06/12/2015

En France, malgré la vague bleu Marine, tout n’est pas joué

 

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Constat initial du premier tour des élections régionales françaises: l’Hexagone s’installe dans le tripartisme avec un bloc nationaliste à 27-28% représenté par le FN, un bloc libéral (Les Républicains et les centristes de l’UDI), juste un peu en-dessous du Front national, et un bloc social-démocrate (le PS et les radicaux de gauche) à 23-24%. Cette configuration, la Suisse la connaît bien avec l’UDC, les radicaux-libéraux et les démocrates-chrétiens, ainsi que le troisième larron socialiste. On pourrait un jour ou l’autre, la retrouver en Grande-Bretagne si UKIP parvient, malgré la loi électorale britannique, à s’insérer dans le traditionnel duel entre conservateurs et travaillistes.

Elle traduit la nouvelle donne sociologique provoquée par le brutal brassage des cartes de l’économie globalisée. Les électeurs qui travaillent comme patrons ou salariés dans des secteurs essentiellement actifs sur le marché national craignent d’être déclassés par la concurrence sauvage de la mondialisation; tout ce qui vient de l’étranger – accords européens, migrants, réfugiés – est perçu comme une source de danger. Danger pour son travail. Danger pour la sécurité avec les récents attentats. Danger pour ses habitudes de vie. Ce groupe d’électeurs est forcément sensible aux chants des sirènes lepénistes, blochériennes ou europhobes.

Les électeurs qui, au contraire, comme patrons ou salariés s’activent dans des secteurs qui ne craignent pas la concurrence mondialisée, ne peuvent pas se reconnaître dans cet esprit de fermeture. Une fermeture qu’ils estiment périlleuses pour leurs propres intérêts. Ils privilégient donc les partis libéraux comme, en Suisse, le PLR (et le PDC avec, parfois, une teinte sociale) et en France, Les Républicains et l’UDI.

Il y a donc deux droites de force à peu près égale avec pour troisième pôle, les socialistes qui développent à la fois un discours d’ouverture et de protection. Parfois, ce discours est audible. Souvent, il ne l’est pas. Néanmoins, on constate, tant en France qu’en Suisse, que, malgré leur baisse de régime – forte en France, faible en Suisse – les socialistes tiennent le coup dans une période qui leur est très défavorable. Après tout, avec 24%, le PS français est très loin de disparaître du paysage politique. Et si l’on ajoute les 10% des autres partis voisins (Front de Gauche et écologistes), la gauche française atteint 34%, soit plus que le bloc FN et le boc LR-UDI.

 Sarkozy joue très gros

 Revenons en France et à ce premier tour des régionales. Deuxième constat : rien n’est encore joué. Certes, le Front national arrive en tête dans six régions sur treize, ce qui est énorme et dépasse même les plus flatteuses estimations. Toutefois, pour l’emporter au second tour, il n’a aucune réserve de voix. Son électorat s’est fortement mobilisé au premier tour et il ne peut guère compter sur les abstentionnistes pour engranger de nouveaux suffrages. Son seul espoir est le maintien au second tour des socialistes et de la droite LR et centristes arrivés en deuxième et troisième positions. Mais si l’un des deux suivants se désistent ou fusionnent avec l’autre, les chances de victoire du FN seront alors réduites à peu de choses.

Rappelons que les listes qui ont obtenu au moins 10% ont le droit de se maintenir. A 5% au moins, elles peuvent fusionner avec une liste qualifiée pour le second tour.

Les socialistes ont paru très confus dans leurs explications. Il apparaît que si dans certains cas, ils préconisent la fusion avec la liste LR-centristes, voire le désistement, pour s’opposer au FN, dans d’autres, ils semblent enclins à se maintenir.

Nicolas Sarkozy – qui avait sa tête des mauvais jours – a annoncé devant les caméras que les candidats LR ne désisteront pas en faveur d’un socialiste et qu’il n’y aurait aucune fusion de liste. Et déjà, la discorde survient avec son allié Jean-Christophe Lagarde, le patron des centristes de l’UDI qui, lui, demande à ses candidats de se retirer en cas de duel entre le FN et le PS pour faire barrage aux frontistes. La cohabitation entre LR, très marquée à droite par Sarkozy, et les centristes devient de plus en plus malaisée.

