26/05/2017

Les idiots utiles du terrorisme

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Après l’attentat de Manchester, les réseaux sociaux crépitent de réactions faussement musclées et réellement stupides, du genre «contre le terrorisme, assez de marche blanche, passons à l’action ». Comme si les Tartarinades pouvaient changer quoique ce soit. Si vous n’êtes ni militaires, ni agents de renseignement, ni policiers, ni magistrats, le mieux que vous ayez à faire est de méditer cette maxime de l’inusable Pierre Dac:

Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir.

L’avantage des marches blanches est qu’elles s’efforcent de souder le peuple. Car rien ne contrarie mieux les plans de l’islamo-fascisme que de l’affronter uni. Son but, au moins, est clair : abattre la démocratie et toutes les libertés, asservir les femmes et déverser l’intelligence dans les marais de l’obscurantisme.

Pour parvenir à cette fin, l’islamo-fascisme doit créer un fossé entre l’immense majorité des musulmans d’Occident qui veulent vivre en paix et leurs concitoyens professant d’autres convictions. Il s’agit donc de provoquer des actions de représailles de la part de groupes d’extrémistes non-musulmans contre leurs voisins musulmans, entrainant ainsi notre société dans la spirale des violences. Dès lors, tous ceux qui excitent la haine contre les musulmans sans distinction sont les plus efficaces idiots utiles de l’islamo-fascisme.

L’autre «idiot utile» du terrorisme

Il faut dire que l’exemple vient de haut. Dans le registre «idiot utile» du terrorisme, Donald Trump se pose en champion. Compte tenu de son inaptitude à lire un dossier et à en comprendre quoique ce soit, le président américain a été placé, selon toute vraisemblance, sous la coupe des nombreux généraux qui le conseillent. Ou plutôt qui le guident. Ils représentent ce complexe militaro-industriel dont le président Eisenhower – républicain et ancien général, chef de l’Etat-Major de l’armée américaine – dénonçait la mainmise en 1960 déjà, lors de son dernier discours à la Maison Blanche.

Afin de permettre à ce complexe de réaliser de plantureuses affaires, Trump va couvrir d’armes de très haute technologie le pays qui a nourri idéologiquement (et parfois financièrement) le terrorisme islamique : l’Arabie Saoudite. Le sympathique Royaume liberticide et gynophobe consacrera à son petit marché de mort, 110 milliards de dollars (selon l’agence Bloomberg, ce chiffre serait gonflé ; l’achat des Saoudiens est estimé entre 30 et 40 milliards de dollars, ce qui reste considérable). La nation qui a donné naissance au wahabbisme et diffusé la pire des interprétations de l’islam disposera bientôt en son arsenal déjà bien pourvu par l’oncle Sam, du système de défense antimissile THAAD, de navires de combat, d’avions de transport militaire tactiques ainsi que des technologies les plus actuelles dans le domaine des hélicoptères.

La diplomatie américaine soutient qu’il s’agit pour Washington d’aider l’Arabie Saoudite à contrer la menace iranienne et à lutter contre le terrorisme. Même l’ultranationaliste et pro-américain ministre israélien de la défense Avigdor Liberman est interloqué par cette avalanche d’armes sur le régime saoudien et a fait part de son inquiétude au micro de la radio militaire de son pays:

« Je ne suis jamais tranquille devant aucune course à l’armement, et l’énorme acquisition faite par les Saoudiens n’ajoute certainement pas à ma tranquillité.»

Directement visés, les dirigeants iraniens vont sans doute renforcer leur arsenal militaire en se tournant vers leur allié russe. Quant à ce qui reste de l’Etat islamique, point n’est besoin d’un tel équipement pour en venir à bout en Irak et en Syrie. Leur pouvoir de nuisance s’exerce désormais principalement dans les actes terroristes contre lesquels des missiles de croisière ne peuvent vraiment pas grand chose !

Surtout, même si l’Etat islamique venait à disparaître, il serait aussitôt remplacé par une autre structure terroriste. Et celle-ci pourrait fort bien prendre le pouvoir en Arabie Saoudite qui reste un Royaume fragile et dont l’idéologie islamo-fasciste correspond à tous points à celle des terroristes.

On imagine alors en quelles mains tomberait cet imposant arsenal vendu par Trump et l’usage qui en serait fait contre Israël et l’Occident. Le pire n’est jamais sûr. Mais on sait depuis les errements américains en Irak qu’il reste diablement probable.

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

11:23 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : terrorisme, trump, arabie saoudite | |  Facebook | | |

23/05/2017

Les petits de Manchester

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Les petits de Manchester

 Etincelles la nuit au cœur

            

            Les petits de Manchester

            Les petits de Manchester

            Les petits de Manchester

 

Sont partis dans les gerbes d’étoiles

En emportant l’enfance éternelle

Nous voilà maintenant orphelins

De ces petits devenus immenses

Pour leur bourreau à jamais l’oubli

Pas même l’aumône de la haine

Jean-Noël Cuénod

17:42 Publié dans Poésie L'Or du temps | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : terrorisme, manchester | |  Facebook | | |

18/05/2017

Gouvernement Macronvélique, entre caviar et knout

 

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Contrairement à ce qu’un vain peuple pense, Nicolas Hulot n’est pas le seul ministre de la nouvelle équipe cornaquée par Edouard Philippe. Ils valent aussi le détour, les autres membres du gouvernement concocté par Macronvel, ce Machiavel aux yeux de velours.

Tout d’abord, sur un plan général, outre le respect[1] de la parité entre femmes et hommes – saluée unanimement avec des sincérités variables – Emmanuel Macron n’a pas fait dans le jeunisme à tout crin. La moyenne d’âge reste stable : 54 ans en moyenne, soit un an de plus que le dernier cabinet Valls (53 ans). A titre de comparaison, l’âge moyen du gouvernement suisse est de 57 ans.

