21/08/2017

Salafisme et Trumpisme : la convergence des haines

DHdRkcQWAAEDfCn.jpgEntre l’islamoterrorisme et l’extrême droite occidentale, aujourd’hui incarnée par Trump, il y a convergence des haines. Au-delà de l’islamophobie proclamée par certains, ce qui unit les nazislamistes du salafisme et les mouvements de la fachosphère contemporaine est plus important que ce qui les divise. Il se dégage de ces deux nébuleuses une forme d’Internationale réactionnaire.

Leur convergence fondamentale qui se trouve à la base de tous leurs autres points communs, c’est la lutte pour retrouver un passé mythifié perçu comme ultime garant de la conservation des privilèges sociaux. Les suprémacistes blancs sont confrontés à une réalité démographique qui les obsède ; elle a été notamment mise en exergue par une étude publiée en 2014 par le Pew Research Institute : en 1960, la part des Blancs était de 85% de la population des Etats-Unis ; elle ne sera plus que de 43% en 2060. De plus en plus, les salariés blancs entrent en concurrence avec d’autres Américains aux couleurs diverses. D’où la panique de voir leur statut social dégringoler. Jadis, le fait d’être blanc donnait des droits automatiques et des privilèges héréditaires. Pour les suprémacistes blancs, l’élection de Barack Obama a symbolisé cette perte de leurs prérogatives, d’où la haine torride qu’il leur inspire. Trump est devenu pour eux l’anti-Obama qui allait mettre un frein à leur déclin.

La fachosphère américaine – quelque 917 groupes répertoriés en 2016 par le Southern Poverty Law Center (SPLC) – reste campée sur les mêmes bases de type réactionnaire. Mais son aspect extérieur a bien changé. Elle s’est mise au goût du jour. Les aubes et les cagoules du Ku-Klux-Klan sentent trop la naphtaline à l’heure des réseaux sociaux.

Le SPLC estime le nombre des KKK entre 5 000 à 8 000 membres alors qu’ils étaient 4 millions dans les années 1920. En revanche, les réseaux de l’Alt-right connaissent un succès croissant. Le noyau dur de cette mouvance est estimé à une dizaine de milliers de partisans. Mais ce mode de comptabilisation est devenu obsolète. Le militant dûment encarté dans un parti bien structuré existe de moins en moins. L’Alt-Right a pour principal truchement le site d’extrême droite Breitbar de Steve Bannon qui affiche 65 millions de visiteurs. Certes, tous ne sont pas des « Alt-Right » mais cela donne tout de même une idée de l’écho que l’extrême droite rencontre auprès d’une partie de l’opinion américaine. A noter que Steve Bannon vient de récupérer la direction de Breitbar après avoir été écarté par Trump[1] de son poste de conseiller stratégique de la bien nommée Maison-Blanche.

A l’instar des nouvelles structures politiques, l’Alt-Right est une nébuleuse idéologique et non un bloc structuré. Elle va de l’aile droite du Parti républicain jusqu’aux mouvements ouvertement nazis. Néanmoins, le fond idéologique reste commun : le racisme, la défense de la suprématie de la « race blanche » sur les autres et le retour à la domination sur les femmes, domination mise à mal par les récentes – et encore trop timides – avancées du féminisme.

L’auteur du titre « Alt-Right » et principal idéologue du mouvement, Richard B. Spencer, ne cache nullement ses nostalgies comme le démontre cet extrait d’un discours qu’il a prononcé en novembre dernier à l’occasion de la campagne électorale de Donald Trump. Sa conclusion, toute en finesse, a au moins le mérite de la clarté : Hail Trump ! Hail our people ! Hail victory ! Ceux qui prétendraient que Spencer n’a pas forcément fait référence à l’acclamation hitlérienne (Heil !), puisque to hail veut dire saluer, ne pourront guère poursuivre sur cette voie en voyant des membres de son assistance faire le traditionnel salut fasciste et nazi.

 

Richard B. Spencer est l’organisateur de la manifestation de Charlottesville au cours de laquelle un de ses partisans a tué une manifestante antifasciste ; il demeure l’un des plus indéfectibles supporteurs de Trump. Ce qui explique la réaction du président après Charlottesville lorsqu’il a mis les suprémacistes blancs et les antiracistes dans le même panier. L’un après l’autre, Trump est abandonné par ses soutiens. Comme fidèles, il ne lui reste plus que les extrémistes de droite. Il ne saurait donc se payer le luxe de s’aliéner ses derniers partisans. Quitte à précipiter la chute de son propre parti.