Pour l’ancien président de la République ce premier tour a des allures de défaites. Tout d’abord, le parti qu’il dirige n’arrive que deuxième derrière le FN et ses listes ne sont en tête que dans quatre régions sur treize. S’il parvient à renverser la situation au second tour, cette défaite sera oubliée. Mais si ce résultat médiocre se confirme la semaine prochaine, alors le leadership de Sarkozy sera fortement remis en cause à la tête du parti LR où l’ancien locataire de l’Elysée ne manque pas de rivaux. Dès lors, son opération «reconquête» à l’élection présidentielle de 2017 risque fort d’échouer. Cette semaine, Sarkozy joue très gros.

Pour le président François Hollande, si le Front national parvient à conquérir une ou deux régions (sans doute le Nord-Picardie pour Marine Le Pen et Alpes-Provence-Côte d’Azur pour sa nièce Marion Maréchal-Le Pen), Nicolas Sarkozy en sortira très affaibli. D’une part, tout le monde parlera de la victoire historique des frontistes même si le parti LR remporte plus de régions. D’autre part, le succès du clan Le Pen démontrera que la stratégie sarkozyste de placer la droite libérale sur le même terrain que l’extrême droite était vouée à l’échec.

Mais François Hollande jouera-t-il avec la flamme du FN en persuadant les socialistes de se maintenir au second tour au risque de faire élire un (ou plutôt une !) frontiste. Ce cynisme risque de lui coûter fort cher, au sein même de son propre camp.

 Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

Votre exposé est juste mais n'est que l'une des dimensions de ce qu'il vient de se passer.
Par exemple, si les médiats français n'avaient pas, à ce point, fait la promotion du Front-National, ce parti n'aurait jamais obtenu le score actuel.
Ainsi est-il patent que celui-ci fut, lors des élections précédentes, plus invité dans ces mêmes médiats que tous les autres partis politiques, ce qui, vous en conviendrez, ne peut que soulever maints questionnements sur la position réelle de celui-ci.
De plus, il faut savoir que Madame Le Pen fut invité lors d'une grande fête organisée par les puissances d'argent étasuniens et internationaux et fut couronnée comme étant la femme la plus importante de l'année 2015 en Europe.
La encore, comment voulez-vous que ne puisse fuser nombre de questions, autant sur ce parti que sur sa cheftaine?
Mais au-delà de l'origine de sa puissance, il faut tout autant se pencher sur les faiblesses de ce parti, de deux sortes, internes et externes.
Internes: des discordes politiques et idéologiques vont commencer à se montrer, ce qui est un phénomène naturel lors d'une telle ascension, le pouvoir tend à corrompre si il n'est pas tenu d'une main ferme, d'autant plus quand nous connaissons la légèreté idéologique, pour dire le moins, du-dit parti et ce qui ne peut pas ne pas accompagner cette légèreté, soit la fragilité de sa gouvernance.
Externe: n'allez pas croire que le Pen père a définitivement lâché le morceau: il tient à ce que son parti, sa créature, sa création, le F.N., meurt avec lui, peut-être est-ce même la dernière chose qui le fasse vivre et se battre encore.
Pour cela il est prêt à tout, d'autant plus qu'il est, avec quelques autres comme Monsieur Mélenchon ou Monsieur Asselineau, l'un des seuls à encore comprendre ce qu'est la politique, à en avoir une vision, à en saisir la substance.
Tous les autres ne font que rouler en aveugle à tombeau ouvert.
Papa à fifille nous rejouera ainsi l'une de ces tragédies dont les grecs avaient le secret et le goût.
Quand à moi, je vais bien me poiler en contemplant ce feuilleton, il est des moments ou les règlements de compte à O.K. Corral me sont jouissifs.

Écrit par : theuric | 07/12/2015

Je n'ai aucune sympathie pour le FN mais je me dis que la diabolisation dont il fait l'objet est probablement son meilleur atout . Cantonné à l'opposition depuis toujours, il a le beau rôle si je puis dire. Il s'érige en juge de l'action qu'il est incapable de mener. Il peut se livrer sans complexe à la démagogie la plus crasse et distiller dans la tête et le cœur des gens son discours de haine et de rejet de l'autre (l'étranger, l'extérieur, le monde perçus comme des menaces qu'il faut combattre). Il n'y a, à mon sens, peu de risques que le FN remporte une région dimanche prochain. Mais si jamais il en remporte une, est-ce vraiment un drame si c'est ce que les gens veulent vraiment ? Le meilleur moyen de confronter le discours maximaliste du FN à la réalité, c'est bien l'exercice des responsabilités politiques. C'est là que réside l'épreuve de vérité pour un parti politique qui a longtemps frayé avec les marges de l'échiquier politique français. Et puis, le FN de 1972 n'est pas celui de 2015. Le score élevé du FN, c'est aussi, en grande partie, l'expression d'un désespoir social et la confirmation éclatante du basculement de l'électorat communiste traditionnel vers l'extrême droite (basculement qui a commencé dès 1984). Si le FN a su attirer à lui de plus en plus de Français, c'est en raison d'un discours à forte tonalité populiste et sociale. Pour le reste, comme cela a été observé, le PS résiste plutôt bien. En tout cas bien mieux qu'on pouvait le penser compte tenu de la conjoncture économique et sociale et compte tenu de l'usure inévitable du pouvoir. Le FdG, lui, s'effondre. Le FN a siphonné sa base électorale avant même qu'il n'apparaisse dans la vie française. La stratégie de Mélenchon a échoué. Comme celle de Nicolas Sarkozy d'ailleurs.

