19/02/2017

La police est un art

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Avec l’affaire Théo, la police française subit une crise de plus. Pour tenter de comprendre le phénomène, il faut tout d’abord accepter d’entrer dans un monde complexe et bannir deux réactions aussi fausses que traditionnelles : réduire les policiers à un corps de brutes racistes ou les idolâtrer au point de les placer au-dessus des lois (Dessin d’Acé).

Comme localier, puis chroniqueur judiciaire, reporter et enfin correspondant à Paris, le Plouc a fréquenté les policiers pendant quarante ans,en Suisse, en France, en Belgique et en Italie principalement. Délicate cohabitation faite de méfiance réciproque et d’acceptation mutuelle.

Rien n’est plus complexe qu’assurer l’ordre public dans une démocratie. Les accusations de « servir le pouvoir en place » fusent d’emblée. Que ce pouvoir soit de gauche, du centre ou de droite. Le flic… Ce sempiternel suspect qui est toujours présent quand on n’a pas besoin de lui et systématiquement absent en cas d’urgence.

Il est le plus souvent pris entre des feux croisés. Sa hiérarchie, particulièrement en France, exerce des pressions contradictoires en exigeant « du chiffre », quitte à gonfler les statistiques en multipliant les contrôles d’identité, la chasse aux petits délinquants en laissant de côté les gros, source d’ennuis sans fin avec leur cohorte d’avocats. Les contrôles d’identité s’exercent vers la population qui est considérée a priori comme « dangereuse », en premier lieu les jeunes. Le contrôle au faciès n’est jamais bien loin. Selon l’« Enquête sur l’accès aux droits », publiée début 2017 par le Défenseur français des droits, « les hommes perçus comme Arabes/Magrébins ou Noirs (…) rapportent être de 6 à 11 fois plus concernés par des contrôles fréquents (plus de cinq fois en cinq ans) que le reste de la population » (accès au lien du document).

Cette pression de la hiérarchie provoque des tensions toujours plus intenses entre policiers et jeunes Français issus d’une immigration ancienne ou récente. Ces tensions induisent un cycle de haine qui pourrit le climat depuis des décennies. Ponctuellement, les « cités sensibles » le sont tellement, sensibles, qu’elles explosent. Ou alors, les policiers tombent, au péril de leur vie, dans des guets-apens organisés par les petits caïds.

Les commissariats Fort Knox

Des deux côtés, les insultes montent en mayonnaise. Une partie croissante des flics cèdent aux sirènes du Front national  ­– selon une étude du CEVIPOF (Sciences-Po à Paris)  d’octobre 2016, 57% des policiers se disent prêts à voter pour Marine Le Pen à la présidentielle – dont l’idéologie se répand dans leurs rangs. Ce qui, bien entendu, ne fait qu’envenimer une situation déjà bien dégradée.  

La hiérarchie, elle, songe surtout à garder ses fesses au chaud. Quant au pouvoir politique, que ce soit sous Chirac, Sarkozy ou Hollande, il se contente de distribuer des médailles aux policiers méritants, sans remettre en cause cette « politique du chiffre » qui mène à la catastrophe.

Dans cette espèce de guerre larvée entre deux camps, comment voulez-vous que les renseignements de terrain puissent remonter vers la police, puis la justice ? Certes, les fonctionnaires de police judiciaire savent se ménager une clientèle chez les indics. Mais, en bonne police, ce devrait être à l’ensemble des personnels de faire remonter les renseignements. Il arrive à ma mémoire d’ancien localier à Genève que nombre d’affaires résolues avaient eu, à la source, un tuyau ramassé dans la rue par un agent de terrain. Evidemment, claquemurés dans un commissariat tellement bunkerisé qu’en comparaison Fort Knox ferait presque auberge de jeunesse, lesdits agents ne risquent pas d’être submergés par les infos du bitume (photo : le commissariat de Villiers-le-Bel, ville de la banlieue de Paris qui avait essuyé plusieurs jours d’émeute en novembre 2007).

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Assécher le marais stupéfiant

Compte tenu de la situation présente, on ne saurait lâcher des policiers de proximité dans les quartiers les plus chauds. C’est tout un programme à long terme qu’il faudrait élaborer pour que, progressivement, les forces de la République puissent réinvestir ces lieux dans lesquels elle ne peut aujourd’hui pénétrer qu’en formation de combat, lorsque tout est à feu et à sang. Cette réappropriation républicaine passe par l’assèchement des trafics de drogue et autres qui dominent ces cités dites « sensibles » et leur impose la tyrannie des caïds de tous calibres. Or, seule la dépénalisation de l’usage des stupéfiants ferait s’écrouler ce marché souterrain. Mais, en France du moins, ce message ne passe toujours pas. Il faudra pourtant bien s’y résoudre, après cinquante ans d’échecs cinglants de toutes les politiques répressives en la matière.

