28/03/2016

Pâques 2016

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Es-tu vraiment sûr de vouloir ressusciter ?

Les flics et leurs délateurs seraient bien foutus de te flanquer en détention administrative pour entrée illégale sur le territoire. Et si tu leur échappes, tu pourrais bien te faire crucifier une deuxième fois. Les bourreaux de Dieu ne manquent pas.

 Es-tu vraiment sûr de vouloir ressusciter ?

 Toi qui as qui a changé la mort en vie, tu verras tous ceux qui, au nom de Dieu, font le chemin inverse avec leur ceinture d’explosifs.

Toi qui a semé l’amour, tu verras tous les démagogues qui font moisson de haine.

Toi qui a remis César à sa place, tu verras tous ses petits héritiers se prendre pour des dieux.

Toi qui a prêché le pardon, tu verras tous les bigots qui n’ont que ton nom à la bouche prôner la vengeance.

Toi qui n’avais faim que de justice, tu verras tous les prédateurs dont la faim est sans fin.

Toi qui avais chassé les marchands du temple, tu verras leur retour triomphant.

Toi qui accueillais l’étranger en quête de pain, tu verras tous les braves gens le rejeter vers son néant.

Toi qui abattais les murs, tu verras tous tes zélateurs en construire de plus hauts.

Es-tu vraiment sûr de vouloir ressusciter ?

 

Jean-Noël Cuénod

 

Illustration :  Le Christ dans la tempête de Rembrandt, Isabella Stewart Gardner Museum à Boston.

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23/03/2016

Après les attentats de Bruxelles, quelqu’un a-t-il vu l’Europe ?

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Jamais nous n’avons eu autant besoin d’Europe et jamais l’Union européenne n’a paru aussi impuissante. La guerre terroriste a sévi une fois de plus. A Bruxelles, au cœur de l’UE. Pour l’Etat islamique, il s’agit de frapper fort sur le maillon faible de ce monde démocratique qu’ils veulent anéantir.

Il existe, certes, des causes internes à la France et à la Belgique pour expliquer la fréquence des attentats et alertes terroristes dans ces deux pays. Mais on ne saurait s’en contenter et occulter l’état agonique des institutions européennes. Elles se sont révélées incapables de juguler le trafic d’armes intense qui fait de l’AK 47 un produit de grande consommation (on peut les acquérir sur internet, de 250 et 3000 euros, en fonction de leur qualité ou des manipulations à accomplir pour les réarmer), incapables de coordonner les services de renseignements nationaux, incapables de créer un Parquet et un FBI européens seuls à même de mener une répression cohérente et efficace contre la cinquième colonne du terrorisme.

L’impotence de l’UE est criante en matière de diplomatie. Alors que les réfugiés syriens se pressent à ses frontières pour fuir les ravages de la guerre, l’Union n’est d’aucun poids dans ce conflit devenu international. De toute façon, sans armée, comment l’Europe pourrait-elle se montrer crédible face aux Russes, aux Américains et même aux Iraniens ?

Le pire a été atteint avec l’accord entre l’Union européenne et la Turquie. N’étant pas parvenu à établir une politique d’asile pour les réfugiés, Bruxelles en a confié la gestion à Ankara qui n’est même pas membre de l’UE. Bien entendu, l’autocrate ottoman Erdogan a obtenu de l’Europe l’essentiel de ce qu’il revendiquait : trois milliards d’euros supplémentaires, en sus des trois autres déjà accordés, la libéralisation des visas pour les ressortissants turcs et l’accélération des négociations pour l’entrée de son pays dans l’Union européenne.

 En quelques semaines, l’Etat turc est devenu le sauveur de l’Europe, alors que la politique d’Erdogan vise à imposer une vision rétrograde de l’islam dans son pays et à détruire les troupes kurdes, fer de lance contre l’Etat islamique avec lequel Ankara s’est d’ailleurs montré fort complaisant pendant trop longtemps. Ce n’est pas une vipère que l’Europe réchauffe dans son sein mais un boa constrictor.

Le vice d’origine

Comment l’Union européenne est-elle tombée aussi bas ? Comme toujours récitons ce mantra avant d’hasarder une réponse : tout effet politique a des causes multiples. Sans doute faut-il remonter à la genèse de la construction européenne. Dans l’esprit de ses concepteurs au début des année 50 – notamment le ministre des Affaires étrangères, Robert Schuman, né Allemand et devenu Français après la restitution de l’Alsace-Lorraine –  il s’agissait de rendre impossible un nouveau conflit entre la France et l’Allemagne en mettant en commun le charbon et l’acier, ces deux poumons de la guerre à cette époque. Le Traité CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) a été ouvert à d’autres pays. L’Italie, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas l’ont rejoint et le Traité fut signé entre les six Etats le 18 avril 1951, jetant les bases de la future Europe communautaire (voir la vidéo à la fin du texte). Celle-ci s’est concrétisée par le Traité de Rome du 25 mars 1957 qui a créé la Communauté économique européenne et le Marché commun.

