30/08/2016

La droite aïoli se prend les pieds dans le burqini

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Valls, Sarkozy et les municipalités de la droite aïoli se sont pris les pieds dans le burqini. La ficelle était pourtant bien épaisse. Le Conseil d’Etat (équivalent en Suisse du Tribunal administratif fédéral) a donc annulé la décision prise par le maire LR de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) d’interdire le burqini sur les plages de son territoire. Les intégristes musulmans ont aujourd’hui beau jeu de crier victoire. Leur piège provocateur a parfaitement fonctionné. En plaçant cette question sur le plan du droit, les élus de droite et le gouvernement Valls leur ont fait une superbe passe dans les seize mètres… Et boum, tir en pleine lucarne !

Avant d’examiner la décision du Conseil d’Etat et ses conséquences, quelques considérations générales sur cette vestition hydro-islamiste. Que le burqini emblématise la régression des droits de la femme, c’est une évidence, même en pays musulmans. Le Plouc a bourlingué au Maroc dans les années 70, est parti en reportages à Alger en 1974 et 1988. A cette époque, le port du burqini aurait provoqué les rires et les moqueries des jolies «gazelles» qui bronzaient en maillot de bain deux pièces sans que des barbons barbus s’en offusquassent.

Revêtir un burqini n’est jamais un libre choix, quoiqu’en disent celles qui le portent. Il s’agit de cacher le corps féminin du regard des mâles, considérés comme des animaux incapables de maîtriser les élans priapiques de leur concupiscence satanique. C’est la plus détestable image des relations entre hommes et femmes qui soit.

Si la France a réagi de façon aussi «burqiniphobe», contrairement à certains pays voisins comme l’Allemagne ou la Grande-Bretagne, c’est qu’elle a développé depuis des siècles la galanterie de cour qui a influencé toute sa société. Cette galanterie est faite de séduction légère, de badinerie réciproque, de joutes oratoires, de courtoisie taquine. La femme y règle son jeu et l’homme se plaît à s’y conformer. Transformer le corps féminin en une sorte de saucisson à la pelure de Néoprène est incompatible avec cette relation qui donne tant d’agrément aux relations humaines. Que les peuples qui ont le français en partage y tiennent, quoi de plus normal ? Mais éradiquer le burqini par la voie règlementaire, c’est une autre paire de manche. Elle a rapidement trouvé ses limites au Conseil d’Etat (voir ci-dessous l’extrait le plus important des considérants de cette juridiction).

La rapide généralisation du burqini induit à penser qu’il y avait anguille sous roche et qu’il s’agissait pour les intégristes musulmans de montrer qu’ils faisaient « corps à part » avec le reste de la société française. En cherchant à provoquer la réaction des autorités, pour mieux se draper dans la toge victimaire, ils ont réussi leur coup. Le burqini a reçu la bénédiction de la justice française qui, en l’occurrence, n’a fait qu’appliquer la loi.

Faut-il alors introduire un texte spécifique, voire changer la Constitution pour interdire une tenue de bain, comme l’a proclamé, lundi, Nicolas Sarkozy ? Le simple fait de poser cette question montre que nous nageons en pleine folie. La Constitution règle les grands principes mais ne doit pas s’abaisser à traiter des questions d’ordre textile au risque de diluer lesdits grands principes dans l’accessoire et le dérisoire.

 Si l’on suit cette pente vertigineuse, on peut s’attendre au pire pour notre liberté individuelle. Les intégristes musulmans pourraient alors se sentir en droit de faire interdire les minijupes, le string, les cuissettes (pour les Hexagonaux, il s’agit de l’expression suisse-romande pour le mot franglais short). Le droit serait ainsi transformé en vaste champ de bataille religieux.

Pour combattre le burqini, le dialogue dans la fermeté et la persuasion restent les meilleures armes. Il faut expliquer les raisons qui président à notre rejet de cet emblème de la servitude. Certes, cela fait moins de bruit dans les médias, c’est moins gratifiant pour le politicien en mal de « beuze ». Mais, petit à petit, au fil des discussions, avec le temps, le burqini retrouvera la seule place qui lui est légitime : la poubelle.

