30/12/2016

De l’impossibilité d’adresser des vœux pour 2017

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Présenter ses bons vœux se révèle opération particulièrement laborieuse, tant les tuiles du monde semblent mal arrimées et menacent de tomber sur nos crânes. Les sondeurs d’opinion étant aussi myopes que les voyants pour horoscope, une seule certitude: rien n’est certain.

En 2017, Trump exercera sa présidence dans le brouillard le plus épais. Nous fera-t-il la divine surprise de nous décevoir en bien, comme l’on dit chez moi ? A-t-il fait sciemment l’imbécile pour attraper des voix et sitôt entré à la Maison Blanche révèlera-t-il des ressources d’intelligence qu’il s’était évertué, avec un succès éclatant, à cacher ? Cet ami des pétroliers s’abstiendra-t-il de jeter des jerricanes d’essence sur le conflit israélo-palestinien ? Brisera-t-il l’accord sur le nucléaire avec l’Iran en limitant la casse? Parviendra-t-il à ne pas perdre son bras de fer contre la Chine ? Réussira-t-il à ne pas se faire rouler dans la farine par son allié, pour ne pas dire complice, Poutine ? Trump veut mener sa politique étrangère à coup de « deals ». Cette méthode sera-t-elle plus efficace que celle utilisée par l’administration Obama ?

Nous sommes condamnés à l’espérer en se disant que le pire n’est jamais sûr.

La France aussi aura un nouveau président. Depuis la victoire surprenante de François Fillon à la primaire de la droite, personne ne prend le risque du pronostique. De toute façon, le successeur de François Hollande héritera d’une pétaudière qui menace d’exploser. L’Allemagne aura un nouveau parlement fédéral qui risque fort d’accueillir l’extrême-droite. La Grande-Bretagne aura entamé la procédure de divorce d’avec l’Union. Or, les divorces commencent souvent par une rupture à l’amiable pour se terminer dans le déballage sordide.

Le pire n’est jamais sûr, disions-nous. C’est vrai. Mais tout de même, le meilleur semble improbable. Alors, la Plouquette et le Plouc (photo au sommet de La Dôle) vous souhaitent bon vent pour nous protéger des zones de tempêtes.

Jean-Noël Cuénod

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23/12/2016

Que reste-t-il de Noël ?

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Que reste-t-il de Noël ? A première vue, peu de chose. Le père Noël des hypermarchés, de la pub Coca-cola ou de l’opticien Afflelou écrase de son gros cul de velours rouge le petit Jésus dans sa crèche. (Sublime tableau de Georges La Tour Le Nouveau Né peint vers 1648. Musée des Beaux-Arts à Rennes)

Né dans la pauvreté des réfugiés sans papier, ne trouvant asile qu’auprès des plus humbles et besogneux animaux de la ferme, Jésus ne peut pas rivaliser avec la grosse machine consommatrice, les sapins qui clignotent, les clients qui bavotent devant des vitrines débordant de richesses technologiques. Et ce n’est pas d’hier que le petit Jésus a été chassé par les marchands du Temple.

Noël, fête bâtarde. Jésus n’est pas né un 25 décembre, même le pape retraité Benoît XVI vous le confirmera. A propos de sa date de naissance, les historiens et théologiens se crêpent toujours le chignon – ou se râclent la calvitie. Il serait né plutôt au début de l’automne, d’après les plus récentes suppositions.

La fête de Noël a été forgée par l’habile pape Libère qui, vers 354, a décidé que la naissance de Jésus serait commémorée tous les 25 décembre afin de supplanter la fête de la Rome antique, le Sol Invictus, qui se déroulait à ce moment-là. Ces festivités, à l’instar de bien d’autres civilisations, célébraient le solstice d’hiver. Le retour de la lumière, quel meilleur symbole pour célébrer la venue au monde du Réparateur ? Donc, Noël a été créé par un sacré coup de marketing. Dans cette brèche, se sont engouffrées des générations de commerçants. Quant au sapin de Noël, chacun sait qu’il s’agit d’une tradition païenne d’origine germanique dûment détournée par les églises chrétiennes.