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Robert Schuman avait fait la couverture de Time, le 1er mars 1948.

L’union devait donc se construire par l’économie, ce qui, dans le contexte historique, s’expliquait aisément. Mais la démarche recelait un vice initial ; elle obéissait à cette sorte de marxisme mécaniste qui imprégnait la pensée politique de l’époque, même dans des milieux de droite. L’économie est l’infrastructure de la société qui fait naître, comme par reflet, la superstructure, c’est-à-dire le droit, la culture, les politiques intérieures, diplomatiques et militaires. En agissant sur l’infrastructure, on change automatiquement la superstructure. C’est simple. C’est mécanique. Mais c’est faux, comme nous le démontre la situation actuelle de l’Union européenne. Il ne suffit pas de remplir les ventres pour changer les têtes. D’ailleurs, Marx lui-même condamnait cet enchainement mécaniste pour lui préférer le rapport dialectique : l’infrastructure créé la superstructure mais celle-ci, à son tour, influence celle-là.

Dès lors, en ne s’occupant que de l’économie, l’Union européenne a laissé de côté tout ce qui fait peuple, à savoir le sentiment d’appartenir à une communauté humaine solidaire qui s’exprime par la culture, par une idéologie commune et pas seulement par des normes calibrant la courbure des concombres. Cette primauté donnée au commerce a attiré vers Bruxelles la Grande-Bretagne qui a toujours voulu transformer l’Europe en vaste zone de libre-échange, tout en conservant ses liens privilégiés avec les Etats-Unis. Une fois installés dans la place, les Britanniques ont tout fait pour diluer l’Union dans le nombre, sans que les six pays fondateurs de la CEE ne réagissent.

L’UE n’a aucune vision du monde, contrairement à la Russie poutinienne, aux Etats-Unis, à la Chine concurrente. Et à l’entité terroriste qui a pour nom Etat islamique. N’ayant aucune vision du monde, elle est incapable de développer sa diplomatie, sa politique de défense, sa sécurité intérieure et sa justice pénale.

Elle est devenue une sorte de monstre obèse qui erre à l’aveugle sur la planète en feu.

Le Brexit un espoir ou illusion ?

L’UE est donc un échec et l’on voit mal comment elle pourrait le transformer en espoir. La sortie de la Grande-Bretagne de l’Union, à la suite du référendum organisé par Londres le 23 juin prochain, constitue-t-elle un espoir pour reconstruire cette Europe en miettes, comme le suppose l’ancien premier ministre français Michel Rocard dans L’Opinion ?

Outre qu’il est hasardeux de parier sur l’issue d’un tel vote, le Brexit, de son seul fait, ne rendra pas l’Europe à elle-même. Mais il peut, au moins, permettre d’amorcer le développement d’une Europe à plusieurs vitesses ou « à la carte ». Les Etats voulant avancer vers leur fédéralisation se mettant alors ensemble, laissant les autres évoluer à leur rythme. Car pour associer des peuples de cultures différentes, l’humanité n’a encore rien inventé de mieux que le fédéralisme. Mais pour ce faire, il faut plus que décréter des normes sur la qualité des yaourts. Il faut développer une vision du monde commune et accepter de s’engager pour elle, au risque de sa vie. On en est bien loin.

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

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18/03/2016

AIR DU TEMPS

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Elle court et n’a pas de pieds

                       Elle saute et n’a pas de jambes

                       Elle mouline et n’a pas de bras

Elle halète et n’a pas de poumons

                       Elle pétrifie et n’a pas d’os

                       Elle écoute et n’a pas d’oreilles

Elle scrute et n’a pas d’yeux

                       Elle frissonne et n’a pas de peau

                       Elle vomit et n’a pas de ventre

Elle s’agite et n’a pas de corps

                       Elle viole et n’a pas de sexe

                       Elle commande et n’a pas de cerveau…

 …La peur

Jean-Noël Cuénod

 