 Jean-Noël Cuénod

 

Principaux extraits de la décision du Conseil d’Etat annulant l’interdiction du burquini

 

(…)Il ne résulte pas de l’instruction que des risques de trouble à l’ordre public aient résulté, sur les plages de la commune de Villeneuve-Loubet, de la tenue adoptée en vue de la baignade par certaines personnes. S’il a été fait état au cours de l’audience publique du port sur les plages de la commune de tenues de la nature de celles que l’article 4.3 de l’arrêté litigieux entend prohiber, aucun élément produit devant le juge des référés ne permet de retenir que de tels risques en auraient résulté. En l’absence de tels risques, l’émotion et les inquiétudes résultant des attentats terroristes, et notamment de celui commis à Nice le 14 juillet dernier, ne sauraient suffire à justifier légalement la mesure d’interdiction contestée. Dans ces conditions, le maire ne  pouvait, sans excéder ses pouvoirs de police, édicter des dispositions qui interdisent l’accès à la  plage et la baignade alors qu’elles ne reposent ni sur des risques avérés de troubles à l’ordre  public ni, par ailleurs, sur des motifs d’hygiène ou de décence. L’arrêté litigieux a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle (…)

18:55 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (35) | Tags : burqini, islam, france, sarkozy, valls | |  Facebook | | |

19/08/2016

Il y a 80 ans, Garcia Lorca était fusillé

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 Le 19 août 1936, les gardes civils aux ordre de Franco traquent l’un des plus grands poètes espagnols, Federico Garcia Lorca (1). Ils le débusquent chez un autre poète Luis Rosales, le trainent dans un ravin près de Grenade et le fusillent. 80 ans plus tard, la terre andalouse n’a toujours pas rendu le corps de celui qui l’a célébrée avec tant de ferveur.

Durant cet été 1936, le général Franco trahit la République espagnol qu’il était censé défendre en provoquant l’une des plus sanglantes guerres civiles de l’histoire européenne. Ses troupes contrôlent l’Andalousie. Alors qu’il habitait Madrid, Federico Garcia Lorca ne peut résister à l’appel de sa terre andalouse et, malgré les dangers, se rend dans les environs de Grenade, comme chaque année à pareille époque.

Peu après son arrivée, le Rossignol d’Andalousie doit fuir les franquistes. Il n’est pourtant ni dirigeant politique ni militant, Garcia Lorca. Il est bien pire: un poète et écrivain de théâtre qui est devenu la voix des paysans andalous. Et pour ses bourreaux, gardiens des vertus très catholiques, son homosexualité est une provocation de plus qui mérite bien douze balles dans la peau.

Un rapport de police rapporte de façon lapidaire que Federico Garcia Lorca a été passé par les armes et enterré dans un ravin très difficile à localiser. Tellement difficile qu’à ce jour, personne n’a retrouvé sa dépouille. En 2008, le juge espagnol Balthazar Garzon avait ouvert une enquête sur les crimes du régime franquiste, dont l’assassinat de Garcia Lorca.  Un an après, des fouilles furent entreprises dans un ravin à Viznar, non loin de Grenade. En vain. Comme si elle voulait conserver son amant, la terre andalouse n’a pas rendu le corps du poète. L’enquête contre les massacres du franquisme a été abandonnée par la suite car les tabous laissés par la dictature sont aussi vivaces que le lierre sur un mur en ruine.

Cela dit, hier, une juge fédérale d’Argentine, Maria Servini, a décidé de redémarrer cette enquête pour retrouver les restes du poète et reconstituer les circonstances exactes de son assassinat. Pour ce faire, elle s’appuie sur le principe de compétence universelle en matière d’atteinte aux droits de l’homme.

