23/06/2017

Une Franc-Maçonnerie particulière

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Une Franc-Maçonnerie particulière ? Celle du Rite et/ou Régime Ecossais Rectifié. Un élément fondamental – et trop oublié – de son Histoire est révélé par Alain Bernheim dans le premier livre publié par la toute nouvelle collection Les Architectes de la Sagesse aux Editions Slatkine. Disponible en librairie. En voici la quatrième de couverture.

Une Histoire secrète du Régime Ecossais Rectifié – Les mystères dévoilés de la Grande Profession évoque un aspect souvent incompris de la Franc-Maçonnerie d’inspiration chrétienne, à savoir le rôle tenu par la Grande Profession, sa plus discrète institution. L’écrivain et historien Alain Bernheim y livre les clefs essentielles pour ouvrir cette « porte aux mystères » du Régime Ecossais Rectifié (RER ) qui développe un rite maçonnique d’une incomparable richesse. Resté pendant longtemps méconnu, le RER est aujourd’hui en pleine expansion.

Alain Bernheim est l’un des historiens de la Franc-Maçonnerie les plus réputés dans les pays de langue française mais aussi ailleurs et, notamment, en Grande-Bretagne, lieu de naissance de la Maçonnerie dite spéculative dont nous célébrons cette année le 300ème anniversaire. Premier Français à être élu membre actif de la Loge Quatuor Coronati No. 2076, de la Grande Loge Unie d’Angleterre, il fut Premier Surveillant de cette Loge de recherche, la plus ancienne et de la plus prestigieuse de l’Ordre maçonnique.

Parmi ses nombreux ouvrages de référence, citons Les débuts de la Franc-Maçonnerie à Genève et en Suisse, (Slatkine – 1994), Une certaine idée de la Franc-Maçonnerie (Dervy – 2008), Le rite en 33 grades (épisodes et documents inconnus ou oubliés) (Dervy – 2011) et Régularité Maçonnique (Dervy – 2014).

Son travail d’historien a été couronné par plusieurs distinctions dont, à deux reprises, le Norman Spencer Award de la Loge Quatuor Coronati (1986 et 1993), le Prix Caroubi du Suprême Conseil de France (2010) et le Prix Spécial Acacia d'Or du Salon du Livre Maçonnique pour l'ensemble de son œuvre (2014).

Jean-Noël Cuénod

Directeur de la collection Les Architectes de la Sagesse

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21/06/2017

Petit manifeste pour une gauche post-Macron (II)

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Emmanuel Macron et sa République En Marche ont ramassé le pouvoir pour mettre en pratique le social-libéralisme qui consiste à créer une sorte de capitalisme financier à visage humain. Une fatalité? (Suite du précédent texte).

Si l’on prend comme principe de base de sa réflexion que l’hypercapitalisme financier est devenu une calamité insurmontable, alors l’option sociale-libérale de Macron présente la solution la plus adaptée à cette situation. Elle offre au moins une issue d’apparence réaliste à la situation économique de la France marquée par le chômage de masse et le déclin industriel. L’actuelle vague d’optimisme qui rafraîchit agréablement la France ainsi que les succès électoraux impressionnants d’Emmanuel Macron et de son parti ­– tempérés par une abstention record – indiquent bien qu’une large partie des Français y adhère.

Les deux anciens pôles politiques – la vieille droite libérale-conservatrice et la social-démocratie défunte – ont été fort logiquement balayés. Les formations protestataires sont également dans l’impasse. Le Front national avance des solutions d’avant-hier (fermeture des frontières) aux défis de la globalisation et la médiocrité de son personnel politique est apparue dans toute sa lamentable ampleur lors des récentes campagnes électorales.

Bien qu’infiniment plus convaincante sur le plan intellectuel, La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon reste elle aussi enfoncée dans un passé à jamais révolu. Son programme vise, par exemple, à surtaxer les revenus supérieurs à 33 000 euros par mois et par personne et à taxer les transactions financières. Et pour appliquer ces fort justes mesures ? Eh bien, on contrôle les capitaux et les marchandises aux frontières nationales! Ce qui ferait rire les hypercapitalistes qui changent de pays en un vol de jet d’affaire et déplacent leurs capitaux en quelques clics de souris.

La majorité des électeurs de gauche s’est rendue compte que cette offre protestataire, pour séduisante qu’elle apparaisse, était inadaptée à la situation présente. Une partie d’entre eux a donc choisi de voter Macron ou LREM, par défaut.

L’option sociale-libérale offre une solution d’apparence réaliste à la situation de la France, disions-nous.

Apparence, en effet, car les médicaments contre la douleur prescrits par le docteur Macron ne combattent aucunement le mal en lui-même, à savoir l’hypercapitalisme. Or, l’«énergie cupide» qui lui sert de moteur est mortifère à plusieurs titres.

La mentalité ambiante induite par l’hypercapitalisme provoque de façon habile la soif d’acquisitions toujours renouvelées. Que les ressources de la planète ne soient pas infinies, tout le monde le sait. Sauf Trump, l’idiot du village planétaire. Mais regardez avec quelle peine, les dirigeants de la planète, tentent de prendre des mesures pour, bien modestement, modérer l’allure de cette «énergie cupide»!