Pourtant, malgré les chants de Noël – de moins en moins français et de plus en plus américains – qui ensirotent nos oreilles sitôt franchies les portes des magasins, il reste des lambeaux de magie, comme des bouts de papiers d’emballage éparpillés sous le sapin.

Le retour de la lumière, la faiblesse confiante d’un petit, voilà qui réveille dans les cœurs un rêve caché, un retour à l’émerveillement qui change le monde. Sous cet angle de vision, Noël a développé un mythe d’une force telle qu’il a traversé les mers et les siècles. Ce mythe est celui du dieu qui s’est fait homme pour que l’homme se fasse dieu. Un dieu avec une minuscule, contrairement à ses rutilants concurrents Jupiter ou Zeus, un dieu trahi, méprisé, insulté, trahi, condamné, torturé, laissé seul face à sa mort et sombrant dans les ténèbres. Mais un dieu qui se relève, répare les crimes humains et revient à la vie, baigné dans la lumière.

Que reste-t-il de Noël ? Peu de chose. L’espérance.

Jean-Noël Cuénod

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17/12/2016

Pic de pollution et abîmes politiques

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Dans le métro, le bus, la file d’attente au supermarché ou à la poste, sur le trottoir, à la terrasse du bistrot, tous toussent à Paris. Cette année, la toux n’est pas que l’expression de la saisonnière épidémie de rhume. Les pics de pollution qui se succèdent sont les principaux compositeurs de cet oratorio laryngé.

Les pieds de la Tour Eiffel baignent dans la poussière vaporeuse des particules fines ; sur les hauteurs de Montmartre, la cuvette parisienne déborde de cette inondation sèche. Les causes sont bien connues : circulation automobile, guimbardes qui roulent au diésel et dans une mesure moindre, chauffage au bois. Mais y remédier, c’est au-dessus des forces du pouvoir politique.

Les pauvres remèdes prescrits par la Mairie de Paris se révèlent d’une redoutable inefficacité. Supplier les automobilistes de ne pas prendre leur bagnole ou, au moins, de conduire raisonnablement équivaut à tousser dans un violon. La circulation alternée ­ne change rien. Vendredi, le boulevard Blanqui était aussi encombré de véhicules toussophores que d’ordinaire. Même la gratuité des transports en commun n’est qu’une goutte d’air dans un océan de pollution.

L’agence nationale Santé publique France s’époumone à signaler le danger : chaque année, la pollution provoque la mort prématurée de 48 000 personnes dont 34 000 seraient évitables si des mesures antipollution énergiques étaient prises. Après le tabac et l’alcool, l’air toxique est la troisième cause de mort prématurée. On peut s’abstenir de boire ou de fumer. On ne saurait s’arrêter de respirer.

Malgré ces mises en garde, la région parisienne (la métropole lyonnaise est presque dans le même bain ) continue à voir les pics de pollution s’allonger comme le nez d’un politicien en campagne électorale. Chaque acteur se renvoie la patate carbonisée : « C’est pas moi, c’est l’autre ». Donc, rien ne bouge.

La maire de Paris Anne Hidalgo (PS) stigmatise l’automobiliste banlieusard. « La pureté de l’air est un luxe de Bobos que je ne peux pas me payer ; bien obligé de prendre ma bagnole pour aller au boulot », lui rétorque-t-il aussitôt. Quant aux transports publics, mieux vaut éviter le sujet, si l’on ne veut pas énerver le banlieusard. Les retards chroniques des RER ont pris une telle ampleur qu’à plusieurs reprises, la justice des Prudhommes a condamné la SNCF à indemniser des salariés licenciés pour manque de ponctualité. La maire parisienne réplique alors qu’il faut se plaindre à la Région Ile-de-France présidée par son adversaire politique Valérie Pécresse (LR). Laquelle dégage aussitôt en direction de la SNCF. Celle-ci sort sa réponse toute faite : elle n’a pas assez de sous pour investir dans la rénovation du matériel. Les regards convergent ipso facto vers le gouvernement qui se tourne vers Bercy. Lequel annonce que les caisses étant vides, il devient urgent de ne rien faire.

