29/06/2016

ZENITH NADIR LA DEFENSE

Changement de pied. Changement de rythme. Changement d’angle. Changement d’état. Changement de dimension. Passons au mode poésie pour tenter de voir autrement l’insaisissable réel.     

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Cri dans le ciel criblé de braises

L’aile de l’hirondelle flamboie

Au zénith brumeux de La Défense

 

Barbouillé de sang et de nuit

Le soleil est devenu vieux

Il n’a plus la force de percer

La peau parcheminée de la Ville

Et la quitte, vieil amant honteux

Avec toutes ses ombres sans nombre

Une Ville à coucher sous ses ponts

A se perdre dans ses labyrinthes

De ruelles vidées par l’oubli

A se maquiller pour séduire

Le passé, pourvu qu’il passe enfin !

 

Silence dans le creux du ciel

L’aile de l’hirondelle s’éteint

La Défense sombre en son nadir

15:04 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : poème, paris | |  Facebook | | |

28/06/2016

Le Plouc cause Brexit dans le poste

 

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L’onde de choc du Brexit n’en finit pas de balayer les médias. Dimanche, notre consoeur Sophie Larmoyer, sur les ondes d’Europe1, lui a consacré son « Club de la presse étrangères », séquence de l’émission « Les Carnets du Monde ». Autour d’elle, trois journalistes de la presse étrangère parisienne : il maestro Alberto Toscano, journaliste et écrivain italien en général et piémontais en particulier, Philip Turle, journaliste britannique à RFI qui paraissait très déprimé par le vote d’une majorité de ses concitoyens et enfin, Le Plouc, comme Suisse de service. Le thème : le poids des consultations populaires. Traduction suisse : le poids des votations.

L’émission à écouter ci-dessous. Et vous aurez reconnu, ci-dessus, la patte de l’ami Acé qui évoque un autre Brexit.

20:00 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : brexit, europe | |  Facebook | | |

24/06/2016

Brexit ! Une Europe est morte, vive l’Europe…

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Première leçon à méditer pour les dirigeants du Continent après le Brexit: on ne construit pas l’Europe sans les peuples. Ils ont été sciemment écartés de ce processus par les chefs d’Etat des pays membres qui ont voulu conserver leurs prérogatives, tout en mettant leurs échecs sur le dos de l’Union européenne.(Dessin d’Acé)

 L’instance qui pèse le plus lourd dans cet ensemble d’institutions incohérentes qu’est l’UE reste le Conseil européen qui réunit les chefs d’Etat et de gouvernement nationaux. Ces derniers n’ont eu de cesse d’empêcher le Parlement européen d’avoir les pouvoirs nécessaires pour remplir vraiment son rôle de législatif.

A aucun moment, les chefs d’Etat membres de l’UE n’ont voulu clairement choisir la voie fédérale. Or, pour construire un ensemble pareil, il n’y a pas d’autres solutions. Soit, c’est le fédéralisme, soit c’est la souveraineté quasi absolue sur son pré carré. L’UE avait tenté une troisième voie des plus baroques en centralisant l’accessoire et en décentralisant le nécessaire. On s’explique : Bruxelles édicte des directives contraignantes concernant les sujets qui devraient être traités aux échelons nationaux voire régionaux. En revanche, l’UE ne s’occupe pas de l’essentiel, à savoir la défense, la diplomatie, la sécurité à tous points de vue. Résultat : les peuples constatent que l’Union Européenne les enquiquine pour des vétilles mais les laisse tomber lorsqu’il s’agit de les protéger militairement ou socialement. Dans ces conditions, l’UE est condamnée à être perçue comme un amas de gaz plus ou moins toxique. D’où la tentation de fermer la porte des nations pour y échapper.

Aujourd’hui, les souverainistes pavoisent après le Brexit voté par les Anglais et les Gallois (mais refusé par les Ecossais et les Irlandais du Nord, le Royaume Uni ne l’est plus !). Mais à l’ivresse succède la gueule de bois.

