18/05/2016

Esotérisme et politique, un couple sous haute tension

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Georges Washington, franc-maçon et bâtisseur des Etats-Unis

Remarque liminaire avant d’aborder ce sujet. Les Loges interdisent d’aborder les questions politiques et religieuses. Or, sous tous les cieux maçonniques, les Ateliers ont abordé, abordent et aborderont ces deux sujets qui forment la base de la vie collective. Et il ne saurait en être autrement, dans la mesure où rien de ce qui est humain n’est étranger à la Franc-Maçonnerie. Il reste à savoir comment les évoquer.

En matière politique et religieuse, ce que la Franc-Maçonnerie proscrit, c’est le débat politicien, partisan, au cours desquels on s’étripe pour l’une ou l’autre cause, pour l’un ou autre leader, ainsi que les expressions purement confessionnelles qui tournent forcément au prosélytisme et aux déchirures communautaires. Le débat partisan et le débat confessionnel divisent, alors que le propos de la Franc-Maçonnerie est de réunir ce qui est épars, selon la formule consacrée dans de nombreux rites.

Dès lors, aborder la politique - au sens de son étymologie tirée du mot grec politikè qui signifie, science des affaires de la Cité – est légitime en Loge. De même, la religion – déconnectée de ses aspects confessionnels – a toute sa place dans un travail en Atelier, notamment selon l’étymologie latine de la religion qui recèle trois significations possibles :

  • Relegere- Recueillir, avec la notion de scrupule.
  • Relinquere- Laisser, avec les notions de distance, respect, précaution.
  • Religare - Attacher, avec la notion de lien, relier.

Par commodité de langage – ou par paresse intellectuelle –  le mot « religion » est trop souvent réduit au synonyme d’  « Eglise » ou d’  « institution religieuse » alors qu’il est beaucoup plus riche en significations.

Venons-en maintenant au thème indiqué par le titre: « Esotérisme et politique, un couple sous haute tension ».

Ne pas confondre emblème et symbole

Tentons cette définition de l'ésotérisme : démarche visant à connaître ce qui est caché à la première vue de l'humain et forme les trames cachées de la vie.

  L'ésotérisme est un mot dérivé du grec ésotérikos, soit « doctrine des choses intérieures », destinée à un petit nombre d’adeptes dûment préparés pour l’étudier. Son contraire est l’exotérisme, doctrine destinée à être diffusée pour tous. Cela signifie-t-il que l’ésotérisme est réservé à une élite autoproclamée telle et l’exotérisme, à la masse ? Non. Chacun peut se lancer sur le chemin de l’ésotérisme, s’il se sent appelé à l’emprunter. Nul besoin de diplôme, de certificat d’hérédité. Mais cette approche nécessite un travail à la fois personnel et collectif qui ne peut s’accomplir sans autodiscipline et assiduité. Il s’agit donc d’un état d’esprit et d’une ascèse qui, par la force des choses, n’attirent pas les foules. L’effort reste un épouvantail efficace.

L’ésotérisme se propose d'appréhender le point idéal où les contradictions qui forment l'univers tangible apparaissent complémentaires dans leur unité première.  Pour ce faire, les ésotéristes disposent d'un mode d'enseignement particulier basé sur la réflexion, la méditation et la compréhension intime des symboles qui ont traversé les siècles par le truchement d'organisations initiatiques, régulières et traditionnelles, telles que la Franc-Maçonnerie.

  Ce langage symbolique permet à l'ésotérisme de déployer tous ses effets. N'étant pas entravé par la barrière des conventions édictées pour les langages oraux et écrits, il va au coeur de la connaissance par un réseau de relations analogiques. Il s’agit, selon le philosophe français Pierre Riffard, d’un langage naturel, qui établit des relations non conventionnelles entre le signifiant et le signifié. Un symbole contient en lui-même moult significations – à la manière des poupées russes. Pour découvrir cette multiplicité de sens induit par un seul élément, l’adepte doit suivre, étape par étape, son parcours vers une compréhension toujours plus fine et plus diverses.