Cette situation démontre à quel point un Etat centralisé peut provoquer, paradoxe apparent, l’éparpillement des responsabilités. Tout est ramené au Centre qui a tellement de chats à fouetter qu’il en perd son fouet et se mure dans une impotence bavarde. La classe politique ne manque pas d’air, dit-on. Nous, si.

Jean-Noël Cuénod

16:34 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : pollution, paris, politique | |  Facebook | | |

13/12/2016

La Super Journée du Super Tsar Poutine

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Quelle belle journée pour Vladimir Poutine ! Un sien copain, le gazopétrolier Rex Tillerson, a été nommé chef de la diplomatie américaine de l’ère Trump. Et Alep revient dans le giron de sa chose, Bachar al-Assad, l’aviation russe ayant ouvert la voie aux troupes du vassal de Damas.

Certes, au moment où ces lignes surgissent à l’écran, des milliers de femmes, d’enfants, d’hommes sont en train d’être massacrés par les soldats de Bachar, plus vaillants aux viols et à la torture qu’au combat. Mais pour un successeur d’Yvan-le-Terrible et de Joseph Staline, le sang humain n’est qu’un fleuve parmi d’autres. Juste un peu plus rouge. C’est tout. Et puis, en russe, n'ont-ils pas la même racine, le rouge et le beau ? Beau comme ce mardi 13 décembre. 

Auparavant, les heures heureuses n’avaient pourtant pas manqué de sonner au carillon de la Tour du Salut. A commencer par la miraculeuse élection de ce cher Donald Trump, qui ne cesse de vernir les escarpins poutiniens. Moscou est-il accusé d’avoir cybermagouillé l’élection présidentielle américaine comme le soutient la CIA ? Le Congrès des Etats-Unis lance-t-il une enquête ? Au pire, elle démontrerait qu’en piratage informatique, les Russes sont champions du monde. Et puis, pourquoi s’affoler pour des élections truquées ? C’est bien une réaction de démocrates dégénérés !

Rex Tillerson étant secrétaire d’Etat américain, le chat Poutine ne va pas cesser de s’amuser avec ce gros rat plein de pétrole. Le patron du groupe pétrogazier ExxonMobil n’avait-il pas milité pour que Washington lève ses sanctions contre la Russie ?  C’est que, voyez-vous, ces stupides mesures ont fait perdre un milliard de dollars à ExxonMobil en 2014 (selon un communiqué du groupe pétrogazier en février 2015).

En 2011, Rex Tillerson et sa compagnie ExxonMobil ont signé avec le géant de l’énergie russe Rosneft  – étroitement lié à Poutine – un accord pour explorer et forer l’Arctique et la Sibérie. Bien entendu, Super Tsar avait assisté à la signature : « Les investissements directs d’ExxonMobil pourraient s’élever à 300, voire à 500 milliards de dollars », déclara-t-il à cette occasion. En juin 2013, Poutine avait tenu à remercier Rex Tillerxxon en le décorant de l’Ordre de l’Amitié, la plus haute distinction qu’un étranger puisse recevoir en Russie (photo).

Ces exploitations gazières et pétrolières auraient généré des profits hallucinants, si les maudites sanctions contre Moscou n’avaient pas été décrétées par le président Obama. Mais désormais, tout ira mieux. Le premier souci de Rex Tillerxxon sera, c’est évident, de lever ces mesures obamesques. Et comme le futur patron de la diplomatie détient des actions Exxon pour plus de 150 millions de dollars, vous imaginez la manne qui va s’abattre sur l’heureux secrétaire d’Etat lorsque son groupe pétrolier pourra enfin exploiter les richesses sibériennes sans entrave. Conflit d’intérêts ? Comme vous êtes vieux jeu ! Dans le monde de Trump, il n’y a pas de conflits d’intérêts. Il n’y a que des intérêts sans conflit. « In Gold we Trust », telle est la devise nouvelle.

Dans un proche avenir, Vladimir Poutine devra manœuvrer Tillerxxon à propos de l’Iran. Trump veut démanteler l’accord sur le nucléaire conclut entre Washington et Téhéran. L’ennui, c’est que l’Iran mollarchique est le plus précieux allié de Moscou en Syrie. Et que le groupe ExxonMobil aimerait bien s’installer au sein de la deuxième plus grande réserve pétrolière du monde. Poutine va jouer avec toutes ces contradictions américaines comme le faisait jadis Rachmaninov sur son piano. Un régal sans égal !