Malgré les discours repeints en vert, la volonté politique n’est pas suffisamment forte pour dompter la puissance de cette machine hypercapitaliste, formée par une myriade d’intérêts commerciaux transfrontières. A l’évidence, les Etats-Nations n’ont pas la dimension nécessaire pour s’y opposer, surtout sur notre continent. Nommer Nicolas Hulot ministre d’Etat à la transition écologique est un très joli coup de marketing politique. Toutefois, au mieux, l’écologiste français numéro 1 pourra initier dans son pays d’utiles expériences. Mais cela n’aurait pas d’effets décisifs à la seule échelle qui vaille en matière d’environnement: la planète. Dès lors, il faudrait trouver d’autres lieux pour que la volonté politique s’exerce. Et en Europe, on ne voit que l’Union qui dispose de la taille critique nécessaire pour prendre cette mission en main. Si du moins, elle le voulait…

Vers un Parti social-écologiste européen?

Dès lors, la nouvelle social-démocratie sera écologiste et européenne ou ne sera pas. Certes, les partis de gauche, du moins ce qu’il en reste, ont mis de grosses louches vertes dans leur programme. Mais cela ne suffit pas. C’est toute une doctrine social-écologiste qu’il est nécessaire de développer. Et surtout, cette social-écologie doit situer son combat en priorité sur le plan européen, pour qu’une réelle volonté politique efficiente apparaisse. Dès lors, l’organisation traditionnelle des partis de gauche claquemurés dans les limites de leurs Etats-Nations est devenue irrémédiablement obsolète. C’est un vaste Parti social-écologiste européen qu’il convient de créer et non un conglomérat de formations nationales incapables d’avoir une action commune en profondeur.

Emmanuel Macron a prouvé qu’il était un stratège politicien particulièrement efficace. Mais ses indéniables qualités intellectuelles ne sauraient dissoudre les chaînes qui le lient à cet hypercapitalisme auquel il doit tout, à commencer par son trésor de guerre. Son social-libéralisme tentera d’insérer, en les formant, le maximum de jeunes dans le flux du travail, grâce à l’ubérisation, sous diverses formes, de l’économie. C’est le rêve de l’hypercapitalisme : transformer le producteur en microentrepreneur pour qu’il accepte, au prix d’une liberté illusoire, de travailler à vil prix. Macron s’évertuera à réduire les rigueurs de cette ubérisation tout en la développant. Mais au bout de ce processus, la précarité sera le lot de la majorité de travailleurs. Moins de chômeurs, peut-être, si tout va bien; plus de pauvres, assurément.

S’attaquer à ce phénomène dans un seul pays est aussi illusoire que de lutter pour préserver l’environnement dans un seul territoire. La réponse à l’hypercapitalisme, là aussi, ne peut provenir que de l’échelon européen.

Ce parti social-écologiste devrait se construire à la base, de façon horizontale pour utiliser au maximum les possibilités offertes par les réseaux sociaux et les nouvelles technologies. C’est en fédérant ces associations locales qui fourmillent en Europe dans tous les domaines, environnementaux, sociaux, culturels que ce parti pourrait se former à l’échelon du continent. La gauche nouvelle jettera aux orties le tout-productif qui fut, si l’on ose dire, sa marque de fabrique. Elle sera à la fois conservatrice – en préservant la nature des appétits voraces de «l’énergie cupide» – et progressiste en s’attaquant à l’hypercapitalisme qui veut faire des femmes et des hommes, des consommateurs ubérisés.

 La tâche est tellement rude qu’elle paraît insurmontable. Mais celui qui ne lutte pas atteint la rive des morts avant son cadavre.

FIN

Jean-Noël Cuénod

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19/06/2017

Petit manifeste pour une gauche post-Macron (1)

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Majorité absolue, mais sans excès. PS pulvérisé. Droite LR affaiblie et divisée. Front national privé de groupe parlementaire. France insoumise présente au parlement mais réduite. Emmanuel Macron tient désormais toutes les cartes en main. Et la gauche? A reconstruire? Mais quelle gauche?

«Le pouvoir n’était pas à prendre, il était à ramasser», disait de Gaulle pour expliquer son retour au commandement de la France, le 13 mai 1958. Ce n’est donc pas le Général qui a provoqué la ruine de la IVe République. De même, ce n’est pas Lénine qui a causé la chute du tsarisme. Et Macron, n’est pas à l’origine de l’effondrement de la social-démocratie française. Les régimes implosent sous l’effet de leurs contradictions internes.

Le plus grand génie politique reste impuissant si les circonstances historiques ne se prêtent pas aux changements radicaux. Il faut donc que le pouvoir tombe en ruine pour que l’homme dit «providentiel» soit en mesure de ramasser les morceaux et de restaurer les fondations.