Cette démarche symbolique et progressive utilise le raisonnement par analogie et la réflexion sur les correspondances. Un élément A correspond à un élément B qui semble, en apparence, de nature ou d’aspect différent mais dont l’ésotériste perçoit – par raisonnement et/ou intuition – les liens cachés qui les unissent. Et de correspondances en correspondances, l’ésotériste cherche à aller toujours plus avant dans sa quête de vérités (avant de prétendre aborder la Vérité, mais cela est une autre histoire). C’est Baudelaire qui a le mieux illustré ce processus dans son célèbre poème tiré des Fleurs du Mal et intitulé, justement, Correspondances:

La nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles;

L'homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l'observent avec des regards familiers.

    

Comme de longs échos qui de loin se confondent

Dans une ténébreuse et profonde unité,

Vaste comme la nuit et comme la clarté,

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

 

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,

Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,

- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

 

Ayant l'expansion des choses infinies,

Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,

Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

  Nous noterons que le poète a utilisé à sept reprises le mot « comme » qui est la clé du raisonnement analogique. Grâce à cet adverbe, la langue réunit ce qui est épars. Quant au nombre 7, il est douteux que Baudelaire, très au fait de la symbolique des nombres, l’ait choisi par hasard.

L’inconscient au boulot !

Le symbolisme maçonnique ne s’adresse pas qu’à la conscience. En Loge, l’inconscient, lui aussi, travaille. Ainsi, les rituels – qui mettent en mouvement les symboles – s’adressent-ils aussi à notre part d’ombre, ce qui ne va pas sans danger. D’où l’importance d’utiliser des rituels qui ont démontré leur caractère constructif – ce n’est pas pour rien que la Maçonnerie puise dans la construction une grande part de ses outils symboliques – et de les respecter. Le rituel n’est pas là pour faire joli ! Il s’agit d’une mise en œuvre qui mobilise de façon complexe tous les états de notre être et qui peut, au bout du processus – si tant est que celui-ci a une fin – faire émerger les contenus inconscients à la conscience, en d’autres termes, réconcilier l’individu avec lui-même en élargissant le champ de sa conscience, réunir ce qui, en lui, est épars.

 Concernant les relations entre ésotérisme et politique, il faut établir une distinction essentielle avant d’aller plus loin. Par sa pluralité de significations possibles, le symbole ne saurait être confondu avec l’emblème. Celui-ci ne signifie qu’une seule chose : le drapeau rouge à croix blanche caractérise la Suisse et non pas une autre entité. Le symbole est foisonnant, l’emblème est sec.  La recherche symbolique est une quête dont les découvertes sont constamment remises en question. Le symbole pose chaque fois de nouvelles questions et n’induit aucune réponse définitive. C’est la marche qui fait son prix et non pas le but. Alors que l’emblème, lui, ne donne qu’une seule réponse et n’en induit pas d’autres ou alors en nombre très limité. Il recèle en lui les germes d’une forme autoritaire de langage.

Premier écueil entre ésotérisme et politique : leurs difficiles et périlleuses relations buttent souvent sur cette opposition symbole-emblème. Le monde politique apprécie les emblèmes. Ses partis en sont de gros consommateurs, sous formes de drapeaux, logos, couleurs, slogans. De même, l’état d’esprit des femmes et hommes politiques est plus empreint d’emblèmes que de symboles. Le pouvoir ne peut pas se payer le luxe de faire succéder les questions aux questions. Il doit donner des réponses, temporaires, certes, mais des réponses tout de même. Et faire preuve d’autorité, ce qui se conjugue fort mal avec les libres associations d’idées et d’images, privilèges du langage symbolique de l’ésotérisme. Dans les médias, la confusion entre démarche emblématique et démarche symbolique intervient systématiquement. Tel ministre a pris une décision « symbolique », tel président a accompli un geste « symbolique ». Or, cette décision ou ce geste ne relève pas du symbole mais de l’emblème. Par sa décision, le ministre a voulu signifier une seule chose et non pas un élément avec une pluralité de sens ; par son geste, le président, a voulu adresser un message univoque à telle ou telle partie de la population. Nous restons donc bien plantés dans le domaine de l’emblématique.