Pendant ce temps-là, François Fillon rétropédale sur l’assurance-maladie, Angela Merkel prépare ses élections, la Grande-Bretagne se demande comment quitter l’Europe sans en sortir, la Suisse, avec d’autres pays européens, contemple son nombril argenté en se disant « y en a point comme moi », Bruxelles verse des larmes sauriennes sur les cadavres d’Alep et l’ONU prend pour modèle la SdN de 1938. Joyeux Noël !

Jean-Noël Cuénod

18:24 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : poutine, exxon, alep, russie, tillerson, trump | |  Facebook | | |

10/12/2016

Les femmes à la reconquête des cafés machos!

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La France célébrait, vendredi, la Journée de la Laïcité. Comment se porte-t-elle? Moins bien dans la réalité que dans les discours. (Photo: groupe de femmes s'installant dans un café monopolisé par les hommes à Aubervilliers en 2013)

Ce principe, prônant la liberté de conscience et la neutralité de l’Etat vis-à-vis des communautés religieuses, est gravé dans le marbre de l’article 1 de la Constitution. Il orne toutes les allocutions politiques, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen.

Dans la réalité, c’est une autre paire de manche. L’idéologie salafiste ne cesse de porter des coups à cette laïcité qu’elle abhorre. Cette vision particulièrement rétrograde de l’islam, prône l’imitation des mœurs pratiquées par l’islam des débuts. En premier lieu, le salafisme instaure la soumission de la femme à son père, à ses frères, puis à son mari. Pas question de sortir seule dans la rue ou alors de façon fugace et dûment voilée. Et encore moins de mettre le pied dans un café. Un ancien membre des Renseignements généraux de la police française, Bernard Godard, a décrit la progression inquiétante du salafisme dans son ouvrage La question musulmane en France (Fayard). 

Cette idéologie se diffuse dans la vie quotidienne de certaines cités comme l’illustre un reportage diffusé mercredi au 20 Heures de France 2. Les caméras ont suivi deux courageuses militantes de la Brigade des Mères à Sevran, près de Paris, Nadia Remadna et Aziza Sayah. Leur but: tenter d’entrer dans un bistrot qui, comme bien d’autres, est l’apanage exclusif des hommes. Le rejet est patent. Le patron interpelle les deux femmes: «Ici, il n’y a que des hommes, le mieux c’est d’attendre dehors.» Et si la femme veut boire un café avec la cousine? «La cousine, elle reste à la maison. Ici, il n’y a pas de mixité». Les deux militantes ne s’en laissent pas compter et imposent le dialogue. Pas facile: «Ici, c’est pas Paris, c’est Sevran. C’est comme au bled». Sauf que l’on n’est pas au bled mais à une heure de la capitale en voiture!

France 2 a braqué l’attention sur Sevran qui n’est pas la seule cité à vivre cette phobie, loin de là. A Villiers-le-Bel, le groupe Genre et Ville, sous l’impulsion du maire socialiste Jean-Louis Marsac, milite aussi pour que les femmes reconquièrent l’espace public. En juillet dernier, douze militantes de ce groupe avaient investi le café «Au petit chasseur» à la clientèle uniquement masculine. Là aussi, le dialogue entre les clientes et les clients était tout sauf aisé. De nombreuses autres cités connaissent pareilles initiatives. Mais la reconquête des femmes dans l’espace public ne va toujours pas de soi. Nombre de ces militantes avouent que, seules, elles n’auraient jamais osé entrer dans ce genre d’établissement.

Les cafés ne sont pas seuls en cause. Une jeune musulmane nous avait expliqué que dans sa cité, elle devait faire profil bas, porter des pantalons, se voiler, baisser les yeux, se déplacer rapidement, ne pas flâner. Quitte à se changer sitôt arrivée à Paris pour son travail. Et à reprendre son accoutrement couleur muraille pour rentrer à la maison.

