29/03/2017

Islamisme d’Etat en Algérie ? Ecrivain menacé

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Anouar Rahmani (25 ans, photo) risque d’être poursuivi pour blasphème par la justice algérienne et d’être condamné de 3 à 5 ans d’emprisonnement. Human Rights Watch et PEN International se mobilisent pour le défendre. L’islamisme d’Etat s’installerait-il en Algérie?

 Ainsi, en décembre 2006, le Code pénal de ce pays a-t-il été alourdi d’un nouvel l’article, le 144bis 2, ainsi libellé :

Est puni d’un emprisonnement de trois ans à cinq ans et d’une amende de cinquante mille à cent mille DA (dinars algériens, soit de 421 à 842 euros, ou de 451 à 902 francs), ou l’une de ces deux peines seulement, quiconque offense le prophète (paix et salut soient sur lui) et les envoyés de Dieu ou dénigre le dogme ou les préceptes de l’Islam, que ce soit par voie d’écrit, de dessin, de déclaration ou tout autre moyen.

Si l’amende peut paraître légère vue d’Europe, il faut tout de même la replacer dans le contexte économique de l’Algérie. En revanche, il ne fait aucun doute que le Code pénal algérien a la main particulièrement lourde en menaçant de jeter en prison – pour trois à cinq ans – ceux que la justice assimilera à des blasphémateurs.

Le jeune romancier Anouar Rahmani est actuellement dans le viseur du Parquet algérien au titre de cet article scélérat, le procureur de la République ayant ouvert une enquête contre lui. L’écrivain a été interrogé le 28 février dernier pendant plusieurs heures au poste de police de Tipasa, ville côtière sis à 61 kilomètres à l’Ouest d’Alger et qu’Albert Camus a rendu célèbre dans Noces à Tipasa.

Pourquoi cet intérêt pour Anouar Rahmani ? Dans son blogue « Le Journal d’un Algérien atypique », il défend, entre autres, les communautés homosexuelles, les minorités religieuses, le droit à l’incroyance et toutes les formes de liberté. Ce qui a de quoi donner de l’urticaire aux islamistes qui ne lui ont pas ménagé insultes, calomnies et harcèlements. Avec l’enquête ouverte par le Parquet algérien, un pas supplémentaire a été accompli. La répression se fait désormais officielle, surtout depuis le succès de son dernier roman écrit en arabe ; il a pour titre en français, La Ville des ombres blanches.

Cet ouvrage met en scène une histoire d’amour entre deux hommes à l’époque de la guerre d’indépendance algérienne : un maquisard du FLN et un Pied-Noir. En soi, le thème est propre à faire avaler leur tapis de prière aux bigots et leur képi aux militaires. Mais c’est un chapitre en particulier qui motiverait l’accusation de blasphème : un enfant discute avec un clochard qui se fait appeler « Dieu » et explique au bambin qu’il a créé le ciel à partir d’un chewing-gum. Anouar Rahmani n’a trouvé aucun éditeur en Algérie pour le publier. Aussi a-t-il diffusé La Ville des ombres blanches sur la Toile, l’an passé. Selon l’écrivain, le roman a été lu par 12000 internautes en deux mois.

Avec Human Rights Watch, l’organisation d’écrivains PEN International s’est mobilisée pour convaincre les autorités algériennes de renoncer aux poursuites contre Rahmani et d’abandonner l’article 144bis 2 (Vous pouvez participez à cette action de protestation en cliquant ici).

Pour l’instant, Anouar Rahmani n’est pas arrêté. Mais son inculpation peut intervenir à tout moment. Or, il faut savoir qu’un journaliste et blogueur algérien est mort en prison le 11 décembre dernier. Mohamed Tamalt avait été condamné en juillet 2016 à deux ans de prison pour « offense au président de la République ». Pour protester contre sa condamnation, Tamalt a fait une grève de la faim pendant trois mois, avant de sombrer dans le coma, puis de mourir des suites « d’une infection pulmonaire », à en croire l’administration pénitentiaire.

Il n’est pas plus grands blasphémateurs que ceux qui ont inventé la notion de blasphème. En voulant protéger « l’honneur de Dieu », ils abaissent l’Eternel au niveau d’un être mortel. En suivant leur folle logique, il faudrait donc poursuivre les rédacteurs et les utilisateurs de l’article 144bis 2. Les poursuivre pour blasphème, bien entendu !

Jean-Noël Cuénod

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23/03/2017

Le Bal Blomet, une résurrection parisienne

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Enthousiasmante réouverture de l’ex-Bal Nègre, qui avait fait vibrer le monde et Paris durant les Années Folles. Un cabaret qui renaît de ses cendres, c’est un acte de résistance de plus face aux troupes du malheur.

