26/07/2017

Mimos (1) : Josef Nadj en poète de l’Origine

ATELIER 3_1. Penzum � Pascal Seixas_03.jpg

Mimos, le Festival international des arts du mime et du geste à Périgueux, célèbre cette année son trente-cinquième anniversaire. Il a commencé hier et se terminera samedi. L’an passé, ce rendez-vous de la poésie en mouvement avait subi l’onde de choc des attentats. Cette année, le traumatisme est surmonté. Les barbes de sang n’empêcheront pas l’art libre de se déployer dans les cœurs, par les corps.

Une performance particulièrement impressionnante, celle du grand chorégraphe Josef Nadj et de sa complice sur scène, la contrebassiste Joëlle Léandre (hier et ce soir à 18 h. au Palace, Périgueux). Elle a pour titre Penzum (photo Pascal Seixas). Le visage dissimulé par une sorte de masque africain, revêtu d’une robe noire de tulle faisant apparaître son corps blanc et musclé, Nadj prend possession d’un grand écran de papier sur lequel il dessinera au moyen d’un morceau de charbon. A ses côtés, la contrebassiste arbore un masque en aluminium d’aspect féminin. Le reste de sa tenue est neutre. Mais c’est elle, avec son instrument utilisé en mélodie ou en percussion, qui va dicter sa loi au danseur. Présence d’autant plus oppressante qu’elle est discrète.

Josef Nadj va tracer sur le grand carré de papier un papillon géant et un animal rupestre. Entre les deux, le danseur tirera ensuite des séries de traits au gré de son improvisation dansée. Au gré aussi de son angoisse dont il essaye de se libérer.

Le propos de Josef Nadj est de rendre hommage au poète hongrois Jozsef Attila (1905-1937). Sa chorégraphie est inspirée par l’amour impossible du poète, atteint de schizophrénie, pour sa psychothérapeute Flora Kozmut. Celle-ci aurait prescrit à son patient de lui écrire des lettres, en guise de thérapie. Si l’amour de Joszef Attila fut vif, la thérapie épistolaire de sa Dame inaccessible n’a pas été couronnée de succès. Le poète s’est suicidé en se jetant sous un train, même si l’hypothèse d’un accident n’a jamais été abandonnée. L’année de sa mort – 1937 – il a dédié à Flora Kozmut un poème intitulé en magyar Megméressél ! (Remerciements !) En voici un extrait :

Elle, saveur de l’eau pure,
Elle qui rentre dans ma bouche,
Elle qui m’appelle à la maison,
Elle où dans ses yeux un poulain joue.

Comme dans toutes les œuvres d’art authentiques, on peut trouver dans Penzum de Josef Nadj bien d’autres significations que celles retenues par l’auteur. Cette performance musicale-chorégraphique-plastique évoque aussi l’origine des humains, la Grande Origine, l’époque mythique d’avant la différenciation des sexes, d’avant la séparation d’avec l’animal, lorsque l’homme-femme ne faisait qu’une âme-chair avec l’univers.

Afin de laisser tous ses effets à la surprise, nous ne dévoilerons pas la fin car ce spectacle tournera encore dans d’autres contrées. Elle est émouvante et sublime, cette fin. Disons que l’humain y apparaît dans toute sa splendeur animale.

Mimos : deux découvertes asiatiques au Off

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Mimos aussi à son Off. Mimes et danseurs investissent toute la ville de Périgueux pour présenter scénettes et spectacles de rue. Au gré des promenades, nous avons découvert deux jeunes artistes venus de l’Extrême-Orient, le Japonais Tsubasa Watanabe[1] et la Coréenne Sun-A Lee[2] (Photos:Jean-Noël Cuénod)

Avec la méticulosité d’un sumotori, Watanabe prépare l’espace avant d’entamer sa prestation intitulée Hidden Place : une corde formant cercle et au centre d’icelui, un rectangle créé par les deux baguettes et les deux fils qui feront danser le diabolo, accessoire ou plutôt partenaire du mime. La comparaison avec le sumo s’arrête là : Tsubasa Watanabe a la minceur souple et nerveuse d’une liane. Tout dans cette performance est légèreté. A l’intérieur du cercle tracé par l’artiste, l’air même perd son épaisseur. Tout y devient possible. Il vole, le diabolo et nous avec lui.

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La danseuse et chorégraphe coréenne Sun-A Lee, avec son solo Jayeon-E-Ro, parle la langue du corps pour s’insérer dans le décor naturel : buissons du parc, pièce d’eau, gazon. Iguane, truite, mouette, félin ? Sun-A Lee devient une espèce nouvelle qui ne se limite pas au règne animal. Nouvelle, l’espèce ? Ou alors tellement ancienne que nous en avons perdu la mémoire.

Le geste, c’est la parole des origines. Nous retombons sur nos pattes.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Aujourd’hui à 12h.30 Place André-Maurois (Périgueux) ; 15h. place de la Vertu et 16h. place de l’ancien Hôtel-de-Ville.

[2] Aujourd’hui à 13h. et à 16h.30 au Jardin du Musée Vesunna ; demain jeudi à 16h.30 et 19h. au Jardin des Arènes.

08:55 Publié dans Poésie L'Or du temps | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Nous avons donc des "pattes" à la place de nos bonnes vieilles "jambes" cher monsieur, notre "ré"volution vers notre grand retour à la vraie "'animalité" est donc sur la bonne voie, et tout ça place de la Vertu, nous n'en demandions pas tant! Et en quoi allons nous nous réincarner? En faune sans doute? Cette perspective est assez "périgueux'se!!!"

Écrit par : dominique degoumois | 28/07/2017

La présence d'enfants est réconfortante mais si l'un d'eux au courant des nouvelles demandait ce qui arriverait si un jour les poulains ne trouvaient plus d'eau?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 28/07/2017

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