Si les franquistes sont parvenus à cacher son cadavre, ils n’ont pu empêcher la voix du poète de retentir dans le monde. Pourtant, ils n’avaient pas ménagé leurs efforts en interdisant la publication de ses ouvrages jusqu’en 1953, année qui a vu paraître en Espagne ses œuvres prétendues «complètes» mais atrocement mutilées par les censeurs du Caudillo. Depuis le décès du tyran en 1975, Federico Garcia Lorca est à nouveau à l’honneur dans son pays. Et sa mort continue à faire un bruit du tonnerre comme l’avait prophétisé Aragon dans son poème Un Jour, un Jour (in Le Fou d’Elsa) :

Tout ce que l'homme fut de grand et de sublime

Sa protestation ses chants et ses héros,

Au dessus de ce corps et contre ses bourreaux

A Grenade aujourd'hui surgit devant le crime

 

Et cette bouche absente et Lorca qui s'est tu

Emplissant tout à coup l'univers de silence

Contre les violents tourne la violence

Dieu le fracas que fait un poète qu'on tue (…)

Garcia Lorca est né le 5 juin 1898 à Fuente Vaqueros, dans le domaine de son père, propriétaire terrien. Il vit sa prime enfance en liberté parmi les bergers, les peupliers qui bordent les rivières Cubillas et Genil, les grands champs inondés de soleil. Sa grand-mère et ses tantes l’initient aux fables et légendes qui peuplent l’imaginaire du peuple andalou mais aussi à la poésie de Victor Hugo. Cette expérience première irriguera toute son oeuvre. Loin de se complaire dans une description des paysages, il saisit leur essence, évoque la sage folie des légendes et met au jour la nature en son surréalisme. Le temps n’a plus de limite. Il n’est donc plus le temps. Il est un état d’être permanent, l’état de poésie, comme le disait le poète genevois Georges Haldas, grand admirateur de l’écrivain andalou. En voici un témoignage avec le poème Baile (Bal) tiré de l’un des plus célèbres ouvrages de Federico Garcia Lorca, Romancero Gitano (d’abord en espanol, puis en français avec la traduction de Josiane de Carlo).

 

La Carmen está bailando

por las calles de Sevilla.

Tiene blancos los cabellos

y brillantes las pupilas.

 

¡Niñas,corred las cortinas!

 

En su cabeza se enrosca

una serpiente amarilla,

y va soñando en el baile

con galanes de otros días.

 

¡Niñas, corred las cortinas!

 

Las calles están desiertas

y en los fondos se adivinan,

corazones andaluces

buscando viejas espinas.

 

¡Niñas,_corred las cortinas!

 

Elle danse, la Carmen,

Dans les rues de Séville.

Blancs elle a les cheveux,

Brillantes les pupilles.

 

Fillettes, tirez les rideaux!

 

Sur sa tête s’enroule

Un serpent jaune,

Et elle va, rêvant au bal,

Avec des galants d’autres temps.

 

Fillettes, tirez les rideaux !

Les rues sont désertes,

Et tout au fond on devine

Quelques cœurs andalous

Cherchant de vieilles épines.

 

Fillettes, tirez les rideaux !

 

Quels seront les cœurs andalous qui trouveront les ossements du poète? Peu importe répond son ombre:

Rien n’est plus vivant qu’un souvenir.

 Jean-Noël Cuénod

(1) Dans Les 13 dernières heures de la vie de García Lorca, publié fin juin, l'historien espagnol Miguel Caballero Pérez conteste les différentes versions plus ou moins officielles se rapportant aux circonstances qui ont entouré la mort du poète. Il l’attribue à une vengeance de la famille Alba, ennemie des Garcia Lorca, que l’écrivain avait rudement attaquée dans sa pièce La Maison de Bernarda Alba. Cela dit, la thèse d’un meurtre commis par des franquistes n’est pas pour autant écartée. La haine familiale des uns s’est-elle alliée à la fureur antirépublicaine des autres, qui sait ?

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15:49 Publié dans Poésie L'Or du temps | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : garcialorca, poesia, espagne, franco, vidéo | |  Facebook | | |

15/08/2016

Burqa? Pas Burqa? Inévitable mauvaise question

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Une polémique en Suisse et des rixes en Corse remettent le voile intégral sur le tapis. Face aux défis jetés par l’islamoterrorisme, relancer un débat sur cette bigoterie textile semble dérisoire. Impossible pourtant de l’éviter…

Parmi les nombreux péchés dans lesquels sombrent les bigots pétromonarchiques et talibanesques, l’emballage des femmes façon niqab, burqa ou, version balnéaire, burqini, n’est pas le moindre. Fourrer dans des sacs à patates, cette sublime création divine qu’est le corps féminin, est un crachat expectoré à la face d’Allah.

