27/10/2016

L’inquiétant divorce entre l’Etat et ses forces de l’ordre

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Des policiers qui manifestent en cagoule contre le gouvernement comme des activistes du Black Block… Ce spectacle s’est déroulé à Paris et dans d’autres villes françaises. Lorsqu’une scène de divorce éclate entre l’Etat et les détenteurs par procuration de sa violence légitime, il y a toujours de quoi s’inquiéter.

Certes, par le passé, les fonctionnaires de police ont déjà défilé dans la rue, notamment lorsque Robert Badinter et Christiane Taubira étaient gardes des Sceaux. Mais leur grogne se tournait principalement vers un ministre représentant la justice, dénoncée de façon sempiternelle comme « laxiste ». Aujourd’hui, si les policiers en colère visent aussi le « laxisme des juges », ils fourrent dans le même sac d’opprobre le gouvernement, leur hiérarchie et même leurs syndicats qui s’efforceraient plus de les calmer que de les défendre. En France, ce phénomène s’est déjà constaté dans d’autres secteurs avec les « coordinations » émanant de la base et débordant les syndicats.

La réaction classiquement complotiste à ce genre de phénomène est d’y voir la main, ou plutôt « la patte » – pour reprendre l’expression du premier secrétaire socialiste Jean-Christophe Cambadélis – du Front national comme organisateur de la révolte. Naguère, le patronat dénonçait le Parti communiste comme source des troubles sociaux. Jadis, l’Eglise catholique vilipendait la Franc-Maçonnerie coupable d’avoir dirigé la Révolution française. Réaction dangereuse dans la mesure où, désignant un bouc émissaire agissant ex machina pour semer le désordre, elle occulte les véritables maux qui ne viennent pas de l’extérieur mais de l’intérieur. Le Front national va certainement récolter les raisins de la colère policière. Mais il n’a pas attendu les mouvements policiers de cet automne pour en tirer sa piquette. Une étude du CEVIPOF (Sciences-Po à Paris), publiée en décembre 2015, démontrait que 51,5% des policiers et militaires ont voté FN l’an passé contre 30% en 2012.

La colère des policiers couvait depuis plusieurs années : travaillant dans des conditions souvent indignes, mal payés, peu considérés par la hiérarchie qui leur donne des ordres contradictoires (à méditer en France, cette formule de l’Armée suisse : ordre + contrordre= désordre !), taillable et corvéable à merci et désormais cibles, non seulement des terroristes, mais des voyous qui cherchent à les assassiner en leur tendant des guets-apens. Nul besoin du FN pour se mettre en colère !

La grande faute du gouvernement socialiste est d’avoir cru qu’oindre les policiers de belles paroles et leur faire miroiter d’émouvantes promesses suffiraient à les rendre patients. Hélas, les améliorations ont bien du mal à descendre jusqu’à la base, freinées qu’elles sont par un appareil hiérarchique pesant. Dès lors, agacés par ces discours lénifiants qui ne trouvaient aucune traduction sur le terrain, les policiers ont explosé. C’était couru d’avance.

Gonflé, Sarkozy !

Toutefois, à la source des maux actuels, on ne trouve ni François Hollande, ni le premier ministre Valls, ni le ministre de l’Intérieur Cazeneuve mais le ci-devant président Nicolas Sarkozy. L’ancien « premier flic de France » tente, avec sa frénésie coutumière, de profiter de la situation pour se poser en défenseur de la police. Vraiment, Sarko ose tout, et c’est d’ailleurs à ça qu’on le reconnaît ! Quelles sont les principales revendications des policiers, outre l’anonymat dans certaines procédures et la mise au même niveau que les gendarmes en matière de légitime défense ? L’augmentation des effectifs et l’arrêt de l’absurde politique du chiffre. Or, dans les deux cas, l’ancien chef de l’Etat français est en cause.

Sarkozy et Cazeneuve se sont jetés des statistiques à la tête concernant le nombre d’emplois supprimés dans la police. Qu’en est-il vraiment ? L’estimation la plus fiable est tirée d’un rapport de l’Assemblée nationale daté du 9 octobre 2014 que l’on peut lire en cliquant ici. Il en ressort que durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy les effectifs policiers ont baissé de 6 093 postes. C’est surtout, sa « culture du résultat », sa « politique du chiffre » qui ont exercé leurs  ravages dans la police. Certes, il est fort légitime d’améliorer le taux d’élucidation des affaires. Mais en fixant des objectifs « d’en haut », à la française, sans tenir compte de la base, le président Sarkozy a abouti à la déplorable situation actuelle.

