identitaire 

Il existe aussi un autre type de fausse «laïcité», celle émise par Marine Le Pen, la «laïcité» identitaire . Qui parvient à mélanger «laïcité» laxiste et «laïcité» sectaire! Dans ses discours, la cheffe des frontistes n’a pas de mots assez durs contre l’islam en réclamant que les lois de la laïcité lui soient appliquées avec la plus extrême rigueur. En revanche, dès qu’il s’agit du christianisme, ces mêmes lois peuvent être contournées dans l’allégresse. Vivent les crèches de Noël dans les mairies ! A l’évidence, la laïcité est ainsi détournée à des fins racistes et pour exacerber une identité particulière, celle des Français chrétiens, au détriment des autres. Cette «laïcité» identitaire proclame que les racines culturelles de la France ne sont que chrétiennes. Que la France possède de solides et profondes racines chrétiennes, c’est l’évidence. Mais elle en a d’autres, druidiques, gréco-romaines, juives, musulmanes, sans oublier celles qui ont poussé pendant le siècle des Lumières. C’est l’ensemble de ces racines qui fait croître la France.

Laïcité tout court

Ces trois «laïcités», l’une laxiste, l’autre sectaire, la troisième identitaire partagent un dénominateur commun : chacune à sa façon vide de sa substance la laïcité tout court, sans guillemet, sans épithète du genre «positive», «affirmative»  «pure et dure» etc.

 La laïcité n’est pas la religion de ceux qui n’ont pas de religion, ni une «contre-communauté». Elle repose sur trois piliers indissociables : la liberté absolue de conscience, la séparation de l’Etat d’avec les communautés religieuses et la neutralité confessionnelle de l’Etat. Ce dernier et les institutions des communautés religieuses peuvent entreprendre des actions communes lorsque le bien général est en cause. Mais sans jamais confondre l’un avec les autres.

La laïcité protège autant ceux qui croient au ciel que ceux qui n’y croient pas. Elle est la rose et le réséda.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] « La confraternité est une haine vigilante » aimait à dire le très regretté professeur Dominique Poncet à propos du Barreau genevois. Apparemment, la formule s’applique fort bien à la presse parisienne.

 

12:13 Publié dans Laïcité | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : laïcité, identité, etat, liberté | |  Facebook | | |

08/11/2017

Plenel-Ramadan: diversion et fausse polémique

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Les médias éprouvent la fâcheuse tendance à se lancer dans de fausses polémiques, comme le démontre l’«affaire» Plenel-Ramadan. Elles ont l’avantage d’élever le taux d’UBM (Unité de Bruit Médiatique) et l’inconvénient d’occulter les véritables enjeux de société. Mais peu importe l’inconvénient. Il paraît que marcher dans le beuze porte bonheur.

Dernier avatar : l’actuelle « une » de Charlie-Hebdo caricaturant Plenel et l’accusant de ne rien savoir à propos des accusations de viols qui visent Tariq Ramadan. Ce qui est sous-entendu par ce dessin, c’est qu’Edwy Plenel ayant voulu poursuivre un dialogue avec l’islamologue genevois, il en aurait couvert les turpitudes. Sous-entendu lancé sans la moindre amorce de preuve.

C’est le syllogisme à la Trump : Ramadan est un vilain. Plenel cause avec Ramadan. Donc Plenel est un vilain. Voilà dans quelle vase intellectuelle a sombré le débat entre médias en France !

Les accusations contre Tariq Ramadan viennent d’être révélées par les victimes à la faveur de la vague salutaire qui s’est levée dès l’affaire Weinstein connue. Ni Mediapart, ni le Canard Enchaîné, ni Charlie-Hebdo, ni Valeurs Actuelles, ni les autres ne le savaient avant cela. Ou alors, ils le savaient et se sont tous tus. Youpi, un complot, un !

 En redescendant tout en bas de l’échelle, Le Plouc a lui aussi interviewé à plusieurs reprises Tariq Ramadan dans les années 90 et début 2000. A cette occasion, il n’a reçu aucun message, anonyme ou non, aucun coup de fil, anonyme ou non dénonçant les agissements qui sont aujourd’hui reprochés à l’islamologue. Cela ne signifie rien d’autres qu’à l’époque, ils n’étaient pas connus, ce qui n’invalide nullement les accusations d’aujourd’hui.

Désormais, il appartient aux justices suisse et française de jeter la lumière sur les très graves reproches dont Tariq Ramadan est l’objet et aux journalistes – aux vrais journalistes – qui enquêtent à ce propos d’accomplir leur travail comme ils l’ont toujours fait. A cet égard, Le Plouc recommande les excellents papiers que consacre sa collègue Sophie Roselli à cette affaire et qui paraissent dans la Tribune de Genève.

Plenel-Ramadan : on occulte les vrais problèmes

L’actuelle polémique dirigée contre Medipart et Edwy Plenel est d’autant plus navrante qu’elle fait diversion en occultant les deux véritables sujets : la cause des femmes et le dialogue avec les musulmans en France, en Suisse et dans les autres pays d’Europe. Malgré leurs désaccords ponctuels, Charlie-Hebdo et Mediapart partagent les mêmes valeurs républicaines. Créer un faux débat dans ce camp, ne peut que l’affaiblir et réjouir ses ennemis, les islamistes radicaux qui cherchent à créer des poches de résistance à la laïcité, ainsi que les machistes qui mènent leur combat d’arrière-garde contre le féminisme.