Car de quoi est constituée leur souveraineté ? De rien ou de si peu de choses. Aujourd’hui, aucun pays, pas même l’Allemagne, n’a la taille nécessaire pour assurer une politique indépendante à l’ère de la globalisation. L’indépendance nationale des souverainistes au XXIe siècle n’a d’autre réalité que celle d’un village Potemkine. Que pèsent la France et les autres pays dits « grands », face à Google, Microsoft, les multinationales, le géant chinois, la puissance américaine ? Le poids d’une plume soufflée au grand vent mondialisé. Ces Etats ont été incapables de contrer le secret bancaire de la petite Suisse ; ils n’y sont finalement parvenus qu’en raison des décisions prises par les Etats-Unis contre les banques helvétiques.

Seule l’Europe a la taille critique nécessaire pour affronter la tourmente mondialisée et pour lui apporter cette régulation sans laquelle nous allons entrer dans l’enfer social. Mais pour ce faire, l’Union devra arrêter de nous ennuyer avec la courbure des concombres pour construire un ensemble fédéral cohérent.

Avec le Brexit, une Europe est morte, vive l’Europe !

 Jean-Noël Cuénod

12:15 | Lien permanent | Commentaires (35) | Tags : #brexit, #europe, #ue, #bruxelles | |  Facebook | | |

22/06/2016

Comment dépanner la démocratie française

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Même si la manif contre la Loi Travail est finalement maintenue en version abrégée, il n’en demeure pas moins que l’Hexagone souffre d’un inquiétant déficit démocratique. Pour le combler, les cortèges ne sont pas forcément la seule solution et ne peuvent offrir toutes les garanties nécessaires à l’expression générale de tous les citoyens (Dessin Dacé).

Manifester sur la voie publique est l’une des rares possibilités pour les Français de faire entendre leur voix dans un système fortement centralisé et hiérarchisé. Aussi, l’interdiction, annoncée mercredi matin, de la manif de jeudi 23 juin contre la Loi Travail a-t-elle suscité une émotion bien légitime. D’autant plus qu’une telle mesure n’aurait fait qu’aggraver la situation car elle n’aurait pas dissuadé les manifestants de descendre dans la rue. Finalement, le cortège a été autorisé de La Bastille à… La Bastille en piétinant autour du Bassin de l’Arsenal. En cette circonstance, chacun a pu constater le degré himalayen de cafouillage atteint par la présidence Hollande. Mais le problème est bien plus vaste que le laisse penser cet épisode.

De par ses institutions très particulières, la France – aujourd’hui en pleine de crise de nerfs – donne tout le pouvoir à un seul homme qui s’entoure d’une caste d’autistes en souliers vernis et escarpins Louboutin. Dans chaque région, un roitelet organise sa cour locale de la même façon, en attendant du Centre une manne de plus en plus chiche. Pour quelqu’un qui vient de l’extérieur, entendre des politiciens français affirmer que la seule élection qui compte est la présidentielle, c’est hallucinant ! Aux Etats-Unis, par exemple, les élections parlementaires et celles des gouverneurs ne sont pas considérées comme secondaires, même par rapport au scrutin présidentiel. Et il en va ainsi de l’immense majorités des démocraties.

Les damnés de la rouspétance

Bien entendu, ils ne sont jamais contents de leur monarque, les Français, ces damnés de la rouspétance. Il en fait trop pour les autres, au détriment de ma pomme (ou de mon cageot de pommes). A l’étranger, on perçoit cette attitude comme consubstantielle au « caractère français ». Ne sachant pas ce qu’est un « caractère français » et répugnant à essentialiser un peuple, je préfère l’explication suivante : ces réactions infantiles sont la conséquence logique des institutions de la Cinquième République.