Les échelons supérieurs de l’usine à gaz hiérarchique reçoivent les objectifs fixés par le gouvernement et les font descendre vers les échelons inférieurs sans trop s’en préoccuper. L’important, à ce haut niveau, étant de participer à la lutte des places et non de se soucier de la piétaille. Dès lors, les policiers de base sont accablés d’objectifs souvent incohérents, compte tenu de la réalité du terrain. Que se passe-t-il souvent ? Les responsables des commissariats demandent à leur troupe de cibler les affaires faciles « qui font du chiffre » au détriment d’autres plus longues, plus difficiles à élucider ; il s’agit alors de dissuader les victimes de porter plainte. Résultat : mécontentement de la population et frustration des policiers. « La justice poursuit le crime mais en boîtant » pour reprendre l’expression de feu Raymond Foëx, procureur général genevois.

Police-justice, le lieu des malentendus

Il existe un autre mal policier, plus profond et bien plus ancien que l’époque « SarkHollande », à savoir l’incompréhension entre policiers et magistrats. Depuis la nuit des temps, les premiers accusent les seconds de « laxisme » en sortant ici ou là moult chiffres ébouriffants. S’il convient de prendre les statistiques en général avec circonspection, il faut d’autant plus s’en méfier en matière pénale ; les situations y sont tellement complexes qu’elles ne sont guère quantifiables. Ces chiffres-là ne donnent que des idées toujours vagues et souvent fausses.

Avec cette prudente réserve que nous venons d’invoquer, constatons que les prisons françaises sont pleines à craquer (106% de taux d’occupation). Entre 2000 et 2012, le nombre de condamnations pour violences volontaires a augmenté de 62% selon l’Observatoire français de la délinquance et des réponses pénales. Il ajoute que cette hausse n’est pas due à une explosion des méfaits mais plutôt à une meilleure prise en compte par la société et à une réponse pénale plus ferme qu’auparavant.

L’impression de « laxisme » semble surtout provoquée par le fait que nombre de jugements pénaux ne sont pas exécutés. Ainsi, au 1er avril 2016 ­– nul poisson à l’horizon, rassurez-vous ! –  7.300 peines fermes prononcées au Tribunal de grande instance de Bobigny étaient en attente d'exécution, faute de personnel. On comprend dès lors, la rage des policiers qui sont nargués par les délinquants qu’ils ont arrêtés, qui ont été condamnés et qui, malgré cela, restent en liberté. Mais c’est bien à tort que leur rage est dirigée contre les magistrats. Ils sont les premières victimes d’un système complexe qui réclamerait, pour avoir un semblant d’efficacité, un personnel bien plus nombreux.

En fait, cette incompréhension entre policiers et magistrats trahit l’hypertrophie centralisatrice de l’Etat en France qui multiplie les rouages administratifs. Dans d’autres pays, les corps intermédiaires entre police et justice sont moins nombreux. L’une et l’autre connaissent donc mieux leurs missions respectives et leurs problèmes spécifiques.

La révolte policière est, au sens premier du terme, une affaire d’Etat.

Jean-Noël Cuénod

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19/10/2016

Les Souterrains du Temps et l’espace des songes

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Le cinéaste Georges Combe est un gone. C’est-à-dire un enfant de Lyon. Mais « gone » signifie aussi, en étymologie grecque, « angle » (polygone, hexagone etc.). C’est-à-dire cet « espace entre deux lignes qui se croisent ».  Et l’humain, gone de tous les azimuts, vit au centre de ce croisement entre ligne du ciel et ligne du sol.

Caméra au cœur, Georges Combe a découvert d’autres angles mystérieux, ceux formés par ces réseaux souterrains, à la structure géométrique complexe, situés sous la Croix-Rousse à Lyon et nommés « Arêtes de poisson ». Des réseaux qui vont le mener à Miribel certes, mais bien plus loin, à Rome et à Jérusalem notamment.