Il y avait du monde, beaucoup de monde, mercredi soir à l’ouverture du Bal Blomet. Et du monde heureux, très heureux. Ouverture ou réouverture ? (Photo JNC)

Ce lieu mythique des Années Folles aurait dû s’appeler, comme jadis, Bal Nègre. C’est ainsi que le poète Robert Desnos l’avait baptisé en 1931 dans un article pour le quotidien Comœdia ; il préférait cet intitulé à celui de « Bal Colonial » que lui avait donné son propriétaire de l’époque dès son ouverture en 1924.

C’est donc sous le nom de Bal Nègre que cet espace de la liberté créatrice tous azimuts avait fait vibrer Paris et la planète. La légende prétend qu’il suffisait à un étranger de prononcer le chiffre « 33 » pour que le chauffeur de taxi l’amène, non pas dans un cabinet médical, mais 33 rue Blomet, dans le XVe arrondissement, l’adresse de ce cabaret.

A l’époque, le mot « Nègre » n’était pas forcément perçu de façon négative. Au contraire, Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, René Depestre avaient placé leur œuvre sous le signe de la négritude. Le Bal Nègre mélangeait d’ailleurs joyeusement les couleurs de peau et les origines sociales. Les ouvrières et les ouvriers antillais des usines Citroën toute proches y côtoyaient Joséphine Baker, Maurice Chevalier et Mistinguett, Jean Cocteau, Ernest Hemingway, Foujita, Mondrian, la bande des surréalistes emmenée par Robert Desnos – qui habitait tout près, au 45 rue Blomet – et tant d’autres artistes, poètes et romanciers.

Après la Seconde Guerre mondiale, le cabaret a progressivement perdu sa destinée musicale pour devenir un restaurant sud-américain.

 Nouveau propriétaire des lieux dès 2010, Guillaume Cornut, pianiste et ex-trader, les a rénovés, tout en conservant le génie propre à cet endroit et en reprenant le droit fil de l’esprit « cabaret » du Bal Nègre mais en captant notre époque dans ce qu’elle peut avoir d’original sur le plan artistique.

Toutefois, il ne s’appellera plus Bal Nègre, malgré les intentions premières du propriétaire. En effet, le CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France) et d’autres organisations ont lancé contre cet intitulé une pétition sur Change.org, revêtue de 6000 signatures. Le mot « nègre » a perdu l’aura positive qu’il avait durant l’entre-deux-guerres pour devenir l’un des symboles les plus odieux de la discrimination raciste. Sagement, Guillaume Cornut a donc dénommé son cabaret, Bal Blomet. Mais tout dans ce lieu rappelle sa filiation avec le Bal Nègre. Le nom change. L’âme demeure.

La programmation du nouveau Bal est d’un bel éclectisme : cabaret, jazz, ragtime, musique classique, tango, comédie musicale.

Cabaret Extraordinaire et Prodigieux Yanowski

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Pour son ouverture, le Bal Blomet a fait fort en mettant en vedette le prodigieux Yanowski (photo JNC), chanteur-comédien, auteur-compositeur et surtout poète. Son dossier de presse le présente ainsi : « Petit-fils d’un anarchiste espagnol par sa mère, vaguement slave par son père, il grandit dans la bohème parisienne au milieu des saltimbanques. »

Yanowski met à profit son physique de géant en bougeant avec la précision d’un danseur classique. Il place d’ailleurs ses pieds en cinquième position, lorsqu’il apparaît devant son micro avec l’étrangeté d’un mirage qui aurait fait corps. Le chef couvert d’un feutre, les yeux soulignés de noir, chacun de ses poèmes chantés devient une petite comédie musicale. Yanowski chante avec les couleurs chaudes d’une voix russe, danse, mime, transforme son visage au gré des scènes… L’amour, la mort, la vie, comme toujours, certes, mais comme jamais.

Dans la première partie intitulée « Passe interdite » (un satanique pas de tango), Yanowski était accompagné par deux remarquables musiciens, Hugues Borsarello (violon) et Samuel Parent (piano). Citons les quatre derniers vers d’une de ses chansons, « Redonne-moi un verre », pour en mesurer sa force poétique :

Je sais des villes sans rumeur

Je sais des lunes sans lueur

Je sais de chaque amour qui meurt

La renaissance des baisers.

Dans la seconde partie, nommée « Cabaret Extraordinaire », Yanowski partage la scène avec d’autres artistes d’une dinguerie enthousiasmante :

  • Maria Dolorès, hilarante meneuse de revue qui joue de son corps plantureux avec un humour ravageur,
  • Elise Roche, fausse Nunuche blonde et vraie poison sardonique,
  • Christian Tétard dit « Jean-Jacques », prolo lunaire tout en plasticité,
  • Orianne Bernard, la « Dame en verte » (oui, en vertE, ce n’est une frappe de faute !) à la fois fascinante et désopilante dans son personnage d’Ava, la femme fatale,
  • Fred Parker, complice de Yanowski et étourdissant pianiste (à la batterie, Corentin),
  • sans oublier Immo, à l’humour acrobate, vertigineux clown allemand sans nez rouge, ni souliers géants qui font pouett’-pouett (quoique sa chaussure droite tient un rôle éminent dans son spectacle).