Écrit par : 357 | 07/12/2015

Vous avez publié votre note un peu trop tôt, ce n'est pas 27%, mais plus de 30% !

Le fn, le parti pro-régime syrien et 300% pro-iranien, ceux qui reçoivent en liesse un certain "mbala-mbala" !

Écrit par : Corto | 07/12/2015

Bonjour,
Simplement vous dire que tout comme vous je suis étranger en France et je partage votre lecture des événements. En effet, attendons le soir du deuxième. Ce sera le soir du vote utile et raisonnable. Si les Français votent pour le FN et bien soit!
Une chose m'étonne: le PS et l'UMP semblent incapables de prendre le programme du FN et de le démolir. Le seul à l'avoir fait est Macron dans un débat télévisé contre Filipot. Macron avait alors démoli les arguments de Filipot en usant de chiffres et en le ramenant à la réalité du monde actuel. L'incapacité du monde politique à présenter les conséquences d'un choix ou d'un autre m'étonne. C'est comme si l'évaluation des risques leur était étrangère. Cette pratique est pourtant courante en gestion. Bonne journée à tous!

Écrit par : Marc | 07/12/2015

S'il n'y avait le Marché mondial sans éthique.
L'UE au service d'une telle "mondialisation"!

En en revenant au temps où l'on estimait qu'il fallait au pouvoir une "équipe gouvernementale sautant par-dessus les partis" (Bayrou) qui par les personnalités (donc, pas les coups de peigne, écharpes flottant ou noms des tailleurs mais certitudes avec projets) qui l'emporterait haut la main sur le FN, en remontant dans le temps d'avant Nicolas Sarkozy, son élection à la présidence, cette équipe je la verrais volontiers

Revenant d'Afrique le porte-lumière: Jean-Louis Borloo

Ecoles et culture: François Bayrou

Ecolos: Eva Joly

Sarkozy avec l'ex UMP (s'agissait-il de s'amender ou de compter sur l'oubli rapide des "sujets-citoyens" en l'occurrence que Républicains n'est jamais qu'UMP)?!

Enfin, en interne en travail d'équipe le seul capable de river son clou à Sarkozy, Jean-Luc Mélenchon

lequel Mélenchon n'est pas Staline.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 07/12/2015

Mais ce qui ne choque c'est de voir l'inculture politique de ce monde, petit, mesquin, triste, à l'égard d'un vote à la proportionnelle. Là ils n'on rien compris puisque l'essentiel des réactions des perdants a été de discuter -honteusement - qui de retrait de liste, qui de fusion manquée et j'en passe dans un raisonnement typique des élection majoritaires à deux tours ! Or une élection à la proportionnelle a précisément pour but de permettre au plus grand nombre de tendances, de listes, d'être présentes dans l'arène démocratique. Se retirer comme le fait le PS est une insulte aux électeurs, au système proportionnel choisi (précisément par ce gouvernement socialiste) pour diviser la droite, vieille tactique mitterandienne qui se retourne contre le PS lui-même. Choisir un système proportionnel et refuser de travailler avec celles et ceux qui auront été choisis par les électeurs, démocratiquement, montre -en était-il besoin - quelle piètre idée ils se font de ce mode de scrutin, donc de la démocratie. Pauvre France. Quoique puissent dire les mauvais perdants, la démocratie a permis au peuple de se prononcer et c'est connu, le peuple - en démocratie du moins - a toujours raison.

Écrit par : uranus2011 | 07/12/2015

Bonne description des faits.

-Oubliés: les banques, le FMI, Goldman Sachs, la dette occidentale, les conflits d'intérêts, les monarchies, les politiciens collabos qui en fait, sont les mêmes ayant financé les banques en 2008 pour cause de titrisation. Mario et sa bande connaissent bien cela, il remettent le même système en place.

Ces élections sont le bac à sable des peuples européens. Pendant ce temps, ils (les oubliés) font ce qu'ils veulent.