Il faut aussi que la société française développe une vision plus saine et moins infantile de sa police. Un jour, elle l’encense et lui fait des bisous place de la République. Un autre, elle la traite plus bas que terre. Qu’elle prenne conscience, cette société, que la police est un art et non une science, malgré les nouvelles technologies. Un art bien plus subtil qu’on ne le croit. Il requiert à la fois de la fermeté et de l’empathie, du sang-froid en toutes circonstances, une bonne estime de soi pour ne pas être déstabilisé par les injures, sans oublier cette lucidité qui permet de savoir quand il faut fermer les yeux  – lorsqu’une intervention amène plus de troubles que de bienfaits pour le quartier –  et quand il faut les ouvrir pour frapper lorsque cela est nécessaire. Or, des policiers de ce genre ne tombent pas du ciel. Le pouvoir devra mettre la main à la poche pour leur assurer la formation adéquate. Une formation qui aura aussi pour objet principal de renforcer l’esprit républicain afin de donner à la police les anticorps nécessaires pour résister aux influences frontistes.

La police doit être respectée, il en va de la cohésion sociale. Mais le respect, ça se mérite. La société ne saurait accepter que son délégué à la violence légitime piétine les lois qu’il est chargé de faire respecter.

Jean-Noël Cuénod 

18:48 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : police, théo, france, politique | |  Facebook | | |

Commentaires

Et dans les banlieues c'est le bon peuple français qui subit tout ça, et on ne lui demande pas son avis! Dans nos pays ce sont les mafias qui font la loi, la manchette du Matin Dimanche nous le prouve une fois de plus, et la police, je ne peux que la défendre, parce que les mafias ce n'est pas ma tasse de thé! (RER METRO AGRESSION) sur youtube!

Écrit par : Dominique Degoumois | 19/02/2017

Règlement de compte vendredi soir entre mafieux à Bobigny, 3 blessés grave, et pas l'ombre d'un policier à accuser, aucun média n'en parle pourquoi??? Et là on ne va pas voir de manif, ça c'est sûr!

Écrit par : Dominique Degoumois | 19/02/2017

Bonsoir,

Permettez-moi juste deux remarques :

- 1° Ces expressions « cités sensibles » et « quartiers difficiles » m'exaspèrent au plus haut point ! Alors pourquoi s'obstiner à ajouter "sensible" ou "difficile", alors qu'il s'agit en réalité de quartiers où fleurissent la criminalité. Donc parlons plutôt de "quartiers criminogènes" en étant bien conscient que ce qualificatif n'est pas politiquement correct, mais il faut appeler un chat, un chat. Les médias pourraient-ils se montrer un peu moins hypocrites à cet égard ?

- 2° Vous écrivez : "Or, seule la dépénalisation de l’usage des stupéfiants ferait s’écrouler ce marché souterrain. Mais, en France du moins, ce message ne passe toujours pas. Il faudra pourtant bien s’y résoudre, après cinquante ans d’échecs cinglants de toutes les politiques répressives en la matière."
Je suis pour ma part toujours très perplexe en lisant de telles propositions. Il faudrait tout d'abord savoir de quelles drogues on parle, et puis, est-on sûr qu'en cas de dépénalisation, cette économie souterraine disparaîtrait totalement ?
Une telle proposition pose un sérieux problème moral à mon avis. Il va de soi qu'en retirant un délit du Code pénal, on dépénalise, mais se pose alors immédiatement la limite. Que peut-on dépénaliser ? Et puis que penser des motifs qui motiveraient de telles dépénalisations ? Ici ce serait l'assèchement d'une filière prohibée, la production, le commerce et la consommation de drogue, là ce serait par exemple plutôt en fonction d'une surpopulation carcérale, etc., et que sais-je encore ?
Si l'on veut dépénaliser, les critères devraient être définis sur la base de fondamentaux éthiques, s'en affranchir traduirait un aveu d'impuissance, ce que pour ma part je qualifie de démission de la société.

Merci de votre billet !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 19/02/2017

A propos des "cités sensibles" dans leurs écoles les profs sont des jeunes en formation d'instituteurs non encore expérimentés.
Une fois terminées leurs études ces jeunes profs s'engagent dans les écoles des "bons quartiers"! alors que, logiquement, les écoles des quartiers sensibles devraient engager des profs matures extrêmement expérimentés avec l'autorité qu'il faut pour obtenir. s'il le fallait, notamment, des interprètes automatiquement, urgemment ce sans délais d'attente... (les enfants des migrants nouvellement arrivés ne parlant pas forcément le français).