Raconter ce « Cabaret Extraordinaire » serait contre-productif et même sacrilège. Allez plutôt le voir. Pour vous donner une idée sachez que ces artistes font partie de la même famille d’esprit que le duo des Paraconteurs, Eric Druel et le Genevois de Paris Mathieu van Berchem. Disons qu’au « Cabaret Extraordinaire » le burlesque, l’ironie, l’inventivité dadaïste le disputent à un savoir-faire d’une précision de tous les instants. A un tel niveau, la dinguerie devient un art horloger.

Jean-Noël Cuénod

Renseignements pratiques :

  • ­Bal Blomet, 33, rue Blomet, 75015 Paris
  • Métros : Volontaires, Sèvres-Lecourbe ou Pasteur
  • Un restaurant « La Table du Bal » est à disposition dans ce lieu.
  • Pour voir la programmation se référer au site : www.balblomet.fr

17:51 Publié dans Il est 5 heures, Paris s'éveille... | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cabaret, paris, artistes | |  Facebook | | |

21/03/2017

Marine Le Pen, sa guerre de retard contre le djihadisme

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Si au soir du 7 mai, Marine Le Pen est élue présidente de la France, les djihadistes pourront faire sauter les bouchons de jus de pomme allal. Sa prestation de mardi soir lors du grand débat de TF1 a démontré, une fois de plus, à quel point son discours monomaniaque sur la frontière est inadapté pour affronter le terrorisme (dessin d'Acé)

Pour s’opposer à l’islamisme radical, la tenancière du clan Le Pen réitère son mantra : récupérer la maîtrise totale des frontières nationales. Ce qui est une illusion ­pour plusieurs raisons. Illusion d’autant plus dangereuse qu’elle peut donner aux citoyens un fallacieux sentiment de sécurité.

Primo, cette « maîtrise totale » est impossible à garantir sérieusement. Aucun Etat n’y est parvenu. Même en 1944, au plus fort des affrontements entre les nazis et les résistants savoyards, la Gestapo n’avait pas pu rendre imperméable la frontière franco-suisse dans la région genevoise. Et même le Mur de Berlin ne fut pas étanche à 100%, puisqu’entre 1961 et 1989, 5 075 personnes réussirent à s'évader de l'Est pour rejoindre Berlin-Ouest.

Secundo, Marine Le Pen refuse de tenir compte de cette réalité : les candidats à l’islamoterrorisme n’ont pas forcément besoin de passer une frontière puisque, pour la plupart, ils vivent en France et en ont la nationalité.

Tertio, cette crispation pathétique sur une frontière mythologisée est le signe que la frontiste a une guerre de retard vis-à-vis du djihadisme. Les idéologues de l’islamisme radical font la promotion de l’Oumma, ce sentiment d’appartenance à une communauté de foi qui transcende les frontières. Or, pour des jeunes en déshérence (provenant des milieux les plus divers), cette notion est porteuse de séduction. Ils appartiennent enfin à une immense famille sans frontière. C’est la force de l’Etat islamique que de s’appuyer sur cette notion d’Oumma pour créer une sorte de nation par-delà les nations. «Où que tu sois, tu es mon sujet», suggère cette idéologie totalitaire.

Dès lors, pour l’islamoterrorisme, la frontière est moins un obstacle qu’une opportunité. Elle lui permet d’utiliser les différences de procédures judiciaires et de méthodes policières entre les Etats pour se glisser entre différents pays pour y semer la terreur. De plus, les pesanteurs bureaucratiques de chaque Etat s’additionnent provoquant de graves défaillances dans la coordination entre des forces de sécurité nationales qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble.

La lutte contre le terrorisme ne saurait se satisfaire de discours simplistes. Il s’agit d’un combat à long terme à mener sur tous les fronts : social, politique, idéologique, diplomatique, policier, judiciaire, militaire. Marine Le Pen a prouvé mardi soir, sur ce chapitre essentiel de sa rhétorique, toute l’étendue de son incompétence.

Jean-Noël Cuénod

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17/03/2017

Présidentielle: la France livrée aux cratopathes

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La monarchie républicaine possède au moins un avantage sur l’autre, la vraie. Pour s’en débarrasser, nul besoin de couper des têtes, elle en est dépourvue. Avec cette présidentielle 2017, voilà un pays, la France livrée à ses cratopathes. Rappelons-le, la cratopathie (cratos=pouvoir, pathos=maladie) a pour effet de vider les têtes et de remplir les grandes gueules.