L’essentiel est de distinguer le moment juste qui précède l’effondrement afin d’être prêt à intervenir avant les rivaux. C’est ce coup d’œil aiguisé qui a permis à Emmanuel Macron de quitter le gouvernement et de mettre «en marche» son mouvement à l’instant idoine. L’alors premier ministre et principal concurrent Manuel Valls avait diagnostiqué l’effondrement de la social-démocratie française bien avant Macron. Mais, contrairement à ce dernier, Valls n’a pas su se dégager à temps de la gangue gouvernementale. Quand il l’a fait, c’était trop tard. Le ci-devant chef du gouvernement, empêtré par son bilan collé aux semelles, n’était plus capable de rattraper son fringant ex-ministre. De plus, Valls est apparu comme le traître qui a poignardé François Hollande dans le dos. Certes, Macron avait déjà planté sa dague dans l’échine hollandaise. Mais l’opinion ne s’est souvenue que de la surinade de Manuel Valls. L’ancien président a fort bien décrit la chose: «Macron m’avait trahi avec méthode». Valls l’a aussi trahi mais sans méthode. Ça ne pardonne pas. Le savoir-trahir est le premier savoir-faire de l’homme d’Etat.

Certificat de décès de la vieille gauche

Macron a donc ramassé le pouvoir que les mains malhabiles du Parti socialiste et de la vieille droite française ont laissé tomber. Son début de parcours triomphal a signifié la fin d’un modèle social-démocrate français original géré alternativement par la droite et la gauche modérées, depuis l’application dès 1946 du programme «Les Jours Heureux» du Conseil national de la Résistance, programme qui a permis aux Français de bénéficier d’une couverture sociale de premier ordre.

Mais la social-démocratie a partout subi une crise majeure dès la mort de l’Empire soviétique. Tant que le communisme menaçait les structures du capitalisme, les représentants politiques de l’économie dominante ont fait des concessions aux partis socialistes démocratiques et accepté des réformes sociales souvent importantes qui ont permis de calmer les colères ouvrières et d’introduire les travailleurs, devenus aussi consommateurs, dans les circuits de l’économie de marché.

Lorsque l’ «Ogre rouge» a disparu, les partis sociaux-démocrates ont perdu cet épouvantail et, en plus, ont dû affronter un type de capitalisme fondamentalement nouveau : l’hypercapitalisme financier qui a remplacé le traditionnel capitalisme  industriel[1].

Cet hypercapitalisme est né de la financiarisation toujours accrue de l’économie et change complètement la situation: il n’est plus besoin de recourir aux gros bataillons du prolétariat, du moins dans les pays de modèle occidental; les nouvelles technologies créent de nouveaux emplois avec des formes tout aussi nouvelles de rapport au sein de l’entreprise, l’idéal étant de transformer le salarié en un microentrepreneur taillable et corvéable à merci.

Naguère encore, le patron (tiré du mot «père») était une figure bien établie en tant que telle, avec un visage connu et une implantation locale. Aujourd’hui tout se dissout dans le brouillard financier. Qui est le vrai «patron» des salariés française d’Altice ? le PDG Patrick Drahi ou bien les banques qui ont prêté à son groupe quelque 50 milliards d’euros ? Et où est implanté le «patron» de cette petite entreprise? A Cologny[2] ? A Champel[3], A Zermatt[4] , au Luxembourg[5] ? A Amsterdam[6] ? La réglementation d’un pays X déplaît-elle au groupe ? Qu’à cela ne tienne, le pays Z est prêt à l’accueillir. La chanson est bien connue, même si moult oreilles ne veulent pas l’entendre. Jadis, le savoir-faire ouvrier limitait (sans l’empêcher tout à fait) la mobilité de l’entreprise. Aujourd’hui, c’est de moins en moins le cas.

Dès lors, comment, dans un tel contexte, faire pression sur le patronat (si l’on peut encore parler de «patronat») pour exiger des réformes sociales? A cette énigme, la social-démocratie n’a pas apporté de réponse, ce qui a provoqué son effondrement en France, en Italie et dans d’autres pays. Certes, elle s’est encore maintenue ailleurs (Allemagne, Suède, Suisse, etc.), là où elle s’était plus solidement implantée au sein de la classe ouvrière sans avoir été concurrencée par les Partis communistes. Mais partout, la social-démocratie est en crise pour n’avoir pas (encore ?) pu relever le défi de l’hypercapitalisme financier.

Le social-libéralisme façon Macron

Emmanuel Macron, semble-t-il, a bien saisi la situation en proposant d’instaurer une forme française de ce social-libéralisme inauguré, avec plus ou moins de succès, par Tony Blair et son «New Labour» (qui a tout de même pris un sacré coup de vieux, avec le quasi septuagénaire Jeremy Corbyn à sa tête). Il s’agit donc pour ce nouveau parti social-libéral qu’est La République en Marche (LREM) d’accepter la donne imposée par l’hypercapitalisme financier en réduisant le plus possible les services publics pour donner de l’espace aux entreprises ou aux microentreprises privés, ces dernières étant gérées par des artisans dépourvus des droits sociaux attribués aux salariés.

Dans cette optique, les sociaux-libéraux macroniens vont miser sur la nouvelle économie développée par la transition écologiste. D’où le choix de l’écologiste numéro 1 en France, Nicolas Hulot (cela dit pour les Martiens qui viendraient d’atterrir), comme ministre d’Etat. La majorité présidentielle espère ainsi y trouver des gisements d’emplois à défaut de pétrole. Pour son volet social, le nouveau président veut former les individus à cette mobilité professionnelle qui est devenue la réalité quotidienne de chacun. Le propos macronien n’est donc pas de s’opposer à l’hypercapitalisme financier mais de tenter d’en corriger les effets les plus pervers, les plus dommageables pour l’ensemble de la population. Surtout, son propos est de préparer le mieux possible les classes populaires à s’insérer dans la nouvelle économie, basée, notamment, sur les modèles de type Uber. Alors, social-libéralisme ou social-ubéralisme ?

