13/10/2017

Catalogne: les deux mulets dans l’impasse

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Quelle que soit l’issue de l’affrontement entre Barcelone et Madrid, on connaît déjà les perdants: l’Espagne et la Catalogne. Le premier ministre Rajoy, comme le président de la Generalitat Puigdemont ont déployé toute l’étendue de leur incompétence. Il devient donc urgent de remiser ces deux mulets dans leurs écuries, avant de s’occuper de réensemencer les prés qu’ils ont ravagés.

Carles Puigdemont s’est lancé dans son entreprise séparatiste avec une légèreté qui laisse pantois. Quoi, c’est aujourd’hui qu’il apprend qu’une partie des Catalans ne veut pas de l’indépendance ? Quoi, c’est aujourd’hui qu’il se rend compte que les grands groupes économiques et financiers[1], convergent vers Valence pour ne pas sortir de l’euro ? Quoi, c’est aujourd’hui qu’il se rend compte que Madrid n’allait pas dérouler le tapis vert des négociations pour lui faire plaisir ?

Ce n’est pas à nous mais aux Catalans de décider s’ils veulent ou non l’indépendance. Contrairement à ce que nombre de médias, surtout en France, prétendent, le séparatisme n’est pas forcément illégitime et condamnable en toute circonstance. Il n’empêche que déclencher un tel processus demande une stratégie particulièrement fine, en s’assurant tout d’abord que l’aspiration indépendantiste répond aux vœux d’une très large majorité ; en se ménageant des alliés, notamment dans les autres régions espagnoles, et en prenant langue avec les décideurs économiques pour les rassurer.

Au lieu de cela, Puigdemont a sauté du jet d’Air Ibéria en ayant oublié de prendre son parachute. Le voilà maintenant condamné à balbutier un discours inaudible proclamant l’indépendance tout en la suspendant, ce qui facilite le travail de Rajoy et rend furieux ses alliés d’extrême-gauche du CUP qui exigent la séparation hic et nunc.

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Côté Mariano Rajoy, la situation est tout aussi consternante. Envoyer la Guardia Civil pour matraquer des citoyens en train de voter, c’est prendre le risque de réveiller les vieux démons, de rouvrir les plaies profondes qui ont été mal cicatrisées dans un pays qui a poussé les années franquistes sous le tapis.

Surtout, le premier ministre de la droite hispanocentriste a réduit un problème politique à sa seule dimension juridique et constitutionnelle. A l’instar du Shabbat vu par le Christ, la Constitution est faite pour l’humain et non l’humain pour la Constitution. Ce n’est pas un Coran descendu du ciel, une Constitution. C’est un texte fondamental certes, mais qui est le fruit des rapports de force d’un pays à un moment donné. Elle s’amende, elle se corrige, elle abroge ici, elle ajoute là. C’est un organe politique vivant.

Le gouvernement central aurait dû entamer depuis fort longtemps de discrètes discussions avec les indépendantistes en vue de la modifier. En donnant, par exemple, à la Catalogne la même capacité budgétaire que celle qui a été attribuée au Pays Basque. Il est probable qu’une partie des nationalistes catalans se serait satisfaite de cette réforme. Mais maintenant, c’est trop tard. Les événements se sont enchaînés trop vite pour revenir en arrière.

Mariano Rajoy va brandir l’article 155 de la Constitution pour demander au Sénat (la droite y est largement majoritaire) de placer les autorités catalanes sous tutelle. Cela ne manquera pas de renforcer l’influence des nationalistes les plus radicaux en Catalogne. Et que fera-t-il, Rajoy, comme tuteur des Catalans ? Emploiera-t-il la force au risque de déclencher un mécanisme infernal de répliques et contre-répliques ?

Les solutions paraissent toutes plus mauvaises les unes que les autres, Rajoy et Puigdemont s’étant placés dans la nasse sans la capacité d’en sortir. Le moins pire serait de les y laisser et de confier à un personnel politique plus capable le soin d’entamer le déminage.

 Jean-Noël Cuénod

[1] Sur sept grandes sociétés barcelonaises cotées à l’Ibex 35, l’indice boursier espagnol, six ont quitté la Catalogne.

