31/01/2017

Quand Trump sert la soupe aux islamistes

 

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Il voulait faire un gros coup bien gras pour marquer son territoire. Avec ses mesures contre l’immigration visant les musulmans, Trump a réussi au-delà de ses espérances. Il s’est mis une grande partie du monde à dos, à commencer par les chrétiens d’Orient qu’il voulait avantager.

Certes, les remontrances de François Hollande et d’Angela Merkel lui en ont touché une – et encore – sans faire bouger l’autre, pour reprendre l’expression favorite de Jacques Chirac. Des couinements de souris, pas plus.

Une pétition lancée sur le site Avaaz  est en train de réunir des millions de signatures (4,1 millions, ce mardi à 14h35), voilà qui n’empêche pas Donald de roupiller à la Maison-Blanche.

Lorsque les dirigeants des grands groupes de la nouvelle technologie – Apple, Google, Microsoft – l’ont vertement remis à l’ordre en lui rappelant que sans les étrangers ­– dont Steve Jobs, fils d’immigré syrien – les Etats-Unis n’auraient jamais pu occuper la première place dans cette industrie, Trump s’en tamponne l’urne électorale. La Sillicon Valley a toujours voté contre lui et massivement soutenu Hillary Clinton. Au contraire, le nouveau président se présente ainsi comme l’ennemi de cette élite mondialisée qu’une partie importante des Américains poursuivent de leur haine. Et c’est cette Amérique qui l’a élu, pas l’autre, celle des industries du présent et de l’avenir.

La justice s’y met à son tour. Sa ministre ne veut pas exécuter son décret anti-immigration en raison de son illégalité ? Il la vire. En revanche, il ne pourra pas botter les fesses impies de Bob Ferguson, le procureur général de l’Etat de Washington, qui a lancé, lundi, une procédure judiciaire pour annuler le décret anti-immigration en raison de son inconstitutionnalité. « Personne n’est au-dessus des lois, pas même le président » a déclaré le procureur en ajoutant : « Au Tribunal, ce n’est pas toujours celui qui parle le plus fort qui l’emporte, c’est la Constitution » (vidéo).

Voilà qui est plus gênant pour Blabbermouth Donald. Car les contrepouvoirs aux Etats-Unis sont aussi nombreux que solides et tout aussi légitimes que le président qui est moins monarque qu’en France (imaginons un Trump ou une Trumpette à l’Elysée, comme ça, juste pour voir !). Et ils ne vont pas le ménager. Le président immobilier va, un jour ou l’autre, trembler sur ses fondations.

Mais la pire critique portée contre les mesures antimusulmanes provient de ceux-là même que Trump se vante de protéger. Le président américain a souligné à gros traits que les réfugiés chrétiens des pays arabes pourront entrer aux Etats-Unis contrairement à leurs compatriotes musulmans.

Mgr Sako, à propos du décret Trump: "Un piège pour les chrétiens du Proche-Orient"

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 « Merci du cadeau !» répond, en substance, le patriarche chaldéen, Mgr Sako (photo), à la tête de la majorité des Irakiens de confession chrétienne. Il ne mâche pas ses mots contre l’offre empoissonnée de Trump qui « représente un piège pour les chrétiens du Proche-Orient ». Dans une déclaration publique prononcée dimanche, il met en pièce cette nouvelle Trumperie :

Toute politique d’accueil qui discrimine les persécutés et les souffrants sur base religieuse finit par nuire aux chrétiens d’Orient parce que, entre autres choses, elle fournit des arguments à toutes les propagandes et à tous les préjudices qui attaquent les communautés autochtones du Proche-Orient en tant que corps étrangers et groupes soutenus et défendus par les puissances occidentales. Ces propos discriminatoires – ajoute-t-il – créent et alimentent des tensions avec nos compatriotes musulmans. Les souffrants qui demandent de l’aide n’ont pas besoin d’être divisés sur la base d’étiquettes religieuses et nous ne voulons pas de privilèges. L’Evangile nous l’enseigne et le Pape François nous l’a montré également en accueillant à Rome des réfugiés ayant fui le Proche-Orient, tant chrétiens que musulmans, sans faire de distinctions.

Donald Trump a donc jeté un jerricane plein d’essence sur les feux du Proche-Orient. En frappant indistinctement tous les musulmans, il confirme la propagande de Daech et autres islamoterroristes qui s’érigent en défenseurs de leurs coreligionnaires. Nul doute que les mesures de Trump contribueront à grossir les rangs des islamistes radicaux au Proche-Orient mais aussi chez nous en Europe. Sa stratégie de la provocation permanente ne peut avoir pour conséquence que de déstabiliser encore plus le monde actuel. Un jour ou l’autre, les grenades de Trump lui sauteront à la figure. Malheureusement, nous ne serons pas épargnés par les éclats.

Jean-Noël Cuénod

15:25 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : trump, islam, christianisme, etats-unis | |  Facebook | | |

26/01/2017

Au malheur des femmes

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C’est entendu, le pire du pire en matière de haine des femmes est l’œuvre des islamistes. Cela dit, dans la Russie de Poutine et les Etats-Unis de Trump, elles ne sont pas à la noce.