Soucieux de préserver leur « plan de carrière » et de conserver les institutions qui les nourrissent plus ou moins grassement, la plupart des politiciens français prétendent que changer de structures républicaines est tout sauf prioritaire. L’avalanche de catastrophes politico-sociales qui n’en finit pas depuis des décennies leur apporte le plus cinglant des démentis. Si la Ve République a permis de pallier ce vice majeur de la IVe, à savoir l’instabilité gouvernementale, cela ne signifie pas pour autant que modifier les structures républicaines ait pour conséquence automatique de retomber dans ce travers.

Dissoudre la dissolution !

Pourquoi ne pas envisager – comme aux Etats-Unis, comme en Suisse, notamment – d’ôter au parlement le pouvoir de faire tomber le gouvernement et au président, celui de dissoudre le parlement ? Ce droit réciproque provoque la paralysie : les députés n’osent pas renverser le gouvernement de peur que le président prononce la dissolution du parlement et les renvoie devant leurs électeurs, au risque de ne pas se faire réélire, ce qui nuirait gravement à leur « plan de carrière ».

Ce qui manque aux Français, c’est de se sentir responsables. Ils restent dans la posture, à la fois confortable et frustrante, du spectateur qui n’a pas d’autres droits que celui de huer ou d’applaudir.

Pour les en sortir, il n’y a pas d’autres solutions que la démocratie semi-directe, c’est-à-dire, comme en Suisse, un équilibre entre la démocratie représentative et la démocratie directe. Seule cette forme de démocratie permet au peuple d’être coresponsable des décisions politiques. Il arrive qu’au sein de la Confédération, le peuple prenne des décisions qui se révèlent en fin de compte néfastes. Il ne peut alors s’en prendre qu’à lui-même. Quitte à remettre un sujet controversé sur le tapis électoral.

Votation et « bascule à Charlot »: le mauvais procès

Les objections contre la démocratie semi-directe ne tiennent pas la route. La plupart des opposants français à ce type de régime font preuve d’une mauvaise foi patente lorsqu’ils abordent le système suisse en mettant en épingle la votation sur les quotas d’entrée des Européens, tout en oubliant les votations favorables à l’ouverture du pays. A gauche, cet argument est souvent avancé : « Si Mitterrand avait soumis à votation la suppression de la peine de mort, on guillotinerait encore dans les prisons françaises ». Pour appuyer ce qui n’est qu’une hypothèse, on se base sur les sondages fait à l’époque (1981) où fut prise la décision de l’alors président.

Tout d’abord, sondage ne vaut pas vote. En Suisse, nombreux sont les résultats référendaires qui se sont révélés fort différents des estimations d’opinion. Répondre à un sondeur où remplir son bulletin de vote, ce n’est pas du tout la même chose. La plupart du temps, les sondages de l’époque se déroulaient, à la demande des médias, juste après un crime particulièrement odieux. Le résultat était donc couru d’avance.

Entre sondage et vote, la différence la plus notable tient dans les débats souvent longs qui précèdent une votation importante. Ce temps du débat, du moins sous cette forme, n’existe guère en matière d’enquêtes d’opinions. Le sondé répond à brûle-pourpoint, dans la plupart des cas, d’où le poids considérable tenu par l’émotion.

Cela dit, plutôt qu’être la conséquence sympathique d’un fait du Prince, la suppression de la peine capitale aurait mérité un vaste débat public, à l’issue duquel il n’est pas du tout certain que la guillotine l’eût emporté.   

Toujours à propos du châtiment suprême, la critique la plus souvent formulée à gauche est qu’un référendum ou une initiative populaire en France pourrait rétablir la « Bascule à Charlot »[1]. Or, c’est un mauvais procès que l’on intente ainsi à la démocratie semi-directe. En effet, comme la Suisse, la France a signé tous les protocoles additionnels de la Convention européenne des droits de l’homme confirmant l’abolition de la peine de mort, notamment le treizième (abolition du châtiment suprême en toutes circonstances). Dès lors, un retour de la guillotine relève de la mission impossible, sauf à dénoncer, l’un après l’autre, les traités internationaux, procédure longue et hasardeuse qui mettrait la France au ban de l’Europe avec toutes les conséquences économiques désastreuses que cela entrainerait. Et le fric, que voulez-vous, ça fait réfléchir !