 

18:18 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : catalogne, espagne, indépendance | |  Facebook | | |

Commentaires

Si les Catalans veulent l'indépendance comment accepteraient-ils d'être mis sous tutelle?

Serait-il possible de considérer les votations passées un peu comme un sondage en convoquant les Catalans à de nouvelles votations?

Tout sauf mise sous tutelle!

Est-il normal que Rajoy ait prévenu que d'une façon ou d'une autre il empêcherait l'indépendance?

Le peuple, en démocratie, n'est-il pas souverain?

Rires, évidemment, par rapport à la souveraineté du peuple en France méprisé par Puissants Enarques et autres...!

Mais qui "rit"... et jusqu'à quand?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 13/10/2017

Il fut une époque ou les ignorants mourraient pour Rome, ce n'est plus le cas aujourd'hui.
Cela dit, les royautés sont prêtes à guerroyer pour conserver leurs territoires que les inféodés soient socialistes croyants ou non.
Le catalan s"est mis dans l'impasse, pas le roi.

Écrit par : Pierre NOËL | 13/10/2017

La question de savoir exactement pourquoi les Catalans demandent le séparatisme est utile et légitime.

Angoissants ces articles 49.3, en France, comme le 155 de la Constitution menaçant les Catalans. Ne signent-ils pas, en attendant encore d'autres articles constitutionnels de même eau petit à petit, pas à pas, progressivement la fin de la démocratie?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 14/10/2017

Aut regem aut fatuum nasci oportet (Il faut naître roi ou fou)!

Hormis que les deux mulets de Madrid et de Barcelone qui se sont mis dans l impasse, comme dit à juste titre M. J.-N.Cuénod, il y a eu aussi ce Roi idiot, l Esclave de l Histoire. Felipe VI a eu une prise exceptionnelle par son discours d une rare fermeté en attaquant très durement les Catalans. Un discours très contre-productif voire dés-unificateur alors que son "Excellence" est, soit dit en passant, le garant de l unité de l Espagne!

Au fait, ce Roi, à quoi sert-il et était il élu par le peuple? Son discours au sujet de cette impasse ne vaut pas un clou rouillé sauf qu il a aussi foutu sa m....

On le "comprend bien", son "Excellence" est environné de gens qui ne pensent qu'à divertir le roi et à l'empêcher de penser à lui. Car il est malheureux tout roi qu'il est s'il y pense (Blaise Pascal, Pensées ).

Bien à Vous.
Charles 05

Écrit par : Charles 05 | 15/10/2017

Petit addendum:
Le Roi Felipe VI est soit dit le garant de l unité de l Espagne. Si cette Unité est fracturée, Sa Majesté Le Roi doive se barrer, non?

Écrit par : Charles 05 | 15/10/2017

La légèreté de Puigdemont est aussi le respect du programme pour lequel il a été élu... Ce n'est pas si léger, en fait.

Écrit par : Rémi Mogenet | 15/10/2017

Je suis deçue. J’avais crus au rêve. Mais ils vont nos écraser. Espagne ne connais que la conquête, l'humiliation, la force et la imposition. Des attaques à la culture, la langue, l'économie - Article 155 de la Constitution Espagnole: Dissolution du parlement élu democràtiquement , contrôle absolu des finances, de l’ensenyement, des moyens de comunication publics, notre Police... Nous avons de prisioners politiques, Jordi Cuixart et Jordi Sanchez deux leaders civils, son unique délit avoir organisé les plus grandes manifestations pacifiques d'Europe, Le Chef de la Police catalane, Monsieur Trapero, reconnu par son excellence,est presque en prison, peut-être demain notre Président Puigdemont et d'autres... Et ils vont rendre illégaux des partis por la indépendance- Tout celà en plein siècle XXI. Ils sont mauvais.Ccombien de mesonges, de manipulation et difamations aux médias espagnols. La justice au service des grands partis politiques espagnols et le roi, imposé par le Generalíssimo, en avalisant la répression contre la Catalogne. Et tout celà avec l'approbation d'Europe. Nous sommes revenus à la dictature franquiste !!!
Les catalans ne sommes pas espagnols, plus de deux millions de catalans ne nous sentons des espagnols et c'est à nous de décider, no Rajoy no au politique de tour, no Junker, no Merkel no Macron....