Le patriarcat est en train de vivre ses derniers moments. Mais il bouge encore, le bougre! Et son agonie se révèle aussi lente et épuisante qu’agitée et sanglante. C’est qu’il s’agit d’une révolution à nulle autre pareille : faire tomber la multimillénaire domination de l’homme sur la femme.

Comme toutes les révolutions, elle est faite d’une série de petits bonds en avant, suivis d’un grand bon en arrière. A la Révolution française, ont succédé l’Empire et la Restauration, puis une autre révolution a éclaté, donnant une forme plus libérale de monarchie, et encore une troisième révolution qui a sombré dans le Second Empire pour, enfin, aboutir à la République. La longue vue est le seul instrument qui vaille pour juger pareils mouvements de fond.

Humiliation et repli en terre d’islam

Les combats d’arrière-garde sont toujours les plus acharnés et les plus cruels car l’énergie du désespoir anime ceux qui s’accrochent à leur pouvoir comme Harpagon à sa cassette. C’est au sein du monde musulman que le patriarcat déploie sa résistance la plus acharnée. Sans doute, les Occidentaux n’ont-ils pas mesuré à quel point la colonisation des pays d’islam a été ressentie par leurs habitants comme une humiliation. Elle s’est révélée d’autant plus aiguë que, jadis, ces sont les musulmans qui dominaient une grande partie du monde, à commencer par l’Europe, en Espagne et dans l’espace ottoman. Cette humiliation a conduit à un repli sur les traditions avec ce sentiment que, si l’on a échoué, c’est que l’on ne les avait pas suffisamment respectées. Or, lorsque des peuples amorcent ce retour en arrière, ils simplifient leurs traditions et, partant, en viennent à les caricaturer. Ainsi, en lisant attentivement le Coran, l’inégalité entre femmes et hommes n’est pas aussi évidente qu’il n’y paraît à première vue. Il n’empêche que c’est cette « première vue » qui est privilégiée par les intégristes prônant le repli.  Dès lors, empêcher la femme d’atteindre l’égalité devient une sorte de résistance au monde occidental honni, confortée par la lecture littérale – et non symbolique – du Saint Livre. C’est une explication possible ; il en est bien d’autres.

Cette simplification de l’islam a été déployée par le wahhabisme sur les ailes des pétrodollars. Les premières victimes de cet islam saoudifié furent les femmes ainsi que les confréries soufies et les écoles musulmanes qui vivaient leur religion avec ses milles et une subtilités. Or l’intégrisme abhorre les subtilités qui parasitent son discours massif.

On ne le sait que trop bien, cette régression a servi d’aliment idéologique aux islamoterroristes d’Al Qaeda, Daech et autres Talibans.

Trump et Poutine, une misogynie active

En Occident, en Europe, régions du monde où elle se porte pourtant nettement mieux, la cause des femmes vient d’essuyer de sérieux revers. Aux Etats-Unis, Trump commence à mettre en acte la misogynie dont il avait fait montre durant sa campagne. L’un de ses premiers décrets présidentiels, signé lundi 23 janvier, interdit le financement d’œuvres d’entraide internationales qui soutiennent le libre-choix de procréation pour les femmes, sous prétexte de lutter contre l’avortement. Or, ces organismes prodiguent des soins vitaux dans les régions les plus pauvres de la planète. Mais de cela, Trump se fiche comme de sa première moumoute, l’important étant de complaire aux franges intégristes du catholicisme et de l’évangélisme de son électorat.

En Russie, le parlement a adopté, mercredi, une loi dépénalisant les violences commises dans le cercle familial, si elles n’entrainent pas une hospitalisation. Jusqu’alors ces violences relevaient du Code pénal et pouvaient valoir à leur auteur une peine maximale de deux ans d’emprisonnement. Avec cette loi, elles ne figurent plus dans le code et deviennent une infraction administrative qui ne prévoit, au maximum, qu’une amende de 30 000 roubles, soit 496 francs ou 464 euros. Il faut encore que ce projet passe au Sénat puis soit signé par la présidence pour devenir effectif. Mais comme il a été porté par Russie Unie, le parti de Poutine, son issue favorable est assurée. Or, le simple fait de lever la main sur son conjoint est en soi suffisamment grave pour que la justice intervienne, même si la victime n’a pas été hospitalisée. Attendre une blessure grave pour agir est une manière d’encourager l’escalade de la violence.

Qu’une Russe meurt toutes les 63 minutes à la suite de violences domestiques et que plus de 650 000 femmes de ce pays soient battues par leurs maris ou compagnons[1], cela pèse peu devant les pressions exercées par l’Eglise orthodoxe. Celle-ci a soutenu activement cette dépénalisation « afin de sauvegarder les valeurs familiales traditionnelles ». Ah, mais ça change tout ! En flanquant une rouste à son épouse, on n’est plus une brute mais le sourcilleux gardien des « valeurs familiales traditionnelles ». A quand la décoration de l’Ordre de Sainte-Catherine-La-Grande-Martyre ?

