11/05/2016

Théâtre minimum pour performance maximum

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Le Plouc en a ras le béret de ces spectacles où les effets spéciaux prennent tellement de place que l’acteur est réduit à la portion qu’on gruge, le texte, en catalogue à borborygmes et les dialogues, en échanges de gargarismes. Revenir à l’essence du théâtre : un texte, des comédiens qui le servent, quelques décors légers comme des ombres.

Voilà qui tombe à pic : l’Artistic Théâtre (anciennement Athévain), dans le onzième arrondissement parisien, illustre à la perfection cette démarche, grâce à une mise en scène de Frédérique Lazarini. Un texte éternel : Le Père Goriot d’après le roman de Balzac ; trois comédiens : Didier Lesour (le Père Goriot), Marc-Henri Lamande (Vautrin), Thomas Ganidel (Rastignac) ; pour tout décor, une sorte de castelet en toile qui délimite l’espace, cache et dévoile les protagonistes.

A la façon des comédiens élisabéthains, les trois acteurs interprètent aussi les rôles féminins, dont les filles du Père Goriot et la mère Vauquer qui tient la pension. Ils jouent alors sous des masques et perruques ; leurs personnages deviennent marionnettes. Ce va-et-vient entre masques et visages, entre rôles masculins et féminins troublent les repères. Les visages deviennent masques, les masques semblent revêtus de peau. Les masques féminins paraissent plus authentiques que les hommes démasqués (!)

Certes, un personnage intéressant comme Bianchon – l’étudiant en médecine, ami des Rastignac – est à peine esquissé. Mais, compte tenu du choix de la mise en scène, il ne peut en aller autrement[1]. D’ailleurs, il ne s’agit pas de dérouler sur scène tout le Père Goriot mais de focaliser l’attention sur la fin de ce vieillard, ruiné par l’amour cancérigène qu’il porte à ses filles. Leur frivole ingratitude, leur inhumanité cupide révulsent Rastignac mais il accomplit, par elles, son apprentissage en cynisme. On devine le salaud – au sens sartrien du terme ­– qu’il risque fort de devenir.

L’essentiel du propos balzacien est ainsi mis en lumière. Sa force peut se déployer en toute liberté grâce à la sobriété de la mise en scène. Et que dire des acteurs ! En évoluant avec si peu d’artifices, la moindre faute de ton de leur part aurait viré à la catastrophe. Pas une seule fausse note dans cette musique de chambre. Performance maximum pour théâtre minimum.

 Jean-Noël Cuénod

 Soyons pratiques.

 Si vos pas vous conduisent à Paris, cela vaut la peine de faire un crochet à l’Artistic Théâtre, 45bis, RUE Richard-Lenoir, à ne pas confondre avec le boulevard du même nom. Ce Père Goriot est joué jusqu’au 29 mai. Pour réserver : 01 43 56 38 32 (hors de France : 00 33 1 43 56 38 32) ou par internet : http://www.billetreduc.com/160166/evt.htm

 [1] L’adaptation est l’œuvre de Didier Lesour

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