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11/03/2016

La Plouquette et la Danse-Thérapie sur France-Culture

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La Plouquette – alias Christine Zwingmann-Cuénod – est l’une des principales intervenantes dans l’émission de France-Culture Sur les docks qui a été diffusée mercredi 9 mars. Vous pouvez la réécouter ou l’écouter ci-dessous. Elle a pour thème : « Après un AVC, contourner les maux de l’aphasie ». Danse-thérapeute diplômée, Christine anime un atelier à Vincennes qui a notamment pour objet de redonner le goût du mouvement et même du beau geste à celles et ceux qui souffrent des séquelles d’un AVC. C’est une reconquête du corps et de ses expressions qui se livre ainsi dans la joie, une reconquête que le remarquable documentariste Gilles Mardirossian a su illustrer avec finesse, clarté et empathie. Une très belle émission comme vous le verrez, enfin, comme vous l’écouterez. Mais la radio ne donne-t-elle pas à voir ?

Voici ce que Michel Lagneau écrit à propos du travail de Christine :

La danse est un tout, la danse est pour tous, la danse est une respiration, un rire permanent. Un large sourire, deux petits chaussons, Christine entre dans la salle, elle est « la danse ». Elle nous entraine, mime les gestes, nous implique sans hésiter, nous prend la main, elle vit avec nous, nous guide élégamment d’une manière toujours positive. Nous bougeons les bras, les jambes, les mains, les pieds, notre tête reste très mobile, Christine nous demande de nous présenter, sans parler, avec un geste élégant qui vient de nous. Ce geste est un appel. Le groupe est uni autour d’elle. A la fin nous faisons une belle révérence pour saluer cette séance….. Nous sommes alors détendus, heureux mais vannés.

Vous pouvez poursuivre vos recherches à ce propos sur les sites :

Groupe des Aphasiques d'Île-de-France (GAIF)

 Fédération Nationale des Aphasiques de France (FNAF)

Et n’hésitez pas à diffusobalader (podcaster) l’émission SUR LES DOCKS.

En guise de révérence, voici une photo de la Plouquette Christine Zwingmann prise par notre ami, le photographe Arnaud Galy, lors du spectacle consacré au centenaire de Dada qui s’est déroulé mercredi aux Chartrons à Bordeaux, sous la direction de Catherine Reillat-Pesquer.

 Jean-Noël Cuénod

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06/03/2016

Duplique à la réplique de Hani Ramadan : la laïcité et les laïcités

 

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S’il est des polémiques vaines, il n’y a jamais de débats inutiles. Réagissant au texte que j’avais publié (« Islam et laïcité, l’insoluble solubilité » du 19 février 2016) à propos de sa tribune libre dans Le Temps, Hani Ramadan a répliqué courtoisement en postant un commentaire[1]. Il y exprime sa foi ; je ne saurais la contester, dans la mesure où il respecte la mienne, celle des autres et l’absence de foi des athées. Toutefois, je préciserai deux point qui ressortent de sa réplique.

 Premier point. Hani Ramadan cherche à me mettre en contradiction avec moi-même lorsque je soutenais qu’il n’y a pas de laïcité ouverte ou fermée mais la laïcité tout court, alors que le rapport de la commission que j’avais présidée à la demande du Conseil d’Etat genevois énumère différentes pratiques de la laïcité. Mon contradicteur me permet de remettre, si j’ose dire, la maison laïque au milieu du village et de dissiper les brumes sans doute causées par une mauvaise formulation de ma part.

Il faut distinguer les principes de base qui fondent la laïcité de leur application. La laïcité repose sur deux socles : d’une part, la séparation des institutions religieuses et de l’Etat ; d’autre part, le respect de la liberté de conscience. Si l’un vient à manquer, il n’y a pas de laïcité. Par exemple, la liberté de conscience règne en Angleterre mais ce Royaume n’est pas laïque pour autant puisque son chef d’Etat est également celui de l’Eglise anglicane. Dans l’autre sens, les pays de modèle stalinien excluent la religion de la sphère politique mais rejettent la liberté de conscience. Par conséquent, ils ne sauraient sérieusement se prétendre laïques.

En revanche, il y a pluralité d’application de ce principe, en fonction de l’Histoire, des mœurs, des traditions, de la composition sociale de chaque contrée. En sens, l’application de la laïcité ne sera pas identique en France et à Genève. Chez notre voisin, elle fut le moyen choisi par la République pour asseoir définitivement la démocratie vis-à-vis des milieux monarchistes qui recevaient le soutien actif de l’Eglise catholique. A Genève, la laïcité a permis de sortir l’Etat de l’antagonisme entre protestants et catholiques. Ces deux démarches distinctes ne pouvaient donner que des applications différentes à un même principe.