Certes, les méchantes langues rétorqueront que les propos des politiciens sont souvent volontairement ambigus et signifient parfois une chose et son contraire. Feu le président Mitterrand ne disait-il pas que l’on sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ? Mais on ne saurait confondre langage symbolique et double langage. Celui-ci procède de la tactique qui ne vise qu’un seul objectif : le pouvoir. A conquérir. Ou à conserver. Nous restons fort éloignés de la libre association d’idées et de la pluralité de sens propre au langage symbolique. Le double langage demeure donc dans la sphère du langage emblématique.

On le constate d’emblée, l’ésotérisme et la politique éprouvent de la difficulté à trouver un langage commun. Cela dit, pourquoi devraient-ils dialoguer ? Après tout, chacun pourrait rester dans son coin sans se soucier de l’autre. Mais voilà, tel n’a pas été le cas. Aussi loin que l’on remonte dans l’Histoire, politique et ésotérisme ont formé un couple sous haute-tension. Sans doute, ces noces étaient-elles inévitables, dans la mesure où la politique a souvent été fascinée par les pouvoirs occultes qu’elle attribue à l’ésotérisme. Celui-ci de son côté a parfois cédé aux sirènes des politiciens, pensant tenir ce pouvoir d’influence qui lui a été tant reproché. L’écrivain franc-maçon Daniel Béresniak a souligné les dangers de ces dérives dans son livre Les bas-fonds de l’imaginaire (éditeur : Detrad) :

Regarder toute définition comme l’écorce d’une autre à découvrir est (aussi) le but de l’ésotérisme. Ce qui est visible cache toujours quelque chose. Mais cette quête du « caché », si elle est libératrice, peut être aussi pathogène. Qui aspire à dominer ses semblables découvre dans la face cachée des choses des vérités éternelles propres à cautionner son désir. 

  Il n’y a donc pas de gentils ésotéristes, d’un côté, et de méchants politiciens, de l’autre. Il y a certains humains qui cherchent à en aliéner d’autres pour asseoir leurs profits, leurs pouvoirs, voire les deux à la fois.

Esotérisme et occultisme, ésotérisme et mystique

A la source de ce malentendu entre le politique et l’ésotérisme, apparaît la confusion entre ésotérisme et occultisme. Si certains hommes de pouvoir – surtout dans les dictatures – lorgnent vers l’ésotérisme, c’est en raison de cette confusion. Comme la plupart des gens, ils pensent que les deux termes sont absolument synonymes. Or, même si leur parenté est indéniable, ils ne sont toutefois pas superposables. Certes, l’un et l’autre signifient la même chose, à savoir la connaissance de ce qui est caché. Mais après ce tronc commun, ces deux branches divergent.

  Pour Robert Amadou,  l’occultisme est l’ensemble des théories et des pratiques fondées sur la théorie des correspondances selon laquelle tout objet appartient à l’ensemble unique et possède avec tout autre élément de cet ensemble des rapports nécessaires, intentionnels, non temporels et non spatiaux.  (cf.  L’Occultisme : esquisse d’un monde vivant, Editions  Chanteloup »).

Dès lors, l’occultiste s’attache à comprendre les forces dites psychiques (à défaut d’autres termes plus adéquats), ces puissances de l’ombre qui entretiennent entre elles et avec le monde visible des rapports occultes. Puis, il cherche à les utiliser en usant d’un ensemble de techniques que l’on qualifie souvent de « magiques ». Par cette utilisation de pouvoirs mystérieux – réels ou fantasmatiques – l’occultisme ne peut que séduire le monde politique, surtout dans ses versions totalitaires.

Dans l’ouvrage cité plus haut, Daniel Béresniak met en garde contre la confusion entre occultisme et ésotérisme :

Certes, les deux termes désignent ce qui est caché, mais tandis que l’occultisme est la recherche du pouvoir sur les choses, l’ésotérisme est la recherche des strates du sens d’un texte (…) L’occultiste se présente comme le manipulateur des choses afin d’exercer un pouvoir. L’ésotériste, quant à lui, veut percer le sens littéral d’un récit, d’un témoignage, d’une affirmation pour éclairer les strates plus profondes du sens.

De même, l’ésotérisme est souvent confondu avec le mysticisme. Le mystique cherche à s’ouvrir au Divin et peut d’ailleurs recevoir des marques de sa présence sans l’avoir forcément voulu, tel Paul Claudel frappé par la foi en 1886 derrière un pilier de Notre-Dame. L’ésotériste, lui, va soulever les jupes du Divin pour tenter d’aller toujours plus loin dans sa compréhension de ce qui nous dépasse.

