18/11/2016

L’Après-Trump (1). La force invincible du mensonge

escamoteur2.jpgL'escamoteur de Jérôme Bosch

Devant le mensonge, la vérité fait nain de jardin. Les faits sont moins têtus que les fantasmes et les contes à voter couché. En matière de bobards, la campagne de Trump a fait fort. Mais elle n’est qu’un épisode dans la longue histoire des impostures politiques.

Durant les derniers jours de la campagne présidentielle américaine, les internautes ont partagé sur les réseaux sociaux plus de fausses informations que de faits relatés par des journalistes professionnels, selon le site Buzzfeed.

Le Washington Post daté de jeudi publie l’interview de Paul Horner, créateur de faux sites d’information. Que dit-il? Que ses sites plus vrais que nature furent tout le temps consultés par des partisans de Donald Trump. Et Paul Horner de constater :« Ils ne vérifient rien, ils partagent tout et croient en n’importe quoi (…) ». Il se reproche aujourd’hui d’avoir contribué à faire élire Trump avec le beuze qu’il a ainsi créé à coups de fausses nouvelles.

Là, Horner se vante. Les causes de ce séisme électoral sont bien plus profondes et trahissent, en premier lieu, ce fossé que nous voyons partout se creuser entre la partie du peuple qui bénéficie de la mondialisation et celle qui la subit. Toutefois, lorsqu’une élection se joue, comme celle-ci, à peu de voix, on ne saurait négliger le rôle des menteurs comme prescripteurs de suffrages.

« Le coup de poignard dans le dos »

Si les réseaux sociaux et internet ont amplifié le mensonge comme argument massue, ils ne l’ont certes pas inventé. Tous les pouvoirs à toutes les époques ont recouru peu ou prou à l’imposture. Ainsi, à la fin de la Première guerre mondiale, la caste militaire prussienne a-t-elle fait porter le poids de la défaite allemande sur les frêles épaules des responsables politiques civils et démocrates. Tout auréolés de leur gloire militaire astiquée par des décennies de lavage de cerveau, les généraux allemands ont dénoncé « le coup de poignard dans le dos » asséné par les démocrates. Puis, assez rapidement, ce rôle de poignardeur a été attribué aux Juifs. On sait l’usage que les nazis ont fait de ce mensonge érigé en vérité suprême.

Triste fait vrai

Pourquoi le mensonge est-il plus séduisant que la vérité ? Le fait véridique, authentifié, contrôlé n’a que peu de saveur. Il n’est jamais blanc ou noir. Ses teintes grisâtres n’attirent personne. Surtout, le fait vrai est décevant : « Alors, ce n’était que ça ? » Il dégonfle les baudruches. Oui, mais voilà, on adore les baudruches. Elles sont colorées et bien rondes, volent de ci de là. Et nous font rêver. Même le cauchemar est préférable. Le cauchemar, c’est un rêve qui a mal tourné. Mais c’est quand même du rêve. Alors que le fait vrai, lui, il ne fait rêver personne. Et puis, il est compliqué, le fait vrai. La vérité n’est jamais simple, carrée. Elle est sinueuse. Tellement sinueuse qu’on ne la voit plus, perdue qu’elle est dans les brumes de notre incompréhension. Alors que le mensonge a le bon goût d’abonder dans notre sens, le fait vrai, lui, nous détrompe (déTrump ?) et nous contredit. Il est de mauvais poil. Pas aimable pour deux cents.

Trump, l’homme du nouveau système

Avec Trump, on ne s’embarrasse pas de cette vérité aussi sexy qu’un aréopage de juristes à lunettes. « Il a gagné parce qu’il était contre le Système », annone-t-on ici ou là. S’il a gagné, c’est que justement, il est entièrement plongé dans le système. Dans le nouveau système. Il ne faut pas oublier que depuis 1996, Donald Trump s’est illustré dans les shows télévisés en redonnant, notamment, des couleurs au concours Miss Univers. Mais c’est avec The Apprentice, émission de télé-réalité, qu’il a donné la pleine mesure de son talent de bonimenteur (voir la vidéo, ci-dessous).

Trump est vraiment l’homme du système qui désormais nous domine : l’infospectacle (infotainment). La politique a démontré son incapacité à maîtriser la violence de la mondialisation sauvage. Autant se réfugier dans les paillettes et trumper son ennui avec un clown, ça passe le temps avant de se fracasser contre le mur.