C’est dans le langage que la cratopathie exerce ces ravages en premier lieu. Orwell l’a dit mieux que personne : la première tâche que s’assigne le pouvoir totalitaire est de transformer la langue, de la plier à ses contraintes, de l’appauvrir pour mieux rendre idiots ses sujets, d’en extirper sa substantifique moelle poétique pour la dévitaliser, car la poésie cachant de multiples significations dans les replis de ses vers, elle doit être réduite à la platitude de l’inique sens unique.

 De grands cratopathes comme Hitler, Staline et Mao ont porté à cette castration du verbe une attention toute particulière. Il est d’ailleurs très symptomatique de constater qu’en tant que poète Mao-Tsé-Toung composait des textes en style classique, alors que tyran, il déniait aux autres écrivain le droit d’en écrire.

Trump, le grand saut des sots

La cratopathie et la Nov’langue orwellienne étaient donc, jusqu’à un passé récent, réservées aux dictatures. Mais voilà que le mal atteint désormais nos démocraties. A cet égard, l’élection de Trump a constitué une « première ». Certes, la parole politique a toujours été sujette à caution. «Les promesses rendent les fous joyeux», comme l’on dit à Genève. Toutefois, Donald Trump l’a réduite à néant, en hurlant des insanités, balbutiant des injures, disant tout, n’importe quoi et son contraire, se faisant une gloire d’être imprévisible, ne connaissant de ses dossiers que les 140 caractères limitant ses tweets. Devant cette trogne qui éructe ses barbarismes incohérents, le monde est saisi de vertige.

Tous les pays d’Europe sont, peu ou prou, affectés par la cratopathie. Toutefois, sur notre continent, c’est en France que cette épidémie sévit avec le plus d’intensité. La plupart des principaux protagonistes de l’ahurissante campagne présidentielle 2017 osent vraiment tout.  Et c’est à ça qu’on les reconnaît, dirait Michel Audiard.

François Fillon, la cratopathie foudroyante

L’exemple le plus consternant de cratopathie en mode foudroyant est, de toute évidence, offert par François Fillon. Il suffit de rappeler ses plus mémorables sorties : «Imagine-t-on (à propos de Sarkozy) le général de Gaulle mis en examen ?» «Si je suis mis en examen, je retirai ma candidature à la présidence». «Je suis mis en examen et je maintiens ma candidature» ; sans oublier les cascades de mensonges quotidiens tellement énormes qu’ils sont démentis le lendemain.

Avec de tels boulets, il plombe son parti dit «Les Républicains». Mais de l’intérêt de son camp, il s’en fiche comme de son premier costume Arnys. Et s’il est tout de même élu, comment compte-t-il gouverner avec toutes ses casseroles qui feront un boucan d’enfer au moindre de ses gestes ? De telles considérations glissent comme des gouttes de pluie sur sa  veste forestière à 5000 euros. Le bien du pays ? Vous voulez rire ! Le cratopathe veut le pouvoir pour le pouvoir, c’est tout, c’est obsessionnel, compulsif, addictif, orgasmique. Si vous n’êtes pas cratopathes, vous ne pouvez pas comprendre.

Fillon se réclame du gaullisme. Qu’il se rappelle l’attitude de son général préféré ; lors de la campagne électorale de 1965, il a interdit à son entourage de diffuser la photo de François Mitterrand recevant la francisque des mains de Pétain. Selon les propos rapportés par Alain Peyrefitte, De Gaulle ne voulait pas porter atteinte à la fonction présidentielle au cas où Mitterrand l’occuperait un jour. C’était en 1965, donc… Autant dire, il y a un millénaire.

Hamon et Mélenchon, la cratopathie sourde et aveugle

La cratopathie a traversé le fleuve de salive électorale pour atteindre la rive gauche. Hamon et Mélenchon disposent à peu près du même volume d’électeurs (de 10 à 15%). Cette division rend impossible la présence de la gauche au second tour et possible la victoire de Marine Le Pen. Devant deux périls de cette ampleur, des responsables politiques normaux, se diraient : «On ne peut pas se piffer. Mais on ravale nos rancœurs et on fait cause commune pour faire front contre le Front et obtenir une chance de figurer au second tour». Mais voilà, la gauche, comme la droite, n’a plus comme dirigeants que des irresponsables politiques anormaux, habités par la cratopathie. La cause du peuple ? Cause toujours, tu m’intéresses ! Enfin, non tu ne m’intéresses plus…