En résumé, la mystique est une ouverture, l’ésotérisme, un travail et l’occultisme, une technique.

Si la confusion entre mysticisme et ésotérisme ne prête guère à conséquence, il n’en va pas du tout de même concernant l’amalgame entre l’ésotérisme et l’occultiste.

L’Histoire fourmille de rhizomes entre occultisme et le pouvoir politique. Utiliser l’invisible pour gérer le visible est une tentation des politiques, même de ceux qui font profession de rationalisme.

De toutes les collusions entre pouvoir et ésotérisme à sa forme d’occultisme dévoyé, celles provoquées par les dirigeants nazis se sont révélées les plus infâmes et les plus funestes. L’idéologie hitlérienne est née d’un mélange de paganisme, de christianisme germanisé et défiguré en antisémitisme, d’exaltation du panthéon des dieux germaniques, de célébration de la « race » aryenne, dont les Germains seraient les descendants les plus directs, et d’appel à la pureté raciale. Ces virus de la pensée se trouvent dans les écrits d’auteurs allemands et autrichiens du XIXe siècle, tous férus d’occultisme. Ils se sont répandus dans des cercles à prétention occultiste, tels l’Ordre des Germain et la Société de Thulé qui avait la croix gammée pour emblème. On sait l’usage que fera Hitler de ce signe, dont la puissance d’évocation se manifeste dans son universalité, puisque l’on trouve des traces du svastika en Europe, Asie, Océanie et même dans certaines tribus amérindiennes.

Cette passion nazie pour l’occultisme s’est traduite par la création, en juillet 1935 par Heinrich Himmler, de l’ Ahnenerbe (héritage des ancêtres), organisation à prétention scientifique qui dépendait de la direction des SS et dont le budget atteignait un million de Reichsmark, soit l’équivalent de 400 000 euros, une somme considérable pour l’époque. Formée de plusieurs instituts, l’Ahnenerbe a financé les recherches menées sur les Cathares par l’archéologue SS Otto Rahn, ainsi que des expéditions, notamment au Tibet. L’objet de ces recherches était vaste : symbolisme de diverses traditions, religions, histoires, anthropologies, archéologies.

En outre, Himmler, le chef de la SS, avait mis au point dans son Wewelsburg – château de forme triangulaire – des rituels à prétention initiatique destinés à la fine fleur vénéneuse de la SS.

Enfin, dès l’occupation allemande, les nazis ont mis la main sur les archives du Grand Orient de France en pillant la rue Cadet, comme le relate Sophie Coeuré dans son livre La mémoire spoliée. Les archives des Français, butin de guerre nazi, puis soviétique. Pour les autorités allemandes, il s’agissait de connaître l’un de ses adversaires les plus acharnés, mais aussi de percer ce fameux secret maçonnique. Celui-ci étant incommunicable par essence, on imagine la vanité de leurs recherches.

L’instauration du nazisme relève surtout des domaines sociaux, économiques et politiques. Toutefois, l’usage du svastika comme emblème, l’organisation méticuleuse et rituélique des grands-messes nazies, la sollicitation des pulsions irrationnelles ont tenu un rôle essentiel dans cette montée de l’ignoble.

Cela dit, le contexte que nous venons d’évoquer reste cantonné à celui d’une dictature totalitaire au sens propre, en ce qu’elle veut assujettir l’humain dans toutes ses dimensions. Mais il est nécessaire de le garder en mémoire afin de ne pas oublier à quel point l’ésotérisme peut être dévoyé.

Les relations entre politique et ésotérisme se définissent en termes bien différents dans les Etats démocratiques. Le recours à l’occultisme y est fort marginal et se réduit, la plupart du temps, aux consultations discrètes d’astrologues par des responsables politiques. Sur un plan moins anecdotique, ce contexte démocratique pose la question de l’engagement ou non de la Franc-Maçonnerie dans le libre débat politique.