Le nouveau président avait promis un gouvernement resserré. Avec 22 membres (3 ministres d’Etat, 15 ministres et 4 secrétaires d’Etat), on a vu plus ristrète, sans être pléthorique pour autant. Le dosage entre gauche, centre, droite et hors-caste[2] étant malaisé à réaliser, il a fallu allonger la sauce pour parvenir à la bonne cuisson : 6 socialistes libéraux, 2 radicaux de gauche, 3 centristes du MoDem, 2 figures de la droite Les Républicains et 9 hors-castes (avec des sensibilités, pour certains, gauche modérée, centriste et droite républicaine).

En compulsant un peu plus cette liste, on constate que le président Macron a cherché à équilibrer enthousiasme et rigueur, caviar et knout.

Côté caviar, passons sur la nomination de Nicolas Hulot, le Plouc en a assez causé. Relevons d’emblée une divine surprise, en la personne de la nouvelle ministre de la Culture Françoise Nyssen, l’une des dernières éditrices dignes de ce nom qui a fait d’Actes Sud une belle lumière de la littérature contemporaine. Macron a donc choisi l’intelligence à la verroterie médiatique. Françoise Nyssen nous changera très agréablement de Fleur Pellerin…

Excellente aussi l’idée de placer Marlène Schiappa au Secrétariat d’Etat à l’égalité femmes-hommes. Elle a lancé un réseau d’une remarquable efficacité sur la base de son blogue «Maman travaille». Voilà au moins un membre du gouvernement qui sait comment jongler entre ordinateur, biberon, couche-culottes, conférences.

Malin également, le choix de Sylvie Goulard aux Armées. Certes, on l’attendait plutôt aux Affaires européennes, mais justement... Le président Macron veut donner un sérieux élan à l’Europe de la Défense qui avance au pas d’une tortue asthmatique. Or, pour atteindre cet objectif, Sylvie Goulard présente un excellent profil. Députée européenne et ancienne conseillère de Romano Prodi lorsqu’il dirigeait la Commission à Bruxelles, elle connaît l’UE de fond en comble. Et puis, il fallait trouver au bras droit de François Bayrou – ce précieux allié devenu ministre d’Etat à la Justice –, un dicastère de choix. Marielle de Sarnez, europhile convaincue et militante, est à sa place aux Affaires européennes.

Judicieux enfin, d’avoir installé Elisabeth Borne, ministre des Transports. Tout d’abord, d’avoir une Borne aux transports, voilà qui va réjouir Le Canard Enchaîné. Ensuite, elle fut directrice de la stratégie aux chemins de fer français (SNCF), préfette de la région Poitou-Charente, directrice de cabinet de la ministre de l’Environnement Ségolène Royal et des tentaculaires transports publics parisiens (RATP), tous postes qui l’ont bien préparé à exercer pleinement ce ministère plus stratégique que médiatique.

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Voilà pour le caviar. Mais le knout est prêt à cingler le dos des budgétivores. Bercy est désormais dirigée par la droite libérale avec les LR Bruno Le Maire et Gérald Darmanin (photo: leur arrivée pour leur premier Conseil des ministres). Ils ont donc en main, l’économie, le budget, le fisc, la sécurité sociale et la fonction publique qui va être réformée. Du lourd. Du franc. Du massif. Les ministres «caviar» auront bien de la peine à soutirer des fonds pour leurs projets. Car si le nouveau président a placé Le Maire et Darmanin à ces postes essentiels, c’est pour appliquer une politique libérale. Quelle sera la dose de «social» dans ce libéralisme ? Un doigt ? Deux ? Un bras ?

Autre manieur de knout, beaucoup moins connu, Jean-Michel Blanquer qui fut directeur-général de l’Enseignement scolaire entre 2009 et 2012, sous la présidence Sarkozy, ce qui en faisait le numéro 2 de l’alors ministre de l’Education nationale, Luc Chatel. Les langues vipérines sifflent que Blanquer était plutôt le numéro 1, Chatel n’ayant guère d’aisance en milieu scolaire. Sous sa direction, la politique de la droite a été rudement appliquée. Les syndicats affronteront donc forte partie. D’autant plus forte, la partie, qu’elle les connaît bien! 

Jean-Noël Cuénod

Dessin d'Acé

 

[1] La parité macronienne a ses limites : une seule femme a reçu un ministère d’autorité, Sylvie Goulard aux Armées.

[2] Le Plouc se refuse à ranger les ministres qui n’appartiennent pas à un appareil de parti dans la catégorie «société civile», terme vide de sens, et préfère celui de hors-caste. Les politiciens d’appareils formant une catégorie assez proche de la définition que donne Larousse de la caste (Groupe social endogame, ayant le plus souvent une profession héréditaire et qui occupe un rang déterminé dans la hiérarchie d'une société).

 

16:41 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : gouvernement, philippe, macron | |  Facebook | | |

17/05/2017

Hulot ne partira pas en vacances !

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Chirac, Sarkozy, Hollande en avaient rêvé, Macron l’a réalisé: convaincre Nicolas Hulot de devenir ministre. Et pas n’importe lequel: «Ministre d’Etat, ministre de la transition énergétique et solidaire». Il aura besoin de ce titre-bouclier, car ses collègues du nouveau gouvernement n’ont pas tous la fibre écolo, loin de là.

 En ajoutant «d’Etat» à son titre ministériel, le président Macron a donc élevé l’écologiste français le plus célèbre dans le peloton de tête de la hiérarchie protocolaire. Le numéro 2 du nouveau gouvernement, Gérard Collomb, est lui aussi «Ministre d’Etat» (à l’Intérieur). François Bayrou (à la Justice) est le troisième ministre à être ainsi oint par ce Saint Chrème gouvernemental.