Au fond, le social-libéralisme façon Macron réédite avec l’hypercapitalisme financier ce qu’avait fait la social-démocratie avec le capitalisme industriel. Non pas abattre le monstre mais soigner ses victimes. Il ramasse donc la gauche et la droite modérées afin de créer une force centrale.

Jean-Noël Cuénod

(A suivre)

[1]Le développement du capitalisme dans sa phase industrielle reposait sur l’expansion de la production. Le capital (l’argent qui est réinvesti) devait être alloué en partie à des investissements productifs, c’est-à-dire qui permettent d’augmenter la capacité de production (par exemple, l’achat de machines plus performantes ou la construction de nouvelles usines). La logique financière est tout autre. Le capital n’a plus à passer par le détour de la production pour fructifier ; sa simple circulation engendre une création de capital neuf. L’investissement à court terme devient la norme et c’est la spéculation qui fait augmenter la valeur d’un actif. («Qu’est-ce que la financiarisation de l’économie?» par Julia Posca, IRIS, Institut de recherche et d’informations socioéconomiques au Québec. http://iris-recherche.qc.ca/

 [2] A l’intention des non-suisses: commune du canton de Genève, sorte de Neuilly-sur-Seine en plus cossu.

[3] Idem: quartier de Genève-Ville, sorte de XVIe arrondissement en plus riche.

[4] Idem: station de montagne dans le canton du Valais (partie germanophone), sorte de Courchevel en beaucoup plus chic.

[5] Altice est une société de droit luxembourgeois.

[6] Altice est cotée à la Bourse d’Amsterdam.

16/06/2017

Nouvelle collection dédiée à l'ésotérisme

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Les Editions Slatkine s’enrichissent d’une nouvelle collection qui a pour nom : Les Architectes de la Sagesse.

Elle s’intéresse à la Franc-Maçonnerie, puisque son premier ouvrage qui vient de sortir est consacré à l’un de ses aspects : Une Histoire secrète du régime écossais rectifié, né de la plume experte de l’historien de la Franc-Maçonnerie Alain BERNHEIM.

Mais elle ne sera pas la seule terre d’exploration des Architectes de la Sagesse, loin de là.  Initiations et spiritualités – au pluriel – concernent cette collection. La Foi – quel que soit son objet – se vit. La Foi en Dieu ; la Foi en l’Humain… la Foi en l’Univers… Elle est ce souffle intérieur qui s’éprouve mais ne se prouve pas. La Sagesse, elle, se construit. Il lui faut donc des architectes.

 La Sagesse avec une majuscule, cette astuce scripturale qui permet à un substantif de prendre, justement, un surcroît de substance qui l’élève au-dessus de la tourbe quotidienne. La définir est périlleux, elle prend tellement de formes. Disons que la Sagesse que nous cherchons à bâtir représente cet effort des humains à dépasser leurs conditions matérielles pour tenter de prendre langue avec la puissance créatrice et ordonnatrice de l’univers. Elle n’est pas cette foudre mystique qui frappe Paul Claudel, le 25 décembre 1886, près du second pilier à l’entrée du chœur de Notre-Dame à Paris (En un instant mon cœur fut touché et JE CRUS).  La Sagesse est la patiente approche vers ce qui nous dépasse. Et nous dépassera toujours. Mais qui continue et continuera à nous faire progresser vers un peu plus de lumière. La Sagesse est faite d’erreurs suivies de corrections, d’hésitations suivies d’élans. La Sagesse est une maison toujours en chantier dont on ne voit jamais le toit.

 La collection Les Architectes de la Sagesse des Editions Slatkine se propose donc d’éditer des œuvres élaborées par ces patients bâtisseurs de l’Esprit, soit sous la forme d’essais, soit sous celle de fictions.

 Jean-Noël CUÉNOD

Directeur de la Collection Les Architectes de la Sagesse aux Editions Slatkine.

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14/06/2017

Bayrou, comme un petit air de Cahuzac

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Comme ministre de la Justice François Bayrou présente ce mercredi sa loi sur la moralisation de la vie publique. Et comme président du MoDem, le voilà embarqué dans une vilaine affaire de financement de son parti qui aurait bénéficié d’emplois fictifs payés par le Parlement européen.

Un ministre de la justice qui veut moraliser la vie politique alors que le parti qu’il dirige fait l’objet d’une enquête du Parquet de Paris pour «abus de confiance et recel de ce délit», cela ne vous rappelle pas quelque chose? Cherchez bien! Jérôme Cahuzac, voooiiilà! Le ministre délégué au Budget chargé de lutter contre la fraude fiscale alors qu’il avait planqué son trésor en Suisse, puis lorsque les lois helvétiques ont changé, à Singapour.

«Ce sont deux affaires d’intensité dolosive fort différente», couineront les communicants, petit doigt levé en tenant l’anse de leur tasse de Darjeeling. Pour le citoyen sirotant son pastaga sur le zinc, ce sera bonnet sale et sale bonnet:  Faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais. Et si vous faites ce que je fais, vous êtes faits!»