L’Ordre  maçonnique, rappelons-le, propose à ses adeptes les symboles qui leur permettront de méditer sur ces questions qui taraudent l’humain dès que ses besoins vitaux sont satisfaits : qui suis-je ? Pourquoi suis-je sur cette terre ? L’initiation, peut-être, leur ouvrira l’œil intérieur qui capte la réalité suprême et véritable de chaque être, au-delà de ses formes changeantes. En ce sens, elle conduit à une ascèse que l’adepte choisit librement.

La double nature de la Franc-Maçonnerie

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Autre chef d'Etat franc-maçon, Winston Churchill

Pourtant, la Franc-Maçonnerie n’est pas uniquement destinée au perfectionnement individuel. Cet Ordre fait aussi partie d’un corps social, au sein duquel il doit jouer sa partition.

Alors, sur quel registre, la Franc-Maçonnerie peut-elle intervenir à l’extérieur?

Tout d’abord, elle devrait utiliser le langage propre au débat politique, c’est-à-dire, l’emblématique, en se gardant de parsemer de symbolisme son propos forcément exotérique. Le langage symbolique de l’ésotérisme reste réservé aux Travaux maçonniques internes. Non pas par quelque aspiration ségrégationniste et élitiste, mais en raison de la nature même de l’initiation. Le travail symbolique se forge dans le secret des consciences et non dans le tumulte de la vie publique. De plus, on voit avec l’occultisme nazi, à quelle dérive a conduit l’introduction d’éléments relavant du langage symbolique dans un contexte emblématique et politique.

Si elle se garde de brader son langage symbolique dans tous les azimuts, il n’en demeure pas moins que la Franc-Maçonnerie est forcément influencée par sa dimension ésotérique lorsqu’elle prend la parole en place publique. S’il ne faut pas mélanger les plans ésotérique-symbolique et exotérique-emblématique – afin d’éviter que le langage propre à chaque plan ne sombre dans la confusion – ils ne sont pas pour autant cloisonnés chacun dans une étanchéité absolue ; ils seraient plutôt séparés par une membrane poreuse.

La libre association d’idées, le libre jeu des correspondances suscitées par le langage symbolique ont pour corolaire l’abandon du recours aux dogmes et des arguments d’autorité. De cette pratique ésotérique de la Franc-Maçonnerie est née une éthique qui, elle, peut être dévoilée à l’extérieur de son sein.

Cela se traduit par la tolérance et la liberté de conscience qui, à son tour, génère les vertus républicaines, dont la laïcité qui n’est autre que la tolérance mise en acte. Dès lors, en défendant ces principes sur la place publique, la Franc-Maçonnerie tient parfaitement sa partition.

En revanche, elle trahirait ce qui fait sa substantifique moelle, si elle se mettait au service d’un parti, d’un leader, d’un gouvernement ou d’une opposition. Un tel asservissement irait à fin contraire de l’un des ses objectifs qui est – répétons-le une fois de plus – de réunir ce qui est épars. C’est dans cet état d’esprit que la Franc-Maçonnerie peut servir de laboratoire d’idées aux diverses entités qui forment la société.

La Franc-Maçonnerie remplit donc deux missions. D’une part, elle perpétue l’initiation à l’ésotérisme par l’apprentissage du langage symbolique. D’autre part, elle garde et développe les vertus républicaines.

Comme l’expliquait un ancien Grand Orateur pour la langue française de la Grande Loge Suisse Alpina :

 Dès ses origines, la Franc-Maçonnerie a reposé sur deux piliers. D’une part, un engagement humaniste et exotérique collectif, sur le plan culturel, social ou politique. D’autre part, une mission initiatique et ésotérique, individuelle, morale et spirituelle.

On ne saurait donc réduire la Franc-Maçonnerie à l’un ou l’autre de ces deux piliers. La considérer seulement comme un laboratoire d’idées à usage social ou politique est aussi fautif que de ne voir en elle qu’un cénacle uniquement tourné vers l’élévation spirituelle de ses adeptes. Elle comporte ces deux aspects, c’est d’ailleurs ce qui fait sa force et son originalité.

En guise de conclusion, évoquons cet adage inscrit au fronton de certaines Loges :

Médite dans le Temple ;

Agit sur le Forum

Mais ne prend pas le Temple pour un Forum.

Et j’ajouterai, ni le Forum pour un Temple.