Comparée aux avancées du féminisme dans la société française depuis un demi-siècle, cette situation marque une régression que nombre de femmes ne supportent plus. Et parmi elles, de nombreuses musulmanes. Les médias commencent enfin à découvrir leur combat quotidien contre une idéologie religieuse extrémiste.

COMMENTAIRE

France, une laïcité ambiguë

«France qu’as-tu fait de ton baptême?» proclamait le pape Jean-Paul II en 1980 avant de s’envoler vers Paris. «France, qu’as-tu fait de ta laïcité?», pourrait-on lui répondre en écho. Elle a inventé le mot paru pour la première fois dans un journal de la Commune de Paris, le 11 novembre 1871. Elle l’a inscrit dans sa Constitution. Elle lui a consacré une journée, le 9 décembre.

Dans les discours de son personnel politique, la laïcité est une figure imposée dans les discours. Mais aujourd’hui, elle est mise à mal par l’idéologie salafiste qui se développe parmi les Français musulmans. Le principal fautif de cette situation est l’Etat laïc lui-même. Pendant des décennies, les gouvernements successifs ont délaissé les quartiers et les cités où s’entassaient la partie la plus pauvre de sa population, dont de nombreux musulmans. «Territoires perdus de la République», selon le cliché habituel. Territoires perdus pour la laïcité aussi.  Les autorités françaises ont laissé les prêcheurs les plus rétrogrades, les plus intolérants de l’islam accomplir leur mission, à savoir structurer idéologiquement ces populations à l’abandon et lutter pied à pied contre les idées impies qui ont pour nom liberté de conscience, démocratie, égalité entre hommes et femmes.

De même, la France officielle pratique cette laïcité qu’elle chérit tant non sans ambiguïté. Ainsi, elle subventionne l’enseignement privé ­– la plupart des écoles sont catholiques ­– pour près de 7 milliards d’euros par an. Plus haute juridiction administrative française, le Conseil d’Etat vient d’autoriser l’installation de crèches dans les mairies, s’il s’agit «d’un évènement artistique, culturel ou festif». Or, il est impossible de séparer Noël du christianisme!

La laïcité doit s’appliquer à tous. Ou alors, elle périclitera, au risque de désunir nos sociétés.

Article et éditorial parus samedi 10 décembre 2016 dans la Tribune de Genève

Jean-Noël Cuénod

17:40 Publié dans Laïcité | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : salafisme, islam, banlieue, femme, machisme | |  Facebook | | |

04/12/2016

Ségolène Royal, un négationnisme de gauche

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Après Jean-Luc Mélenchon, Ségolène Royal a versé sur les cendres encore chaudes de Fidel Castro, son flot de larmes, samedi soir. Le feu dictateur cubain a eu droit de la part de la ministre française de l’environnement à un dithyrambe qui est la marque d’un certain négationnisme de gauche :

Il y a toujours du positif et du négatif dans les histoires, mais certains ne vont pas se rhabiller à bon compte au nom des droits de l'homme alors qu'on sait qu'ici, quand on demande des listes de prisonniers politiques, on n'en a pas. Et bien fournissez-moi des listes de prisonniers politiques, à ce moment-là on pourra faire quelque chose. Elle ne fait ainsi que perroqueter ce qu’avait prétendu Raoul Castro au moment de la visite d’Obama.

Passons sur l’abyssale stupidité de la remarque concernant cette « liste de prisonniers politiques ». Comme si les tyrans allaient publier la comptabilité de leurs crimes ! Arrêtons-nous plutôt sur la Fidelmania qui court à gauche et parfois même à droite.

Il est certain que la révolution castriste de 1959 a permis à Cuba de se débarrasser de la tutelle des mafias américaines, que l’alphabétisation s’y est développée de façon spectaculaire, de même que la santé publique. Il est aussi à craindre que lesdites mafias américaines – influentes dans les milieux anticastristes de Miami  – ne cherchent à reconquérir ce terrain perdu.

Il n’en demeure pas moins qu’un peuple n’est pas forcé de payer ces progrès sociaux par l’oppression politique. Ou alors, félicitons Mussolini d’avoir mis les trains italiens à l’heure et glorifions Hitler pour ses grands travaux[1].