De la Suisse dans les idées

Toutefois, à force de réclamer des têtes, le peuple risque de perdre la sienne en votant des horreurs. A tout souverain, même populaire, il faut des garde-fous. Et lorsque l’on apprend que la cause de la torture progresse au sein de l’opinion française (lire en cliquant ici l’enquête d’opinion réalisée par l’ACAT), il convient, en effet, de se montrer prudents. Dès lors, il appartiendrait à une instance de magistrats de haut niveau d’annuler une votation si celle-ci porte manifestement atteinte à la Convention européenne des droits de l’homme. Pour que la démocratie semi-directe ne se retourne pas contre elle-même et contre la société, il faut donc lui instiller une goutte d’aristocratie. Une goutte. Pas plus.

L’autre objection couramment avancée affirme que les Français ne répondent jamais à la question posée et profitent de la votation pour exprimer leur aversion chronique contre l’exécutif. Dans le contexte actuel, avec un président à la fois omnipotent et impuissant, il est évident que voter contre lui est une tentation à laquelle il est difficile de ne pas céder. Mais ce vote grincheux n’est pas une fatalité dans une nouvelle République démonarchisée où les pouvoirs seraient mieux répartis entre le législatif, l’exécutif, le judiciaire, les régions et les métropoles.

Conclusion : la France ferait bien d’avoir un peu de Suisse dans les idées.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Référence aux prénoms portés par quatre représentants de la famille Samson, qui de père en fils, revêtaient la charge de bourreau.

16:21 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : démocratie, france, loitravail, hollande, république | |  Facebook | | |

17/06/2016

Jo Cox tuée: qui jette du feu sur l’huile ?

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Le meurtre de la députée anglaise Jo Cox s’ajoute à la liste d’attentats de natures diverses qui ont accablé et accablent encore l’Europe. « C’est un fou, un déséquilibré, un loup solitaire pris par la rage ». Telle est la description du suspect donnée d’emblée par les médias et les réseaux sociaux. Un certain Mohamed Merah avait été ainsi qualifié. On sait aujourd’hui que le loup n’était pas aussi solitaire que cela.

L’homme qui est accusé d’avoir tué la parlementaire travailliste de 41 ans a pour nom Thomas Mair. Grâce à une organisation de défense des droits civiques, Southern Poverty Law Center, on sait maintenant que Mair a appartenu au mouvement néo-nazi américain, Alliance nationale (pour en savoir plus, cliquez sur cette zone). Certes, cela ne démontre pas que l’acte qu’on lui impute soit la conséquence d’un complot ourdi de longue main. Loin de là. Cela désigne simplement – enfin si l’on ose dire – le terreau sur lequel les pauvres idées de Thomas Mair ont poussé.

Que l’acte qui a coûté la vie à une mère de famille (deux enfants de 3 et 5 ans) engagée dans l’humanitaire soit l’œuvre isolée d’un fou, c’est possible, peut-être probable. Cela suffit-il à exonérer de toute responsabilité la virulence xénophobe de la presse britannique de caniveau ? La violence verbale qui a pollué la campagne sur le Brexit ? En aucun cas. Ce déferlement de feux de bouche a de quoi enflammer les esprits les plus faibles. Et ce n’est pas ce qui manque, les esprits faibles en ce très bas monde.

Violence salafiste

Dans le même registre, que dire des salafistes prétendument quiétistes, des wahhabites du Golfe avec Rolex incorporée qui sont tout miel sur la scène occidentale mais distillent dans les coulisses la haine contre les juifs, les chrétiens, les athées et autres « kouffar », sans oublier les femmes, les gays et tout ce qui n’est pas semblable à eux ? Ce sont leurs prêches pervers qui arment idéologiquement notre pire ennemi : l’islamisme intégriste.