Outre qu’elle permet d’être servi à table avant les autres (mais après le président de la République et le premier ministre, quand même), cette distinction donne un contenu symbolique fort à celui qui en est revêtu. Ce n’est pas forcément un détail négligeable dans un pays comme la France où les médias sont très gourmands en emblèmes et bimbeloteries clinquantes.

 Au fil des ans à la tête de sa Fondation, Hulot a démontré qu’il n’était pas qu’un homme de belles images mais surtout un porte-parole populaire et convaincant de la défense de l’environnement.  Pendant quinze ans, il a refusé systématiquement les portefeuilles que les présidents successifs lui ont proposés afin de profiter de sa grande notoriété télévisuelle. Pourquoi a-t-il changé d’avis maintenant ? S’il ne faut pas négliger l’effet sur Hulot de la Macromania qui balaie la France d’un vif courant d’air, le nouveau président lui a sans doute garanti un espace d’actions qu’aucun de ses prédécesseurs à l’Elysée n’avaient osé lui aménager. Et c’est vraisemblablement cette large marge de manœuvre qui a convaincu Nicolas Hulot d’accepter ce ministère d’Etat.

Son titre n’est d’ailleurs par anodin, «transition écologique et solidaire». Cela signifie que Nicolas Hulot ne se contentera pas de protéger le lys martagon ou le gypaète barbu (rien à voir avec la pilosité du premier ministre Edouard Philippe) mais qu’il aura la main sur un secteur-clé de la nouvelle économie vouée à la transformation des activités énergivores en développement respectueux de l’environnement. L’adjectif «solidaire» suppose que cette transition écologique ne laissera pas dans l’ornière les classes sociales défavorisées.

Comparée à ses pays voisins, la France a pris un grand retard en matière de politique environnementale. Le pari macronien est donc de créer un nouveau type d’activités économiques basé sur l’écologie au sens large du terme et d’en faire «un gisement d’emplois» pour reprendre l’expression chère aux énarques. La France macronifiée ferait donc d’une pierre deux coups : protéger l’environnement et lutter contre le chômage.

En théorie, ce plan paraît idéal. Il reste à le mettre en œuvre. Aussitôt, les ennuis commencent. Opérer une transition de ce type réclamera forcément l’injection de fonds publics, même si le nouveau gouvernement fera tout pour y intéresser le secteur privé. Or, dans cet exercice, Nicolas Hulot sera confronté à deux ministres issus de la droite Bruno Le Maire (Economie) et Gérald Darmanin (Action et Compte publics, autrement dit Budget, Sécurité sociale et Fonction publique), désignés comme chiens de garde pour défendre le coffre-fort de l’Etat contre les appétits budgétivores de leurs collègues.

Certes, toujours aussi malin en matière de «casting», le président Macron a choisi deux hommes de droite au libéralisme plus relatif qu’absolu. Lors de la primaire de la droite, Le Maire et Darmanin avaient vivement critiqué l’ultralibéralisme de François Fillon. Néanmoins, si Macron les a placés à ce poste, c’est bien pour tenir le rôle de pittbulls et non celui de caniches. Ce duo droitier connaissant mieux que lui les rouages de l’administration, Nicolas Hulot ferait bien de surveiller ses mollets.

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Hulot et son premier ministre nucléocrate

L’autre obstacle sur la route de Nicolas Hulot sera le premier ministre Edouard Philippe lui-même (brossé à rebrousse-poils par Bernard Thomas-Roudeix). Car ce «gentil boxeur», qui semble aussi lisse que son président Macron, fut un nucléocrate de l’ombre. En octobre 2007, Edouard Philippe fut nommé «directeur de la communication et des affaires publiques» de la multinationale nucléaire française Areva. Ce titre ronflant cache, en fait, l’activité de lobby auprès des parlementaires et des médias pour les convaincre d’œuvrer en faveur de la cause nucléaire. Les discussions entre le chef du gouvernement et son ministre d’Etat risquent fort d’être explosives. Attention aux retombées!

Il reste à espérer que Nicolas Hulot aura l’entourage nécessaire pour l’aider à surmonter ou contourner tous ces obstacles. Une de ses armes maîtresses sera la menace de démissionner. Car son départ du gouvernement provoquerait une forte chute de popularité du président Macron. Mais on ne saurait la brandir à tout bout de champ. Rien ne s’use plus vite qu’une sommation qui n’est jamais suivie d’effet.

Jean-Noël Cuénod

20:00 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : nicolashulot, macron, gouvernement, france | |  Facebook | | |

15/05/2017

Macron joue la droite contre la droite

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En nommant premier ministre Edouard Philippe, le président Macron a choisi le pire des scénarios pour le parti Les Républicains (LR). Même s’ils avaient eu le temps de se préparer depuis plusieurs heures, les chapeaux à plumes de la droite n’ont pu cacher leur embarras.

Celui de Bernard Accoyer en est tout ébouriffé.

D’un côté, le secrétaire général du parti LR se demande si le nouveau premier ministre va soutenir, aux législatives, les candidats de son parti ou ceux du mouvement présidentiel de la République En Marche (REM). Mais de l’autre, il ne veut surtout pas exclure Edouard Philippe du parti LR.

Avis diamétralement opposé à la déclaration matamoresque de François Baroin, directeur de la campagne du parti LR, qui a promis l’exclusion immédiate – en attendant l’estrapade, le pilori et les mines de sel ­– à tout élu de son parti pris en flagrant délit de flirt avec le mouvement présidentiel REM. Mais si Edouard Philippe, chef du gouvernement nommé par l’ennemi Macron, n’est pas exclu, alors qui le sera ? Le petit candidat de base ? On imagine le barouf.