Avant de débiter ses sottises cubaines pour balancer des fumées d’encens sur le goulag tropical, la ministre française aurait pu jeter un œil sur le rapport 2015-2016 d’Amnesty International qui n’est pas précisément l’organe de la réaction (on peut le consulter en cliquant ici). Le constat que dresse Amnesty sur la politique des frères Castro est accablant :

Selon la Commission cubaine des droits humains et de la réconciliation nationale (CCDHRN), plus de 8 600 militants et opposants au régime ont été placés en détention pour des motifs politiques durant l'année. Avant la visite du pape François en septembre, les autorités ont annoncé qu’elles allaient libérer 3 522 prisonniers, notamment des personnes de plus de 60 ans, des jeunes de moins de 20 ans sans antécédents pénaux, des malades chroniques et des étrangers que leur pays acceptaient de reprendre sur leur sol. L’annonce a été faite dans le journal officiel du Parti communiste, Granma. Cependant, avant et pendant la visite papale, des défenseurs des droits humains et des journalistes ont signalé une forte augmentation du nombre d’arrestations et de détentions de courte durée. La CCDHRN a recensé 882 arrestations arbitraires durant le seul mois de septembre.

La « sortie » écervelée de Ségolène Royal a suscité une gêne certaine, même à gauche, comme l’illustre ce « tweet » gazouillé par le premier secrétaire du Parti socialiste Cambadélis : « La révolution cubaine est défendable. Le régime castriste ne l'est pas. Ségolène Royal devait être dans l'enthousiasme cubain ».

Excuser les tyrans, quels qu’ils soient, c’est perpétuer la tyrannie. Un point c’est tout.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Contrairement à une idée reçue plantée dans les esprits par la propagande nazie, le programme des autoroutes allemandes a été établi par les partis démocratiques avant la venue d’Hitler au pouvoir en 1933. Un an auparavant, la première autoroute Cologne-Bonn avait été inaugurée.

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02/12/2016

François Hollande: la malédiction française

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François Hollande est donc le premier président français de la Ve République à ne pas solliciter un nouveau mandat, sans que la mort – comme ce fut le cas pour Georges Pompidou – n’intervienne. Mais il n’est pas le seul à avoir subi les jeux de massacre de la présidence. Pas un seul chef d’Etat n’a été épargné. Plongée dans l’histoire du masochisme élyséen.

Même la plus grande figure historique de la France du XXe siècle a reçu son lot de baffes. En décembre 1958, Charles de Gaulle est élu président de la République par un collège de grands électeurs (plus de 80.000 parlementaires et autres élus). Comme un vulgaire sénateur. Enfin presque. Dimanche 28 octobre 1962, il gagne son référendum qui attribue au suffrage universel direct le soin de désigner le chef de l’Etat. La France bascule définitivement vers le système présidentiel et la personnalisation du pouvoir. Désormais, le président est oint par la légitimité populaire comme l’Assemblée nationale, tout en disposant, contrairement au parlement, des leviers de commande de l’exécutif.

La première élection présidentielle par le peuple tout entier est donc fixée au 5 et 19 décembre 1965.

Certes, il y avait déjà eu une élection d’un président de la République par scrutin populaire le 10 décembre 1848. Mais à l’époque, seuls les Messieurs avaient la possibilité de glisser dans l’urne le bulletin de leur choix. Or, en 1965, les femmes disposaient aussi du droit de vote qu’elles avaient obtenu à la Libération en 1944. Il faut dire aussi que l’élection de 1848 n’avait pas laissé que de bons souvenirs. Son vainqueur, Louis-Napoléon Bonaparte – neveu suisse du Grand Autre – s’est transformé en empereur quatre ans plus tard à la suite d’un coup d’Etat qui a guillotiné la IIe République.

Charles-le-Balloté

En novembre 1965, donc un mois avant l’élection, un sondage IFOP donne le général de Gaulle, vainqueur dès le premier tour, avec 61%. Et comment pourrait-il en aller autrement ? Le président en exercice a sorti la France de l’enfer algérien, redonné à son pays une place majeure sur la scène internationale, remis l’économie en état de marche et, sous couleur de décolonisation, maintenu l’influence prépondérante de Paris sur le continent africain.