Violence hooligano-moscovite

Que dire de la Russie poutinienne qui cautionne les déchaînements des hooligans de son pays en convoquant l’ambassadeur de France au Kremlin pour lui remonter les bretelles ? Il faut dire que la police française avait eu l’incroyable toupet d’appréhender des voyous russes qui s’apprêtaient à semer leur violence coutumière. Il y a pire : ces bandes organisées ont reçu un appui politique, celui du député d’extrême droite à la Douma, Igor Lebedev, qui les encouragées par ce tweet : les gars ont défendu l'honneur de la patrie, et n'ont pas laissé les Britanniques défier notre pays. Je ne vois rien de mal aux combats de supporters. Au contraire, bien joué les gars et tenez bon! Un conseil : il faut toujours agiter les fous avant de s’en servir.

Violence xénophobe

Que dire enfin de la propagande raciste ou xénophobe qui souillent les campagnes électorales des partis d’extrême droite en Europe ? Rappelons-nous en Suisse, les affiches gluantes de haine de l’UDC et du MCG.

Tous ces grands ou petits agitateurs – politiciens sans scrupule et propriétaires de médias sans éthique – ont créé le climat délétère que nous subissons et qui provoque le passage à l’acte des esprits déstabilisés. Ces pyromanes verbeux ont jeté leurs étincelles sur une mare d’huile et prétendent aujourd’hui n’y être pour rien. Trop facile, Messieurs les bouteurs de feu de bouche ! Un jour ou l’autre, la société vous réclamera des comptes.

Pour l’instant, tout vous fait ventre : succès électoraux et gros tirages. Mais tout à une fin. Même le pire.

 

Jean-Noël Cuénod

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Qui était Jo Cox, la députée britannique... par LEXPRESS

17:24 | Lien permanent | Commentaires (29) | Tags : #jocox, #attentats, #brexit, #violence, #hooligans | |  Facebook | | |

10/06/2016

L’Eurofoot, un concentré de contradictions. Comme la vie

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Dans le foot, il y a tout et son contraire. Souvent le pire mais aussi, plus rarement, le meilleur. Chacun peut y faire son marché au gré de ses besoins électoralistes, commerciaux, idéologiques, médiatiques.  

D’un côté, le sport le plus populaire de la planète ouvre la vanne aux idées et aux comportements les plus répugnants de l’humanité : le nationalisme, le racisme, la course au fric sans frein, les magouilles majuscules, la connerie élevée au rang de vertu mondialisée. Bref, tout ce que nous adorons détester.

Mais à chacun de ces éléments négatifs, le football fait correspondre son antidote.

Le nationalisme ? Il est indéniable. Mais cela n’empêche nullement un Français de vibrer pour le Brésil ou un Suisse, pour l’Angleterre. Comme nous sommes tous, peu ou prou, attachés par des liens divers à d’autres pays que celui de notre passeport, c’est à côté d’un drapeau français ou suisse que nous attacherons celui de l’Italie, de l’Espagne, du Portugal ou de l’Argentine. Sur la planète Foot, le nationalisme est à géométrie variable.

Le racisme ? Comment pourrait-on le nier ? Les cris de singe ou les jets de bananes sur le passage des joueurs noirs nous le rappellent régulièrement. Mais les équipes nationales, elles, sont de toutes les couleurs et les sélectionnés ont des origines les plus diverses. D’ailleurs, le Front National, ne s’y est pas trompé. Depuis 1998, date de la victoire de la France et de ses « Blacks, Blancs, Beurs », le parti du clan Le Pen ne plus voir les Bleus en peinture. L’entraîneur français Didier Deschamps a été, comme personne ne peut l’ignorer, traité de « raciste » parce qu’il a renoncé à sélectionner Karim Benzema. A consulter la liste des joueurs retenus en équipe de France, il est évident que l’on a fait à Deschamps le plus injuste des procès.

Et que dire de l’équipe suisse où les noms ont des consonances albanaises, yougoslaves, turques, espagnoles, africaines ? Cela n’empêchera pas l’électeur UDC de bondir de son fauteuil si « ses » joueurs parviennent (enfin !) à marquer des buts.