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

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Commentaires

"Durant les derniers jours de la campagne présidentielle américaine, les internautes ont partagé sur les réseaux sociaux plus de fausses informations que de faits relatés par des journalistes professionnels, selon le site Buzzfeed."
Moi je veux bien. Mais quelles sont-elles ces "fausses informations" ?

Peut-être que Trump est sexiste, homophobe et raciste ?
Peut-être que la Clinetone a élection gagnée ?
Comme Hollande l'a annoncé en parlant de la future "présidente"...

Alors ?

Et si on attendait ce qu'il va faire plutôt que de déverser votre mauvaise humeur et votre fiel ? Il sera encore temps... pendant quatre ans.

Écrit par : Charles | 18/11/2016

La force de Trump est de dire ce que les gens en Amérique pensent etn osent pas le dire urbi et orbi.
ça sera le même tarif pour un tiers de la population française (dite la populace) qui votera pour les Le Pen en mai 2017 et que cette Le Pen dit
ce que un tiers de la France dise mais n ose pas le crier sur les toits.
Et ce un tiers, n est il pas fait de citoyens de nationalité française. personnellement, je déteste les idées du FN et personne n a le droit d insulter 23 millions de français "pro"-idées-des Le Pen. Avons nous le droit de contester le reigne de Berlusconi, de Trump, de Hollande, de l escroc Sarkosy ou de Netanayou...

Écrit par : Charles 05 | 18/11/2016

Au lieu de focaliser votre haine uniquement sur le nouveau président, poser vous un peu la question de quelles promesses ont été tenues après 8 ans d'obamisme ???

Et quel était le rôle du bilan obama/hillary dans le résultat de l'élection, et est ce que les médias avaient un parti pris... A non ça c'est plus une question, tout le monde connait déjà la réponse.

Écrit par : Eastwood | 19/11/2016

Comment comprendre que l'on ne prenne pas la peine de lire ce qu'apporté par l'article présent à propos des fausses nouvelles dues à Paul Horner, avoué par Donald Trump! ce qui revient à dire que les données sur lesquelles se sont fondés les votants ne sont pas fiables, non réelles et qu'en ce cas les votations dont on parle avec pour résultat l'élection de Donald Trump devraient être annulées.

Force non "invincible" du mensonge le jour où les peuples voudront bien se réveiller.

Une autre question: est-il raisonnable que les votants finalement ne puissent porter leur choix que sur deux personnes?

Ne faudrait-il pas revoir ce système avec une seule votation concernant l'ensemble des candidats à une élection, une seule fois avec une démarche concernant le cas où plusieurs présidentiables arriveraient avec le même nombre de voix: choix selon les démarches des candidats les plus prometteuses en vue de progrès (non dégringolad4e générale, comme aujourd'hui), progrès économique, social, etc.

Plus de justice sociale allant toujours s'adaptant au moment peut s'obtenir de gré ou, hélas! de force.

Faudrait-il reparler de Trotski Léon David Bronstein afin de pouvoir ensuite plonger en plein oasis Tolstoï?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 19/11/2016

"ce que un tiers de la France dise mais n ose pas le crier sur les toits."
Je suis très sensible à cela et très irrité par l'usage systématique du terme de "populisme".
Une inquiétude demeure cependant, qui se dégage de l'élection d'Adolphe Hitler en Allemagne (on l'a cité d'innombrables fois ces derniers temps), c'est qu'une fois en place un pouvoir de ce genre a souvent la capacité d'imposer les pires dérives sans que le peuple qui l'a élu ait la capacité de s'y opposer, si encore il redevient assez lucide pour juger de l'horreur du chemin emprunté.
La solution, si solution il y a, c'est évidemment d'éviter tout choix extrême, toute voie extrême, et d'accepter ce que Jean-Noël Cuénod qualifie de "teintes grisâtres" des politiques de compromis et de la voie médiane.

Écrit par : Mère-Grand | 19/11/2016

"La solution, si solution il y a, c'est évidemment d'éviter tout choix extrême, toute voie extrême, et d'accepter ce que Jean-Noël Cuénod qualifie de "teintes grisâtres" des politiques de compromis et de la voie médiane."

