03/10/2017

Las Vegas : l’acte surréaliste du bourgeois terroriste ?

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Stephen Paddock, l’auteur de la fusillade de Las Vegas, la plus meurtrière de l’Histoire des Etats-Unis (58 morts, 515 blessés) n’était ni un fou échappé d’un asile, ni un SS réincarné, ni un psychopathe cannibale mais juste un comptable à la retraite.

Les tueurs de masse s’ingénient à briser les clichés en même temps qu’ils arrachent des vies. Des assassins comme Mohamed Merah ­– la Cour d’assises spéciale de Paris juge son frère actuellement –, les frères Kouachi, Amedy Coulibaly étaient bien pratiques. Basanés ou noirs, natifs des banlieues-en-crise, petits délinquants, islamistes radicalisés en prison… Bref, des étrangers avec un passeport français, faciles à ranger dans des cases. Rien de commun avec ces gens-là, n’est-ce pas ?

Pourtant, on savait depuis longtemps que les pires fonctionnaires de la mort nazis se montraient pères attentionnés, hôtes charmants, amateurs de Bach et Mozart, lisant Goethe dans un fauteuil de velours pendant que les fours crématoires fonctionnaient à plein régime. A-t-on assez péroré sur la banalité du mal.

Ce discours s’est estompé car l’humain ne peut pas se résoudre à appréhender sa face la plus maléfique ; il s’efforce de la rejeter sur un autre dissemblable. Et voilà qu’un ancien comptable de 64 ans – tout ce qui a de plus blanc, vivant en bordure d’un golf dans une communauté de retraités au nord d’une petite ville du Nevada – engrange 42 armes à feu et organise de façon millimétrique le massacre de Las Vegas. Certes, l’Etat Islamique revendique la tuerie. Mais actuellement Daech ferait siens les ouragans, les tsounamis et les accidents du week-end. Le FBI n’a pour l’instant établi aucun lien avec l’islamoterrorisme. Et les proches de Paddock affirment qu’il n’avait aucune engagement politique ou religieux.

A première vue, le comptable amateur de poker et de tacos aurait donc commis l’acte surréaliste du bourgeois terroriste tel que le poète André Breton l’avait prophétisé dans Le Second Manifeste du Surréalisme : «L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu’on peut, dans la foule». Cette phrase lui est aujourd’hui reprochée par des médiacrates comme Michel Onfray, notamment dans le livre de ce dernier (excellent au demeurant), L’Ordre libertaire, la vie philosophique d’Albert Camus.

 Or, lorsque Breton a rédigé ce passage en 1929, le fait de tirer gratuitement dans la foule est encore inimaginable, sauf par un poète. La boucherie de la Première Guerre mondiale relevait du combat militaire, même si des millions de civils ont été tués. Les attentats anarchistes visaient des groupes humains. Mais tirer au hasard sur n’importe qui, cela ne s’était, à ma connaissance, jamais produit à cette époque. En tout cas pas avec la fréquence que nous connaissons et subissons aujourd’hui.

Il faut laisser au poète la liberté de ses visions. Car c’est bien une vision que Breton exprime sous cette forme véhémente. Et de visions, André Breton n’en était pas dépourvu, lui qui a écrit – en 1925 – dans sa Lettre aux voyantes : «Il y a des gens qui prétendent que la guerre leur a appris quelque chose ; ils sont tout de même moins avancés que moi, qui sais ce que me réserve l’année 1939».

Aujourd’hui, pondre la formule de Breton sur «l’acte surréaliste le plus simple» serait plus qu’odieux, ridicule, car la vision révoltée de Breton en 1929 a rejoint l’actualité de 2017. Ce n’est d’ailleurs plus une vision mais le reflet d’un miroir.

 Jean-Noël Cuénod

18:04 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : lasvegas, terroriste, stephenpaddock | |  Facebook | | |

Commentaires

Encore bien trop souvent on ne peut pas admettre que la cause des horreurs soit conséquence de traumatismes remontant jusqu'aux grossesses des mères. Traumatismes précoces laissant empreinte avant même que le cerveau, troisième couche, cortex, soit développé.

Ces traumatismes non dits, juste ressentis "dépassant même le patrimoine génétique" (Dr Janov, décennies d'approche de ces réalités, livres aux nombreuses références allant en son sens et confirmant ses travaux... en même temps que mal vu par ceux qui redoutent la recherche comme l'innovation) tant qu'il ne peut pas y avoir verbalisation et raisonnement... ces traumatismes enfouis au plus profond de l'inconscient ont une puissance, un impact fou... et s'imposeront des années plus tard ou tout au long de la vie des personnes concernées et, quand il y a lieu, de leurs victimes... selon les circonstances.