Salafisme : une idéologie fondamentalement violente

Côté salafiste, c’est le même mouvement vers l’arrière qui mobilise les troupes, la même panique de voir les privilèges être entamés. Et comme l’Alt-Right, le salafisme est une nébuleuse qui dispose d’une toile de fond commune et se caractérise par une dispersion de groupes tantôt opposés, tantôt alliés.

Le but du salafisme (lire aussi le texte « Charlottesville du nazisme blanc au nazisme vert ») est de revenir à une époque jugée idéale, celle du prophète Mohammed et de ses compagnons. Dès lors, tout ce qui est intervenu après eux devient suspect. Tout changement est une trahison, tout progrès, une hérésie, toute amélioration, une abomination. Tout doit revenir dans l’état tel que le Coran et la Sunna (tradition musulmane) l’ont fixé pour l’Eternité.

Dès lors, les distinctions entre les « gentils salafistes quiétistes » et les « méchants salafistes djihadistes » relèvent de l’hypocrisie. Le salafisme est, en lui-même, violent, puisqu’il veut briser tout mouvement d’évolution. Dans cette vision du monde, la femme doit rester dans son rôle d’instrument de ponte et de plaisir. L’islam doit restaurer ou instaurer sa prééminence sur toutes les religions en concédant, du bout de la babouche, un statut de dhimmi aux juifs et aux chrétiens qui les relègue aux rangs très inférieurs, tout en s’abstenant de les massacrer. A la condition, bien sûr, qu’ils payent leur impôt spécifique. Pour les autres impies, c’est le prix du sang qu’ils devront verser.

L’apparition des mouvements féministes est perçue par les salafistes comme la mère de toutes les menaces contre les privilèges du mâle garanti par la parole divine, du moins telle que les salafistes la traduisent. C’est sans doute l’une des explications à leur radicalisation. La femme voilà l’Ennemie commune des nazislamiste comme des suprémacistes blanco-mâles.

Contradiction qui n’est apparente, pour promouvoir cette idéologie moyenâgeuse, les salafistes ont recours aux technologies les plus modernes. Apparente, en effet, la contradiction : la pensée, les idées, la philosophie, les opinions, les aspirations relèvent de l’impudence des humains qui veulent ainsi substituer leur raison à celle inscrite par Allah dans le Coran ; en revanche, les objets créés par la technique peuvent être utilisés à la seule condition qu’ils transmettent la volonté divine dictée par Allah au prophète Mohammed et servent Ses desseins. Ceux qui s’opposent à cette volonté divine doivent, soit se soumettre, soit être anéantis.

Le salafisme ne limite pas ses attaques aux non-musulmans. Loin de là. Il porte le fer contre tous les musulmans qui ne partagent pas leur étroite vision de l’islam. Les « mauvais musulmans » sont même leurs pires adversaires car ils introduisent le ferment de l’intelligence humaine au sein de la religion. Ainsi, les salafistes persécutent-ils les différentes formes du soufisme qui développent une lecture ésotérique du Coran qui va à l’encontre de la lecture littérale imposée par les salafistes.

Salafisme, racisme blanc et antisémitisme

Le salafisme est devenu le principal vecteur de l’antisémitisme au XXIe siècle. Sur ce point, l’alt-Right est plus prudent dans ses propos. Toutefois, les interventions antisémites sont nombreuses dans la fachosphère américaine et européenne. L’un des slogans scandés par les manifestants suprémacistes blancs à Charlottesville en donne la parfaite illustration : « Les juifs ne nous remplacerons pas » (voir la vidéo ci-dessous). Souvent, l’admiration pour Israël et la haine viscérale contre les juifs cohabitent chez les suprémacistes blancs.

 

La fachosphère occidentale et l’islamofascisme des salafistes font tous deux la guerre au temps qui passe. Guerre perdue d’avance, bien sûr. Mais les combats d’arrière-garde sont les plus sanglants et durent souvent fort longtemps.

C’est pourquoi faire alliance avec la fachosphère pour lutter contre l’islamoterrorisme relève de la sanglante illusion. Les deux entités principales de l’Internationale réactionnaire ont besoin l’une de l’autre pour survivre contre tous les mouvements qui ont pour but de libérer les humains de leurs aliénations.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Steve Bannon s’est empressé de déclarer après son éviction : « Je pars au combat pour Trump et contre ses opposants ».