La course au fric sans frein ? Salaires exorbitants… Surenchère délirante entre oligarques russes et pétromilliardaires du Golfe pour s’arracher les vedettes, alors que l’on ne parvient pas à éradiquer nombre de maladies tropicales… Le constat est accablant. Mais au fond d’une cour à Lisbonne, des petits Portugais tapent dans un ballon en se prenant pour leur glorieux compatriote Ronaldo (phiti du haut). Le bonheur dans un pays livré à l’austérité. L’énergie suscitée par l’espoir que l’on peut s’en sortir. Peut-être pas comme Ronaldo mais avec ce qu’il faut de dignité pour devenir un homme.

Les magouilles majuscules ? Au niveau de tripatouillages atteint par les organismes internationaux du foot, on ne peut plus parler de magouilles, mais de grandes manœuvres corruptrices. Pourtant, le foot, c’est aussi ces milliers d’éducateurs bénévoles qui, chaque mercredi, prennent en charge les footeux en herbe. Combien de lascars ont-ils quitté le chemin de la délinquance grâce à ces travailleurs sociaux qui ne touchent pas un rond ?

Camus_PremierHomme.jpgLa connerie élevée au rang de vertu mondialisée ? Les propos ineptes débités par des supporteurs marinés dans la bière et leurs gadget plus grotesques les uns que les autres nous en administrent la preuve, de la plus consternante des façons.

Mais alors si le foot est bête comme ses pieds, pourquoi de grands philosophes ou écrivains ont-ils tant écrit à son propos ? La liste est longue : Camus, Montherlant, Dard (tous les trois furent gardiens de but, à méditer…), Sartre, Peter Handke, plus récemment, Yves Laplace (arbitre et romancier suisse), Jean-Philippe Philippe Toussaint (ah, quelle merveille son « Football » à écouter tous les soirs sur… France- Culture !) et bien d’autres encore.

C’est ça la force du foot : un concentré de contradictions. Comme la vie. Et comme la vie, il est inévitable.

Jean-Noël Cuénod

11:16 | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : eurofoot, football, ronaldo, camus | |  Facebook | | |

06/06/2016

QUE VOULEZ-VOUS ?

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 Que voulez-vous? Que voulons-nous? Si nous parvenons à préciser les contours de cette question, la réponse surgira d’elle-même. Mais nous voulons tellement de choses contradictoires que nous ne sommes pas sortis de l’auberge espagnole.

 

Que voulez-vous

J’ai soif de pain partagé

 

Que voulez-vous

J’ai faim de vin fraternel

 

Que voulez-vous

Je ne rends pas mes armes

 

Que voulez-vous

J’entends les cris de nos morts

 

Que voulez-vous

J’écoute les silences de nos vivants

 

Que voulez-vous

Je ne suis ni de bois ni de marbre

 

Que voulez-vous

Je garde au cœur les vieux chants

 

Que voulez-vous

Je reste de boue devant le Veau d’Or

 

Que voulez-vous

Je puise au fond des gouffres l’eau solaire

 

Que voulez-vous

J’abrite dans mon corps l’étincelle

 

Que voulez-vous

J’attends le feu sur mes savanes

 

Que voulez-vous

Je m’évade de la prison des miroirs

 

Que voulez-vous?

Vous ?

 

Jean-Noël Cuénod

11:46 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : poésie, révolte | |  Facebook | | |

03/06/2016

La France, de l’état d’urgence à l’état liquide

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 Alors que la Seine, cette gourgandine qui prend de l’ampleur, frise les glaouis du Zouave au pont de l’Alma, la France se dilue partout. L’inondation qui emporte tout sur son passage entre en résonance avec la politique qui va à vau-l’eau.

Cette association entre la colère du ciel et celle des hommes créé une synergie particulièrement déprimante. Tout se dilue. Les champs, l’extrême-gauche, les routes, l’extrême-droite, les chemins, la droite, les maisons, la gauche, les trottoirs, le gouvernement, les prairies, l’opposition, l’équipe de France de foot, Nuit Debout, les syndicats, les bosquets. Tout, on vous dit. Chacun se sent sucre en train de fondre dans une immense carafe au contenu trouble.