Écrit par : Marian | 21/10/2017

Je suis deçue. J’avais crus au rêve. Mais ils vont nos écraser. Espagne ne connais que la conquête, l'humiliation, la force et la imposition. Des attaques à la culture, la langue, l'économie - Article 155 de la Constitution Espagnole: Dissolution du parlement élu democràtiquement , contrôle absolu des finances, de l’ensenyement, des moyens de comunication publics, notre Police... Nous avons de prisioners politiques, Jordi Cuixart et Jordi Sanchez deux leaders civils, son unique délit avoir organisé les plus grandes manifestations pacifiques d'Europe, Le Chef de la Police catalane, Monsieur Trapero, reconnu par son excellenc,e presque en prison à l'égal que notre Président Puigdemont et d'autres... et ils vont rendre illégal des partis independentistes- Tout celà en plein siècle XX. Ils sont mauvais.Combien de mesonges, de manipulation et difamations aux médias espagnols. La justice au service des grands partis politiques espagnols et le roi, imposé par le Generalíssimo, en avalisant la répression contre la Catalogne. Et tout celà avec l'approbation d'Europe. Nous sommes revenus à la dictature franquiste !!!
Les catalans ne sommes pas espagnols, plus de deux millions de catalans ne nous sentons des espagnols et c'est à nous de décider, no Rajoy no au politique de tour, no Junker, no Merkel no Macron....

Écrit par : Marian | 21/10/2017

Je suis deçue. J’avais crus au rêve. Mais ils vont nos écraser. Espagne ne connais que la conquête, l'humiliation, la force et la imposition. Des attaques à la culture, la langue, l'économie - Article 155 de la Constitution Espagnole: Dissolution du parlement élu democràtiquement , contrôle absolu des finances, de l’ensenyement, des moyens de comunication publics, notre Police... Nous avons de prisioners politiques, Jordi Cuixart et Jordi Sanchez deux leaders civils, son unique délit avoir organisé les plus grandes manifestations pacifiques d'Europe, Le Chef de la Police catalane, Monsieur Trapero, reconnu par son excellence,est presque en prison, peut-être demain notre Président Puigdemont et d'autres... Et ils vont rendre illégaux des partis por la indépendance- Tout celà en plein siècle XXI. Ils sont mauvais.Ccombien de mesonges, de manipulation et difamations aux médias espagnols. La justice au service des grands partis politiques espagnols et le roi, imposé par le Generalíssimo, en avalisant la répression contre la Catalogne. Et tout celà avec l'approbation d'Europe. Nous sommes revenus à la dictature franquiste !!!
Les catalans ne sommes pas espagnols, plus de deux millions de catalans ne nous sentons des espagnols et c'est à nous de décider, no Rajoy no au politique de tour, no Junker, no Merkel no Macron....

Écrit par : Marian | 25/10/2017

Je suis deçue. J’avais crus au rêve. Mais ils vont nos écraser. Espagne ne connais que la conquête, l'humiliation, la force et la imposition. Des attaques à la culture, la langue, l'économie - Article 155 de la Constitution Espagnole: Dissolution du parlement élu democràtiquement , contrôle absolu des finances, de l’ensenyement, des moyens de comunication publics, notre Police... Nous avons de prisioners politiques, Jordi Cuixart et Jordi Sanchez deux leaders civils, son unique délit avoir organisé les plus grandes manifestations pacifiques d'Europe, Le Chef de la Police catalane, Monsieur Trapero, reconnu par son excellence,est presque en prison, peut-être demain notre Président Puigdemont et d'autres... Et ils vont rendre illégaux des partis por la indépendance- Tout celà en plein siècle XXI. Ils sont mauvais.Ccombien de mesonges, de manipulation et difamations aux médias espagnols. La justice au service des grands partis politiques espagnols et le roi, imposé par le Generalíssimo, en avalisant la répression contre la Catalogne. Et tout celà avec l'approbation d'Europe. Nous sommes revenus à la dictature franquiste !!!
Les catalans ne sommes pas espagnols, plus de deux millions de catalans ne nous sentons des espagnols et c'est à nous de décider, no Rajoy no au politique de tour, no Junker, no Merkel no Macron....

Écrit par : Marian | 25/10/2017

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