Il ne faut pas décider soit que c'est possible soit que ce ne l'est pas.

Il faut suivre les avancées scientifiques psycho neuro biologiques.

Lourdes, fable et bonbonnerie, pour adopter le ton général sévissant désormais à ce sujet comme en l'ensemble des croyances a permis aux médecins de se poser la question de savoir pourquoi une maladie "incurable" s'est métamorphosée en donnant une guérison inexplicable!

On parle de plus en plus de la personne en sa globalité.
Il n'y a aucune raison, pas de fondement justifiant le refus d'entrer en matière par le simple fait que l'on apprécie, "est d'accord"! (comble d'irréflexion donc de stupidité) ou non.

Dans la vie courante Les atroces bourreaux des camps de concentration étaient de bons citoyens dont il n'y avait simplement rien à dire.

L'analyse des dessins d'Hitler, selon un prof de dessin, étaient ceux d'un être "sinon original"! dessinant bien.

Écrit par : Myriam Belakowski | 04/10/2017

Monsieur Cuénod,

A vous lire... prudence...!
Je vais vous faire une démonstration qui serait... à la (je ne dirai pas le nom de la personne à laquelle je pense)... à propos de nazis amateurs de Bach ou de Mozart ou de Goethe; à propos de fours crématoires, de musique et de poésie.
Comment situer exactement la Suisse capable en son sein d'avoir fabriqué des fours crématoires pour les nazis
Fours crématoires vu les dimensions en aucun cas à confondre avec des fours à pain.

En prenant des "indices" tels que goût pour la musique:
Ansermet, Dalcroze... l'abbé Bovet (déjà le Vatican... sans avoir l'air de rien, comme si de rien n'était!!

A la radio les poètes Pierre et Mousse Boulanger (amis avec Edmond Kaiser... dont on modifie le profil ces temps... qui plus est.

En son genre "disciple" du même Kaiser... Jean Ziegler!

Mais il y a plus... Monsieur Cuénod: Hugues-Adhémar Cuénod
Le chanteur (Bach ou Mozart... inconnu au bataillon?)

Sans oublier, France voisine, le parrain de l'un des fils à de Gaulle: Pétain.

Je crois qu'il est dangereux d'utiliser les indices suggérés en votre article et qu'en considérant le bain ou l'environnement dans lesquels on plonge les êtres humains, qui sont fragiles, ce qu'entend un jeune, ce qu'il découvre sur les sites (le sexuel: sado-masochisme, scatologie et autres dans les camps de concentration...) aussi bien que dans les mœurs de notre époque... il y a de quoi détraquer n'importe qui, ou presque... dans quelques années la pratique d'Internet apportera le cancer du cerveau.
Avec quelles manifestations?

Un vrai, un sérieux indice.
Chargé de démasquer des criminels de guerre de la Seconde guerre mondiale, un officier Français eut en face de lui un présumé coupable se présentant sous un nom que l'on pensait ne pas être le sien. N'obtenant aucun aveu, sans torturer la personne, ce qu'il refusait de pratiquer, cet officier trouva dans le dossier du présumé criminel de guerre qu'il avait un tailleur.
Après un temps de réflexion faisant travailler ses petites cellules grises il lui vint en tête que les vêtements de cet homme portaient probablement le nom ou la griffe du tailleur.

Perquisition, en Allemagne, chez cet homme. Aucune marque sur aucun habit.
Alors l'officier français eut une idée. Il demanda que l'on fasse découdre les coutures d'un vêtement et... la marque, le "signe" la preuve qu'il s'agissait bien de la personne en question apparut nettement.

Écrit par : Myriam Belakowski | 05/10/2017

"Stephen Paddock n’était ni un fou, ni un psychopathe."

Pourriez-vous m'expliquer votre point de vue.

Bien à vous.

Écrit par : pbdr | 06/10/2017

Une personne de connaissance dit qu'il faut "positiver toujours" sans savoir que l'on ne peut positiver sans refouler tout au fond de soi sans en avoir conscience le moins du monde ce qui ne va pas ce qui tôt ou tard selon les circonstances, en s'exprimant de façon symbolique, provoquera une sorte de tremblement de terre psychique suivi d'un tsunami ravageur.