 Il en a fait une œuvre complète ­– Les Souterrains du Temps - Arca Mundi qui se décline sous deux formes : d’une part, un coffret contenant les deux DVD de la version longue du film (trois heures trente) ainsi qu’un livre de 300 pages, Notes sur images, rédigé par le cinéaste qui est également agrégé ès lettres (vous pouvez acquérir ce coffret, DVD et livre sont inséparables, en cliquant sur cette zone) ; d’autre part, un film version « cinéma » d’une heure trente qui sera bientôt présenté à Paris (lire les dates et lieux à la fin de ce texte).

  Ce que Georges Combe y a découvert, dans ces célestes entrailles, va bien au-delà de l’anecdote et même de l’intérêt historique. Devant sa caméra et son micro, historiens et archéologues tentent de percer ce mystère. Tentent, car comme des truites dans un torrent, les « Arêtes de poisson » vous glisse des mains. C’est sans doute à un physicien, l’impressionnant Philippe Guillemant (lisez de toute urgence sa Route du Temps), que l’on doit l’éclairage le plus puissant. En se fondant sur la physique quantique, Guillemant trace des hypothèses qui bouleversent les notions de passé, de présent et de futur.

Car ces « Arêtes de poisson » remettent, elles aussi, en question l’espace et le temps, tels que nous les vivons. Ou plutôt tels que nous croyons les vivre… Personne ne sait qui les a construites, ni pourquoi ni quand. Romains, Gaulois, Templiers, militaires du XVIe siècle ? Toutes ces questions restent ouvertes. Mais ce ne sont pas forcément les plus intéressantes. Citons-en d’autres.

Pourquoi en 1796, le célèbre franc-maçon lyonnais, Jean-Baptiste Willermoz, achète-t-il les terrains situés au-dessus des « Arêtes de poisson » pour une somme considérable ? Ce soyeux avait du bien, certes, mais n’a-t-il pas fait cette acquisition pour le compte de tiers restés inconnus ? Willermoz est le principal concepteur d’un système maçonnique, le Régime Ecossais Rectifié, qui est encore pratiqué de nos jours. L’un des rituels rédigés par l’ésotériste lyonnais précise que le pavé mosaïque « couvre l’entrée du souterrain du Temple ». Les souterrains, semble-t-il, ont attiré Jean-Baptiste Willermoz comme des aimants…

Pourquoi existe-t-il des correspondances étonnantes entre les souterrains de Lyon, de Rome et de Jérusalem ? Georges Combe pose ces questions, avance des hypothèses et surtout relie des faits, sans asséner des vérités, sans affadir le mystère qui doit rester entier.

A la fois rationnel et mystique, le film de Georges Combe peut se regarder de différente manière mais il nous atteint au-delà de la raison discursive pour nous plonger dans une sorte de bain d’hypnose. A certains moments, nous ne suivons plus les explications, nous sommes entrainés ailleurs. Les « Arêtes de poisson » nous conduisent alors vers nos propres souterrains. Y ferons-nous de mauvaises rencontres ?

« Les Souterrains du Temps-Arca Mundi » est plus qu’un film, plus qu’une œuvre, c’est une expérience de vie.

La musique, une des passions de Georges Combe, y tient une place éminente. Comment pourrait-il en aller autrement ? Ces « Arêtes » en forme de tubes d’orgue ont-elles célébré la musique des sphères en clef de sous-sol ? Et si elles symbolisaient le Diapason divin qui donne le « la » à l’Univers ?

Jean-Noël Cuénod

NE MANQUEZ PAS LE PASSAGE EN SALLES DES « SOUTERRAINS DU TEMPS-ARCA MUNDI » (VERSION 1h.30) !

A Paris

Cinéma L’Entrepôt. 7, rue Francis de Pressensé, XIVe arrondissement.

  • Mardi 8 novembre 2016 à 19h. 45
  • Mardi 22 novembre à 19h. 45

A Meyzieux

Cinéma Meyzieux. 27, rue Louis Saulnier, 69330 Meyzieux

  • ­Vendredi 18 novembre à 20h.

A Lyon

Cinéma Saint Denis. 77 Grande rue de la Croix-Rousse 69004 Lyon

  • Samedi 19 novembre à 17h.

BANDE ANNONCE DU FILM

 

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14/10/2016

TAFTA, CETA C’est tassé… C’est assez !

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Deux Traités transatlantiques genre mammouth se dandinent sous les projecteurs. Deux Traités d’un type nouveau. Il s’agit, certes, de régler les droits de douane – même s’ils sont devenus quantité négligeable dans le commerce international – mais surtout de lever le maximum de barrières administratives entre l’Amérique et l’Europe, en harmonisant les normes, en ouvrant les marchés publics des deux côtés de l’Atlantique et en protégeant juridiquement les investissements. C’est dire l’importance de ce genre d’accord sur le plan économique et l’ampleur de ses conséquences en matière sociale, sanitaire et écologique.