Marine Le Pen, la cratopathie gonflée

Marine Le Pen, elle, a la cratopathie gonflée. Elle donne des leçons de morale à tout l’univers, alors que son Front vachement national siphonne les fonds européens à un point tel que la justice en a été alertée. Le FN est devenu, rappelle «Le Canard Enchaîné», le parti le plus poursuivi de France.  En comparaison, Fillon fait petit casserolier. Le vieux Le Pen fustigeait la «Ripoublique». Le Front l’a conquise, cette «Ripoublique», avant même d’arriver au pouvoir. Très fort. Et pour l’instant, ces poursuites judiciaires n’entament guère le crédit de Marine Le Pen. Pour l’instant…

Emmanuel Macron, la cratopathie effervescente

Emmanuel Macron a la cratopathie juvénile et effervescente. Plus subtile aussi que celle qui accable les autres. Cela dit, le pouvoir, Macron ne pense qu’à ça, quitte à planter tous les couteaux du monde dans tous les dos qui passent à sa portée. Mais en gardant toujours le sourire. François Hollande peut en témoigner. Le futur ex-président n’en est toujours pas revenu.

Il a le crime politique élégant, ce jeune homme. Et il ratisse large. Dans un marais, il se fait grenouille. Dans un nid, il gazouille. En banlieue, le voilà lascar de luxe. Devant la flamme du Soldat Inconnu, il y va de son étincelle. Jaurès lui arrache des larmes de bonheur et Barrès inspire ses collines. Vous êtes un patron, il annonce la diminution de l’impôt sur les sociétés (de 33,3% à 25%). Vous êtes un rurbain ? Il vous promet aussitôt d’exonérer de la taxe d’habitation 80%  des familles. Vous êtes un libéral ? Il réduira de 15 milliards d’euros les dépenses liées à l’assurance-maladie. Vous êtes une infirmière qui bondit d’effroi en apprenant un tel projet ? Smiling Macron vous rassure aussitôt en frisant son regard céleste : le secteur hospitalier ne sera pas concerné. Vous l’attendez là ? Il est ici. Vous l’attendez ici ? Il est ailleurs. A gauche, à droite, au centre, au zénith, au nadir. Aucune particule d’espace ne lui échappe.

Et comment fera-t-il, lui aussi, pour gouverner sans majorité claire et avec autant de supporteurs contradictoires ? De tous les cratopathes, Emmanuel Macron est le moins caricatural mais le plus retors, le plus ficelle. Le pouvoir pour le pouvoir toujours et encore. On verra après.

Pour l’instant, son sourire s’installe partout comme les moustaches de Plekszy-Gladz dans l’album de Tintin «L’Affaire Tournesol». Un sourire qui, par cette omniprésence en devient aussi inquiétant que celui de Joker dans le film «Batman».

Jean-Noël Cuénod 

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10/03/2017

Au Théâtre 14, le patient malgré lui

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Voici une ordonnance qu’il convient de suivre. A la lettre. Ne ratez pas «Le Serment d’Hippocrate» de Louis Calaferte que présente le Théâtre 14 jusqu’au 22 avril. Calaferte prolonge Molière mais sans le copier le moins du monde. Au «Médecin malgré lui», répond le patient malgré lui.(Photo Lot)

Ou plutôt la patiente malgré elle, puisque Calaferte a choisi comme victime des médicastres, une septuagénaire gracile mais en bonne santé. En bonne santé jusqu’à ce qu’une brève syncope la fasse verser dans l’univers médical.

La pièce se situe durant les années Giscard puisque l’on y entend l’animatrice Danièle Gilbert pérorer à la télé sur les risques de syncope chez les personnes âgées. La scène se déroule dans un salon petit-bourgeois présenté à la façon d’une de ces photos polaroïd qui saisissaient les menues joies quotidiennes et que l’usage des smartphones a relégué au rang de reliques. L’appartement est celui d’un couple de quinquagénaires. La femme (Madeleine) a recueilli sa mère (Bon Maman) et l’homme (Lucien), son père (Papa) qui ne pense qu’à se remplir la panse.

Bon Maman tombe dans les pommes ce qui provoque l’affolement de Madeleine qui déverse un torrent de demandes contradictoires sur Lucien, complètement dépassé. Le médecin de famille est parti à la chasse. Lucien en trouve un autre. Mais finalement, deux toubibs vont se succéder. Tout d’abord, le père qui, ne supportant pas la retraite, subtilise les rendez-vous de son fils. Ensuite ce dernier qui arrive juste après le départ de son paternel. Le père est adepte de la vieille école qui se fie surtout au diagnostic pifométrique. Le fils célèbre les plus récentes avancées de la médecine. Mais la mentalité reste inchangée. Pour le père, l’organe essentiel est l’intestin et pour le fils, c’est le foie. Clin d’œil à la célèbre tirade du poumon dans «Le Malade Imaginaire» de Molière (Le poumon, le poumon, vous dis-je !) Entre le règne de Louis XIV et celui de Giscard d’Estaing, la médecine a progressé plus vite que les médecins, dirait-on…