Le pédalo a chaviré mais tout va bien

Pour mémoire, rappelons que si le gouvernement n’a pas été dissous au sens juridique du terme, il surnage à peine au fil de l’eau. Le capitaine Hollande s’accroche à son pédalo qui a  chaviré en clamant, entre deux tasses : « Tout va bien… gloub… gloub… ça va.. blublub… mieux… Qui m’a piqué mon… glubs… gilet de sauvetage ? »

 Tels Macron et Valls, les rats veulent quitter le navire et courent comme des dératés sur le pont sans trouver d’issue, tout en se flanquant des coups de dents :

« Si je me jette à la flotte, je vais couler. Si je reste sur le pédalo, je vais couler aussi. Quoi ? Qu’est-ce que vous dites ? L’état de la France aujourd’hui ? Mais on s’en tape, de l’état de la France aujourd’hui ! La seule chose qui importe, c’est l’élection présidentielle de 2022. Le reste, on s’en fout !»

Primaire têtes à claques

L’opposition n’a pas encore retrouvé les chaises à porteur du pouvoir qu’elle se dispute les gamelles du futur. La primaire de la droite prend des allures d’équipe de foot avec ses onze candidats qui, dès septembre, vont disputer le Championnat de France du lancer de couteaux dans le dos et la Coupe des têtes à claques. Alain Juppé a la cote mais tiendra-t-il jusque-là ? En matière de coups tordus son rival Nicolas Sarkozy est insurpassable. Un homme qui, jadis, avait roulé Charles Pasqua dans la farine pour enlever la mairie de Neuilly n’est pas seulement un expert, c’est une référence.

Si la lutte des personnes est féroce, le combat des idées, lui, est aussi absent qu’un rayon de soleil. Les candidats de la droite prônent tous l’ultralibéralisme sans se poser la question de l’acceptation de ces mesures par les citoyens, alors que l’actuelle révision de la Loi Travail est en train de bloquer la France.

Extrême-gauche homéopathique

La dilution risque fort de réduire l’extrême-gauche à l’état de molécule homéopathique. Même le Parti communiste éclate en tendances, ce qui doit faire tourner la dépouille de Maurice Thorez à la manière d’une foreuse de tunnelier. Sans compter que Mélenchon ira à la bataille, seul contre tous. Et pas question de se lancer dans une autocritique comme autrefois, de se demander pour quelle raison tous les régimes que l’extrême-gauche a soutenu ont fait le malheur des peuples au lieu de les conduire vers les routes fleuries du bonheur ouvrier.

Le Blocher de Béziers

Cette France à l’état liquide coule sans obstacle vers les rives du Front national et de sa blonde harengère. Mais l’extrême-droite n’échappe pas pour autant au phénomène dilatoire. Passons sur le duel père-fille, en voie de résolution par l’écoulement du temps. Passons même sur le duel tante-nièce. Les médias ont beau jeu de souligner le discours ouvriériste de Marine Le Pen au nord de la France, en opposition avec les options nationales-libérales de Marion Maréchal-Le Pen, au sud. Mais intervertissez les positions géographiques des deux Lepenettes et vous aurez une Marion qui, devant les anciens mineurs et les ouvriers au chômage du nord, vantera les mérites de l’intervention de l’Etat et une Marine qui, face aux petits commerçants et aux retraités du sud, réclamera la liberté totale d’entreprise. Les partis nationalistes ont toujours développé ce double langage. C’est ce qui a fait leur succès dans les années 1930.