  TAFTA[1], c’est le Traité de libre-échange entre l’Union européenne et les Etats-Unis. Il est en cours de négociation mais des voix gouvernementales s’élèvent en France (Matthias Fekl, Secrétaire d’Etat socialiste au commerce extérieur) et en Allemagne (le ministre de l’Economie social-démocrate Sigmar Gabriel) pour le jeter aux oubliettes. Aux Etats-Unis, il ne soulève guère les passions. La grande gueule de Trump n’en veut pas (mais l’abominable homme des vestiaires qui puent a-t-il bien saisi de quoi il retourne ?) et cette fine mouche d’Hillary Clinton fait la fine bouche.

CETA[2], c’est aussi un traité transatlantique de libre-échange mais cette fois-ci entre le Canada et l’Union Européenne. Il se porte un peu mieux que l’autre puisque que mardi prochain, le Conseil de l’UE devrait l’approuver mardi et le 27 octobre, le premier ministre Justin Trudeau est invité à Bruxelles pour le signer à Bruxelles avec grand renfort de cymbales et de clairons.

Il se porte un peu mieux, le CETA, disions-nous, mais ce n’est pas la grande forme non plus. Il faut dire que le processus de ratification dudit Traité relève de l’usine à gags. Après avoir été approuvé par le Conseil de l’Union européenne, le CETA doit encore recevoir l’aval des dix provinces du Canada et des vingt-sept Etats membres de l’UE. Attendez, ce n’est pas fini ! Certains pays européens consulteront leurs provinces, ce qui est le cas de la Belgique. Or, aujourd’hui même, le Parlement wallon vient de mettre son veto à l’approbation par la Belgique du Traité euro-canadien. Nous voilà dans un joli petchi, pour causer suisse. Le premier ministre Trudeau junior est aussitôt intervenu pour lancer des SOS en agitant le spectre de la crise économique, tant au Canada qu’en Europe, si ce traité transatlantique sombrait dans les eaux glacées de la Mer du Nord.

Alors, Kaputt le CETA ? Que nenni ! L’une de ses clauses prévoit que, même en cas de rejet par l'un des parlements, il s'appliquera pendant trois ans à titre provisoire. Un provisoire qui risque bien de devenir définitif. On voit mal un traité de cette envergure être abandonné au bout de trois années. Trop de liens économiques auront été noués, trop d’habitudes auront été prises. On demande donc l’avis de tous les parlements, y compris celui de Namur. Mais c’est pour faire joli et démocratique.

Le CETA, cheval de Troie du TAFTA ? Certains, comme Nicolas Hulot, le pensent. Ils n’ont pas forcément tort. Certes, le CETA semble plus soucieux que le TAFTA de préserver les intérêts des agriculteurs européens. Ce qui explique sans doute pourquoi il est moins vilipendé. Il n’empêche que l’application du CETA au sein de l’UE va développer un type d’économie encore plus ultracapitaliste que celle qui règne aujourd’hui. Ainsi, les Etats européens seront mûrs pour, ensuite, accepter le Traité avec les Etats-Unis.

Le ras-le-bol populaire du libre-échange sans frein. Les dirigeants européens et américains qui poussent à la roue pour appliquer les Traités CETA et TAFTA veulent ignorer la vive résistance – qui apparaît sur les deux rives de l’Atlantique – des peuples à ce libre-échangisme sans borne. Ce faisant, tout à leurs calculs économiques et dévoués aux intérêts de leurs pourvoyeurs de fonds électoraux, ils fournissent de solides arguments aux partis d’extrême-droite et aux mouvements nationalistes abusivement nommés « populistes »

Certes, les mesures protectionnistes ont démontré toute leur nocivité durant la grande crise de 1929. Mais l’ultracapitalisme actuel est en train de vider les institutions démocratiques de leur substance, notamment par le biais de ce genre de Traité qui prévoit le recours aux arbitrages privés pour régler les litiges entre Etats et investisseurs, en lieu et place des tribunaux ordinaires. Une sorte de justice à la carte qui a déjà démontré dans la réalité la rigueur de ses effets pervers, comme l’illustre cet exemple.