Père et fils s’accordent aussi sur la manière de traiter la pauvre Bon Maman (interprétée de façon hilarante par Yvette Poirier) qui est jetée sur le sofa, désarticulée comme une poupée, triturée, secouée en tous sens. Interdite de parole, la septuagénaire n’est plus qu’un objet aux mains des démiurges. La vieille dame résiste, revendique, s’oppose. Ah, que la maladie serait plus agréable à traiter sans les malades, ces empêcheurs d’ausculter en rond ! Les médecins successifs ordonnent avec l’autorité conférée par leurs diplômes, en s’appuyant sur Madeleine et Lucien qui répètent leurs sentences contradictoires sans les comprendre et deviennent les complices des bourreaux médicaux. Mais Bon Maman résiste, quitte à ce que Madeleine transforme la robe de chambre de sa mère en camisole de force.

Pendant ce temps, Papa revient régulièrement, toujours obsédé par la table (que l’on ne voit pas) où trône un coulommiers encore vierge. Devant l’attention que l’on prête à Bon Maman, il aimerait lui aussi que l’on s’occupe de ses ballonnements. Mais personne ne l’écoute. Alors, il retourne à son coulommiers.

«Le Serment d’Hippocrate» n’illustre pas seulement la pérennité du regard médical sur les malades, ces éternels emmerdeurs, l’arrogance de celui sait, la jobardise de ceux qui ne savent pas. Elle met aussi en scène l’inversion qui, au fil des ans, transforme les vieux parents en enfants de leur progéniture. Le rire cache et révèle à la fois ces déchirures que personne ne peut ravauder.

Jean-Noël Cuénod

Distribution par ordre d’entrée en scène:

Yvette Poirier (Bon Maman), Christine Peyssens (Madeleine), Patrick Pelloquet (Lucien), Gérard Darman (Papa), Pierre Gondard (Docteur Blondeau père) et Georges Richardeau (Docteur Blondeau fils). Mise en scène : Patrick Pelloquet ; assistante : Hélène Gay.

Théâtre 14, 20 avenue Marc-Sangnier, 75014 Paris ; location : +33 (0)1 45 45 49 77. Site: www.theatre14.fr

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08/03/2017

François Fillon affole ses rats

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Mea culpa. Les filloneries se succèdent à un rythme tellement rapide que le pauvre Plouc est parfois dépassé. Il n’est pas le seul, c’est sa piètre consolation. Il écrivait donc dans son papier paru samedi dans les deux Julies, celle de Genève et celle de Lausanne, que le parti Les Républicains avait tourné la page Fillon. Grosse erreur.

Il faut dire que la semaine dernière, chaque minute apportait son lot massif de défections dans les rangs du candidat conservateur qui ne conservait plus grand-chose en matière de partisans. Le quotidien Libération avait même publié sur son site le « compteur des lâcheurs de Fillon ». Qu’il tournait vite, ce compteur ! Les rats quittaient le Titanic avec un turbo dans l’arrière-train pour se propulser plus rapidement sur les flots déchaînés. Et les voilà qui prenaient abri dans la grande roue pour la faire tourner de plus en plus vite … 50 défections … 120… 200… 305…

Le Titanic de Fillon est devenu une coquille de noix – même pas un pédalo hollandais – mais enfin, le capitaine reste crispé sur le gouvernail. Impossible de l’en déloger. « Trop tard » a dit Juppé qui pensait aussi « trop cher » en songeant au coût monstrueux d’une campagne électorale, alors que le candidat adoubé par la primaire, tient la cassette aux euros. Et vous voyez Fillon lâcher une cassette, vous ?

Affolement chez les rats. Que faire ? Continuer à faire tourner la roue dans le sens « défection » ? Se retourner pour qu’elle s’agite dans le sens « retour » ?

Certains continuent dans le premier sens, songeant que le rafiot Fillon se fracassera dès le premier tour en les entraînant dans son naufrage. D’autres, se ravisent en tournant dans le second sens, de peur de rater un morceau de fromage au cas où. Comme d’habitude, les rats centristes tentent d’aller dans les deux sens. Ils veulent bien revenir dans l’embarcation, même pourrie, mais à condition que le capitaine leur donne des croûtes de comté supplémentaires et tout en faisant savoir qu’ils pourraient bien changer d’avis. Là, on les croit sur parole. D’autant plus que le destroyer Macron, dont les nickels scintillent sous le soleil des sondages, croise dans leurs eaux.

Quant à savoir, s’il est élu, comment François Fillon pourra bien gouverner le paquebot France dans de telles conditions, cela n’intéresse pas les rats ; une seule passion les aveugle : entasser des circonscriptions gagnables aux élections législatives. Ils refusent de voir cette grosse chatte qui se dandine vers eux pour les croquer.

