19/06/2017

Petit manifeste pour une gauche post-Macron (1)

Pilule-LREM1.jpg

Majorité absolue, mais sans excès. PS pulvérisé. Droite LR affaiblie et divisée. Front national privé de groupe parlementaire. France insoumise présente au parlement mais réduite. Emmanuel Macron tient désormais toutes les cartes en main. Et la gauche? A reconstruire? Mais quelle gauche?

«Le pouvoir n’était pas à prendre, il était à ramasser», disait de Gaulle pour expliquer son retour au commandement de la France, le 13 mai 1958. Ce n’est donc pas le Général qui a provoqué la ruine de la IVe République. De même, ce n’est pas Lénine qui a causé la chute du tsarisme. Et Macron, n’est pas à l’origine de l’effondrement de la social-démocratie française. Les régimes implosent sous l’effet de leurs contradictions internes.

Le plus grand génie politique reste impuissant si les circonstances historiques ne se prêtent pas aux changements radicaux. Il faut donc que le pouvoir tombe en ruine pour que l’homme dit «providentiel» soit en mesure de ramasser les morceaux et de restaurer les fondations.

L’essentiel est de distinguer le moment juste qui précède l’effondrement afin d’être prêt à intervenir avant les rivaux. C’est ce coup d’œil aiguisé qui a permis à Emmanuel Macron de quitter le gouvernement et de mettre «en marche» son mouvement à l’instant idoine. L’alors premier ministre et principal concurrent Manuel Valls avait diagnostiqué l’effondrement de la social-démocratie française bien avant Macron. Mais, contrairement à ce dernier, Valls n’a pas su se dégager à temps de la gangue gouvernementale. Quand il l’a fait, c’était trop tard. Le ci-devant chef du gouvernement, empêtré par son bilan collé aux semelles, n’était plus capable de rattraper son fringant ex-ministre. De plus, Valls est apparu comme le traître qui a poignardé François Hollande dans le dos. Certes, Macron avait déjà planté sa dague dans l’échine hollandaise. Mais l’opinion ne s’est souvenue que de la surinade de Manuel Valls. L’ancien président a fort bien décrit la chose: «Macron m’avait trahi avec méthode». Valls l’a aussi trahi mais sans méthode. Ça ne pardonne pas. Le savoir-trahir est le premier savoir-faire de l’homme d’Etat.

Certificat de décès de la vieille gauche

Macron a donc ramassé le pouvoir que les mains malhabiles du Parti socialiste et de la vieille droite française ont laissé tomber. Son début de parcours triomphal a signifié la fin d’un modèle social-démocrate français original géré alternativement par la droite et la gauche modérées, depuis l’application dès 1946 du programme «Les Jours Heureux» du Conseil national de la Résistance, programme qui a permis aux Français de bénéficier d’une couverture sociale de premier ordre.

Mais la social-démocratie a partout subi une crise majeure dès la mort de l’Empire soviétique. Tant que le communisme menaçait les structures du capitalisme, les représentants politiques de l’économie dominante ont fait des concessions aux partis socialistes démocratiques et accepté des réformes sociales souvent importantes qui ont permis de calmer les colères ouvrières et d’introduire les travailleurs, devenus aussi consommateurs, dans les circuits de l’économie de marché.

Lorsque l’ «Ogre rouge» a disparu, les partis sociaux-démocrates ont perdu cet épouvantail et, en plus, ont dû affronter un type de capitalisme fondamentalement nouveau : l’hypercapitalisme financier qui a remplacé le traditionnel capitalisme  industriel[1].

Cet hypercapitalisme est né de la financiarisation toujours accrue de l’économie et change complètement la situation: il n’est plus besoin de recourir aux gros bataillons du prolétariat, du moins dans les pays de modèle occidental; les nouvelles technologies créent de nouveaux emplois avec des formes tout aussi nouvelles de rapport au sein de l’entreprise, l’idéal étant de transformer le salarié en un microentrepreneur taillable et corvéable à merci.