 

18:17 Publié dans Laïcité, Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : terrorisme, trump, salafisme | |  Facebook | | |

Commentaires

Dans notre pays, en Suisse, il est imposé aux musulmans de ne jamais interpréter eux-mêmes le coran.
En cas de questions, obligation de demander les réponses à l'imam.

Défense, donc, d'évoluer... c'est-à-dire de penser par soi-même en son for intérieur. Pas de délibération intime qui présenterait le risque d'accéder au discernement.

Écrit par : MB | 21/08/2017

C"est un constat: la femme dans toutes les sectes est sujet et objet, ou, objet du sujet.

" Le présent ouvrage est consacré au verset H-92/4:34 qui autorise les hommes, voire leur donne l’ordre de frapper leurs femmes. Ce verset dit:

Les hommes s’élèvent au-dessus des femmes par ce que Dieu a favorisé certains par rapport à d’autres, et ce qu’ils ont dépensé de leurs fortunes. Les femmes vertueuses sont dévouées, et gardent le secret que Dieu a gardé [pour elles]. Celles dont vous craignez la dissension, exhortez-les, abandonnez-les dans les couches, et frappez-les (udribuhun). Si elles vous obéissent, ne recherchez plus de voie contre elles. Dieu était élevé, grand."

" Aucune exégèse de ce verset n’a jamais mis en question le sens du verbe «frappez-les» (udribuhun). Mais face aux critiques des occidentaux qui y voient une marque de misogynie, des traducteurs musulmans tentent d’induire les lecteurs en erreur en édulcorant ces termes ou en leur donnant un sens erroné. Des coranistes se sont joints à cet effort."

Le coran, rien que le coran.

"Le Calife Omar ou un autre aurait dit: يا حق لم تترك لي صاحبا
Ô vérité, tu ne m’as laissé aucun ami
Dire la vérité est le meilleur moyen pour se retrouver seul, en plein désert, et mourir misérablement."

http://www.blog.sami-aldeeb.com/2016/08/29/frappez-les-femmes-interpretation-du-verset-coranique-92434-a-travers-les-siecles/

Pour revenir au sujet, la suprématie blanche aux USA est largement influencée par les sectes chrétiennes qui n'ont rien trouvé de mieux dans leur parcours spirituel. Obama fut un boulet islamophile, Trump est un boulet de la chrétienté. Espérons qu'il fera mieux que sont prédécesseur.

Écrit par : Pierre NOËL | 21/08/2017

"C’est pourquoi faire alliance avec la fachosphère pour lutter contre l’islamoterrorisme relève de la sanglante illusion. Les deux entités principales de l’Internationale réactionnaire ont besoin l’une de l’autre pour survivre contre tous les mouvements qui ont pour but de libérer les humains de leurs aliénations."

Admirable conclusion!
Il suffit maintenant de pousser l'analyse et de l'appliquer aux couples suivants qui "ont besoin l’un de l’autre pour survivre contre tous les mouvements qui ont pour but de libérer les humains" de la guerre:
Etats-Unis - Al Qaida/Arabie
Israël - Hamas

Écrit par : Daniel | 22/08/2017

Les religions ne sont que des organismes souhaitant prendre sous leur direction la maîtrise des croyances des Hommes. Certaines se basent sur des écrits (Bible, Tora, Coran, etc.) en les appliquant à la lettre, d'autres les interprètent ou les "embellissent" en y rajoutant plein de nouveautés (par exemple l'Assomption). D'autres les prennent comme prétexte financier (nombreuses sectes) ou alors, pour faire la guerre (croisades, IRA, Syrie, etc.). Certains fondamentalistes souhaitent détruire le monde occidental "pervers et dégradé" (islamistes). Et toujours, le prétexte des croyances est plus ou moins mis en avant. Pourquoi? Parce que l'Homme n'est sur Terre que depuis peu de temps et a malheureusement gardé son fond inné et génétique de chasseur, de mangeur, d'égoïste (ne protégeant que sa propre famille, et encore), et ses sentiments de survivaliste n'ont fait que de se développer depuis des millions d'années. En totale décadence, il s'auto-détruit.