Face à lui, François Mitterrand, incarnation de la IVe République honnie, et Jean Lecanuet, un démocrate-chrétien peu connu hors de son parti MRP, ne font pas le poids. De Gaulle ne se donne pas la peine de faire campagne. Il renonce même à son temps de parole à la télévision qui devient alors l’acteur majeur pour convaincre le public

(Vidéo: François Mitterrand rame devant les caméras de 1965!)


Au soir du 5 décembre, Charles de Gaulle est sonné. Le Général est mis en ballotage par Mitterrand, ce traineur de casseroles, et Lecanuet, ce clone provincial de Kennedy.

Arrivé en deuxième position, François Mitterrand a su fédérer autour de lui toute la gauche, des radicaux jusqu’aux communistes, en passant par les deux partis socialistes (SFIO et PSU). Quant à Jean Lecanuet, le troisième homme, il a privé de Gaulle de nombreuses voix du centre-droit en se faisant le défenseur de l’Alliance atlantique que de Gaulle juge trop liée aux Etats-Unis. Peut-être aussi, les rapatriés d’Algérie l’ont-ils préféré à la Grande Zohra qu’ils accusent d’avoir trahi leur cause.

Le second tour oppose donc le Général à François Mitterrand. Vu avec nos lunettes actuelles, le score obtenu par de Gaulle semble net 55% contre 45%. Mais à l’époque, ce résultat est pris pour une gifle infligée au « sauveur du pays ». Comment continuer à prétendre incarner la France, alors que l’on ne représente qu’un peu plus de la moitié de ses citoyens ? Le Canard Enchaîné se… déchaîne : « Charles-le-Balloté », « Monsieur Tiers[1] ». Des proches du Général témoigneront plus tard de sa grosse déprime. Il voit dans ce score étriqué la marque d’une désinvolte ingratitude. Trois ans après, Mai-68 éclate. Et en 1969, Charles de Gaulle interrompt son second mandat en démissionnant après avoir été désavoué par son référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat. En fait, il ne se sera jamais vraiment remis de qu’il a ressenti comme une mauvaise élection en 1965.

Le septennat de Georges Pompidou a, lui aussi, été interrompu mais par sa mort en 1974, après quatre ans de pouvoir. Cela dit, ses relations houleuses avec son premier ministre Chaban-Delmas, cacique du gaullisme, auraient pu laisser présager une fin de mandat inconfortable.

Giscard, le premier sortant sorti

Son successeur, Valéry Giscard d’Estaing, est le premier président sortant à être sorti. Pourtant, sous son septennat, nombre de réformes populaires, et parfois audacieuses, ont été votées, telles la loi libéralisant l’avortement. Mais ces succès sont éclipsés par plusieurs affaires politico-financières qui touchent son entourage et même sa propre personne. Le Canard Enchaîné révèle que Giscard a reçu une plaquette de diamants de la part de Bokassa, le sanguinaire dictateur centraficain. Lors de la campagne électorale de 1981, des mains ennemies avaient collé sur le portrait en affiche de Giscard d’Estaing des yeux en forme de diamants. Sans doute des mains socialistes, voire même gaullistes. Car si, après le premier tour de la présidentielle, Jacques Chirac, arrivé troisième, appelle, du bout des lèvres, à voter Giscard pour le second tour, son parti RPR fera une campagne souterraine qui a sans doute contribué à l’élection de François Mitterrand, comme le proclamera plus tard dans ses mémoires, Valéry Giscard d’Estaing.

Celui-ci avait battu Mitterrand en 1974. Et c’est donc à lui qu’il devra remettre les clefs de l’Elysée en 1981. On se souvient du départ de Giscard d’Estaing, ridiculement mis en scène (voir vidéo) à la télévision.