La procédure arbitrale fait partie de l’Alena, l’Accord de libre-échange nord-américain. Début 2016, la firme TansCanada l’a mise en branle. Elle réclame aux Etats-Unis la somme himalayesque de 15 milliards de dollars pour la dédommager de l’abandon, par le gouvernement Obama, du projet d’oléoduc géant Keystone XL. C’est au titre de la préservation de l’environnement que le président étatsunien avait pris cette décision. Dès lors, chaque fois qu’un Etat voudra adopter une mesure pour protéger la nature ou pour tout autre sujets, il sera tenté de l’abandonner afin d’éviter de passer à la caisse et de perdre ses forces dans les procédures

Sauvegarder le peu de souveraineté qui reste aux peuples. Entre un hypercapitalisme sans foi, ni –surtout – loi et un protectionnisme néfaste, il reste tout de même un brin d’espace pour faire une politique économique intelligente. Mais cela passe par l’abandon des Traités CETA et TAFTA tels qu’ils sont actuellement, quitte à les renégocier en tenant compte des impératifs écologique et sociaux ainsi qu’au droit des peuples à ne pas être écrasés par la machinerie multinationale.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Transatlantic Free Trade Area

[2] Comprehensive Economic and Trade Agreement

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12/10/2016

Le Plouc cause "hollandais" dans le poste

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Rude tâche assignée dimanche à Ana-Maria Navarro, correspondante du média portugais Visao, et au Plouc par Marie-Christine Vallet, journaliste à France-Info et productrice de l'émission Micro-Européen. Il s'agissait de supputer les intentions de François Hollande de se représenter ou non en vue d'un nouveau mandat présidentiel. Voici ci-dessous l'émission. Bonne écoute.

Cliquez pour écouter l'émission

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11/10/2016

Moustache Academy, pour ne pas barber vos mômes !

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 Ils savent tout faire, ces trois dingos de la Moustache Academy : danser, raper, hiphoper, chanter, sauter, bavarder pour le plus grand bonheur de vos mômes qui, avec ces Moustaches-là, ne vont pas se barber. Si vos pas vous conduisent à Paris, n'hésitez pas. Et si un organisateur de spectacle genevois passe par-là qu'il n'hésite pas non plus!

 Leur spectacle commence dès le 12 octobre jusqu’au 7 décembre, à La Nouvelle Scène, tous les mercredis à 15h.30 (durée : une heure). C’est une Péniche, installée en face du 3, quai de Montebello, côté Pont de l’Archevêché. A Paris, vous l'aurez compris...

 Ce trio – Mathurin Meslay, Astien Bosche et Ed Wood ­– et le metteur en scène Julie Chaize désamorcent toutes les situations potentiellement explosives qui surviennent dans ce monde impitoyable, la classe d’école. Ces acteurs savent de quoi ils parlent et avec qui ils jouent puisque depuis huit ans ils animent des ateliers d’écriture destinés aux enfants.

« Ça nous manquait ! » ainsi commencent les Moustaches qui vont se replonger dans le bain scolaire malgré leur très grand âge. Ils ont 35 ans. Au moins… Mine de rien, sans y toucher, les trois galapiats abordent toutes les discriminations qui surgissent comme des diables de leur boîte à la récré, à la gym, à la cantine : le binoclard, le garçon qui préfère la danse au foot, l’intello trop brillant qui rate ses copies pour ne pas se faire agresser par les cancres, celui et celle qui n’ont pas la même couleur de peau, pas la même façon de manger. Aux filles rêveuses, Moustache Academy démontre que devenir une princesse, ce n’est pas de la tarte. La violence aussi est alchimisée en « vengeance comique ». User du rire à pleine gorge plutôt que du poing sur le nez.

Il n’y a que les adultes pour peindre en rose la vie des gosses. Le désespoir, le découragement, le gros blues bien collant, c’est aussi le quotidien de l’écolier. Moustache Academy ne le prend pas à la légère, ce blues, puisqu’ils le transforment en chanson.

Nos trois mousquetaires (la quatrième étant la metteure en scène) font aussi aimer la langue française à des enfants qui subissent chaque jour le matraquage du franglais, ce sabir glauque et gluant. Une langue française qui joue, qui pétille, qui rit, comme dans Molière. Classique et ludique, ça rime. On l’avait oublié.