«Et la présomption d’innocence, vous vous asseyez dessus, c’est ça?» glapiront ces mêmes communicants. Bayrou et son MoDem seront peut-être innocentés. Ou peut-être pas. Il n’empêche que le ministre de la Justice n’est pas un justiciable comme les autres puisque le Parquet chargé d’enquêter sur lui dépend de son ministère qui reçoit des Parquets généraux les notes de synthèse des dossiers sensibles politiquement. Dans un tel cas de figure, une seule solution s’impose : démissionner. Ce ne serait que pure décence. Billevesées et calembredaines!

Les naïfs auraient pu penser qu’avec un président tout neuf, porté par une vague rafraichissante vouée à balayer les vieux débris de la scène politique, un tel cynisme n’aurait plus cours. C’était sans compter sur la persistance d’habitudes tellement ancrées chez les politiciens français que, sûrs de leur impunité, ils n’ont même pas conscience du caractère choquant de leur comportement.

De plus, l’ego-montgolfière de Bayrou, déjà fort élevé en altitude, atteint des couches stratosphériques depuis qu’il a été nommé par le président Macron «Ministre d’Etat, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice ». Ainsi, a-t-il téléphoné à Jacques Monin, directeur de la cellule investigations de Radio France, pour protester contre ses journalistes qui avaient eu l’idée incongrue d’enquêter sur les soupçons d’emplois fictifs du MoDem. François Bayrou s’est fait publiquement remettre à l’ordre par le premier ministre Edouard Philippe. Sèche réplique du rebelle qui rétorque : «Je ne sais pas vivre sans liberté de parole». Dans ce cas, il ne faut pas faire ministre et encore moins ministre de la Justice. Sa parole n’engage pas que lui mais son ministère, les magistrats de l’Ordre judiciaire, les justiciables et son pays.

Qu’il la reprenne, sa liberté. En quittant le gouvernement.

Le nouveau président de la République n’aura sans doute pas besoin du MoDem pour disposer de la majorité absolue. Dès lors, si Bayrou continue à être aussi encombrant, nul doute que l’Elysée l’éjectera sans pitié. Après avoir pulvérisé le Parti socialiste, assommé le Front national, démoli Les Républicains, Emmanuel Macron peut fort bien continuer en rejetant le MoDem dans les limbes. Il n’y aurait alors pas foule entre lui et Jean-Luc Mélenchon.

Jean-Noël Cuénod

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11/06/2017

Poignée de bémols pour un Macron en fanfare

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L’affaire est entendue. Elle est même pliée. Le président Macron continue sa marche sur les eaux d’une France transformée en lac de Tibériade. Avec près de 33% des voix au premier tour des élections législatives, son parti La République En Marche aura de 400 à 440 députés sur les 577 composant l’Assemblée nationale. C’est quasiment une majorité de type Soviet Suprême. La droite LR est laminée avec 21% des suffrages et le Parti socialiste est définitivement mort avec seulement 9%. Le Front national essuie une défaite (13,5% des voix) et paie l’incompétence crasse de sa patronne Marine Le Pen, révélée lors du désormais fameux duel télévisé contre Emmanuel Macron. Jean-Luc Mélenchon et sa France Insoumise (11% des voix) ne confirment pas leurs bons résultats de la présidentielle. Mais pour Mélenchon, l’essentiel a été atteint: le PS de Mitterrand va disparaître. Voilà pour la partition jouée avec un bel entrain par le Macron’s Brass Band. Toutefois, les bémols n’y manquent pas.

Par effet de levier dû au scrutin majoritaire, le pourcentage obtenu par LREM va se traduire en raz-de-Macron alors que s’il est important, ce résultat n’est pas aussi triomphal que pourrait le laisser croire la future avalanche de députés macroniens.

L’abstention-record, plus de 50%, n’annonce pas une adhésion enthousiaste aux projets défendus avec plus ou moins de clarté, par le président Macron. Si l’on ajoute à ce taux celui obtenu par les deux formations les plus farouchement anti-macronienne – Front National et France Insoumise – on parvient à un pourcentage de 77,7% de citoyens qui restent insensibles aux sirènes En Marche.

Ce n’est pas tout. Une intéressante étude de Harris Interactive indique que si 49% des électeurs de Macron ont fait un vote d’adhésion, 42% se sont contentés de voter «utile». Dans les autres formations, le vote d’adhésion est beaucoup plus net. 

Un autre élément gênant pour La République En Marche apparaît dans cette analyse. 27% des «sondés» souhaitent que le parti macronien dispose à lui seul de la majorité absolue. 35% espèrent qu’il détiendra une majorité relative et 38% ne veulent pas qu’il obtienne la majorité et espèrent une cohabitation. Or, c’est l’inverse qui, sans doute, se produira à l’issue du second tour: le président Macron et son parti posséderont la majorité absolue alors que seule une minorité le désire.

Tous ces bémols réunis peuvent provoquer une sacrée cacophonie. Les colères futures ne pourront donc pas s’exprimer au Parlement, dominé par un parti massivement majoritaire. Elles risquent de débouler dans les rues. Ou, peut-être, apparaîtront certaines formes d’opposition nouvelles développées par les réseaux sociaux.