Le danger de dilution de l’extrême-droite se situe ailleurs. Vers Béziers, la ville qui a réussi à se donner un maire situé à la droite de Marine Le Pen, Robert Ménard, ex-gauchiste, ex-socialiste, ex-humanitaire devenu droitiste tendance TPMG (Tout pour ma gueule). Il y a peu, Robert Ménard a réuni dans son antre bitterois les multiples tendances qui vont de l’aile nationaliste du parti LR jusqu’à « la droite de la droite »: les villiéristes, les chrétiens-démocrates fondés par Christine Boutin, Debout La France de Dupont-Aignan et autres grenouilles des bénitiers intégristes ou crapauds des marais souverainistes.

Ménard a aussi invité le Front national. Après moult hésitations, les deux députés frontistes, Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard, ont fait le voyage de Béziers. Mais pour en partir aussitôt non sans avoir claqué la porte après s’être rendu compte que Ménard cherchait à faire de son mouvement « Oz la droite », un concurrent direct du Front national.

Robert Ménard affirme être d’accord avec 80% des idées de Marine Le Pen, à savoir la politique xénophobe et de fermeture totale des frontières, mais en opposition frontale avec le 20% restant, à savoir la protection sociale et le rôle dirigeant de l’Etat dans l’économie. Au fond, Ménard cherche à devenir pour la France, ce que Blocher est pour la Suisse, un conservateur national-libéral. Lapsus révélateur ? En faisant référence, pour nommer son mouvement, au Magicien d’Oz, Robert Ménard a oublié que ce personnage est un imposteur dans le livre de Lyman Frank Baum.

Dès lors, à peine l’extrême-droite a-t-elle le vent en poupe que la voilà prise dans les remous de la dilution.

Nuit Debout à dormir couché

Et le mouvement Nuit Debout ? Il a fait naître le fugitif espoir qu’un mouvement de type nouveau allait se créer à partir de la base. Pour l’instant, il n’a pas dépassé le stade oral, celui où, l’un après l’autre, chaque orateur d’occasion s’exprime pour s’écouter bavarder. En l’absence de perspective politique, il s’essouffle. On est loin de Podemos ou d’Occupy Wall Street. Quant à l’union nationale qui avait fait parcourir un frisson de ferveur collective après les attentats de Charlie Hebdo et l’Hyper Casher, elle est l’une des victimes collatérales des autres attentats, aveugles ceux-là, de novembre dernier. Les grands défilés du 11 janvier 2015 ont sombré à leur tour.

Benzema en ligne de partage politique

Dans de nombreux pays, le foot constitue le seul élément fédérateur. La France ne peut même pas s’en prévaloir. Alors que son équipe nationale est capable d’emporter l’Eurofoot, dont la phase finale se déroule sur son sol, elle s’est embarquée dans une ahurissante polémique à propos de la non-sélection de Karim Benzema. Voilà le sélectionneur Didier Deschamps traité de raciste ou en tout cas d’avoir trop écouté la vox populi qui voulait bouter l’attaquant du Real hors les Bleus. Benzema est devenu une ligne de partage politique : à gauche, ceux qui le défendent ; à droite, ceux qui le vilipendent. Difficile de faire plus absurde. Mais c’est le Père Ubu qu’il faut élire à l’Elysée, Cornegidouille !

Tout élan retombe aussitôt. Tout espoir d’en sortir s’obscurcit, à peine est-il entrevu. Impression que la vie coule entre les doigts, de n’avoir prise sur rien. Alors, on vous dit, en continuant de filer la métaphore météorologique :

 « Vous savez pour que la France change, il faudrait un sacré coup de tonnerre, une vraie bourrasque sociale comme la tempête qui a rendu chauves les forêts du Sud-Ouest à l’orée de l’an 2000. »

Et chacun d’espérer et de redouter en même temps, ce coup de Trafalgar. Mais aucun bulletin météo n’est en mesure d’en fixer la date.

 Jean-Noël Cuénod

 

 

 

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01/06/2016

Vous la voulez comment, votre colère?

France bloquée. La CGT grève. La pluie renchérit. Macron s’ISF grave. Hollande hollandit. Valls valsera. La déprime s’imprime.  Il y a de l’ire dans l’air. Il y en a pour toutes les colères.

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