A aucun moment, Moustache Academy ne trempe ses bacchantes dans le bouillon prêchi-prêcha ou la guimauve fondue du gnangnan. Bref, cette académie-là fait plus pour l’harmonie joyeuse dans les préaux que toutes les réformes, plus ou moins baveuses, de l’enseignement. La paix des grands commence à la récré.

 Jean-Noël Cuénod

 Renseignements pratiques : rendez-vous sur le site :

http://www.lanouvelleseine.com/event/moustache-academy/2016-11-23/

 ESPACE VIDEO

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08/10/2016

Le pape, ce politicien en robe blanche

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Le pape François a souverainement pontifié sur l’un des plus fuligineux fantasmes des cathos intégristes : l’enseignement de la théorie du genre; cette satanique idée qui voudrait transformer les filles en garçons et réciproquement pour s’attaquer au mariage hétéro. Paradoxale indignation de la part d’un célibataire professionnel et d’un homme porteur de robe.

Que cet enseignement n’existe pas, peu importe. Le dernier monarque absolu de l’Occident se soucie plus de beuze que de vérité. Les écoles françaises diffusent un programme appelé ABCD de l’égalité qui a pour but de lutter contre les discriminations entre sexes. Un programme plutôt utile pour contrebalancer, dans de nombreux quartiers, les prêches machistes des imams islamistes.

Les cathos de la Manif pour Tous avaient tapé à coups de missels sur ce programme démontrant ainsi que les intégristes de toutes les institutions confessionnelles savaient s’unir sur l’essentiel : confiner la femme dans un rôle mineur. Le pape vient de les conforter en lançant une manière de croisade « contre la destruction du mariage ».

Son intervention vise plusieurs objectifs plus terrestres que célestes. A l’échelon international, tout d’abord. Après avoir donné de sacrés coups de barre à gauche, en

plaidant la cause des réfugiés, en dénonçant les frontières qui se ferment et les murs qui s’élèvent, le pape François doit maintenant virer à droite, afin de conserver cette position centrale qu’en bon jésuite il tient à conserver pour assoir son pouvoir sur l’Eglise.

 Si le Souverain Pontife ne craint pas les électeurs et peut donc prendre sans grand risque des positions d’avant-garde sur les questions de migration, il doit gérer sa Curie qui grenouille dans les bénitiers romains en coassant moult médisances plus ou moins conspiratoires. François donne donc des gages aux éléments les plus réactionnaires de son entourage.

Il vise aussi l’échelon français en apportant de l’eau polluée au moulin grinçant de la Manif pour Tous. Transformée en parti politique, ce mouvement ultracatho a mené la guerre que l’on sait contre le mariage gay. Aujourd’hui, le mouvement est en perte de vitesse. Plus personne, même à droite, ne veut remettre en question le mariage pour tous. En outre, sa figure médiatique, Virginie Tellenne alias Frigide Barjo, a fait dissidence en créant une boutique concurrente, Avenir pour Tous.

Certes, la Manif pour Tous a suscité un courant – appelé Sens Commun – au sein du parti LR (Les Républicains) qui revendique 8500 adhérents. A la manière des trotskistes dans les appareils de gauche, Sens Commun fait de l’entrisme pour s’emparer des leviers de commande au sein de LR. Il a réussi sa manœuvre en décrochant six postes-clé à la direction régionale du parti de droite en Ile-de-France.

Ce courant a choisi son candidat à la primaire de la droite, en la personne de François Fillon, jugé le plus catho-compatible des concurrents. Et puis sur les affiches, sa tronche d’ancien séminariste a de quoi émouvoir les punaises de sacristie.

Pour se redonner cette vigueur qui fut la sienne naguère, la Manif pour Tous organise un grand rassemblement dimanche 16 octobre. Le pape François ne pouvait faire moins que de l’aider à battre le rappel des fidèles en peignant sur sa muraille le diable de la théorie du genre. Ce faisant, il a pris le risque de prendre en pleine figure le boomerang des affaires pédomaniaques qui continuent d’apparaître dans plusieurs diocèses, dont celui de Lyon. Certains prêtres ont démontré qu’en matière de confusion des genres, il n’était point les derniers.

Avant de faire la leçon à la France laïque, le Saint Père ferait donc bien de balayer devant le porche de ses Eglises, ce qu’il a commencé à faire. Et bien qu’il continue en méditant ce verset de l’Epitre de Paul aux Galates :

Il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ.