Jean-Noël Cuénod

 

 

10:59 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : esotérisme, politique, franc-maçonnerie | |  Facebook | | |

Commentaires

Dans n'importe quelle réunion d'amis, de famille ou société, l'unique solution pour éviter de susciter des disputes, jalousies ou haine est d'interdire toute discussion portant sur: la politique, l'argent et la religion. Ce n'est pas compliqué et c'est appliqué dans bon nombre de sociétés.

Écrit par : Gilles Bourquin | 18/05/2016

Le raisonnement analogique peut être superficiel, à vrai dire. Valère Novarina disait que dans une bonne traduction, on quittait le mot pour remonter à son idée pure, plus sentie qu'exprimée, pour redescendre vers le mot d'une autre langue. Les spéculations analogiques peuvent être faites à l'infini, si la force inhérente au symbole ne les guide pas au-delà des mots. Baudelaire indirectement nous rappelle que l'analogie valable est sans doute plus de nature poétique que philosophique.

Sinon, je suis un peu sceptique, car il a circulé une lettre du Grand Orient de France envoyée aux députés français pour les enjoindre de ne pas ratifier la charte européenne des langues régionales. Peut-être qu'à Paris ça résonne comme si c'était animé par des intentions au-delà des partis, mais dans les milieux favorables aux langues régionales cela n'apparait que comme une expression partisane du jacobinisme et de l'uniformisme culturel. De fait les députés sont censés d'abord exécuter la volonté du peuple, et c'est le plus important pour la démocratie. Or le peuple y était favorable et Hollande l'avait promis. Mais en fait les petits problèmes partisans et locaux peuvent apparaître comme de grands problèmes humanistes à ceux qu'ils préoccupent. En Union soviétique le communisme n'était pas une question d'esprit partisan, mais d'évidence ontologique et scientifique.

Cela dit peut-être que cette lettre qui été publiée était fausse?

Écrit par : Rémi Mogenet | 18/05/2016

Je dois me tromper, mais je traduis un appel, une justification, un manque, dans votre billet.
J'entends un gamin qui dit qu'il veut bien faire, à tous les niveaux, et qui d'ailleurs fait de son mieux avec les outils dont il dispose. Mais, un peu comme Jésus sur la croix, il demande à son père si ça valait le coup.
Faut dire que ça ne doit pas être simple de concilier des convictions ésotériques et la découverte d'une méthode pour développer la compréhension du monde et de soi avec une activité professionnelle engagée de journaliste.
Lorsque mon père a passé son initiation pour le 32ème, (le 33ème ne l'intéressait pas puisqu'il consistait essentiellement en du travail administratif), il présenta un travail sur la transmutation du plomb en or.
J'étais un gamin lorsque j'ai lu son travail. Mais j'ai immédiatement su, intuitivement, que je ne ferais jamais partie d'aucune école pour développer ma conscience. Car elles limitent alors qu'elles sont justement censées ouvrir. Par leur symbolique, elles figent les concepts en autant de dogmatismes qui provoquent les guerres de religions.
M. Cuenod, oubliez votre besoin de permettre aux Francs-Maçons de s'exprimer librement sur la scène politique. Non pas en raison de la différence entre l'emblématique et le symbolique qui s'interpénètrent tant qu'ils en deviennent un couple presque indissociable, ni dans l'opposition apparente entre l'ésotérique et le politique, mais simplement parce que vous finirez sur le bûcher. Il en est ainsi de toutes les écoles. Ce n'est pas inhérent au message qu'elles tentent de véhiculer mais à leur caractère intrinsèque de besoin de survie et donc toutes les dérives qui permettent de préserver ce but minimal.

Écrit par : Pierre Jenni | 18/05/2016

Tout secret est détestable.

"ces questions qui taraudent l’humain dès que ses besoins vitaux sont satisfaits : qui suis-je ? Pourquoi suis-je sur cette terre ?"

Qui VOUS taraudent. Pourquoi généralisez-vous? Ces questions auxquelles les religions prétendent avoir les réponses. La fm est donc une religion ésotérique comme il en a toujours existé. Cf. les religions à mystères.

Seuls les infirmes ont besoin d'une secte, car incapables de trouver des réponses qui existent pourtant depuis plus de 4000 ans.

http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/secte/71770

Écrit par : Goliath | 19/05/2016

La liberté de conscience évoquée par des sectes ou des religions nuit gravement à la santé mentale et à la Paix relative du monde.