Jean-Noël Cuénod

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05/03/2017

Fillon a rétréci la Manif Pour Tous !

 

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Le Plouc a bravé les éléments déchaînés pour suivre, dimanche à Paris, la manif du dernier carré des partisans de François Fillon. Qui sont toujours fâchés avec les chiffres. Les organisateurs annoncent la présence de 200 000, voire 500 000 personnes pour une place du Trocadéro qui ne peut en contenir que 45 000. Ambiance très défilé contre le mariage gay. Mais en beaucoup plus petit. Fillon a rétréci la Manif Pour Tous.

Parmi la foule qui sort de la station Passy pour se rendre au Trocadéro, un manifestant explique à sa femme : « Ces salopard de la Météo annoncent grêle, vent, pluie pour empêcher les gens de venir. Ah vraiment, tout ça me dégoute. C’est un complot ! Tu m’entends ? Un-com-plot ! »

Il veut rire le monsieur, non ? Non ! Il est tout ce qu’il y a de plus sérieux, le monsieur. Et il n’a rien d’un Néandertalien au crâne rasé. Avec sa soixantaine manucurée, ses lunettes Dior, sa casquette plate en velours côtelé, sa veste de chasse Barbour, ses pantalons pour sortie à Fontainebleau et ses souliers de marche « Vieux Campeur », il est le symbole du Bonobo, ce  Bourgeois-Non-Bohème qui peuple les XVe et XVIe arrondissements de Paris et les beaux quartiers des métropoles françaises.

Pour qu’une personne de son style et de son rang en vienne à proférer de tels délires, cela démontre à quel point, les ultimes soutiens de François Fillon ont perdu tout bon sens et sont prêts à soutenir l’insoutenable.

Le climat général de la démonstration filloniste correspond à celui qui régnait dans les défilés de la Manif Pour Tous. Même Bonobos d’un âge certain, voire très certain, jeunes cathos en loden et mocassins à glands ou jupes plissées et serre-tête, parents de familles nombreuses encombrés de poussettes « design ». A un détail près, il y a, ce dimanche, beaucoup moins de monde que lors des cortèges contre le mariage gay.

L’organisateur du rassemblement de soutien à Fillon, Pierre Danon, estimait qu’il fallait 45 000 personnes pour remplir la place du Trocadéro. Or, si le centre était plein, les abords étaient loin de l’être. (voir photos). Selon l’IPP (Institut Pifométrique Personnel), il y avait entre 30 000 et 40 000 personnes, à tout casser. Ce qui est honorable mais loin des 200 000 personnes réunies par Sarkozy au même endroit en 2012. A cette occasion, les participants avaient débordé très largement sur toutes les avenues avoisinantes. Ce n’était pas du tout le cas avec le meeting de Fillon.

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Les organisateurs se sont efforcés de réchauffer l’atmosphère, refroidie par les rafales de pluie et de grésil (le complot de Météo France continue !) en faisant huer François Hollande et les islamoterroristes. Mais ceux-ci étaient nettement moins accablés par la foule que le président honni !

Les « chapeaux à plumes » de la droite étaient, eux, bien à l’abri sur l’estrade couverte. On reconnaissait, notamment, François Baroin, présenté comme un Plan B au cas où Fillon se désisterait. Le baiser de la mort ? Lorsque François Fillon se place à son pupitre pour haranguer la foule, celle-ci se réveille, agite ses drapeaux tricolores. Place au Chef-qui-est-encore-Chef. Fillon, comme à son habitude, s’excuse du bout des lèvres:

« Même si toute cette charge contre moi est injuste, révoltante et instrumentalisée, je vous dois des excuses, celles de devoir défendre mon honneur et celui de mon épouse alors que l’essentiel, c’est de défendre mon pays. »

Fillon s'adresse aux dirigeants de son parti

Mais c’est aussitôt pour démontrer à quel point sa précieuse personne est indispensable à la sauvegarde de la France. Conscient que dès lundi à 18 h., les membres du Bureau politique de son parti Les Républicains se réunissent pour savoir s’ils continuent à soutenir sa candidature à la présidentielle, Fillon s’adresse à eux : « Laisserez-vous les intérêts de factions et de carrière et les arrière-pensées de tous ordres l'emporter sur la grandeur et la cohérence d'un projet adopté par plus de quatre millions d'électeurs ? » Et il réserve une manière de menace voilée aux figures de son parti qui se sont retirés de sa campagne :

« On m'attaque de toute part et je dois vous écouter, écouter cette foule qui me pousse vers l'avant. Je dois aussi m’interroger sur ceux qui doutent et fuient le navire, leur responsabilité est immense, et la mienne aussi. »

Pénélope Fillon est venue rejoindre son mari sous les vivats. Après la « Marseillaise », tout le monde s’en va au moment même où le soleil revient. Météo France aura exécuté son infâme complot jusqu’au bout !