Cela dit, faut-il élever cette monstruosité au rang de question principale dans les relations entre les pays européens et l’islam? Face aux défis lancés par l’islamoterrorisme, cette question paraît dérisoire puisqu’elle ne concerne qu’une infime minorité de musulmanes. Néanmoins, l’emballage des femmes revient régulièrement dans l’opinion, comme un emblème inacceptable pour notre société démocratique. Une polémique en Suisse et des rixes en Corse, ont remis le voile intégral sur le tapis. Impossible désormais d’éviter cette mauvaise question.

Récemment, deux conseillers d’Etat socialistes, le Zurichois Mario Fehr et le Vaudois Pierre-Yves Maillard ont publiquement affirmé leur opposition au voile intégral, alors que le Comité d’Erkingen, composé de conservateurs et de membres de l’UDC, a lancé une initiative populaire pour bannir la burqa et le niqab de l’espace public suisse, comme cela se fait déjà au Tessin. Les déclarations de ces deux magistrats socialistes s’opposent à la ligne de leur parti vis-à-vis de cette initiative et ont sorti maints camarades de leur torpeur estivale.

La France a interdit depuis six ans le port du voile intégral mais c’est désormais la version balnéaire de l’emballage intégriste – le burqini – qui est cause de troubles. Le gouvernement Valls envisagerait de l’interdire sur l’ensemble de la République comme le laisse entendre la ministre de la Famille Laurence Rossignol. Plusieurs municipalités de la Côte d’Azur, Cannes par exemple, ont interdit la fréquentation des plages municipales aux «emballées», décision avalisée par la justice. En Corse, le port du burqini a provoqué des rixes sur la plage de Sisco ce qui a conduit le maire de la commune à l’interdire à son tour.

Faut-il prohiber, en Suisse, le voile intégral et en France, le burqini ? Mauvaise question, disions-nous, car nous perdons un temps précieux à polémiquer, débattre, légiférer sur la tenue des musulmanes, alors que nous devons prendre des décisions autrement plus vitales pour éradiquer l’islamoterrorisme: réformes des agences de renseignement – avec tous les problèmes délicats que cela soulève –, unité au sein des pays et du continent pour faire bloc contre le djihadisme, mise sur pied des structures sociales nécessaires à l’intégration des jeunes musulmans dans le circuit économique, dialogue avec les autorités morales de l’islam européen pour qu’elles présentent aux enfants musulmans une offre spirituelle les dissuadant de sombrer le terrorisme. Voilà les vraies, bonnes questions qui sont diablement, si j’ose dire, complexes à résoudre. J’ai peur que la burqa ne les voile et nous pousse à nous contenter du plus facile, à savoir inscrire une interdiction de plus dans la loi (mais la faire appliquer, ce sera une autre paire de burqini !)

Cela dit, depuis la série d’attentats islamoterroristes en France et un peu partout en Europe, les mentalités ont été bouleversées. Ce qui était perçu comme une insulte à la femme est aujourd’hui ressenti comme une intolérable provocation. S’il ne faut pas donner aux signes emblématiques un poids qu’ils n’ont pas, il serait coupable d’en ignorer l’impact. Le voile intégral est inacceptable sous nos cieux. D’ailleurs, les touristes saoudiens pourraient avoir la plus élémentaire politesse de s’en rendre compte afin de ne pas choquer leurs hôtes. Après tout, ces Tartuffe moyen-orientaux n’ont-ils pas exigé des marques suisses de montres qu’elles effacent de leurs boîtiers les croix helvétiques?

Alors, en fin de compte, faut-il ou non le jeter au large, ce voile intégral ? Le seul critère valable à prendre en compte dans nos pays démocratiques est la préservation de l’ordre public. Si celui-ci n’est pas troublé, une interdiction n’est pas nécessaire et serait-même contreproductive en excitant les provocations. Mais si la tranquillité sociale est perturbée par ce genre de tenue – ce qui semble être de plus en plus le cas –, il appartient à l’Etat de faire cesser le trouble en prohibant la burqa de la discorde, comme l’a fait le maire corse de Sisco à propos du burqini.

Dès lors, en Suisse, il faudrait non pas interdire ipso facto le port du voile intégral sur la place publique, mais permettre aux autorités communales, cantonales et fédérales de prendre une telle décision si l’emballage féminin suscite des troubles à l’ordre public.