Etre un comptable à la retraite, comme on réalise, n'empêchant en rien un tel ravage... avec ses conséquences.

Il faudrait apprendre à nos enfants, à partir de nous-mêmes, à parler, à oser dire: à s'"écouter"!

Exactement le contraire de ce qui nous fut inculqué.

Écrit par : Myriam Belakowski | 06/10/2017

Une façon de voire très surréaliste jean-Noël Cuenod. Allez-vous en faire un film fiction sur la bourgeoisie haineuse peu différente il est vrai, que le père de ce détraqué, (défendu par une partie de l'islam) était un bandit, voleur, violeur, pilleur, tueur arrêté à Las Vegas? L'amalgame avec l'histoire des royautés chrétiennes peut être fait, c'est un constat c'est pour cela qu'elle sont riche et qu'elle ont le même concept de croyances que celui du paperon blanc et les églises protestantes.

Attention, une fatwa peut vite arriver du vatican, les grands Z'amis des monarchies musulmanes, l'Ei musulman a promis de prendre Rome, alors ......

Écrit par : Pierre NOËL | 07/10/2017

@Pierre Noël,

Que vient il foutre le Vatican dans cet acte sur-réaliste à Las Vegas?

On devrait critiquer le Vatican comme pour toutes autres religions et/ou instances religieuses mono-théistes certes musulmanes et Judaïques. Mais mettre le Vatican à toutes les sauces est intellectuellement pathologique voire malhonnête.

Au sujet de ceux qui pratiquent cette malhonnêteté intellectuelle et pathologique sus citée et tant qu on y est, je vous mets cette belle citation de la Bible, comme quoi: "Celui qui est fidèle pour très peu de chose est fidèle aussi pour beaucoup et celui qui est malhonnête pour très peu est malhonnête aussi pour beaucoup"

Amen... :) !.

Écrit par : Charles 05 | 07/10/2017

Les Etats-Unis d'Amérique se sont créés les armes à la main par des colons qui n'hésitèrent pas à massacrer les indigènes et, tout comme en Europe, ont employé des Africains comme main-d'oeuvre à bon marché. Les conquêtes successives ont progressé grâce l'utilisation des armes et la volonté de leurs utilisateurs. Les citoyens américains ont même choisi de faire figurer dans un amendement de leur Constitution la possession et le port des armes à feu comme inaliénable. Les armes et leurs utilisations se trouvent dans l'ADN de tous les américains, issus de toutes les provenances, religions ou bords politiques, sans exception. La tuerie de Las Vegas n'est qu'un reflet de ce qui se passe depuis des centaines d'années et va se passer encore très longtemps aux USA.

Écrit par : Gilles Bourquin | 08/10/2017

"Les armes et leurs utilisations se trouvent dans l'ADN de tous les américains ... sans exception."
"Michael Moore, né le 23 avril 1954 à Flint dans le Michigan (États-Unis), est un écrivain et un réalisateur américain de documentaires engagés." C'est ainsi que commence l'article de Wikipedia consacré à ce personnage.
Il est évident qu'il n'est pas le seul Américain à être opposé à une caractéristique sociologique qui n'a évidemment rien à faire avec l'ADN. Le rôle de la violence armée dans l'histoire de la nation américaine, même si elle est largement présente dans toute l'Histoire de l'humanité, est malheureusement aussi choquante que Gilles Bourquin la relate, mais sa généralisation excessive est insultante pour les millions d'Américains qu'elle navre tout autant que nous autres.
En ce qui concerne l'inscription du droit au port d'armes dans la Constitution des Etats-Unis, elle est un héritage des temps de la Révolution où le fait de posséder une armée personnelle était considérée comme une garantie pour asseoir la liberté récemment conquise.
L'esprit de la loi est manifestement trahi par l'usage moderne qui est fait de l'article qui stipule ce droit et il est bien possible que si le lobby des armes et l'influence générale de ce que l'on appelle le "complexe militaro-industriel" (dénoncée par le Général Eisenhower lors de son discours de retraite) n'était pas aussi puissante, la Cours suprême pourrait en circonscrire l'application.
Malheureusement ce n'est pas le Président actuel qui oeuvrera en ce sens, alors que ceux qui l'ont précédé ont échoué à le faire, même les rares qui auraient voulu le faire en leur "âme et conscience".

Écrit par : Mère-Grand | 08/10/2017

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