 En résumé : la laïcité, comme principe, est une mais son application est multiple.

 Second point. Hani Ramadan affirme dans sa réplique (…) le Coran ne pose aucun problème d’authenticité. Il a été préservé intégralement : nous en conservons la lettre, sans en oublier l’esprit, et bien entendu, nous tenons compte du contexte dans lequel il a été révélé. Mais chaque mot du Coran est la parole même de Dieu.

 Dans l’esprit de M. Ramadan, il y aurait supériorité du Coran sur la Bible puisque lui seul est issu directement de la parole de Dieu. Notons d’emblée que cette disposition d’esprit nuit au dialogue entre musulmans et non musulmans. Comment entamer un rapport sérieux et honnête si l’on est persuadé d’avoir pour référence la parole divine en direct ? Dans cette optique, les autres ne sont que des êtres errant dans l’erreur, des brebis égarées qu’il convient d’amener à la seule Vérité, celle que Mon Livre détient. Tant que cette mentalité prévaudra chez les porte-paroles de l’Islam, le dialogue sera bien difficile, sinon impossible, à développer.

De plus, lorsque Hani Ramadan affirme que le Coran ne pose aucun problème d’authenticité, il va vite en besogne. En consultant le site musulman islamreligion.com, on se rend compte que l’élaboration du Livre s’est révélée aussi longue qu’ardue :

(…) A la mort du Prophète, des parties du Coran se trouvaient chez plusieurs membres de la communauté.  Certains ne possédaient que quelques pages, qu’ils utilisaient pour apprendre à réciter, tandis que d’autres, comme les scribes, avaient plusieurs sourates en leur possession.  Et d’autres, encore, ne possédaient qu’un morceau d’écorce ou de peau animale sur lequel n’était inscrit qu’un seul verset. À l’époque du califat d’Abou Bakr, qui fut le premier calife après la mort de Mohammed, la grande communauté musulmane se retrouva en situation de désordre civil.  De faux prophètes apparurent et plusieurs personnes perplexes et égarées, incapables de maintenir leur foi en l’absence de Mohammed, abandonnèrent l’islam.  Des batailles et des échauffourées eurent lieu et plusieurs des hommes qui avaient mémorisé le Coran y laissèrent leur vie.

Abou Bakr craignait que le Coran ne se perde, alors il consulta certains des compagnons de longue date sur l’idée d’une compilation des versets en un seul livre.  Il demanda à Zaïd ibn Thabit de superviser le tout.  Au début, Zaïd se sentit mal à l’idée de faire une chose qui n’avait pas été autorisée par le Prophète lui-même. Il accepta néanmoins de rassembler les divers manuscrits et d’aller voir ceux et celles qui avaient mémorisé le Coran pour former une compilation, le moushaf. 

Islamreligion.com ne doute pas un seul instant que le Coran soit la parole de Dieu dans sa pureté, Néanmoins, il ne dissimule pas les vicissitudes qui ont présidé à la fixation définitive du texte coranique. Dès lors, affirmer que le Coran est parole directe de Dieu est un argument d’autorité, nullement démontrable. C’est un acte de foi et comme tel il est respectable, dans la mesure où l’on ne cherche pas à l’imposer par la contrainte. De même, le fait de croire dans la double nature, divine et humaine, du Christ est un acte de foi tout comme le fait de nier l’existence de Dieu en est un.

En énonçant cela, on subit aussitôt le reproche de sombrer dans le relativisme et le «tout se vaut». Comment trouver du goût à cette soupe tiède ? En lui mettant son grain de sel personnel.

Je peux être animé par la foi en cet élan vital que les humains nomment de mille noms différents. Ma vie sera peut-être épanouie, enrichie par cette effusion poétique, par ce goût de l’absolu qui vient du cœur. Il est légitime de vouloir partager cette foi, de l’exposer. Mais dès que l’on cherche à l’imposer, Dieu devient odieux.

L’absolu est dans le cœur. Dès qu’il en sort, il devient toxique comme ces bactéries qui sont bénéfiques en restant dans leurs organes d’origine mais deviennent mortifères lorsqu’elles s’installent dans d’autres parties du corps.

 N’oublions jamais que, quelque soit l’idéal qui nous meut, nous ne sommes que des passants myopes qui tentent de se frayer un chemin dans ce monde relatif.

Se prendre au sérieux est le seul péché mortel.

 

Jean-Noël Cuénod



[1] http://www.jncuenod.com ou http://www.jncuenod.blog.tdg.ch

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