Un peu à la Suisse. Bizarre qu'il n'y a personne pour renter dans le lard de la mère Sommaruga. On a des chambres fédérales entièrement soumises à la pensée unique du politiquement correct, ce qui ne vaut guère mieux qu'un bon système totalitaire vu qu'il faut éradiquer les têtes qui dépassent: c'est un système qui finalement favorise la médiocrité.

Écrit par : G. Vuilliomenet | 19/11/2016

Les Allemands qui n'acceptaient pas le régime montant d'Hitler se retrouvèrent en camps non d'extermination mais de concentration avec les pires traitements... n'en réchappèrent que ceux capables de se taire tout en observant sans JAMAIS se résigner.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 19/11/2016

>>>en premier lieu, ce fossé que nous voyons partout se creuser entre la partie du peuple qui bénéficie de la mondialisation et celle qui la subit.

Maintenant dans le fait que: "La majorité des électeurs américains gagnant moins de 30'000$ ont voté Hillary". C'est quoi les mots que vous ne comprenez pas ?

Ou vous pensez peut-être que ceux gagnant moins de 30'000$ sont les gagnants de la mondialisation ?

Écrit par : Eastwood | 20/11/2016

Pourquoi le mensonge est-il plus séduisant que la vérité ? Bonne question!

Les religions nous mentent depuis plus de 2016 ans pour un paradis perdu et un enfer si le z'ouaille n'obéit pas à son roi, ajoutons le mensonge des politiciens et leurs professions de foi bidon, finalement le mensonge est roi.

Quant à Trump, il fera mieux que la Clinton, attendons quelques mois avant de casser du bois inutilement sur son dos, ça ne changera pas l(élection.

Il n'est pas utile que les croyants, croyant détenir la vérité de gauche ou de droite perdent de l'énergie à torpiller cette Amérique au travers d'un Trump qui a au minimum réussit sa vie professionnelle.

Fillon futur Président de la République française écrirait la même chose.

Écrit par : Pierre NOËL | 20/11/2016

"Bizarre qu'il n'y a personne pour renter dans le lard de la mère Sommaruga."

La "mère" Sommaruga est fit. Pas de lard pour lui rentrer dedans.

Du lard à la place du cerveau de certains commentateurs, très possible.

Écrit par : Machin | 20/11/2016

Et Trump a été élu, de façon fort démocratique comme les Américains savent s'en vanter, car ils ne comprenaient pas qu'Obama n'ait pas tenu ses promesses électorales (p.ex. Guantanamo), parce qu'ils en avaient marre de se faire inonder de propos anti-Trump provenant de (presque) tous les médias américains, européens (et suisses). Dans les processus électoraux, la diabolisation d'une personne contribue à lui fournir des suffrages... souvenez-vous en; vous devriez le savoir MMES et MM. les directeurs de rédactions! Le peuple américain en avait aussi marre que son administration se préoccupe plus de bagarres orientales que de leur propre destinée; le peuple américain voulait aussi en cesser avec les destinées toutes tracées des clans (Bush, Clinton). Il voulait aussi connaître la vérité sur les modes de faire relevant de la fondation Clinton, qui va encore bien faire parler d'elle et sur le réel état de santé de Hillary. Le peuple américain s'est aussi souvenu des décisions prises par le démocrate Bill Clinton sur les fusions des intérêts des banques de dépôts et des banques d'affaires, relayées dans la foulée par Obama. Et encore, les Américains en avaient aussi assez de l'angélisme de l'administration Obama quant au destin des clandestins, de surcroît ceux qui se livrent à la délinquance. Ceci n'est qu'un bref aperçu des raisons qui ont poussé à voter républicain. Alors, imaginez si ce parti avait proposé un excellent politicien; il aurait fait des ravages...

Écrit par : Gilles Bourquin | 20/11/2016

Bonsoir Pierre NOËL

HEU REU SE! J'ai prédit TRUMP et François FILLON!

TRUMP PRESIDENT DES ETATS-UNIS D'AMERIQUE

FILLON PRESIDENT DE LA FRANCE 2017

Écrit par : Patoucha | 20/11/2016

Monsieur Cuénod,
Vous qui avez tant souhaité la victoire de la Clinetone, c'est-à-dire du parti de la guerre contre la Russie, essayez de digérer ceci :
http://www.informationclearinghouse.info/article45793.htm
Ainsi, New York Times, Washington Post et Monsieur Cuénod, même combat ?

Écrit par : Charles | 24/11/2016

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