La droite française est bien enREMerdée.

D’autant plus que si le président est tout jeune, tout beau, tout lisse, la tambouille politicienne, elle, reste ce qu’elle a toujours été, lourde en sauce. Et les fumets qui se dégagent des cuisines de l’Elysée excitent une fois encore les appétits des politiciens; jeunes ou vieux, ils n’ont jamais manqué d’estomac. Ainsi, le sarkoyste impénitent Gérard Darmanin, maire de Tourcoing, l’un des espoirs LR, s’est empressé de saluer l’arrivée à Matignon de son compagnon de parti et de saluer « la décision du président de la République » qui s’est élevé au-delà des « clivages politiques » (traduction simultanée: merci de me faire une petite place au gouvernement). Et François Baroin de manger son chapeau à plumes tout neuf.

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Pour commencer la démolition de la droite, le choix d’Edouard Philippe par le doux tueur aux yeux d’azur est parfait. Avec Alain Juppé, le nouveau chef du gouvernement ne partage pas que la même coupe d’absence de cheveux. Après deux ans passés au Parti socialiste auprès de l’alors premier ministre Michel Rocard, Edouard Philippe – qui a la souplesse nécessaire pour marcher sur les deux trottoirs à la fois ­– a rejoint la droite et participe en 2002 à la création de l’UMP par Alain Juppé. Depuis, il restera fidèlement attaché au maire de Bordeaux. Qui n’a pas manqué de féliciter son « poulain ». Au fond, avec Edouard Philippe, Macron s’est offert un Juppé avec 30 ans de moins. Un Juppé qui n’a jamais été aussi populaire à droite.

Edouard Philippe est également un homme jeune, 46 ans. Le duo qu’il forme avec Emmanuel Macron donne donc un sacré coup de bambou à la classe politique française, jusqu’alors fripée et chenue. Même François Baroin, 51 ans, n’est pas épargné, lui qui semble toujours traîner une vieille fatigue.

Pour l’instant, cette nomination fait l’effet d’une volée de bâton dans la fourmilière de la droite. Les LR courent dans tous les sens. Mais la droite est forte en France. Elle se reformera. Comment ? Les centristes LR vont rejoindre la majorité présidentielle, d’autant plus que c’est l’un des leurs qui va diriger la campagne des législatives, rôle dévolu au premier ministre. Sous la bannière du mouvement macronien REM ou sous celle d’un nouveau parti ? La question reste ouverte.

Privé de ses éléments centristes, ce qui restera du parti LR sera mécaniquement tiré vers la droite par la tendance culs-bénits de Sens Commun, des partisans de Laurent Wauquiez et des fillonistes. Les relations avec le Front national se poseront donc aussitôt. Malgré le score impressionnant qu’il a réalisé (10,6 millions de voix), le Front national est ressorti affaibli de la campagne présidentielle. La désastreuse prestation de sa patronne Marine Le Pen au débat avec Emmanuel Macron continue à laisser des traces. La dirigeante du FN est désormais ouvertement contestée au sein de son parti, situation mortelle pour un chef d’extrême-droite. Dès lors, la droite LR peut en profiter pour vider de sa substance le Front national en se calant sur le catholicisme identitaire et l’immigration et offrir ainsi aux électeurs frontistes une alternative intellectuellement plus crédible que celle présentée par Marine Le Pen.

Mais alors, la droite LR radicale risque à son tour de ne pas sortir de cet enclos extrémiste que le Front national est parvenu à élargir sans en sortir.

Jean-Noël Cuénod

 

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10/05/2017

Macron-Mélenchon, entrepreneurs en démolition

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Au-delà du fossé idéologique qui les sépare, par-delà leurs divergences de style, Macron-Mélenchon poursuivent la même stratégie et sont en train d’atteindre leur objectif commun : débarrasser le paysage politique français des immeubles lépreux qui l’encombraient.

Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon se sont d’abord attaqués au Palais décrépit de la gauche, le Parti socialiste. Le nouveau président français a toujours tenu son plan de démolition bien à jour. Il a quitté le gouvernement juste au moment où il le fallait, ni trop tôt (il n’avait pas encore amassé de soutiens, ni d’expériences de haut niveau), ni trop tard, (pour ne pas porter l’ensemble du bilan Hollande). Il a lancé son mouvement En Marche et annoncé sa candidature, pile à l’heure. Pendant ce temps, son rival social-libéral Manuel Valls restait englué à Matignon et dans ce PS qui le rejette. Aujourd’hui, l’ancien premier ministre subit revers sur humiliation; il en est réduit à quémander un bol de soupe à la table du président élu qui, cruel, lui en jette le contenu, bouillant, à ses pieds. A la queue comme tout le monde, si tu veux être MON député ! Et encore, pas sûr que je t’accepte, t’as pas le profil, coco.

Macron, un si gentil tueur

Macron est un sympathique tueur politique aux yeux d’azur candide.

La façon dont il traite Valls n’a rien d’une quelconque vengeance pour lui faire payer ses remontrances publiques lorsque le président tout neuf était ministre de l’Economie. Emmanuel Macron n’a pas ce genre de passion. Il tue par méthode et non par colère.

Il fait plutôt d’Emmanuel Valls un exemple pour les socialistes qui sont tentés de le rejoindre : si vous voulez une investiture aux législatives, ce ne sera pas la rose au poing que vous viendrez, mais avec une corde au cou, signe que vous acceptez de concourir sous mes propres couleurs. Il ne s’agit pas de redonner un second souffle au PS moribond mais bien de l’achever pour faire place nette.