Naguère encore, le patron (tiré du mot «père») était une figure bien établie en tant que telle, avec un visage connu et une implantation locale. Aujourd’hui tout se dissout dans le brouillard financier. Qui est le vrai «patron» des salariés française d’Altice ? le PDG Patrick Drahi ou bien les banques qui ont prêté à son groupe quelque 50 milliards d’euros ? Et où est implanté le «patron» de cette petite entreprise? A Cologny[2] ? A Champel[3], A Zermatt[4] , au Luxembourg[5] ? A Amsterdam[6] ? La réglementation d’un pays X déplaît-elle au groupe ? Qu’à cela ne tienne, le pays Z est prêt à l’accueillir. La chanson est bien connue, même si moult oreilles ne veulent pas l’entendre. Jadis, le savoir-faire ouvrier limitait (sans l’empêcher tout à fait) la mobilité de l’entreprise. Aujourd’hui, c’est de moins en moins le cas.

Dès lors, comment, dans un tel contexte, faire pression sur le patronat (si l’on peut encore parler de «patronat») pour exiger des réformes sociales? A cette énigme, la social-démocratie n’a pas apporté de réponse, ce qui a provoqué son effondrement en France, en Italie et dans d’autres pays. Certes, elle s’est encore maintenue ailleurs (Allemagne, Suède, Suisse, etc.), là où elle s’était plus solidement implantée au sein de la classe ouvrière sans avoir été concurrencée par les Partis communistes. Mais partout, la social-démocratie est en crise pour n’avoir pas (encore ?) pu relever le défi de l’hypercapitalisme financier.

Le social-libéralisme façon Macron

Emmanuel Macron, semble-t-il, a bien saisi la situation en proposant d’instaurer une forme française de ce social-libéralisme inauguré, avec plus ou moins de succès, par Tony Blair et son «New Labour» (qui a tout de même pris un sacré coup de vieux, avec le quasi septuagénaire Jeremy Corbyn à sa tête). Il s’agit donc pour ce nouveau parti social-libéral qu’est La République en Marche (LREM) d’accepter la donne imposée par l’hypercapitalisme financier en réduisant le plus possible les services publics pour donner de l’espace aux entreprises ou aux microentreprises privés, ces dernières étant gérées par des artisans dépourvus des droits sociaux attribués aux salariés.

Dans cette optique, les sociaux-libéraux macroniens vont miser sur la nouvelle économie développée par la transition écologiste. D’où le choix de l’écologiste numéro 1 en France, Nicolas Hulot (cela dit pour les Martiens qui viendraient d’atterrir), comme ministre d’Etat. La majorité présidentielle espère ainsi y trouver des gisements d’emplois à défaut de pétrole. Pour son volet social, le nouveau président veut former les individus à cette mobilité professionnelle qui est devenue la réalité quotidienne de chacun. Le propos macronien n’est donc pas de s’opposer à l’hypercapitalisme financier mais de tenter d’en corriger les effets les plus pervers, les plus dommageables pour l’ensemble de la population. Surtout, son propos est de préparer le mieux possible les classes populaires à s’insérer dans la nouvelle économie, basée, notamment, sur les modèles de type Uber. Alors, social-libéralisme ou social-ubéralisme ?

Au fond, le social-libéralisme façon Macron réédite avec l’hypercapitalisme financier ce qu’avait fait la social-démocratie avec le capitalisme industriel. Non pas abattre le monstre mais soigner ses victimes. Il ramasse donc la gauche et la droite modérées afin de créer une force centrale.

Jean-Noël Cuénod

(A suivre)

[1]Le développement du capitalisme dans sa phase industrielle reposait sur l’expansion de la production. Le capital (l’argent qui est réinvesti) devait être alloué en partie à des investissements productifs, c’est-à-dire qui permettent d’augmenter la capacité de production (par exemple, l’achat de machines plus performantes ou la construction de nouvelles usines). La logique financière est tout autre. Le capital n’a plus à passer par le détour de la production pour fructifier ; sa simple circulation engendre une création de capital neuf. L’investissement à court terme devient la norme et c’est la spéculation qui fait augmenter la valeur d’un actif. («Qu’est-ce que la financiarisation de l’économie?» par Julia Posca, IRIS, Institut de recherche et d’informations socioéconomiques au Québec. http://iris-recherche.qc.ca/

 [2] A l’intention des non-suisses: commune du canton de Genève, sorte de Neuilly-sur-Seine en plus cossu.

[3] Idem: quartier de Genève-Ville, sorte de XVIe arrondissement en plus riche.

[4] Idem: station de montagne dans le canton du Valais (partie germanophone), sorte de Courchevel en beaucoup plus chic.

[5] Altice est une société de droit luxembourgeois.

[6] Altice est cotée à la Bourse d’Amsterdam.

Commentaires

Oh j'en "vieux" une!!!!!