Veillée funèbre du PS à Solférino

 

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Le Plouc, dimanche soir, s’est rendu au siège du PS. Voici son petit reportage pour la Tribune de Genève et 24 Heures. 

Rue de Solférino à Paris, l’ambiance est à la veillée funèbre, dimanche soir. Il faut dire que le nom «Solférino» sonne bien pour évoquer le désastre sur un champ de bataille. Mais aujourd’hui, aucun Henri Dunant ne viendra réchauffer les cœurs meurtris. Heureusement, les cadavres ne sont que symboliques, sous forme de parlementaires «dégagés». Toutefois, la perte est colossale. De 273 députés à l’Assemblée nationale, le PS va passer à 20 ou 35 élus, selon les projections pour le second tour. Son premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis a la tête des très mauvais jours, le front emperlé de sueur et le regard noir. Il y a de quoi puisqu’il est éliminé dès le premier tour dans sa circonscription du XIXe arrondissement de Paris.

S’il admet la défaite du PS – comment faire autrement ? – Cambadélis pointe l’abstention «qui atteint un niveau historique» et lance une pierre dans le jardin en pleine floraison d’Emmanuel Macron: «Il n’est ni sain ni souhaitable qu’un président n’ayant reçu que 24% au premier tour de la présidentielle et élu au second tour grâce au rejet de l’extrême droite obtienne la majorité absolue».

Mais ces paroles lasses ne convainquent personne. A Solférino, aucun «éléphant» n’a daigné barrir devant les micros, mis à part  Jean-Christophe Cambadélis. Mais certaines figures connues semblent déjà avoir tourné la page de ce PS fondé par Mitterrand en 1971 sur les ruines de la SFIO. Par exemple Gérard Filoche (photo JNC), héraut de l’aile gauche:  «J’ai œuvré de toutes mes forces pour que Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon concluent un accord avant le premier tour de la présidentielle. Cela ne s’est pas fait et voyez le résultat! Il n’empêche que Benoît Hamon avait récolté 2,4 millions de suffrages. Ce n’est pas rien et cela constitue une base pour se reconstruire. Je lutte pour créer un grand parti de gauche plurielle incluant toutes les composantes de la gauche, y compris les partisans de Mélenchon, bien entendu. Mais soyons clairs, dans ce parti, il n’y aura aucun macronien. On ne saurait être socialiste et favorable à Macron.»

L’une des rares élues socialistes présentes au siège, la sénatrice et ancienne ministre Marie-Noëlle Lienemann, quitte Solférino en rasant les murs à toute vitesse pour éviter les journalistes. Vaine crainte. Aucun micro ne se tend. Personne ne se retourne sur cette petite souris qui se fond au milieu des passants. Bienvenue dans la sphère des anonymes.

Jean-Noël Cuénod

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09/06/2017

Trump l’éléphant fou dans le bazar oriental

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Au moment l’ancien directeur du FBI James Comey l’accuse, le président Trump continue à piétiner les porcelaines du bazar moyen-oriental et risque de faire sombrer tout l’Occident dans un conflit qui n’est pas le sien, à savoir la guerre intra-musulmane entre sunnisme et chiisme, forme contemporaine de l’antagonisme millénaire arabo-perse.(Dessin d'Acé)

Et rien à voir avec ce qui précède: Le Plouc a reçu le Grand Prix de Poésie à Pau.

L’éléphant fou échappé à grands barrissements de la Maison Blanche pèse désormais de tout son poids en faveur des sunnites menés par l’Arabie Saoudite, alors que l’affrontement entre les deux grandes confessions de l’islam a pris une ampleur nouvelle. Suspecté de se montrer trop accommodant avec les chiites Iraniens, le Qatar a été mis au ban des nations par les Emirats arabes unis, Bahreïn, l'Égypte et le Yémen à l’instigation du maître de la manœuvre, le régime saoudien. Le motif avancé par Ryad pour expliquer la quarantaine du Qatar – à savoir que cet émirat favoriserait le terrorisme – ne trompe personne.

Dans son sermon antiterroriste adressé au Qatar, l’Arabie Saoudite est aussi crédible qu’une mère maquerelle prêchant l’abstinence sexuelle à l’une de ses pensionnaires. C’est donc bien le rapprochement, fantasmé ou réel, du Qatar avec l’Iran chiite qui est en cause.

En outre, le terrorisme sunnite de l’Etat Islamique a frappé mercredi Téhéran au cœur même du pouvoir chiite, causant la mort de treize personnes. Comme si les terroristes de Daech voulaient donner un signal aux Saoudiens en leur rappelant qu’une cause sacrée les unissait : combattre le chiisme.

Obama avait rééquilibré la position des Etats-Unis vis-à-vis de l’Iran, sans pour autant abandonner les intérêts de son pays auprès des monarchies arabes. Trump a démoli ce savant équilibre en soutenant pleinement le régime saoudien au détriment de l’Iran. Certes, l’Arabie Saoudite a dû payer cet engagement au prix fort, en signant au bénéfice des Etats-Unis pour 380 milliards de dollars en contrats dont 110 milliards d’armement. Armement qui, d’ailleurs, risque un jour ou l’autre de servir contre le fidèle allié américain, Israël.