Écrit par : Gilles Bourquin | 22/08/2017

Quand les très riches n'ont aucun intérêt à donner la parole à celles et ceux qui développent une pensée moderne et libérée du carcan religion; quand un président de France arrêtera de distribuer la Légion d'honneur au pire courant islamiste porteur de terrorisme et de monarchie antique; quand les clubs de foot les plus prestigieux d'Europe (Barcelone, PSG) arrêteront de se faire acheter par les princes du Golf et que les supporter stupides arrêteront d'acheter et de porter des T-shirts qui font honte aux victimes du terrorisme, alors peut-être que les "mauvais" musulmans trouveront une place dans ce monde pour développer leur petite lumière moderne et hautement subversive... Avant cela, aucun espoir que cela change. Les très riches aiment leurs privilèges et mettre le monde en esclavage sous des idéologies religieuses ou laïques qui appellent à la domination par des maîtres et des gourous... C'est triste mais c'est notre réalité alors que cela fait déjà 300 ans que le siècle des Lumières avait commencé...qui donnera naissances aux grands noms de la poésie et de la littérature moderne.

Écrit par : pachakmac | 22/08/2017

Je ne pense pas que ce soit une question de richesse, mais d'éducation:

http://www.estrepublicain.fr/faits-divers/2017/08/22/ils-attrapent-la-rage-apres-avoir-viole-une-anesse

Après l'urine de chameau pour guérir du cancer, et autres idioties du coran, l'islam comme son symbole, c'est actuellement la lune noire.

Trump c'est le soleil éclipsé derrière la lune......

Deux concepts aux croyances zinzins.

Écrit par : Pierre NOËL | 22/08/2017

Existe-t-il le récit précis de la vision "fondatrice" de l'islam par le prophète Mohammed?

Si oui, ne serait-il pas urgent de la faire analyser par de grands psychiatres et psychanalyste autorisés?

Écrit par : MB | 24/08/2017

MB, comme toute source spirituelle, l'Être se couvre de mysticisme et de croyance ou de transcendance (cause supérieure) en opposition à l'immanence (cause en soi). Jésus croit en son Père céleste, Muhammed croit en Allah Puissance parfaite supérieure en Tout aux humains. Vous pouvez effectivement demander les secours de psychiatres qui se pencheront sur les personnages de Jésus et de Muhammed, le premier comme être marginalisé né de parents chassés de partout (immigration intérieure) alors que Muhammed est un chamelier qui voyage dans le désert sous la chaleur torride d'un soleil de plomb... Il a des images, des mirages, des consolations devant les persécutions auxquelles il assiste d'abord impuissant puis de plus en plus puissant au fur et à mesure qu'une partie du peuple croit en sa parole et le suit. Il épouse une femme riche qui va lui donner l'aura d'un homme très respectable et aimable. La suite, c'est son histoire et celle de ses compagnons de route. Il va créer un livre qu'il imaginera être celui Véridique prenant sa Source directement chez Allah car lui, le pauvre et solitaire chamelier, ne pourrait être le créateur de cette parole qui hante l'imaginaire de son cerveau. Peu à peu, il fait de ses visions des dogmes qu'il transforme au gré de sa vie (d'abord le vin qui est un bienfait pour l'homme en petite quantité mais qui n'est pas aussi bénéfique que son abstention d'où sa totale interdiction rigide en toute fin de sa vie; ou les prières à Allah qui sont de l'ordre de 50 au début de son prêche mais qui épuisent ses partisans et dont il comprend qu'il faut les réduire, donc 5 par jour obligatoires en fin de règne de Muhammed). Nous voyons bien que le divin est un processus de construction mouvant dans la pensée de Muhammed. Mais les musulmans qui sont les gardiens de la mosquée et du dogme refusent de voir cela. Il y de nombreux d'intérêts derrière tout ça dont les intérêts économiques des princes et gourous..sans compter la domination sur les femmes... C'est ainsi. Bonne journée à vous.

Écrit par : pachakmac | 26/08/2017

Bienveillantes paroles.

Merci à vous, pachakmac.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 26/08/2017

@ Mme Belakovsky
Psychanalystes et autres psychiatres n'ont pas attendu votre question ("ne serait-il pas urgent de...") pour se pencher sur la santé mentale des prophètes.
Lire, par exemple, « http://www.slate.fr/story/115853/jesus-abraham-moise-psychotiques », qui débute par cette citation de Thomas Szasz, psychiatre américain d'origine hongroise et de renommée internationale:
«Si vous parlez à Dieu, vous êtes religieux. Si Dieu vous parle, vous êtes psychotique».

Écrit par : Mario Jelmini | 26/08/2017

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