Ne pas confondre religion et confession

Dans de nombreux cas de régression misogyne, on retrouve donc une institution confessionnelle, c’est-à-dire une instance du pouvoir qui tord une religion dans le sens qu’elle veut afin de conserver des privilèges pour elle même ou pour la caste qu’elle représente. La religion, c’est l’aspiration des êtres humains à se relier avec ce qui les dépasse. La confession, c’est une approche particulière de la religion. Sur cette approche particulière, se construit une institution confessionnelle qui, au mieux, véhicule une partie de cette aspiration religieuse et, au pire, en utilise la force pour exercer un pouvoir sur les humains. D’où l’importance sociale, mais aussi spirituelle, de la laïcité qui vise à empêcher l’institution confessionnelle de se dévoyer dans l’exercice du pouvoir politique.

Dès lors, l’émancipation des femmes passe forcément par la laïcité et par une vision antiautoritaire de la religion.

Mais comme rien n’est simple en ce bas monde, il arrive parfois que des femmes se fassent les alliées de la domination masculine, comme ces jeunes filles qui participent à l’islamoterrorisme, comme cette députée de Russie Unie, Olga Batalina, qui a défendu le projet de loi dépénalisant les violences intrafamiliales, comme toutes ces Américaines qui ont voté pour celui qui les insultait.

Depuis qu’il est apparu sur terre, l’humain a suivi un chemin tortueux vers son émancipation, comme évoqué au début de ce texte à propos du féminisme. Un chemin fait de retours, de drôles de zigs et d’étranges zags. Et souvent, il se fait l’artisan de son oppression. Il n’est pas incorrigible, non, car, malgré tout, il avance, l’humain. Mais avec quelle peine… « Frères humains qui après nous vivez, n’ayez les cœurs contre nous endurcis ».

Jean-Noël Cuénod

 

 

[1] Chiffres cités par l’ONG russe « Anna » Centre national contre la violence familiale en se référant aux stastistiques de la police russe.

17:04 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : femme, daech, poutine, trump | |  Facebook | | |

24/01/2017

Depardieu-Dussollier, les deux Staline

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Staline continue à hanter les esprits et crever le grand écran. Deux monstres sacrés français, Gérard Depardieu et André Dussollier, ont tenté de se glisser dans la peau du sacré monstre géorgien. Deux façons diamétralement opposées d’approcher un rôle. L’un met tout son talent à s’incarner dans le personnage. L’autre investit toute son énergie à développer sa propre personnalité.

Il serait stupide de mettre ces deux démarches en concurrence et d’attribuer des bons points à l’une, des mauvais à l’autre. Dans leur opposition radicale, elles nous parlent toutes deux de l’Art et de l’Etre.

 

A l’Ogre rouge joué par Depardieu dans le Divan de Staline réalisé par Fanny Ardant et qui sort maintenant en salle, répond le pervers père des peuples représenté par André Dussollier pour le film de Marc Dugain Une exécution ordinaire, diffusé en 2010.

Ceci n’est pas Staline

A aucun moment, Depardieu cherche à ressembler à Staline, même en arborant la moustache-emblème. C’est Depardieu qui joue Depardieu. Pour un peu, ce serait Staline qui joue Depardieu. Le corps blême éclate de partout. Ses chairs débordent. Gros plan sur les vallées et les ravines du nez, sur les yeux rapprochés et vides comme ceux d’un ours. Staline n’est qu’un prétexte pour situer un lieu et marquer une époque, une sorte de véhicule d’expression.

Pour faire contraste, la voix douce se fraie un sentier dans cette montagne carnée pour tomber, à bout de souffle, dans nos oreilles rendues ainsi attentives. Depardieu exprime autant son Etre affalé sur le divan de Fanny Ardant que suant dans le moite motel de Valley of Love.

Sa personnalité a tout envahi. Il n’y a plus de place pour un autre rôle que lui-même. Cela n’a rien à voir avec un quelconque égotisme. Aucune volonté de tirer la couverture à lui. D’ailleurs, à quoi lui servirait une couverture ? Il est nu en permanence même revêtu de la rêche vareuse stalinienne.

Depardieu est mort à son Art, mais c’est par surabondance de son Etre. Il n’est plus un comédien puisqu’il ne « joue » plus. Il est, au sens propre, un acteur. Il se met en acte, bien plus qu’on ne le met en scène. Chaque fois, le spectateur sort fasciné par cette profusion d’Etre. C’est toujours le même film qui tourne avec Depardieu. Toutefois, l’Etre est tellement puissant qu’on ne saurait parler de répétition mais d’une évocation en continu. Comme le calligraphe chinois qui n’a besoin que d’un trait pour figurer un oiseau, Depardieu n’a plus qu’à être pour paraître.

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C’est Staline craché

Passons au versant inverse, tout aussi impressionnant, avec Une exécution ordinaire. Dans le film que Marc Dugain a tiré de la première partie de son livre, André Dussollier s’est tellement immergé dans son personnage que pour le spectateur, nul doute, il a Staline devant lui. Pas le Staline des défilés du 1er-Mai, ni celui des immenses panneaux de propagande. Le vrai Staline, authentique jusqu’à la bouffarde.