Mitterrand sauvé par une défaite

Humiliation suprême pour Giscard, son rival François Mitterrand parviendra, lui, à se faire réélire. Mais grâce à une … cuisante défaite. Le 16 mars 1986, le parti de Jacques Chirac, RPR, remporte les élections législatives. C’est la première cohabitation entre un président de gauche et un premier ministre de droite. Dès lors, dans l’optique de la présidentielle de 1988, ce n’est plus Mitterrand qui porte les responsabilités gouvernementales. Mais comme il reste à son poste de président, il fera jouer toutes les ficelles à sa disposition. Et Dieu sait si elles sont nombreuses ! Il va donc nous ficeler Chirac comme un rôti de bœuf. Et le premier ministre sortira tout cuit du four élyséen. En 1988, le président socialiste décroche un second mandat. Mais l’aurait-il obtenu s’il n’avait pas perdu les élections législatives de 1986 ? On peut en douter.

Chirac mal élu au premier tour

Finalement, Jacques Chirac obtiendra sa revanche en devenant président de la République en mai 1995. Aussitôt, la machine à recevoir des claques se met en marche. Son premier ministre Juppé provoque des grèves monstres par ses réformes de la sécurité sociale et de la retraite. Chirac, qui dispose pourtant d’une large majorité au parlement, dissout l’Assemblée nationale en avril 1997 et se tire ainsi une balle dans le pied. Le président perd les élections qu’il a lui-même provoquées ! C’est une cohabitation à l’envers qui s’instaure avec un président de droite et un premier ministre de gauche. Pendant cinq ans, Jacques Chirac regardera le socialiste Lionel Jospin gouverner en imposant ses réformes, comme les 35 heures de travail hebdomadaire, la couverture médicale universelle et le PACS.

Pour Chirac, sa réélection en 2002 est tout sauf assurée. La France va plutôt bien sur le plan économique et enregistre même une légère baisse du chômage. Mais une série de faits-divers sont exploités par la chaîne TF1, proche de Chirac. Jospin ne voit pas le danger et fait une très mauvaise campagne sur l’insécurité alors qu’il se voit déjà à l’Elysée. Au premier tour, le 17 avril 2002, le candidat socialiste est éliminé au profit de Jean-Marie Le Pen, parvenu à la deuxième place. Mais Jacques Chirac n’a guère brillé et n’obtient que 19,88% des suffrages. A l’époque, c’est le plus mauvais score au premier tour d’un président sortant. Finalement, la mobilisation du centre-droit et de la gauche contre Le Pen, permettront à Chirac de l’emporter largement. Il doit donc son élection plus à un incroyable concours de circonstances qu’à ses propres mérites.

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Le palais des mille et une claques

Le quinquennat (Chirac a raccourci la présidence de 7 à 5 ans) de Nicolas Sarkozy est encore dans toutes les mémoires. Inutile donc d’y revenir sinon pour rappeler les boas que le mari de Carla Bruni a dû avaler. Alors que François Hollande, candidat socialiste, ne suscitait guère l’enthousiasme, Sarkozy a tout de même perdu contre lui en 2012. Et l’on sait le sort humiliant qui est le sien, après sa récente élimination au premier tour de la primaire de la droite.

Il y a donc une malédiction qui s’abat sur les présidents français. S’ils sont réélus, c’est par raccroc. S’ils sont battus, ils ne peuvent plus revenir au pouvoir. Et pourtant, les masochistes ne manquent pas pour conquérir ce Palais des mille et une claques.

Ce système, qui consiste à mettre un maximum de pouvoirs dans les mains d’un seul homme, fait converger vers celui-ci tous les espoirs et donc toutes les déceptions et enfin toutes les colères. C’est un métier de fou. Et à voir l’état de la France, il serait temps d’adopter un régime plus raisonnable, moins autocentré, avec une répartition des pouvoirs plus démocratiques. Les présidents s’en porteront mieux et leurs citoyens aussi.

Jean-Noël Cuénod

 

 

[1] Allusion au fait qu’en comptant les abstentions, le président n’a été élu qu’avec un tiers du corps électoral. Ce sobriquet renvoie aussi à la figure détestée de « Monsieur Thiers », soit Adolphe Thiers, premier président de la IIIe République, qui avait ordonné le massacre des insurgés de la Commune en mai 1871.

 

19:33 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : elysée2017, hollande, sarkozy, de gaulle, giscard, mitterrand | |  Facebook | | |