Pendant ce temps les théologiens, penseurs des royautés et leurs fables permettent de faire rêver les peuples et ainsi les induire en erreur au nom des divinités, des belles princesses.

Au nom de celles-ci, tout a été tricoté pour faire croire au paradis, à l'enfer et au jugement dernier. C'est avec ces fables qu'ils tiennent les peuples. Les royautés et leurs obligés se gavent sur ce paradis ici sur terre.

La mayo ne prend plus, les jeunes doivent s'informer de la véritable histoire humaine.

Ils ne doivent plus croire à la magie ou des illusionnistes pratiquent une fausse lévitation, coupent une femme en rondelles, ils ne doivent plus croire aux diseuses de bonnes aventures et à l'horoscope pour personnes en état de faiblesse. etc.

Il n'y a pas de fantômes, pas plus que les esprits volent autour de nous à part les moustiques, les papillons et autres insectes de la nature.

Par contre des royautés, des grands industriels inféodés aux croyances, aux anges pour débiles nous mènent à la catastrophe.

Il n'y a pas de mystère, de vie après la mort. Il n'y a que des gens dont l'inconscient a été travaillé dès l'enfance pour défendre un système bien gardé par le vatican depuis St Pierre.

Le bouclier des croyances se fissure, se rouille, l'humain n'a pas besoin de croire aux mensonges, n'a pas besoin de spiritualité contrairement à ce que disent les religieux et leurs monarques.

Penser par soi-même grâce à une belle Culture, à la pratique des Arts et aux formations cinq étoiles permet un idéal de vie, à condition que les élus n'aillent pas vers la corruption, le mensonge et les croyances.

L'idéal de vie n'est plus dans les sectes. Chacun doit s'instruire et s'informer sur la véritable histoire humaine bien antérieur à celle des religions et se réveiller.

Seul l'humain est sacré ainsi que son environnement comprenant la flore et la faune. Le reste doit être combattu ou dénoncé.

Penser, réfléchir, imaginer, inventer et agir sans les religions et leurs sectes, c'est l'avenir.

C'est difficile pour un croyant qui croit, mais la bonne nouvelle est que ça se soigne avec de la volonté et de l'intelligence, également avec beaucoup d'humilité et de courage.

Écrit par : Pierre NOËL | 19/05/2016

Les associations d'idées, les correspondances qui font remonter ce qu'enfoui en nous de l'inconscient au conscient... symboles, mythologies,archétypes sont le fait même de la psychanalyse également... mais on voit aujourd'hui, depuis que l'on a, par Mai 68, décidé la mort de Dieu plus de cynisme, d'humour cruel, d'amusement sans omettre les joyeusetés du sadomasochisme entre autres - soi-même au sein de son opulence et de sa sécurité sans même évoquer ces sympathiques grands patrons - à voir se débattre précaires ou autres "déclassés" ou migrants ce "problème" masquant comme neutralisant la vie d'horreur de ceux demeurés sur place en leurs pays d'origine parce que sans moyens suffisants.

Casseurs tenant désormais le haut du pavé.

D'où une question sur l'urgence: différence entre symbole et emblème?

Interviewé par Marianne il y a quelques semaines le Grand Maître du Grand Orient de France (combien d'hommes politiques francs maçons au Grand Orient?) M. Keller, s'est parfaitement exprimé mais quant aux problèmes, la fin de la démocratie (Tafta, Tisa) la "69.3" arme de M. Valls!?

Lorsque la situation devenait intolérable, les Esséniens, fait historique, quittaient leurs demeures, études, ascèse, abandonnait vêtements et langage particulier pour se rendre dans les villes se porter au secours des gens. Maîtres en ésotérisme, cependant, ils apparaissaient "visiblement"! plus question désormais, pour un temps, de théorie mais de pratique à la rencontre de l'autre... quel qu'il soit (parabole du bon samaritain)...! Depuis la mort de Dieu fin du langage passionné d'un abbé Pierre, par exemple... ou, avant sa reconversion en tant que zoothérapeute d'un Guy Gilbert dans les rues de Paris alors concerné ostensiblement par l'injustice sociale...