Jean-Noël Cuénod

20:34 | Lien permanent | Commentaires (69) | |  Facebook | | |

11/08/2016

SOL SANS BOUSSOLE

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 La forge des éclairs prend la terre à témoins

A jets continus pluie et feu sur nos chairs

Nous marchons hagards sur des chemins qui s’effacent

Des gerbes de rires jaillissent çà et là

Comme des fougères surgissant des fossés

Des gerbes de rires pour baliser le cortège

Pour redresser l’échine et affermir le pas

 

L’horizon n’est pas encor sorti de sa gangue

Longue larve ventrue cœur palpitant visible

La certitude est une illusion de plus

Plus cruelle que toutes les autres et c’est tout

Le temps est une prison que nous contournons

Le but est une impasse que nous évitons

Nous marchons lucides au bord des précipices

Jean-Noël Cuénod

20:25 Publié dans Poésie L'Or du temps | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : poesie, poème | |  Facebook | | |

05/08/2016

France, Islam, Chevènement et le 1er -Aout du Plouc (Vidéo)

 

Deux interventions: Chevènement, symbole d’une France qui veut organiser «son» islam. Et une vidéo du Plouc en train de causer Suisse à TV5 Monde.

Unknown.jpegToutes les tentatives menées par divers gouvernements pour créer un «islam de France» ont échoué. Il n’est pas certain que le projet le plus récent du président Hollande – celui de pressentir Jean-Pierre Chevènement pour diriger la Fondation des œuvres de l’islam de France (FOIF) –, parvienne à surmonter cette fatalité. L’ancien ministre socialiste, devenu fondateur d’un parti souverainiste de gauche (Mouvement républicain et citoyen-MRC), se prononcera à la rentrée sur cette nomination qui reste donc à l’état virtuel.

 L’homme tout d’abord, pose problème. Son intégrité et sa compétence ne sont nullement en cause. Mais il est tout de même étrange de placer un politicien non-musulman à la tête d’un organisme qui sera chargé de trouver un financement, compatible avec les intérêts de la République, pour construire des mosquées et former des imams français. Les principaux dirigeants de la droite et du centre mais aussi de la gauche n’ont pas manqué de le souligner.

Certes, l’islam français est morcelé en une multitude d’entités en fonction des affinités nationales ou théologiques. Il n’est donc pas aisé de trouver une personnalité musulmane qui fasse consensus. Néanmoins, un non-musulman risque de faire l’unanimité… Mais contre lui!

Toutefois, la problématique ne se limite pas à une question de personnalité, loin de là. La difficulté fondamentale réside dans la méthode utilisée par l’Etat pour gérer ses relations avec l’islam, la deuxième religion de France en nombre de fidèles. Devant la difficulté à trouver un interlocuteur représentant l’ensemble des composantes de l’islam – du fait de l’inexistence d’un clergé structuré dans le sunnisme (très largement majoritaire dans l’Hexagone) – les gouvernements successifs ont tenté de susciter «d’en haut» une structure unique. Or, que ce soit le Conseil français du culte musulman, fondé en 2003 par le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy, sur une idée de son prédécesseur… Jean-Pierre Chevènement, ou la Fondation des œuvres de l’islam de France – voulue par le premier ministre Dominique de Villepin en 2005 et que le président Hollande veut réveiller aujourd’hui – ces organismes sont vécus comme des corps étrangers par la plupart des musulmans français. 

Ce type de rapport particulier entre l’Etat et l’islam relève, en partie du moins, de l’héritage colonial. A l’époque de l’Algérie française, Paris contrôlait étroitement les institutions islamiques, les lieux de culte et leurs officiants. Répéter aujourd’hui, même de façon beaucoup plus édulcorée, ce mécanisme construit «d’en haut» ne peut que susciter la méfiance, voire le désintérêt des musulmans français. Il appartient désormais à ces derniers de prendre des initiatives pour construire leur «islam de France». Il semble qu’aujourd’hui ils soient prêts à le faire.

Jean-Noël Cuénod

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14:16 | Lien permanent | Commentaires (22) | Tags : france, suisse, islam, chevènement, 1er-août | |  Facebook | | |