André Dussollier se modifie physiquement, se soumettant à de fastidieuses et interminables séances de maquillage. Pour ressentir l’arthrite dont souffrait Staline, il est allé jusqu’à porter des poids sous son uniforme. Etude approfondie des discours de Staline. Ce qui n’a rien d’une sinécure. Contrairement au brillant Trotski, le Coryphée des Sciences était un piètre orateur à la voix monocorde. Ce n’est point par son verbe qu’il s’est imposé dans les Congrès du Parti, mais par sa poigne, sa connaissance des faiblesses des hommes, ses réseaux patiemment tissés parmi les cadres bolchéviques et sa maîtrise du mécanisme de la terreur. Ce manque de brio, il fallait lui trouver une traduction pour le grand écran. Dussollier a su rendre le ton juste. Et pourtant, il est difficile de trouver un comédien aussi éloigné, à tout point de vue, du Tsar bolchévique.

L’Art du comédien s’est attaché à saisir, non seulement l’écorce physique, mais surtout le tronc mental du tyran. Loin des clichés du bolchévique au couteau entre les dents, Staline était lettré. Ancien séminariste, il appréciait la poésie contemporaine en connaisseur – quitte à expédier au Goulag les auteurs jugés trop dangereux – et a défendu maintes fois ce fou de Maïakovski devant Lénine lui-même qui avait en matière de littérature des jugements aussi étriqués que ses costumes de notaire sans pratiques.

Le Staline d’André Dussollier est d’autant plus effrayant qu’il n’a pas l’apparence d’un monstre. Lorsqu’il mime l’empathie, la modestie, la simplicité, c’est pour mieux griffer ses proies et le comédien doit composer avec toutes ces nuances de rouge. Le maquillage intérieur doit sans doute se révéler encore plus épuisant que le maquillage extérieur.

Le gentil Dussollier s’est donc mué en Suprême Salaud par une maîtrise totale, absolue, de l’Art… Comédien qui joue à en donner le vertige. Pour ce faire, il doit mettre de côté, cet Etre qui surabonde chez Depardieu. Ou plutôt, prendre la force de l’Etre pour le transformer en personnage.

Depardieu n’en ressent plus le besoin, son Etre a tout absorbé. Dussollier respire au sommet de son Art. Ne pas choisir. Ce serait de mauvais goût.

Jean-Noël Cuénod

18:50 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : staline, depardieu, dussollier, cinéma | |  Facebook | | |

20/01/2017

Pourquoi il faut achever ce PS

Entre Mélenchon qui verdit son discours et Macron qui veut donner une forme sympathique au social-libéralisme européen, il n’y a plus d’espace pour les dinosaures roses. Plus vite le cycle mitterrandien sera achevé, plus efficace sera la reconstruction de la gauche. Mourir pour renaître.

Ce ne sera d’ailleurs pas la première fois. Le PS initial – né en 1905 de l’union forcée par l’Internationale entre partisans de Jaurès et de Guesde ­– a explosé des suites de la Première Guerre mondiale pour donner naissance au futur Parti communiste et à une nouvelle SFIO. Cette dernière s’est effondrée définitivement en 1969, après s’être déshonorée en menant la politique colonialiste de la droite durant la Guerre d’Algérie[1]. Sur ses ruines, François Mitterrand a construit son Parti socialiste qui lui a permis de rester au pouvoir pendant 14 ans, plus long règne de la Ve République. Aujourd’hui, ce PS est mort.

Les plus courageux d’entre nous ont pu le constater en suivant les débats de la primaire du Parti socialiste et de son allié radical de gauche. Qu’a-t-on subi ? Des catalogues de mesures « marketing » faites pour se démarquer du voisin : et que je te brandis le salaire universel, et que je te fais du patriotisme économique, et que je te défends – quand même – le bilan du quinquennat. Pas de colonne vertébrale. Pas de programme convainquant. Que de petites personnalités qui, visiblement, se détestent. Aucune d’entre elles ne s’est montrée capable de prendre en compte l’effondrement idéologique du Parti socialiste, sa transformation en un appareil de notables et son désintérêt pour la vraie raison d’être de tous les partis socialistes, à savoir la défense de la classe ouvrière. Aucune d’entre elles n’apparait en capacité de rassembler les électeurs.

Dès lors, lorsque Jean-Luc Mélenchon affirme qu’il représente le seul vote utile à gauche, il a raison, qu’on s’en loue ou qu’on le déplore. On peut être agacé par sa propension à pleurer sur la dépouille de Castro, mais le héraut de la France Insoumise est aujourd’hui le seul à défendre un véritable programme ancré à gauche et l’un des rares à ne pas faire de l’environnement une note en bas de page pour enjoliver un tract sur papier recyclable. Son programme pour la transition énergétique peut – et doit – être discuté mais au moins il est sérieux et bien étayé.