Jean-Noël Cuénod

15:58 Publié dans Laïcité, Politique française | Lien permanent | Commentaires (40) | |  Facebook | | |

03/11/2017

La Catalogne en pleine histoire belgo-suisse

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Le couple infernal Rajoy-Puigdemont continue à multiplier les décisions lamentables. Entre le Catalan qui reçoit l’appui des pires xénophobes de Belgique puis de Suisse et Madrid qui entame des procès politiques contre les membres du gouvernement catalan déchu, impossible de trancher dans le duel de la nullité.

Rien ne justifie de jeter en prison huit des quatorze ministres régionaux catalans et d’organiser contre eux des procès politiques. Madrid les accuse d’avoir fomenté un coup d’Etat. Quel coup d’Etat ? En Espagne postfranquiste, on sait pourtant en quoi consiste un coup de d’Etat. A-t-on vu les forces de police catalanes tirer sur les flics de la Guardia Civil ? A-t-on entendu Puigdemont et ses camarades appeler à la haine et aux armes pour bouter le Castillan hors les murs de Barcelone ? Y a-t-il eu la moindre tentative de prendre le pouvoir par la force ? Non. Alors ?

Alors, Madrid veut absolument judiciariser la question catalane pour éviter de poser la question politique fondamentale des rapports entre le centre et les régions qui sont dotées de statuts fort différents les unes des autres, contrairement à une structure véritablement fédérale. Autre avantage de cette judiciarisation : elle fait écran aux graves accusations de corruption qui pèsent sur l’entourage de Rajoy et de son Parti populaire.

Mais en plaçant sur le terrain judiciaire ce qui relève du débat politique, Madrid ne fait qu’aggraver la crise en excitant les ressentiments, en provoquant un cycle d’accusations-contre-accusations qui risque d’embourber l’Espagne pendant plusieurs années.

Grâce à l’incompétence de l’ex-président catalan Puigdemont et de ses ministres, le gouvernement Rajoy était sorti vainqueur de l’affrontement. Or, c’est justement à ce moment-là que le vainqueur doit faire preuve de modération pour ne pas écraser son adversaire en multipliant les poursuites judiciaires. C’est ce qu’avaient fait les radicaux progressistes suisses du XIXe siècle en intégrant dans le circuit démocratiques les cantons catholiques conservateurs qui avaient échoué dans leur tentative de sécession par la force en 1847. Cette modération dans la victoire a permis à la Suisse de réaliser son unité pour longtemps.  L’acharnement judiciaire de Rajoy, s’il se poursuit, menace plus l’unité de l’Espagne que les rodomontades de Puigdemont.

Tiens, Puigdemont, parlons-en ! Il aurait eu l’occasion de transformer les attaques judiciaires dont il est l’objet en procès de rupture contre Madrid. Il a préféré partir discrètement à Bruxelles. On ne saurait reprocher à quiconque de ne pas être un héros. Mais en Belgique, Puigdemont continue à mariner dans l’ambiguïté. Avant c’était : « je prononce l’indépendance de la Catalogne, tout en ne la proclamant pas mais je n’en pense pas moins, suivez mon regard ». Aujourd’hui, c’est « je ne demande pas l’asile politique mais peut-être que…En fin de compte… Suivez mon regard ». On a beau suivre le regard de Puigdemont, on n’y perçoit que les brumes du néant.

Le plus troublant dans cette histoire belge des indépendantistes catalans est le soutien qu’ils ont reçu de l’extrême-droite nationaliste flamande qui fait tout permettre à Puigdemont d’obtenir l’asile politique en Belgique. Et si celle-ci, le refuse, une autre porte s’ouvrira, celle de la Suisse. Et qui fait office de gentil huissier laxiste ? L’extrême-droite xénophobe et raciste de l’UDC !  Ainsi le conseiller national (membre du parlement) de cette formation, Andreas Glarner a-t-il fait des appels du pied à l’ex-président catalan dans le journal alémanique Aargauer Zeitung : « Persécuté politiquement, c’est un vrai réfugié ». Or, Glarner est le « Monsieur Asile de l’UDC ». C’est lui qui n’a pas de mots assez durs contre les étrangers, les migrants, les réfugiés. Et ceux-là peu importe qu’ils crèvent de faim ou soient torturés dans leurs pays d’origine : « Dehors ! Raus ! Subito ». C’est bien la première fois que ce grand humaniste prend fait et cause publiquement pour un réfugié potentiel. Evidemment, Carles Puigdemont a l’immense avantage de ne pas être Africain…

Mais au-delà de cette ridicule anecdote, la sympathie exprimée par l’extrême-droite flamande et suisse est révélatrice d’un phénomène de fond. Le nationalisme peut revêtir différentes couleurs idéologiques, celles-ci relèvent du marketing électoral et changent d’un pays à l’autre. Ainsi, le parti de Puigdemont (PDCAT-Parti démocrate européen catalan) europhile et libéral s’est-il allié avec le CUP, formation d’extrême-gauche indépendantiste. Cela n’empêche nullement les partis d’extrême-droite en Flandre et en Suisse de passer outre ce vernis de gauche pour apporter leur soutien aux indépendantistes catalans car ils ont bien perçu ce qui fait l’unité entre eux : le nationalisme. C’est-à-dire l’affirmation d’une entité aux dépens des autres. Qui s’assemblent se ressemblent.

Jean-Noël Cuénod

12:39 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : catalogne, puigdemont, espagne, rajoy, belgique, suisse | |  Facebook | | |