27/11/2017

Sinaï : Frères soufis qui avec nous vivez !

L’islamoterrorisme a frappé au Sinaï « le cœur de l’islam » en massacrant 305 personnes dans la mosquée al-Rawda, dédiée au soufisme. «Le cœur de l’islam » c’est ainsi que l’on appelle ce courant initiatique et ésotérique. Le Soufisme, persécuté par les tyrans du salafisme, comme le fut la Maçonnerie sous les dictatures européennes. Que les francs-maçons n’oublient pas ces frères en initiation.

Même si Daech n’a pas encore revendiqué ce carnage, il en porte la marque. Le soufisme est perçu par l’Etat Islamique comme l’un de ses pires ennemis, car se tenant à l’intérieur de l’islam. Ce faisant, les islamoterroristes ne font que mettre en actes l’idéologie salafiste qui a toujours mené contre l’islam ésotérique une guerre implacable.  Il est difficile de donner une définition générale du soufisme qui inspire de nombreuses tarîqat (voies) fort différentes les unes des autres en fonction du maître (Cheikh) qui les a créées. Par ce lien, l’influence spirituelle, cette étincelle divine, se transmet de maître à disciple par une chaîne de transmission initiatique (silsila). Il s’agit pour l’initié de « goûter » Dieu, de s’efforcer à se purifier pour atteindre l’Unicité, la fusion dans le Divin. Cette conception n’est pas si éloignée de la doctrine de la Réintégration étudiée par un des rites maçonniques, le Régime Ecossais Rectifié.

Pour parvenir à cet état ­– Dieu sait si le chemin est long ! – le soufi doit pratiquer un ensemble de prières, de méditations, de rituels, d’incantation et de discipline de vie. Mais il doit aussi percevoir les vérités cachées du Coran. Cette volonté de placer au premier plan l’esprit du livre sacré de l’islam plutôt que la lettre, de le questionner, d’en tirer la substantifique moelle, a suscité la colère des musulmans intégristes soucieux de diffuser la lecture exclusivement littérale du Coran : nul besoin de réfléchir, il faut se contenter d’apprendre les sourates par cœur.

 Cette liberté de chercher Dieu hors des sentiers battus reste insupportable aux intégristes de toutes les époques. Le premier martyr du soufisme est Ibn Mansour al-Halladj qui fut crucifié en 922 à Bagdad, d’autres ont suivi. L’un des plus récents a pour figure celle du chanteur pakistanais Amjad Sabri, assassiné par des talibans en raison de son appartenance au soufisme et de ses « blasphèmes ».

En mai 2016 à Mostaganem en Algérie, s’est tenu le 1er congrès mondial du soufisme réunissant les représentants d’une quarantaine de pays afin d’élaborer une stratégie pour se défendre contre l’islamisme radical. Cette réunion n’avait alors guère suscité l’intérêt des médias européens. La nouvelle était pourtant d’importance dans la mesure où, selon Jeune Afrique, le soufisme compte 300 millions d’adeptes sur 1,6 milliard de musulmans. Ce qui démontre, une fois de plus, que considérer l’islam comme un bloc monolithique relève de l’ineptie. Une ineptie largement partagée par les partis dits « populistes » qui ne font ainsi que conforter les éléments les plus toxiques de l’islamisme. Dans ce contexte, la présence des soufis est, pour reprendre l’expression du regretté Abdelwahab Meddeb (écrivain et animateur à France-Culture), « un antidote au fanatisme ».

Chercher l’esprit pour ne pas se faire étouffer par la lettre a toujours suscité la réprobation des hiérarchies confessionnelles et des Etats autoritaires qui craignent que cette fâcheuse quête aboutisse à la remise en cause de leurs pouvoirs respectifs (mais pas forcément respectables). Ainsi, au XXIe siècle, l’Eglise romaine considère toujours que les catholiques francs-maçons sont en état de péché grave et leur interdit la Sainte Communion. Mussolini, Hitler et Franco mais aussi Lénine et Staline les ont persécutés.

Soufis et francs-maçons ont en partage cette histoire et l’initiation qui, sous des formes très diverses, n’est qu’une, depuis le premier matin de l’univers. Cette fraternité, il serait temps d’en prendre conscience. L’émir algérien Abdelkader et le penseur français devenu égyptien René Guénon, tous deux soufis, n’ont-ils pas reçu l’initiation maçonnique ?

Frères soufis qui avec nous vivez, vous n’êtes pas seuls.

Jean-Noël Cuénod

12:09 Publié dans Laïcité, Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | |

Commentaires

Bien dit.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 27/11/2017

Je me souviendrai toujours du refus du curé de l'église Saint Pie X de participer à une cérémonie d'obsèques de notre regretté père qui voulait un rituel maçonnique.

Écrit par : Pierre Jenni | 28/11/2017

Être ne soutien des soufis ne suffit pas. Aujourd'hui, trois pleines pages sur les femmes de Daech et leur retour sur nos terres qui effraient Le Matin et ses journalistes en amplifiant l'angoisse du peuple et la force de l'extrême-droite chez nous. Il pourrait pas, au matin, faire un petit effort et donner aux femmes soufis, qui ont un rôle spirituel très positif dans cet islam-là, trois pleines plages d'espoir... On attend peut-être Ariane Dayer et son Matin Dimanche pour consacrer du temps au soufisme et un grand reportage sur des maîtres spirituels et poètes de ce courant plutôt qu'aux Ramadans et aux salafistes... L'espoir fait vivre...

Écrit par : pachakmac | 28/11/2017

En guettant au loin par la fenêtre le passage d'un ou deux flocons cette Parole du soufisme selon laquelle "Il faut avoir un cœur tout blanc, blanc comme neige"!

Tant crie-t-on Noël...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 28/11/2017

Ce que l'on peut aussi souligner chez les Soufis, c'est leurs histoires très subtiles pour transmettre leur enseignement de sagesse, tant par des contes que des blagues, avec un langage très concret, basé sur le quotidien.
Un exemple de conte : http://www.funfou.com/fables/soufi.php

Écrit par : Marie-France de Meuron | 01/12/2017

M. Cuénod,
L'analogie que vous dressez entre soufisme et franc-maçonnerie est des plus hasardeuses. Le soufisme ne se résume pas à quelques "bons mots" lâchés dans des diners au bord du lac ou à quelques citations de Rûmi. Contrairement au rite écossais purifié, le soufisme n'a pas de hiérarchie rigide ou des échelons concrets et tangibles à gravir. Le soufisme brille par sa diversité, nul besoin de fédérer ses divers courants à travers le monde pour faire rempart contre la violence et l'ignorance. Bien malin celui qui pourrait dénombrer et nommer les tariqat actuellement présent dans le monde.
Je vous invite donc à dépasser les slogans creux et les comparaisons douteuses pour vous intéresser au soufisme lui-même.
Soufi depuis 36 ans

Écrit par : Jean F. | 03/12/2017

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.