Surtout, Jean-Luc Mélenchon est le seul à gauche à se placer sur le terrain de la classe ouvrière pour tenter de l’arracher aux tentacules marines du Front national.

De l’autre côté du bras gauche de la rivière, Emmanuel Macron a choisi la voie ambiguë du « et de gauche et de droite ». Différent, notez-le bien, du slogan frontiste « ni gauche ni droite » ! Un volume de mesure sociale pour cinq volumes de mesures libérales. Il s’agit d’organiser la « flexisécurité » de façon à aider les salariés à affronter l’hyperglobalisation, sans chercher à mettre trop de barrières à celle-ci. Macron veut apprendre à nager aux Français et non leur garantir des acquis qu’il juge dépassés par la tempête mondiale.

En ce sens, il est en train de mettre au point un projet social-libéral qui peut séduire les cadres supérieurs, les dirigeants de la nouvelle économie et tous ceux qui espèrent recueillir les fruits de l’hyperglobalisation des échanges. On peut apprécier ou non cette démarche, mais elle aussi a sa cohérence. Toutefois, Macron laisse la classe ouvrière classique – qui n’est pas morte – dans l’ornière.

Dès lors, entre le centre-gauche social-libéral qui s’adresse aux acteurs de la nouvelle économie et la gauche rouge-verte qui s’adresse à l’ensemble des travailleurs en s’opposant frontalement à Marine Le Pen, il n’y a rien. Entre Macron et Mélenchon, entre le libéralisme teinté d’humanisme et la gauche revendicative, il faudra choisir. Ce qui reste du Parti socialiste n’est plus qu’un cadavre politique dont il convient de se débarrasser au plus vite pour ne pas éparpiller inutilement des voix. On cherche d’urgence un croque-mort !

Jean-Noël Cuénod

Et Trump ? Rien sur Trump ?

Non rien sur Trump, il est en train de débiter son discours d’investiture. Comme sa parole ne signifie strictement rien, pourquoi l’évoquer ? Attendons les actes. Et si vous n’êtes pas fatigués du Plouc, voici le lien de l’émission « Pas de Quartier » de notre excellente et sympathique consoeur Mariama Keita sur les libres ondes de Radio-Libertaire.Cliquez sur ce lien: Elle est consacrée à quelques sombres affaires franco-suisses. 

 

[1] Sur les diverses mues du PS français lire Le Plouc du 14 avril 2016.

17:38 | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook | | |

17/01/2017

Macron, rockstar qui déchire sa race

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Impressionnant, le métinge d’Emmanuel Macron, samedi à Lille ! (Photo JNC) Le Plouc s’est rendu dans la capitale des Hauts-de-France pour voir comment fonctionne cette rockstar qui déchire sa race, comme le disent les vieux quand ils veulent faire djeunes. Une Macromania qui déchire aussi la classe politique.

Le Zénith lillois – qui a accueilli Macron et son mouvement En Marche, samedi en fin d’après-midi – contient 7000 places, ramenées à 5000. La vaste salle a été remplie rapidement. Une masse de partisans ou de curieux n’ont pas pu trouver place et sont restés dehors sous un crachin grésileux.

 A chaque étape de sa campagne, « Gueule d’Ange » remplit les plus vastes salles. Qu’on le déteste, qu’on l’adore ou qu’on soit indifférent, force est de reconnaître l’existence d’un phénomène Macron. D’autant plus que les gradins du Zénith ont été pris d’assaut par un grand nombre de ces jeunes, d’ordinaire présentés comme étrangers à la politique. Parmi l’assistance, il se trouvait aussi pléthore d’enseignants qui ont ovationné l’orateur dès qu’il abordait des thèmes chers à leur cœur. Et lorsque l’Habile a promis que, lui élu, il allait revaloriser leur rémunération, ce ne fut pas seulement un triomphe, mais un délire macromaniaque, carrément ! Le corps enseignant, la grande clientèle électorale du PS, s’est-il trouvé un nouveau port d’attache après l’effondrement socialiste ? C’est probable. Voilà qui ne doit pas améliorer le moral des dirigeants de la rue de Solférino qui est aussi dévasté que ce champ de bataille, cher à Henry Dunant.

« Gueule d’Ange » sait tirer

Bulle de savon ? Feu d’artifice d’un soir ? Amorce d’un mouvement de fond ? L’actualité a déjoué tous les pronostics, donc point de prédiction. Lorsque Macron siégeait encore au gouvernement Valls, Le Plouc avait écrit que le jeune ministre devait quitter rapidement son ministère des Finances s’il voulait participer à la présidentielle mais qu’il ne disposait que d’un fusil à un coup pour atteindre son objectif. Jusqu’à maintenant « Gueule d’ange » a démontré qu’il savait tirer. Contrairement à Manuel Valls, il a sauté du pédalo Hollande suffisamment tôt pour ne pas rester englué et pour planifier sa campagne dans de bonnes conditions.

La tactique macronienne consiste à distiller son programme, petit à petit. Il fait l’inverse de Bruno Lemaire, qui, à la primaire de la droite, avait assommé ses électeurs avec un pavé de mille pages. Tellement assommés, les électeurs, qu’ils sont restés évanouis au moment de voter.