Le président américain a agité ces contrats en signe de victoire. Une victoire qui risque fort d’être de dupes. Car avec quel argent les Saoudiens vont-ils honorer ces mirifiques projets ? Le déficit saoudien a dépassé les 84 milliards de dollars et la dette publique du Royaume s’alourdit à la suite de l’effondrement constant des cours du pétrole et des campagnes militaires en Syrie et au Yémen. Comme l’on dit à Genève, « les promesses rendent joyeux les fous ». Surtout, les fols éléphants…

Le but que semble – la prudence est de mise – poursuivre Dingo Donald serait de susciter un changement de régime en Iran, en mettant la pression sur ce pays. Au moment où les Iraniens ont massivement réélu à la présidence de la République le modéré Hassan Rohani, dans l’espoir de renouer avec l’Occident, le Pachyderme n’a rien trouvé de mieux que de leur fermer la porte au nez, en soutenant Ryad contre Téhéran. Ce faisant, Washington a apporté aux ennemis de l’Occident, aux conservateurs iraniens et aux tyranniques gardiens de la Révolution un soutien inespéré. Si changement de régime il y avait en Iran, ce serait sans doute au détriment des partisans de l’ouverture à l’Occident. Bien joué, le Mammouth !

La mollarchie iranienne n’est pas plus sympathique que les monarchies arabes, loin de la là. Mais force est de constater que le terrorisme qui nous frappe reste le fait de pays ou de groupes qui se réclament du sunnisme. Pendant longtemps, les pétromonarchies ont financièrement soutenu nos plus implacables ennemis et ils continuent aujourd’hui à les nourrir de leur idéologie salafiste, antisémite, liberticide et antidémocratique.

Les démocraties occidentales n’ont donc aucun intérêt à intervenir dans le conflit entre sunnites et chiites, ni d’un côté ni de l’autre. Il n’y a, dans cette affaire, que des coups à prendre. Dans son Médecin malgé lui, Molière avait tout compris en s’exprimant par le truchement de Sganarelle:

Vous êtes un impertinent de vous ingérer dans les affaires d’autrui. Apprenez que Cicéron dit : Qu’entre l’arbre et l’écorce il ne faut pas mettre le doigt.  

Jean-Noël Cuénod

Le Plouc reçoit le Grand Prix de Poésie à Pau

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Le Grand Prix de Poésie des XXIIIème Jeux Floraux du Béarn a été attribué à Jean-Noël Cuénod –– autrement dit votre Plouc – samedi 3 juin 2017 pour son manuscrit encore inédit En Etat d’Urgence. Ce concours est placé sous l’égide du Conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques, de la Ville de Pau et la revue de poésie L’Etrave.

Outre la coupe remise audit Plouc par Jean Lacoste – adjoint à la culture du maire de Pau un certain François Bayrou – cette distinction permettra à ce manuscrit d’être édité par La Nouvelle Pléiade.

Moult mercis à la présidente des Jeux Floraux du Béarn, la poétesse Floriane Clery et à Vital Heurtebize, président de Poètes sans Frontières et président d’honneur de la Société des Poètes Français, inlassable et efficace militant de la cause poétique.

 

17:25 Publié dans Poésie L'Or du temps, Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : trump, islam, iran, arabie, terrorisme, poésie | |  Facebook | | |

01/06/2017

Affaires – les Macron's n’ont rien compris

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Les petites affaires immobilières du ministre Richard Ferrand intéressent désormais les magistrats. Le ministre de la Justice relaie un communiqué de son bras droit qui fait l’objet d’une enquête. Macron et les siens n’ont donc rien compris au changement radical de la mentalité ambiante qui ne supporte plus copinage et népotisme. Indécrottable caste politicienne.

Après avoir affirmé qu’il fallait « circuler » car il n’y avait « rien à voir » dans le dossier Ferrand, la justice a changé de disque : le Parquet a ouvert une information préliminaire pour jeter la lumière sur les opérations immobilières réalisées par le tout nouveau ministre de la Cohésion des territoires lorsqu’il dirigeait les Mutuelles de Bretagne.

Le Canard Enchaîné d’hier a clairement décrit le processus : Les Mutuelles de Bretagne cherchent des locaux à louer. Leur directeur général Ferrand trouve un vendeur avec lequel il signe, en son nom, un compromis aux termes duquel la vente ne sera effective que si Les Mutuelles de Bretagne signent un bail avec la Société civile immobilière (SCI) qui prendra la place de l’acheteur (Richard Ferrand). Le futur ministre propose alors cette location à son conseil d’administration, sans spécifier son rôle dans l’opération. La compagne de Ferrand fonde sa SCI qui reprend à son compte le compromis de vente et se substitue à son compagnon pour devenir propriétaire des locaux. Le bail de location est signé par le Conseil d’administration des Mutuelles de Bretagne. « Tout le monde savait que la propriétaire n’était autre que ma compagne » dit aujourd’hui Richard Ferrand. Mais, ajoute Le Canard, celui qui présidait le conseil à l’époque n’en a gardé aucun souvenir. Résultat : la compagne du futur ministre, nanti du bail des Mutuelles, a obtenu un prêt de 400 000 euros – soit la totalité de l’investissement – couvert par les loyers. Et comme les Mutuelles de Bretagne ont pris à leur charge les travaux de réfection des locaux (184 000 euros), l’heureuse bénéficiaire deviendra propriétaire de locaux restaurés. Gâteau sur la cerise, la compagne de Ferrand est désormais l’une des principales avocates des Mutuelles de Bretagne.