Jean-Noël Cuénod

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04/10/2016

Fin de la presse romande ? Et si on se mobilisait ?

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 Les projets de Tamedia n’ont jamais été aussi clairs. Propriétaire de la Tribune de Genève et de 24 Heures, les deux plus gros tirages de la presse quotidienne suisse de langue française, le groupe zurichois va réduire ces journaux à l’état de bulletin paroissial. L’effectif sera réduit de 14% dans chacune des deux rédactions. Moult coupes claires ayant déjà été pratiquées, il tombe sous l’évidence que les journalistes ne pourront plus poursuivre la tâche assignée par leurs lecteurs, à savoir informer le plus complètement et le plus honnêtement possible, du Conseil municipal de Meyrin ou du Conseil communal de Vevey jusqu’aux G20 et aux G8.

Aveuglé par sa course stupide aux profits immédiats, Tamedia va donc ruiner à terme ces deux journaux qui, depuis 1762 (Feuille d’Avis de Lausanne devenue 24 Heures) et 1879 (Tribune de Genève), ont fait vivre la démocratie au cœur de la région lémanique.

Il y a deux attitudes possibles devant cette situation. La première consiste à verser des larmes plus ou moins sauriennes qui s’écouleront vers le Léman sans que cela n’élève son niveau d’un seul millimètre.

La seconde a pour but de transformer la colère en énergie créatrice. Les pétitions, les manifs, les déclarations des magistrats genevois et vaudois, tous ces soutiens aux deux rédactions démontrent que si les gnomes de Zurich avaient tablé sur l’indifférence du public pour ourdir leurs mauvais coups, ils se sont lourdement trompés.

Cela dit, comme il l’a déjà été écrit sur ce blogue, il ne sert à rien de vilipender Tamedia. On ne saurait compter sur des Zurichois pour défendre les intérêts de la Suisse romande. L’inverse aurait été aussi vrai, avouons-le.

Les limites de la solidarité confédérale sont aujourd’hui très vite atteintes. Nous ne vivons plus à l’époque d’une Suisse soudée, car entourée de dictatures menaçantes ou située à une étape de Tour cycliste de l’empire soviétique. Il faut donc faire un peu de géopolitique, même à l’échelle de la Confédération. Celle-ci compte au moins trois grands pôles d’activité économiques qui, pour l’instant, sont florissants : Zurich, dont l’influence est prépondérante dans le centre du pays jusqu’au Tessin ; Bâle, qui déborde sur l’Alsace et le Bade-Wurtenberg et l’Arc Lémanique Genève-Lausanne qui attire les autres cantons romands ainsi que la France voisine.

Tout aujourd’hui est soumis à la concurrence la plus féroce. Ces trois pôles n’y échappent pas. Face à la puissance financière de Zurich, l’une des principales places européennes, l’Arc Lémanique ne manque pas d’atout : présence des grandes organisations internationales, d’états-majors de groupes industriels multinationaux et des universités qui figurent parmi les meilleures de la planète et égalent désormais celles de l’espace zurichois.

Dans ce contexte de concurrence, l’Arc Lémanique ne peut pas se passer de médias qui couvrent l’ensemble des activités humaines, du local à l’international en passant par le national.

Laisser à d’autres le soin de raconter le monde, c’est prendre le risque de perdre pied au milieu d’une rivière en crue.

Dès lors, Tamedia ayant réduit ses deux grands quotidiens lémaniques à la portion « qu’on gruge », la création d’un nouveau média, papier et numérique, sous une forme ou une autre, s’invite à l’ordre du jour.

Mais pour ce faire, il faut des fonds. Ils ne manquent pas dans cet Arc Lémanique opulent. Ce qui manque encore, c’est la volonté de ses décideurs économiques à prendre la clef de leur coffre-fort. Sans journalistes professionnels, point d’information de qualité. Mais sans bailleurs de fonds, point de médias.

Le Plouc rêve-t-il en espérant que les décideurs économiques et les professionnels des médias se réunissent un jour pour bâtir le pôle d’information dont l’Arc Lémanique a besoin ? Sans doute, mais cela vaut mieux que de contempler en soupirant les vieilles photos jaunies d’un passé prestigieux pour oublier les vicissitudes d’un présent médiocre.

Jean-Noël Cuénod

17:32 | Lien permanent | Commentaires (48) | Tags : tamedia, presse, crise | |  Facebook | | |