Macron, lui, sort un bouquin de 200 pages légères, intitulé « Révolution » – en France tout le monde est révolutionnaire, surtout les conservateurs – qui nous dit tout sur sa grand-maman et ses grandes idées. Non pas un catalogue de propositions mais une amorce de « storytelling » qui en français signifie « amuse-gogos » ou, en version plus salée, « flatte-couillons ». Ses propositions, il préfère les égrener au fil des villes-étapes de sa campagne (Pour le métinge lillois, vous avez le fil de ses interventions sur le compte Twitter @Cuenod).

Faire une campagne « jeune » ne signifie pas renoncer aux bonnes vieilles grosses ficelles. Comme Chirac – un expert jusqu’alors inégalé quoique souvent imité – Macron sert à son public ce que celui-ci souhaite avaler. Avec lui, pas d’hésitation, c’est fromage ET dessert, gauche ET droite. Il fait applaudir François Mitterrand, le général de Gaulle, né à Lille, Martine Aubry, maire de la ville et son prédécesseur Pierre Mauroy, mais aussi Xavier Bertrand, le président de droite des Hauts-de-France et Roger Salengro, ministre lillois du Front populaire qui s’était suicidé en novembre 1936 à cause d’une ignoble campagne de calomnies orchestrée par les journaux d’extrême-droite. Emmanuel Macron ne se contente pas de surplomber le clivage gauche-droite, il plante ses pieds dans les deux camps. Comme la chauve-souris de La Fontaine, Je suis oiseau, voyez mes ailes. Je suis souris, vivent les rats ! » « Bienveillant » tel est le mot d’ordre véhiculé par ses partisans.

L’alcoolisme au Nord, Macron est-il à l’Ouest ?

Et lorsqu’il évoque les ravages du tabagisme et de l’alcoolisme dans les régions du Nord de la France dévastée par la mondialisation, le public ne semble pas lui en tenir rigueur, même s’il se fait rouler dans l’opprobre par Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. D’ailleurs, cette attaque conjointe de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite a plutôt pour effet de le placer en ennemi principal des extrêmes, ce qui est favorable à son positionnement politique. De plus, cette « sortie » d’apparence maladroite peut casser son image trop lisse et fait de lui un adepte, toujours en apparence, de ce « parler vrai » qui fait saliver les micros.

A Lille, cette métropole d’une région en souffrance économique, « Gueule d’ange » a déployé ses ailes pour porter secours aux chômeurs. Il y a détaillé ses propositions inspirées par cette « flexisécurité » qui a bien réussi dans les pays scandinaves. Là, nous sommes au cœur du social-libéralisme avec cette proposition nouvelle : remplacer les charges sociales par l’impôt, avec une couverture sociale égale pour les indépendants, les chômeurs et les travailleurs précaires. Ce ne sont plus les salariés et les employeurs qui casquent, mais le contribuable par le truchement d’un impôt, la CSG (Contribution sociale généralisée) que tout le monde paye. Le revenu net se rapproche donc du revenu brut. Le salarié a l’apparence d’une augmentation de salaire et l’employeur voit ses charges se dégonfler. Pour le social-libéralisme à la Macron, c’est une opération doublement gagnante. D’une part, les entrepreneurs pourront davantage investir. D’autre part, les salariés auront plus de pouvoir d’achat. Deux causes nécessaires pour faire repartir la machine à donner du travail. Les patrons sont contents, leurs salariés aussi et le chômage va baisser, que demande le peuple ?

 On pourrait lui objecter qu’au lieu d’investir, les dirigeants d’entreprise seraient tentés de profiter de l’aubaine pour gâter leurs actionnaires. Quant au pouvoir d’achat des salariés, il ne tarderait guère à être rongé par la hausse des prix. Dans ces conditions, la machine à donner du travail risque fort d’être grippée, une fois de plus. Mais le Magicien a certainement une parade. C’est d’ailleurs ce qui fait sa force. Il a réponse à tout. Use du charme de son physique et de son verbe mais aussi de la force de sa culture, qui est réelle, contrairement aux bourrins qui braient dans la classe politique.

Toujours concernant le chômage, Emmanuel Macron propose de créer un service public de la formation continue qui aura pour but de donner une qualification, adaptée aux besoins de l’économie, à chaque chômeur. La proposition a fait un tabac fumant auprès des sympathisants lillois du Zénith.

L’Europe au coeur

L’un des points forts du discours macronien reste cette Europe dont ses partisans brandissent le drapeau à côté de celui de la France. La chose est plutôt rare dans un métinge en Hexagone. C’est peut-être indice montrant que nombre de ses partisans font partie de cette catégorie de Français qui profitent de la mondialisation, comme entrepreneurs ou comme salariés dans les secteurs de pointe. Allez déployer la bannière européenne dans un métinge du Front national et vous m’en direz des nouvelles ! A Lille, Macron a plaidé pour une Europe de la Défense et il commence à dévoiler son plan pour rebouter l’Union : engager une réflexion dans l’ensemble des pays membres, par consultations en ligne des citoyens européens. Le but : fixer les grandes orientations de l’UE pour cinq ou dix ans et les proposer en votation populaire afin de commencer le processus de relégitimation de l’Europe. Preuve que, lui aussi, Macron a de la Suisse dans les idées.