Ah, j'oubliais, nous sommes en guerre contre des musulmans qui ne sont pas musulmans. Les monarchies musulmanes et les despotes "dubelislam" "cépalislam" "pasdamalgam" s'implantent partout en Europe, avec des mosquées-casernes que nous finançons au travers d'associations, écoles coraniques, prêts de terrains à 1€ symbolique, prises de participation dans les entreprises et tout et tout.

Le FN depuis dimanche, c'est presque sept millions de personnes débiles quasiment décérébrées, sans diplômes, orphelins, etc. On ne débat pas avec des fadasses, seuls les verts, les rouges, les socialistes, les faux-culs du centres et une partie de la droite et leurs médias savent tout cela.

Pourquoi se poser des questions bêtes, ce sont des régionales sans argent.....

Écrit par : Pierre NOËL | 08/12/2015

En fait, si M.Hollande souhaite se présenter aux présidentielles de 2017, et avec le parti socialiste derrière lui, il a avantage à ce que le Front National soit très fort et dépasse de loin les suffrages donnés aux Républicains. En effet, si le(la) candidat(e) présenté par le FN passe au premier tour, et que F. Hollande en fasse de même, ce dernier sera positionné sur une voie royale (et c'est le cas de le dire pour la République/Royaume de France) pour arriver président-roi au deuxième tour, ce qui ne serait pas du tout le cas s'il se trouvait face à un/une candidat/e LR!

Écrit par : Gilles Bourquin | 08/12/2015

Pierre, attention, pour ce qui en est du FMI, des banques centrales européennes (il y en a 3, on se demande bien pourquoi), je partage ton avis, par contre concernant Goldman Sachs c'est une autre histoire, premièrement parce qu'une bonne (très grande) partie des capitaux injectés dans plusieurs banques nationales de pays européens (par Goldman Sachs), il s'agit de capitaux privés dont la majeurs partie proviennent d'acheteurs, notamment chinois, d'ailleurs, ils viennent il y a quelques mois (début août 2015) de remettre une seconde couche via, cette fois d'autres institutions principalement américaines qui, il est vrai, se ramassent des commissions au passage !

Ils avaient tellement injectés que les intérêts étaient passés au négatif, première mondiale dans l'histoire des finances entre institutionnels et états !

Goldman Sachs n'a absolument investi aucun capital dans ces opérations, elle a même servi de couverture pour le Crédit Lyonnais et la Société Générale dans des "prêts" garantis par l'état français à hauteur de 200 milliards en faveurs de la Grèce (enfin, plutôt en faveurs du trou laissé par le gouvernement socialiste de Papandréou, raison pour laquelle Hollande et sa clique se sont autant bougés dans les négociations grègues, notamment vis-à-vis de la concurrence envers des banques allemandes.

Lorsque les prêts sont garanti par l'état et les banques centrales européennes, c'est très juteux de "prêter" des centaines de milliards à ses petit copains socialistes grecs !

Mais tout ça, c'est une autre histoire !!!

Écrit par : Corto | 08/12/2015

Pierre, encore une fois, une fois élus, les premiers à s'allier avec les plus extrémistes islamistes, seront les membres du fn !

Écrit par : Corto | 08/12/2015

Corto, l'argent n'a pas d'odeur, qui plus est, des curés jusqu'au paperon blanc et leurs ouailles certifient que l'argent ne fait pas le bonheur.

Excellent concept royal bien gardé par le vatican.

Pourquoi en ont-ils tant, tout en continuant de se gaver? Seuls les dieux-rois connaissent la réponse....

Écrit par : Pierre NOËL | 10/12/2015

Les politiques et les médias mettent en scènes des clowneries du genre !
« des traces d’explosifs » mon oeil !
Si il suffit de faire réagir un renifleur de molécules avec des résidus ammoniaqués pour justifier 3 jours de ballets helvético-bancaires, alors d’accord !
Dans 2 jours les « syriens » seront libérés sans charge et avec les excuses des larbins shootés aux hormones de croissance !

Quand vous voyez la tête à claques du chef du département de la « justice » et police genevois, vous comprenez immédiatement que le jour où ça va péter dans la capitale de Calvin, ils ne verrons absolument rien venir !
De toute manière, il est peu probable que les nazislamistes s’en prennent à leur propre coffre-fort, tout comme les nazis ont épargnés la Suisse pendant la 2ème guerre mondiale !

Chaque année, les mollahs iraniens et leur cheville ouvrière libano-syrienne planquent entre 250 et 300 milliards de Sfr.

Écrit par : Corto | 11/12/2015

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