Sur l’aile gauche du Palais socialiste, Jean-Luc Mélenchon a fait la même besogne dans ce style à la fois tonitruant, populaire et cultivé qui est le sien. En développant un programme très axé sur l’écologie et la défense des revendications socialistes classiques, il a vidé de sa substance le pâle accord entre le candidat officiel du PS Benoît Hamon et le reliquat des écologistes. Comme ses qualités de débatteurs, de tribuns et d’organisateurs de campagne sont sans comparaison avec celles du modeste Hamon, Mélenchon est devenu le leader de la gauche – et plus seulement de la gauche de la gauche – en réduisant le parti du gouvernement à 6%, à peine plus que Debout La France. Aujourd’hui, Hamon doit à son tour quémander un bol de soupe en annonçant la création en juillet, «d’un mouvement pour reconstruire une gauche inventive, qui dépassera les étiquettes politiques». Un mouvement destiné, sans doute, à faire alliance avec la France Insoumise de Mélenchon. Mais il n’y aura qu’un patron, on devine sans peine lequel. Aspiré sur sa droite par Macron et sur sa gauche par Mélenchon, voilà le Palais Rose réduit en gravats.

Macron,Melenchon,Valls,legislative2017Mélenchon, après le PS, le PC

Mais La Méluche n’a pas terminé son boulot. Il y a encore la cabane du jardinier, occupée par les restes du Parti Communiste français. En refusant de s’allier avec lui, la France Insoumise, oblige le PCF à n’avoir pour alliés que des socialistes déambulant, hagards, sur leurs ruines. Dès lors, le pire est à craindre, à savoir des pertes spectaculaires en sièges avec, pour conséquence, la fermeture du robinet à finances publiques. Donc, exeunt PS et PC, place à la France Insoumise, pôle de la gauche avec lequel tous ceux qui se réclament de ce camp devront composer,

Emmanuel Macron en a bientôt fini avec l’aile droite du Palais Rose. Reste à démolir la Bastille du parti Les Républicains qui, bien qu’affaibli, résiste mieux que le PS. Cela dit, les modérés LR piaffent de rejoindre la future majorité présidentielle. Mais sur leur route, François Baroin, directeur de la campagne des LR, a dressé un obstacle de taille, représenté par les investitures aux législatives, en menaçant d’exclusion celles et ceux qui seraient prêts à rejoindre la nouvelle majorité présidentielle. Pas de parti, pas d’aide logistique et certitude d’avoir un concurrent LR dans les pattes. Ça fait réfléchir.

Néanmoins, si Machiavel-Macron désigne pour premier ministre une personnalité du centre-droit, voire même issu des rangs LR, alors cet obstacle va sans doute voler en éclats. C’est bien ce qu’a annoncé mercredi Gilles Boyer, ancien directeur de campagne d’Alain Juppé et candidat : « Si Emmanuel Macron désigne lundi un Premier Ministre qui appartient aux Républicains ou appartient à la famille de la droite et du centre, nous ne pouvons pas ne pas en tenir compte ».

La truite de Macron

Si Emmanuel Macron ne parvient pas à débaucher une personnalité de la droite modérée ou du centre, il risque fort de ne pas pouvoir disposer d’une majorité. Or, même pour gouverner par ordonnances comme il l’envisage, il est nécessaire d’obtenir l’aval du parlement. Il porterait cet échec comme un boulet jusqu’à la fin de son quinquennat et ne serait alors qu’un président faible, à la merci de majorités changeantes.

En revanche, s’il réussit à prendre dans ses filets une belle truite de la droite, les autres poissons LR vont suivre Macron par bancs entiers. Il en sera alors fait de l’unité du parti LR. Il n’en restera que la tendance hyperconservatrice dont le chef de file est Laurent Wauquiez avec Sens Commun pour cavalerie catho-tradi. Comme ce courant n’est séparé du Front national que par l’épaisseur d’une hostie, il ne sera nullement malaisé pour le FN de lui ménager une passerelle. C’est d’ailleurs ce que vise Marine Le Pen lorsqu’elle veut transformer son parti en changeant son nom.

Dès lors, le nouveau paysage politique français serait composé d’une force centrale, d’un pôle de gauche radicale et d’un pôle de droite radicale. A moins que le chaos s’installe, en cas de mauvais choix initial du premier ministre. Dans tous les cas de figure, l’ancien ordre politique disparaît dans la fosse commune de l’Histoire.

 Et les écolos, dans tout ça ? C’est ce qui a de bien avec les écolos français, ils n’ont besoin de personne pour se démolir. Ils se biodégradent tout seuls.

Jean-Noël Cuénod

17:58 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : macron, melenchon, valls, legislative2017 | |  Facebook | | |

09/05/2017

Premières lézardes à la façade du FN

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Le Front national veut muer pour mieux se placer dans la recomposition de la vie politique française, comme l’a annoncé sa présidente, Marine Le Pen, dimanche soir. Mais le FN y laissera-t-il sa peau ?

Dès dimanche soir, son père Jean-Marie Le Pen s’est vigoureusement opposé à cette transformation et au changement de nom du parti qu’il a cofondé en octobre 1972 sur les décombres du mouvement néofasciste Ordre Nouveau. De son point de vue, le résultat obtenu par Marine Le Pen est un échec due à l’influence qu’exerce sur elle son principal conseiller et vice-président du FN, Florian Philippot. 

Certes, à 89 ans, Jean-Marie Le Pen ne constituera pas pendant longtemps un obstacle sur la route de sa fille. Néanmoins, le cofondateur du parti conserve un certain pouvoir de nuisance qu’il peut d’autant plus faire valoir que les divisions ne manquent pas au sein du Front national. Le FN n’a jamais été un parti monolithique contrairement à ce que la prééminence du Chef pouvait le faire penser. Le talent de Jean-Marie Le Pen fut de faire cohabiter en une seule entité politique les traditionnelles familles de l’extrême-droite française ­– pétainiste, royaliste, catholique intégriste, nationale-révolutionnaire, néofasciste ­– qui se sont souvent opposées, y compris durant l’Occupation.

Pour conserver l’harmonie au sein de son parti, Jean-Marie Le Pen préférait agir sur l’Exécutif de l’extérieur, en évitant de diluer son mouvement dans des alliances formées en vue d’exercer les responsabilités gouvernementales. Marine Le Pen a choisi une stratégie inverse; elle veut exercer la réalité du pouvoir. Or, il lui sera impossible de viser cet objectif sans alliance. La première qu’elle a conclue, celle avec Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan – qui veut rester indépendant du FN – n’a guère été convaincante[1]. Mais ce fut un début. Dans l’optique des élections législatives (11 et 18 juin), elle cherche à attirer dans ses filets l’aile droite du parti Les Républicains en pleine décomposition. Et pour ce faire, il est préférable de transformer le FN en écurie présidentielle, en évacuant les symboles encore liés à l’extrême-droite.

Au sud, le FN fait moins bien que prévu

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Mais cela ne va pas sans résistance au sein des éléments les plus militants du Front national qui risquent d’élargir les lézardes. Les nombreuses divisions au sein du parti se fédèrent en deux grands courants, deux figures et deux régions. La tendance incarnée par Marine Le Pen et Florian Philippot (un ancien proche du souverainiste de gauche Chevènement) est ancrée dans le nord et l’est de la France que la présidente du FN a arrachés aux socialistes. Son propos est nettement social, étatique, antilibéral et souverainiste. Il s’adresse à l’électorat ouvrier du FN.

L’autre courant est représenté par la nièce, Marion Maréchal-Le Pen(2), députée du Vaucluse. Son propos met en exergue l’identité nationale et culturelle, le catholicisme conservateur et intégriste; en revanche, ce courant défend une conception libérale de l’économie, l’Etat devant se concentrer sur son autorité régalienne (armée, police, frontière). Son électorat est moins ouvrier qu’au nord et plus représenté dans le monde du commerce, des artisans, des petits patrons et des nostalgiques de l’Algérie française, nombreux dans cette région.

Alors que l’on s’attendait à ce qu’elle prenne la tête de la Région Provence-Alpes-Côtes d’Azur, très favorable au FN, Marine Le Pen y a été battue assez largement par Emmanuel Macron (44, 5% contre 55,4%). Même dans le Vaucluse, fief de Marion Maréchal-Le Pen, la candidate frontiste ne fait pas un tabac (46,5% contre 53,4% à Macron). La mobilisation du FN s’est donc révélée moins forte que prévue, ce qui peut démontrer que le message «social» de Marine Le Pen ne passe pas de façon optimale auprès des frontistes du sud.

Dès lors, la présidente du FN ou de sa nouvelle mouture devra équilibrer savamment les investitures de candidats en vue des législatives pour colmater les brèches. Pour l’instant, Marion Maréchal-Le Pen et ses partisans se tiennent sur la réserve. En cas de résultats décevants aux législatives, les couteaux seront dégainés au sein du parti. Et de la famille Le Pen.

Jean-Noël Cuénod

Cet article a paru dans une version plus courte dans la Tribune de Genève et 24 Heures de mardi 9 mai 2017.

 

[1]  A Yerres, près de Paris, fief du député-maire Nicolas Dupont-Aignan, Marine Le Pen réalise un score inférieur (31,5%) à celui qu’elle a obtenu sur le plan national (33,9%).

(2) Marion Maréchal-Le Pen vient d’annoncer qu’elle renonçait à tous ses mandats politiques pour se lancer dans l’entreprise et se consacrer à sa famille. Son grand-père est fou furieux et parle de « désertion » ; ça continue de chauffer dans la famille ! Mais cela n’invalide pas le fait qu’il existe au FN un courant libéral-catho-conservateur opposé à celui de la ligne Marine Le Pen-Philippot ; il reste à savoir qui l’incarnera.

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08/05/2017

Lettre ouverte aux futurs déçus de Macron

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Ainsi, à plus de 66% des votants, vous autres Français avez accordé à Emmanuel Macron, le droit de vous décevoir. Dans ce jeu de massacre qui est votre mode de fonctionnement politique, combien de temps tiendra-t-il ? Une semaine, un mois, un an ? Plus longtemps que Hollande ? Sans doute. Plus longtemps que Sarkozy ? Peut-être.

Il reste encore les troisième et quatrième tours de cette interminable campagne, à savoir les législatives des 11 et 18 juin. Un beau bouzin, ces élections à l’Assemblée nationale !

Avec les partis traditionnels de la gauche et de la droite en miettes.

Avec Marine Le Pen qui agite ses 33,9 % pour faire oublier la claque subie, tout en conservant son pouvoir de nuisance comme une épaisse vipère qui n’aurait pas encore vidé toute sa poche à venin.

Avec les canassons jeunes ou vieux des écuries obsolètes – celle du PS, celle du parti Les Républicain – qui veulent continuer à brouter dans leurs mangeoires quelle que soit la casaque du jockey.

Avec toutes les pesanteurs de ce pays qui pleure encore ce roi dont il a fait couper la tête, qui demeure enchaîné à son passé.

Avec toutes les enfantillages d’un peuple qui ne cesse d’attendre son sauveur suprême alors qu’il ferait bien de se flanquer des coups de pieds aux fesses pour avancer.

Alors peut-être, peut-être, vous offrirez à votre président tout neuf, une majorité à sa main. Mais vous l’attendrez au contour, prêts à l’agonir d’injures dès qu’il touchera à votre pré carré comme votre noblesse l’avait fait jadis avec mon compatriote Necker. Vous défilerez contre lui en trichant sur le nombre de manifestants, tout comme la police en sens inverse. Vous ferez grève. Vous voterez contre lui aux élections municipales et aux régionales. Vous installerez peut-être – le pire est toujours possible – Marine Le Pen à l’Elysée après avoir essoré Emmanuel Macron. Et, très rapidement ­– car la patronne frontiste n’a pas le cerveau du nouveau président – vous serez encore plus déçus. Ces journalistes – que vous détestez tant, parce qu’ils ne vous caressent pas toujours dans le sens de votre poil hérissé– vous en viendrez à les regretter, puisqu’ils disparaîtront dans cet Ordre de la Presse que Le Pen fille nous a promis, à l’image des Ordres professionnels de Pétain. Vous perdrez alors jusqu’à votre droit de rouspéter. Ce sera une autre Histoire. Et vous deviendrez un boulet pour tous vos voisins.

Alors franchement, vous n’en avez pas assez d’aduler un homme, puis de le jeter comme une vieille chaussette trouée ? Ne mettez pas trop d’espoir en ceux qui ont la prétention de vous diriger. Ils représentent des intérêts qui ne sont pas forcément les vôtres.

En regardant tous ces jeunes frimousses crier leur joie au Louvre lorsqu’apparaissait l’impérial Emmanuel Macron, j’ai eu peur. Car il en a fait des tonnes, le Sémillant… La longue marche en solitaire – Napoléon caracolant sur le pont d’Arcole – dans la cour du Louvre… L’Hymne à la Joie qui rythme ses pas… Son discours à la perpendiculaire du triangle de la pyramide, comme pour associer le Delta lumineux maçonnique à son discours d’intronisation républicaine… Le manteau qui flotte un peu au vent, comme la toge de César frémissant dans les courants d’air du Colisée. Ah, il ne nous aura rien épargné question fresque historique, le Garçon Majuscule ! Pas même, la famille royale à ses côtés.

Alors, oui, j’ai eu peur, vraiment peur pour tous ces jeunes qui conduisent leur énergie vers cet aimant Macron. J’ai envie de leur dire : vous avez bien fait d’éviter l’ignoble Front national et sa patronne débectante. Mais gardez votre énergie à meilleure fin. Ne comptez pas sur ce sympathique président qui vous ressemble. Comptez sur vous-mêmes. S’il faut quitter la France pour grandir ailleurs, allez-y. Sans doute, reviendrez-vous car vous verrez que la vie dans votre pays, « c’est pas si mal que ça ». Luttez dans votre quartier, votre village, votre entreprise, votre atelier, votre bureau, votre chantier, pour la justice, pour l’environnement, pour que votre vie soit meilleure et plus fraternelle, ici et maintenant. Il n’y a pas de petites luttes, il n’y a que de grands renoncements.

Ne vous laissez pas envahir par l’adulation d’un homme car elle se transformera vite en rejet. Et le cycle infernal des présidents métaphoriquement guillotinés recommencera pour votre plus grand désespoir.

Mais bon Dieu, bande de Français, quand consentirez-vous enfin à devenir républicains !

Jean-Noël Cuénod

 

 

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04/05/2017

Débat atterrant et République malade

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Atterrant, effarant, indigne… dans la trousse à épithètes, on ne sait laquelle saisir pour qualifier cette chose nommée «débat politique» et diffusée, mercredi soir, sur de multiples chaînes. Chaînes dont nous fûmes trop heureux de nous libérer régulièrement lorsque le niveau d’insultes devenait insupportable. La cause principale de ce désastre: Marine Le Pen, Emmanuel Macron ne faisant qu’essuyer les insultes avec stoïcisme et que répondre à la vingtaine d’infos toxiques débitées par cette marchande de poissons avariés[1]. Un tel déballage de médiocrité haineuse aurait été inenvisageable, même dans un passé récent. Il est ainsi démontré que les structures de la Ve République sont tellement malades qu’elles en viennent à sécréter ce genre de personnages que l’on ne saurait qualifier de «dirigeants» sans rire (jaune). 

Confondant Alstom avec SFR, se mélangeant dans ses dossiers, ne proposant rien, lançant des insultes pour toute réplique, étalant son incompétence crasse avec l’air bravache des cancres-et-fiers-de-l’être, Marine Le Pen n’a pas semblé, ne serait-ce qu’une micro-seconde, se rendre compte qu’elle participe au second tour d’une élection présidentielle. Force est de reconnaître que même le débat Trump-Hillary Clinton n’avait pas sombré en de telles abysses.

Dans quel autre pays démocratique, un débat de cette importance pourrait se permettre d’occulter l’environnement, la culture et même l’emploi dont il fut très peu question? Sur ce point au moins, Le Pen fille n’est pas l’unique responsable de cette invraisemblable carence. Les présentateurs ectoplasmiques du débat se sont montrés incapables de redresser la barre de ce bateau ivre. Macron aussi aurait pu aborder ces thèmes. Mais soyons juste, devant la tornade mensongère qui s’abattait sur lui, il ne pouvait pas faire grand-chose, sinon de rester digne et ferme.

Dans un pays normal, la piètre prestation de Marine Le Pen aurait valu à cette dernière d’être carbonisée politiquement. Mais en France, il n’est même pas dit que cela lui sera défavorable. Il n’y a pas que la Ve République qui est malade, l’Hexagone en général ne tourne pas rond. Néanmoins, on peut espérer que les électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui voulaient s’abstenir auront changé d’avis après ce naufrage.

Même si Marine Le Pen a sans doute fait une croix sur la présidentielle pour apparaître comme l’opposante numéro 1 à Emmanuel Macron, le résultat de dimanche soir reste crucial. Si elle atteint 40%, ce qui est probable selon les sondages, elle aura doublé ses voix par rapport au second tour. Et pourra légitimement se poser en principale opposante en vue des élections législatives (11 et 18 juin). Mais si elle ne parvient pas à ce score, alors les divisions au sein du clan Le Pen apparaîtront aussitôt. Le Plouc laisse la conclusion à Aragon (extrait de La Rose et le Réséda).

Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas.

Jean-Noël Cuénod

 VIDEO

Le poème en entier chanté par La Tordue

[1] «Le Monde» a trouvé 19 fausses informations dans les interventions de Le Pen fille. Vous pouvez lire l’article en cliquant ici. 

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02/05/2017

La gauche, une défaite en trompe-l’œil

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Entre la première place de l’ex-inconnu Macron et le score imposant de Marine Le Pen, un fait a été relégué au second plan dans les commentaires décryptant les résultats du premier tour de la présidentielle : si elle était partie unie, la gauche aurait pris la tête des suffrages avec plus de 9 millions d’électeurs et 25,5% des voix[1].

Par conséquent, Marine Le Pen aurait été absente au second tour, alors qu’il lui semblait promis. On imagine la guerre qui aurait fait rage au sein du Front national contre la patronne du parti. Sa série de succès électoraux a permis au FN de surmonter ses profondes divisions internes qui, en premier lieu, apparaissent au sein de la famille Le Pen comme nul ne l’ignore. Une éviction, dès le premier tour, de l’héritière du clan aurait été perçue comme un échec cinglant par les dirigeants et militants frontistes. Et les querelles entre sous-clans en auraient été décongelées. Le Front national aurait subi un sévère coup de frein.

Premier constat : en n’étant pas parvenu à unir leurs forces – l’un s’accrochant à son ego démesuré et l’autre, à son appareil impotent –, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon ont raté leur rendez-vous avec l’Histoire. Ils ont ouvert un boulevard à Le Pen fille et frustré des millions d’électeurs d’une présence de la gauche au second tour.

Deuxième constat :  alors que moult médias clamaient sa mort en submergeant son cadavre de leurs larmes de crocodiles, la gauche reste une force de premier plan. De plus, les programmes de Mélenchon et Hamon contenaient nombre d’idées intéressantes et parfois novatrices : débat sur la VIe République, sur le Revenu minimum d’existence, renforcement de la démocratie d’entreprise, plan pour assurer la transition vers les énergies renouvelables. Aucun des deux n’envisageaient de Frexit tout en militant pour une revitalisation démocratique de l’Union européenne.

C’est donc l’appareil du PS de type mitterrandien qui est en état de mort cérébrale mais pas du tout l’ensemble de la gauche et surtout sa base. Elle semble, au contraire, déborder d’idées ; elle s’est même convertie à la défense de l’environnement, ce qui jusqu’alors n’était pas du tout sa tasse de thé vert.

Dupont Raignan.jpegLa gauche doit débrancher le PS

La gauche dispose du carburant idéologique ; il lui reste à trouver un bon véhicule pour l’amener sur les routes du nouveau paysage politique français. Le social-libéralisme a trouvé son Macron providentiel, du centre-gauche au centre-droit. La droite nationale-conservatrice est solidement implantée, avec Nicolas Dupont-Aignan comme sas pour permettre l’exfiltration de l’aile droite du parti LR vers Marine Le Pen. Il reste donc à la gauche authentique – celle qui, unie, aurait obtenu plus de 25% des suffrages – de débrancher le PS pour qu’il rejoigne la SFIO d’antan au paradis des éléphants roses et de s’organiser pour créer une nouvelle structure adaptée à cette recomposition des forces politiques françaises.

Il n’est pas certain que les candidats du premier tour Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon soient les mieux placés pour mettre au jour cette structure.

Hamon n’a jamais eu qu’un seul métier : apparatchik du Parti socialiste. Il lui sera donc difficile de sortir de ce moule pour participer à l’émergence d’un nouveau mouvement qui devra, contrairement au PS, se connecter sur le monde du travail et adopter des formes bien différentes que celles imposées par les gros appareils vétustes. Comme l’explique fort bien Jacques Julliard dans Le Figaro (pour lire sa chronique cliquer ici), les partis politiques classiques sont en voie de disparition. De nouvelles structures vont les remplacer, la nature politique ne supportant pas le vide. Sans doute seront-elles plus fluides, plus horizontales moins pérennes et plus axées sur des thématiques précises (écologie, Europe, démocratie directe). A cet égard le jeune Benoît Hamon paraît vieux.

Paradoxe apparent, Jean-Luc Mélenchon, 65 ans, a mieux saisi et mieux utilisé que son cadet ses formes nouvelles de « faire de la politique ». Mais, compte tenu de son âge, il a sans doute mené sa dernière campagne. Et sa conception de l’action politique reste trop centrée sur sa personne pour créer un mouvement de type horizontal.

La gauche est donc à réinventer. Au cours de l’Histoire, elle a toujours trouvé les femmes et les hommes, pour accomplir cette tâche toujours recommencée. Espérons que notre époque ne fasse pas exception.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] La consultation initiée auprès de ses partisans de La France Insoumise par Mélenchon a donné les résultats suivants : 65%  d’entre eux préconisent le vote blanc ou nul ou l’abstention et 35% déclarent qu’ils voteront Macron. Le choix de Marine Le Pen ne figurait pas dans cette consultation. 243 000 militants y ont pris part sur 450 000. Une grande partie n’y a donc pas participé. Une part d’entre eux risquent de voter Marine Le Pen.

ESPACE VIDEO

Ce discours de Léon Blum, prononcé le 24 octobre 1936 à Toulouse n’est pas sans résonnances actuelles.

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