Sur la sécurité, « Gueule d’Ange » se démarque de Manuel Valls « Gueule d’Acier ». Il récuse le mot « guerre » pour qualifier la situation de la France face à l’islamoterrorisme. La guerre suppose l’affrontement avec un ennemi bien précis. Macron préfère parler de lutte contre un mal qui tire sa force de son caractère protéiforme. Une lutte à développer à plusieurs niveaux et dans de multiples domaines, à l’intérieur de la France comme ailleurs. Mais là, Emmanuel Macron ne fait que répéter ce que l’on a mille fois entendu. Il est nettement plus inventif en matière économique ou d’organisation européenne. Que voulez-vous, Macron sent plus la lotion après-rasage que la poudre.

Environnement ? C’est le néant

Economie, Europe, éducation, travail, chômage… Mais rien concernant l’environnement, ce qui est tout de même stupéfiant en pleine saison de pics de pollution. Sans doute, Emmanuel Macron a-t-il estimé que ce sujet n’était pas le plus porteur à Lille. Mais Le Plouc prend les paris que si le Caméléon aux yeux bleus se trouvait dans la Vallée de l’Arve, il débiterait son argumentaire antipollution avec solutions incorporées.

L’une des forces d’Emmanuel Macron est de savoir capter des fonds. Comme ancien jeune prodige de la Banque Rothschild & Cie, c’est la moindre des choses. Organisation de dîners à 7500 euros (le maximum autorisé en campagne électorale) pour riches partisans, mais aussi financement participatif pour récolter les petits ruisseaux qui font les grandes rivières. A une échelle française beaucoup plus modeste, Macron utilise la méthode Hillary Clinton (financement par les grands décideurs économiques) et celle de l’adversaire de cette dernière au sein du Parti démocrate, Bernie Senders (financement participatif). On retrouve là aussi, la stratégie gauche ET droite de Macron :  il tape les riches ET les pauvres.         

S’y ajoute un prêt bancaire – il ne manque pas de relais dans la finance ­– pour parvenir au plafond de 16 851 000 euros, limite autorisée pour les participants au premier tour de la présidentielle.

Ramassera-t-il les socialistes ?

Pour l’instant, tout roule à la perfection pour « Gueule d’Ange ». Les médias sont à ses pieds et une grande partie du public est enthousiasmée par sa personnalité et son côté, « je prends les bonnes idées à droite et à gauche ». Les jeunes notamment sont indifférents aux querelles droite-gauche qui leur paraissent relever de la chikaya anecdotique plus que d’un vrai débat.

 Mais ce qui fonde aujourd’hui sa force peut faire sa faiblesse. Lorsqu’il devra préciser vraiment son programme, Macron subira des attaques plus ciblées, donc plus efficaces qui chercheront à le pousser dans un camp ou un autre, à sortir ce loup flou, du bois de l’ambiguïté pour le flinguer à découvert. Et puis, l’engouement des médias est aussi passager qu’un rayon de soleil dans l’hiver parisien. Selon la jolie formule de Jean-François Kahn : on lèche, on lâche, on lynche. Pour l’instant, les médias lèchent beaucoup. Cela prédirait-il un lynchage de même intensité ? Macron s’y prépare sans doute.

Autre faiblesse, son mouvement En Marche compte près de 150 000 membres. Mais on y adhère en un seul clic sur le site EM. Cela signifie que l’on peut se désengager tout aussi facilement. Et l’on sait la fragilité des mouvements politiques qui ne repose que sur un seul homme. Toutefois, il n’est pas impossible que le Parti socialiste soit finalement obligé de le soutenir, soit parce que la primaire socialiste ne parvient pas à réunir un nombre suffisamment élevé de votants, ce qui affaiblirait considérablement le gagnant, soit en cas de victoire de l’un des représentants de l’aile gauche du PS, Montebourg ou Hamon, ce qui ferait fuir une grande partie des membres de l’appareil du Parti, alors tentés de voler vers la victoire de Macron. D’ailleurs, derrière le maire socialiste de Lyon Gérard Collomb – qui a un flair sans pareil pour sentir le vent ­– un nombre croissant d’élus PS se sont d’ores et déjà ralliés à la cause macronienne. Récemment Jean-Marc Ayrault a adoubé

Emmanuel Macron «homme de gauche ». On prépare le terrain, dirait-on. Dès lors, le pari de « Gueule d’Ange » de figurer au second tour reste très aléatoire, mais il ne paraît pas impossible.