L'abbé Pierre, qui fut député, un abbé Pierre... aujourd'hui?

On a craché sur Dieu, on s'est incliné devant le Blasphème, jeté les valeurs (dites, sans nuance, une fois pour toutes, hypocrites...)

De cette démarche par les uns imposée (sous peine de sarcasme y compris médiatique) subies par d'autres indifférents comme impuissants savourons les fruits...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 19/05/2016

@Monsieur Cuénod qu'il fait bon lire un billet sur cette confrérie
Laquelle aura permis à de nombreux enfants tous indigents de ne pas être dégoutés à vie du monde qui a cette époque n'avait rien d'engageant pour les classes les moins défavorisées !
Certes nous sommes de moins en moins nombreux pour en parler d'où l'envie d'ajouter ce commentaire
Les Francs Maçons étaient fort nombreux et tous ont su nous former pour ne jamais nous décourager face à l'adversité
je dois dire sans trop grand peine car inconsciemment nous avions compris que ceux les critiquant le plus en fait étaient tout simplement des gens jaloux ,défaut qui encore aujourd'hui n'est pas près de disparaitre et loin s'en faut malheureusement
Très belle journée pour Vous Monsieur

Écrit par : lovjejoie | 19/05/2016

La critique celle des yeux ouverts pour de bon n'est-elle pas positive tant qu'il ne s'agit pas de critiquer pour le plaisir de critiquer, d'endommager!?

La haine des francs-maçons est connue à laquelle s'ajoutait celle des juifs et celle des juifs à tel point que Bernadette Soubirous en milieu catho en sa correspondance (contrairement à ce qui a été écrit cette jeune fille qui fréquenta l'Ecole des soeurs également infirmières à l'Hôpital de Lourdes avant d'être poussée à entrer dans cette congrégation... bien qu'amoureuse d'un adorable petit Antoine... voir l'auteur d'un livre signé Davier écrivait à propos de... ces "juifs qui me persécutent"!

Très belle journée pour Vous Monsieur Cuénod.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 19/05/2016

Une personne qui en rencontre une autre, perdue de vue depuis "des siècles" lui demande ce qu'elle est devenue, ce qu'elle a fait.

Cette question se peut poser à soi-même... On parlera de "retrouvailles"!

Mais les gens de pouvoir ont perdu contact avec ceux de la rue or, Jean-Noël Cuénod, vous avez écrit que les francs-maçons cherchent à "réunir ce qui est épars" ce qui évoque un jeu de puzzle.

Mais ce travail-apostolat demande du temps, des connaissances qui ne sont pas à la portée de tous.

Le monde est immensément en souffrance.


Un samedi, à la Coop, une voiture d'enfant (comme tant d'autres) devant nos yeux un jour de courses portait une marque de fabrique: THULE (THULE,vous en parlez plus haut).

En imaginant Hitler bébé peut-on imaginer Auschwitz?

Alors, que s'est-il passé?

Hitler (je laisse de côté l'hérédité) était-il un monstre une fois pour toutes avec pour vocation d'être un monstre?

Fut-il un monstre tout seul?
Tout seul aurait-il disposé des moyens qu'il faut pour être un monstre?

Y aurait-il eu "Auschwitz"?

En rencontre de caté un jeune entre douze et quatorze par sa manière de se conduire était la terreur des catéchètes...

Mais l'une de ces personnes, un jour, alors que ce jeune se montrait à la hauteur de sa réputation, lui demanda si quelqu'un lui aurait fait de la peine... Le jeune fut soudain comme tétanisé puis raconta, comme en s'en délivrant, ses malheurs.

Par la suite il faut comme métamorphosé.

Le travail de la Loge tel que vous nous l'exposez non seulement avec intelligence et talent, mais avant tout COEUR pose juste un problème, lequel?

Le sentiment net que ce TRAVAIL, cette recherche - approfondissement qui exige également infiniment de connaissances, études ou approches, moyens, ne peut être apporté COMME OFFERT à chacun.

A la longue, avec le temps, les loges ne devraient-elles pas s'ouvrir au public comme le furent les églises en vue, comme elles, autrefois, du salut (ou mieux vivre) de ce monde en repassant de la quantité à la qualité?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 20/05/2016

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