Écrit par : dominique degoumois | 19/06/2017

mais déjà quelques médias le traitent de populiste, le p'tit mac'ron!!!!

Écrit par : dominique degoumois | 19/06/2017

Jean-Noël Cuenod, comment pouvez-vous penser cela?

"C’est ce coup d’œil aiguisé qui a permis à Emmanuel Macron de quitter le gouvernement et de mettre «en marche» son mouvement à l’instant idoine."

Macron n'est pas De Gaule.

C'est Hollande qui a dû subir la pression de l'Europe et ses grands services secrets. Macron était l'homme providentiel pour cette Europe en déconfiture, car sans la France, plus d'Europe.

Macron n'est pas un génie mais un pion de cette Europe ou de la finance il est passé conseiller et ministres du gouvernement socialiste.

Macron n'est et ne sera jamais De Gaule.

Les services secrets ont fait monter en sondage Marine Le Pen et le FN afin d'en faire un ennemi, c'était du camouflage pour tromper l'inconscient des français. Le coup d'Ouradour-sur Glane a été monté de toutes pièces, l'objectif était de sauver l'Europe et la France qui devenait contre cette sale institution des clans et des mafias.

Ce qui s'est passé avec le brexit anglais à sonné l'alarme chez les europathes.

Le seul moyen qu'avait Hollande était de mettre sur pied un gouvernement d'utilité national avec les principaux partis, Merkel, Junker et autres ont vu les choses autrement, ils ont refusé, d'ou son petit coup de théâtre pour indiquer q'il ne se représenterait pas aux élections.

La démission de Macron ne s'est pas faite par l'opération de son esprit, mais avec la complicité de l'Europe.

En appliquant rigoureusement le plan des services secrets de l'Europe, dont rénover les parlements et mettre en place un gouvernement de toutes les couleurs, ça répond aux demandes des français.

Fillon a planté la droite sans le vouloir, par les privilèges accordés à sa famille, Bayrou ne valait pas un clou pour se présenter ou être candidat, les socialistes suivaient le chemin de Hollande c'est à dire 10 % d'opinions favorables, (j'avais même indiqué sur votre blog que les socialistes iraient rejoindre le cimetière des communistes il y a environ six mois)

Quant aux verts et autres fadasses, ils n'ont jamais été capables d'intelligence politique.

La pilule violette, c'est contre les problèmes d'érection que beaucoup de français vont avoir dans quelques mois.

Macron ne sera jamais De Gaule, il est guidé par sa femme de grand-mère et par l'Europe.

Le premier ennemi, le premier danger pour la Liberté ce n'était pas le FN que les sondages ont gonflé, mais l'islam.

Tout les initiés savaient que MLP n'arriverait pas au pouvoir, elle n'était pas non plus le danger. En tout cas, c'est une belle mascarade issue des services secrets européens et français.

Écrit par : Pierre NOËL | 19/06/2017

Au courant des problèmes de transpiration de M. Sarkozy, Ségolène Royal avait demandé, sous le premier prétexte venu, de chauffer un peu plus les locaux du Grand Débat de l'entre deux tours.

M. Macron ne pouvait ignorer ce que la presse révélait de l'état nerveux de Marine Le Pen ne supportant plus la contradiction.

Jeu d'enfant, donc, en commençant immédiatement par la traiter de menteuse de l'emporter sur elle en lui faisant perdre la maîtrise d'elle-même

visible, clair comme cousu de fil blanc.

La situation des principaux partis tant PS que LR aux pieds de M. Macron, bouquet final ou, pour la présidence remportée, bouquet inaugural!

Voyons la suite...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 20/06/2017

Il faut arrêter de parler de "religion" quand on parle de l'islam: c'est une idéologie politique qui ne fait pas la distinction entre temporel et spirituel.

Écrit par : Rectification | 20/06/2017

Excellente intervention que celle de Pierre-Noël!:)

Écrit par : Patoucha | 20/06/2017

Aie macron/brutus fait le super vide tupperware autour de lui!

Écrit par : dominique degoumois | 20/06/2017

Marine Le Pen apparaît incompétente là où ses adversaires excellent.
En revanche, quand il s'agit de dire tout haut ce que les plus démunis pensent tout bas, elle n'a pas sa pareille.
Ce à quoi ses adversaires crient au populisme.

Ses adversaires crient-ils au populisme dans l'intention de secourir les plus malheureux?

Écrit par : Marie de Koriacis | 20/06/2017

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.