Jean-Noël Cuénod

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01/03/2017

François Fillon et Marine Le Pen même combat contre la justice

 

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Convoqué par les juges d’instruction pour être mis en examen, Fillon crie à l’assassinat politique. Dans le tohu-bohu médiatique, on oublie juste un détail, la mise en examen est un droit en justice pénale et non pas une pré-condamnation.

Maladroit dans ses bottes, François Fillon a fait ce midi une déclaration solennelle, courroucée et empreinte de mauvaise foi pour dire que même mis en examen, il maintient sa candidature à l’élection présidentielle. Voici son introduction :

« Mesdames et messieurs, mon avocat a été informé que je serai convoqué le 15 mars par les juges d'instruction afin d’être mis en examen. Il est sans exemple qu'une convocation de mise en examen soit lancée quelques jours après la désignation par les juges, sans qu'ils aient pris connaissance du dossier, sur la simple base d'un rapport de police, manifestement à charge. »

Sur la base d’un simple rapport de police ? A l’entendre, on croirait qu’un flic a tapé avec deux doigts sur son clavier un rapport comme ça, juste pour embêter Fillon parce qu’il s’embêtait au fond de son commissariat. En fait, c’est le Parquet national financier qui a ordonné cette enquête « pour détournements de fonds publics et abus de biens sociaux », le 25 janvier, sitôt connues grâce à la presse les accusations concernant les emplois par Fillon de sa femme et de ses enfants.

Sur ordre du Parquet, les policiers spécialisés en matière financière ont établi leur rapport. Celui-ci a été transmis au Parquet. Les magistrats l’ont étudié et en ont conclu qu’en l’état, un classement sans suite n’était pas possible. Dès lors, le Parquet n’avait pas d’autre solution que de se dessaisir du dossier pour le confier à des juges indépendants du pouvoir, afin qu’ils instruisent à charge et à décharge. Rien de plus normal, contrairement à ce que prétend le candidat de la droite bien coiffée.

Précipitations de la justice ? Qu’aurait-on dit si elle n’avait pas réagi rapidement dès que l’affaire Fillon était devenue l’information principale de l’actualité française ? De toute façon, l’ancien premier ministre aurait trainé le boulet des accusations morales, justice ou pas justice. Même pour lui, autant crever l’abcès le plus vite possible.

Fillon : « assassinat politique » !

Parler d’assassinat politique, et même d’assassinat de l’élection présidentielle comme l’a proféré Fillon, relève de l’imposture. Débarrassée des fausses idées à son sujet, la mise en examen n’est rien d’autre qu’un acte de procédure parfaitement banal. Et qu’un juge convoque, avant de l’entendre, un justiciable à titre de mis en examen n’a rien d’anormal. Au contraire. Car la mise en examen, contrairement à ce qu’on cherche à faire croire, offre des droits fondamentaux au justiciable. Ce statut lui donne accès à son dossier ; le justiciable peut donc prendre connaissance des accusations précises qui sont portées contre lui et préparer ainsi, dans de bonnes conditions, son système de défense. Il peut aussi se taire et même mentir sans être poursuivi pour faux témoignages. En revanche, si les juges d’instruction avaient convoqué Fillon à titre de témoin, la défense aurait pu, à bon droit, crier au piège.

De plus, François Fillon peut fort bien sortir de cette audience du 15 mars avec un autre statut, celui de témoin assisté d’un avocat ou de simple témoin, cela dépendra de ses explications et de la façon dont elles s’inscrivent dans le dossier.

Marine Le Pen menace

Le candidat du parti LR a sonné contre la justice une charge d’une telle violence qu’elle rejoint celle de Marine Le Pen, dont le parti est lui aussi empêtré dans des affaires d’emplois fictifs. Dimanche dernier à Nantes, la candidate du Front national a déclaré qu’une fois élue elle mettra en cause les fonctionnaires et les magistrats qui auraient, à l’en croire, participé aux « attaques antidémocratiques » dont elle s’estime victime.

Une procédure judiciaire normale est donc perçue comme une « attaque antidémocratique » par des gens qui n’hésitent pas à briguer le poste de président de la République qui, selon l’article 64 de la Constitution française, « est garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire ». Le culot de ce genre de personnage reste une source inépuisable d’étonnement effaré !

Si attaques il y a, elles sont le fait des deux candidats de la droite dont l’une se flatte d’être « de gouvernement ». Que deux forces politiques de ce calibre cherchent à déstabiliser l’institution judiciaire, voilà qui est plus qu’inquiétant. Aux Etats-Unis, la justice a démontré à quel point son rôle de contre-pouvoir est essentiel dans une démocratie.

Jean-Noël Cuénod

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