Façon François Fillon – dans une moindre mesure – Richard Ferrand a finassé avec les journalistes, avançant un argument qui, le lendemain, était contredit. Et ainsi de suite. Comme le l’ex-futur président, il a alimenté lui-même la spirale de la polémique. Or, ce genre de mécanisme entraîne ipso facto le gouvernement. Sur ce point, le président Macron a raison : c’est au premier ministre de prendre les décisions. Or, force est de reconnaître qu’Edouard Philippe a mal géré l’affaire en laissant la spirale se développer.

Le comportement de Richard Ferrand enfreint-il la loi, notamment celles sur les mutuelles ? A la justice de répondre. Mais sur le plan politique, la question n’est pas là. Destinés à favoriser les proches de hauts dirigeants, ces petits tours de passe-passe ne… passent plus, qu’ils soient ou non légaux.

Bayrou et l’affaire du touïte maudit

Autre clou dans l’escarpin présidentiel : l’enquête préliminaire ouverte pour emplois fictifs d’assistants au Parlement européen contre 19 eurodéputés, dont la ministre Marielle de Sarnez, bras droit au MoDem de François Bayrou. Le dénonciateur n’est autre que le Front national. A l’évidence, le FN veut enfumer la justice et les médias pour faire oublier ses propres turpitudes qui sont d’une toute autre nature : après enquête, le Parlement européen a dénoncé à la justice française un important système d’emplois fictifs ourdi par le Front national pour alimenter ses caisses avec l’argent public des Européens (préjudice allégué : cinq millions d’euros). Rien de tel pour les 19 députés dont la ministre qui a porté plainte en dénonciation calomnieuse contre une représentante du FN.

Sa cause paraît plutôt bonne. C’est sans compter sur son mentor, le Ministre ­– d’Etat !– de la Justice, François Bayrou : il a retouïté un communiqué de Marielle de Sarnez se défendant contre les accusations frontistes. Certes, il a pris soin d’effacer de son compte Touïteur toute référence à sa fonction ministérielle. Mais quand on est ministre de la Justice, on ne l’est pas à temps partiel. La distinction entre expression privée et charge publique n’est pas acceptable. Bayrou engage son ministère, son gouvernement et son pays en tout temps et sous toutes les latitudes.

Cette rediffusion d’un communiqué plaidant la cause d’une personne visée par une enquête judiciaire est d’autant plus inadmissible qu’elle est le fait du ministre de la Justice, garant de l’indépendance des magistrats français. Où est l’indépendance lorsque son garant a pris fait et cause pour un justiciable ?

Affaires et Common Decency

Ces deux affaires démontrent à quel point la caste politique française – pourtant en plein renouvellement – n’a pas encore intégré la « common decency » illustrée par le grand George Orwell. Cette formule difficilement traduisible qui signifie, en gros, « décence ordinaire ou générale ou populaire » et que le philosophe Bruce Bégout définit comme « la faculté instinctive de percevoir le bien et le mal » dans son ouvrage La décence ordinaire (Editions Allia).

La « décence commune » est donc un sentiment d’évidence qui permet de trancher entre ce qui se fait et ce qui ne doit pas se faire. Evidence ? Pas pour tout le monde. Nombre de politiciens ne partagent pas cette « décence commune » et naviguent entre les eaux du « ce qui se fait » et celles, troubles, « de ce qui ne se fait pas ». Souvent mal rémunérés, ils ont pris l’habitude d’agrémenter leur frugal quotidien par quelques margoulinades et autres carabistouilles. Ces petits arrangements avec la « décence commune » étaient tolérés par la grande majorité des citoyens. Mais le vent du Nord avec ses effluves vertueuses a soufflé sur l’Hexagone : ce qui était accepté, ne l’est plus. L’affaire Fillon en est la démonstration la plus éclatante.

Et puis, la jeunesse d’Emmanuel Macron, son audace et sa vivacité, ont profité de ce changement de climat et en ont accentué les rigueurs en promettant une loi sur la moralisation politique et en flanquant un grand coup de balais sur ces partis qui puaient le remugle. Grand ménage de printemps dans la maison France. Mais voilà qu’avec Richard Ferrand et François Bayrou, on ferme les fenêtres, on range les produits d’entretien.

Certes, la France a toujours éprouvé de la peine à mettre le curseur de ses humeurs au bon endroit. Trop laxiste hier, deviendrait-elle trop excessive ? C’est probable. Cela dit, le moins que l’on puisse attendre de ce gouvernement est qu’il mette en pratique les principes moraux dont il s’est fait l’héroïque héraut. Le président Emmanuel Macron est aujourd’hui porté par une vague d’espérance populaire. Gare au reflux.

Jean-Noël Cuénod

17:44 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : macron, ferrand, bayrou, justice, affaire | |  Facebook | | |