On parle de haine mais il apparaît que lorsqu'il s'agit de tels enfants ou jeunes l'empathie, laquelle ne signifie en aucun cas complaisance, à franchement parler n'est pas au rendez-vous.

Un éducateur des rues a affirmait en ses livres que si les jeunes loubards sont tellement durs et comme blindés c'est en réalité parce que la peur les habite.

On pourrait se poser la question de l'utilité de flics éducateurs des rues (en civil) non pour arrêter et faire enfermer les jeunes délinquants mais les aborder, accompagner, suivre, écouter avant le début des actes délictueux.
Leur formation, précisément, à propos du parcours scolaires de ces jeunes comprendrait quelques temps d'enseignement dans les écoles afin, par empathie, de connaître mieux le vécu scolaire, familial et environnemental de ces jeunes ou enfants.

Écrit par : M.B. | 20/02/2017

"La police est un art."
Comme en Suède. Ou l'art de ne pas protéger ses concitoyennes:
https://www.youtube.com/watch?v=TfRHyDYjQbk

Écrit par : militant | 20/02/2017

Il est répugnant de constater que tout est fait pour occulter le débat politique, informer et débattre, c'est le rôle des médias et des journalistes.

Tout est fait pour que le parti socialiste reprenne des couleurs, de la vigueur afin de se présenter au deuxième tour.

La République est en danger, notre démocratie également.

Tout est fait pour islamiser la France, l'Europe, la Suisse afin d'avoir de la main d'oeuvre à coûts bas, quitte à raser certains pays.

Tout est fait pour démolir le système social français?

Tout est fait pour remettre en cause nos modèles de vie, la Liberté et les valeurs venues des peuples.

Enfin, tout est fait pour casser la police, les militaires, nos institutions.

Même le vatican est de la partie pour sauver le soldat dieu, le paradis, l'enfer et le fameux tribunal des flagrants délires et désirs.

Les marchands d'armes, les grands industriels et leurs monarchies tiennent les rennes, manipulent aidés en cela par les journaliste ou certains et la plupart des merdias. cela s'appelle jouer avec le feux, lorsque les peuples vont se réveiller, il sera trop tard.

L'islam a les moyens, nos détraqués et corrompus ont pillé l'Europe, l'Occident, détruit le bel héritage que nous devions laisser à nos gamins: La Liberté, la Paix, la Fraternité et peut-être, l'évolution humaine sur cette planète.

Il faudra les traduire devant des tribunaux d'exception. Si nous laissons faire, nous tuons nos propres enfants et petits enfants.

Les peuples doivent remettre leurs valeurs en avant coûte que coûte. Rien à voir avec les valeurs des religieux au service des détraqués et corrompus.

Écrit par : Pierre NOËL | 21/02/2017

"Or seule la dépénalisation de l’usage des stupéfiants ferait s’écrouler ce marché souterrain"

Cette affirmation n'affirme qu'une vraie info: la totale méconnaissances des 3 domaines abordés - les drogues, la toxicomanie et le monde des économies souterraines.

"Cette réappropriation républicaine passe par l’assèchement des trafics de drogue et autres"
par qui? la police est un corps aux ordres de son gouvernement

Réappropriation républicaine (ou démocrate) - cf New York, Guiliani et Bloomberg vs gangs & crime, résultats et sécurité dans les rues, politique "zéro tolérance" décidée par des hommes non corrompus et indépendants.

contras en France: pas de pognon, Libertés + impunité des -18 ans délinquants: Les policiers fr peuvent le souhaiter en toute liberté de conscience mais n'auront pas le droit d'appliquer cette politique "zéro tolérance", n'auront pas les moyens de nettoyer les zones "de non droit", ni la justice les outils.

Cette société si républicaine aux élus si soucieux de leur pérennité a préféré dépenser plus pour ses gouvernants et leur mode de gouvernance, à en oublier la question des moyens de leurs politiques, au prix d'un plongeon dans leurs dettes, la tête dans le sable jusqu'à se retrouver - c'est maintenant - face à sa faillite:

à quasi 100% du PIB, +2'000 milliards de dettes publiques surtout en mains étrangères, hausse des taux d'intérêts
dans l'obligation d'entretenir: les Dom-Tom à bout de bras, une énorme dépendance au fonctionnariat, une masse de population à l'état passif vivant d'associations et du social - le tout à ne pas réduire sous peine de mettre le feu aux poudres ("casse sociale"),
quand les électeurs français & leurs gouvernants ne trouvent pas de solution autre que se laisser faire ou prétendre chercher la quadrature du cercle, les policiers n'ont plus qu'à faire comme les autres, toubibs ou agriculteurs, faire semblant de tenir

Écrit par : divergente | 21/02/2017

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