Jean-Noël Cuénod

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Cette vidéo captée par Huffington Post diffuse un moment assez cocasse du métinge de Lille

16:15 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : macron, lille, election, france.vidéo | |  Facebook | | |

11/01/2017

Après Charlie et l’HyperCasher, voici le monde Tefal

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Il y a deux ans, jour pour jour, Le Plouc était fourmi parmi 1,5 million d’autres, place de la République, pour célébrer la démocratie et la laïcité après les massacres islamoterroristes à la rédaction de Charlie-Hebdo et à l’HyperCasher de la Porte de Vincennes à Paris. Immense masse marchante: 4 millions de participants dans tout l’Hexagone. Plus grand rassemblement de l’Histoire moderne de la France, comme le proclame Mister Google.

Qu’allait-on faire de cette énergie humaniste ? Vers quelle turbine politique – politique au sens élevé du terme – canaliserait-on ce flux puissant ? De quel bois de haute futaie allait-on réchauffer nos ardeurs militantes ? Tous les espoirs de redressement républicain semblaient permis en ce dimanche de chaleureuse froidure. Tiens ! On a même embrassé les flics !

Et après ? Et après, rien.

Rien que d’autres attentats commis au nom d’un dieu incompris, avec l’appli Telegram pour prophète de malheur.

 La France voulait se rassembler pour faire front. Elle ne cesse de se diviser devant un Front de plus en plus national. Une enquête d’opinion menée en septembre dernier par IFOP a montré que 46% des Français musulmans se sentaient intégrés ou en bonne voie de l’être. Bonne nouvelle ? Certes … Mais de l’autre côté, 28% d’entre eux ont adopté « un système de valeurs clairement opposé aux valeurs de la République ». Après tout ce sang qui a coulé au nom d’un Allah pour réseaux sociaux, une partie importante des pratiquants de la deuxième religion de France n’a donc toujours pas compris qu’elle devait se défaire de ce salafisme mortifère implanté par les pétro-monarchies, sous les yeux indifférents des pouvoirs publics. Ah, maintenant ils se réveillent ces pouvoirs publics ! Alors que depuis des années, le fossé entre leur centre et la périphérie a pris des allures d’océan. Mais voilà, les pauvres n’intéressent personne. Qu’ils marinent dans leur jus. Mais, voyez-vous, le jus, ça fermente, ça monte à la tête et ça vous la fait perdre.

Et que dire de ces autres territoires abandonnés ? Cet « espace rural » comme l’on dit dans les discours de l’Enarchie. Plus de médecin. Plus d’école. Plus de poste. Plus de boulanger. Rien qu’un mégamachin situé à vingt mornes bornes. Et pas de réseau, bien sûr. Ou si peu.

Alors, le « vivre-ensemble » et même le « survivre-ensemble », ce sera pour une autre vie.

La France n’est pas la seule à se déchirer. En Amérique, ses Etats n’ont jamais paru aussi désunis depuis la Guerre de Sécession. Pourtant, là aussi, un vent nouveau avait soufflé. Les jeunes démocrates avaient poussé devant un eux le vieux socialiste Bernie Senders qui avait trouvé les mots justes pour leur donner des ailes. Mais le clan Clinton a fini, non sans peine, par les arracher. Sa machine à broyer les espoirs a fonctionné à plein régime. Et pour quel résultat ! Après la victoire de Trump, la Californie menace de faire sécession. Paroles en l’air ? Sans doute, mais un tabou est tombé.

En Allemagne, l’extrême-droite reprend du poil de la Bête Immonde en harcelant Angela Merkel, coupable d’avoir ouvert la porte aux réfugiés. Les islamoterroristes ont vite fait de servir les desseins de Pegida et de l’AfD en commettant l’attentat de Berlin. L’Internationale de l’intolérance vole de succès en succès !

En France, aux Etats-Unis, en Allemagne, ailleurs, tous les élans généreux retombent comme des soufflés abandonnés dans un coin de la cuisine.  Tout se dilue dans la soupe maussade. Rien n’attache. Bienvenue dans le monde Tefal.           

Tout se perd et rien ne vous touche/ Ni mes paroles ni mes mains/ Et vous passez votre chemin/ Sans savoir ce que dit ma bouche écrivait Aragon[1]. Pour nous aider à respirer, voilà ci-dessous ce poème dans son entier, mis en musique et chanté par Jean Ferrat.

« Tout est impermanent » dit la sagesse bouddhiste. Tout est impermanent. Même la soupe maussade, même le monde Tefal. Seule la poésie est, malgré tout, permanente.

Jean-Noël Cuénod

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[1] Poème « J’entends, j’entends » tiré du recueil Les Poètes

 

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01/01/2017

Le Plouc cause 2017 dans le poste

 

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"Quelles perspectives pour 2017?"  Tel était le thème, hier, de l'émission Micro-Européen, Animée et présentée par Marie-Christine Vallet, sur France-info avec pour complices Aline Robert, rédactrice en chef du site Euractiv.fr et Le Plouc, votre serviteur.

En guise d'illustration, un tableau du Douanier Rousseau, La Guerre. Comme on le sait, ce faux naïf et vrai génie peignait sans perspective...

En cliquant sur ce lien, vous pourrez ouïr cette émission. Bonne écoute (et re-bonne année).

 Jean-Noël Cuénod

14:23 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook | | |