30/10/2015

Pourquoi nous sommes devenus de méchants gueulocrates

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Ringarde, la démocratie… Place à la gueulocratie ! Obtenir des voix, c’est bien ; donner  de la voix, c’est mieux. Plus de 70% des électeurs suisses ont voté pour des partis opposés à l’UDC. Même si le parti xénophobe a gagné onze sièges aux récentes élections fédérales, ses opinions ne sont partagées que par 29% des votants. C’est beaucoup, certes. Mais c’est tout de même beaucoup moins que 71%, non ? Eh bien en gueulocratie, cette arithmétique ne compte pas ! Comme d’ailleurs les autres exercices basés sur la raison, tels que cette réflexion si peu glamour ou ces échanges d’arguments si rasoir.

 Même si elle est minoritaire, l’UDC impose son agenda, ses exigences, sa politique et ses hommes (ses hommes, car il n’y a guère de femmes chez les xénophobes, 11 députées sur 65). C’est lui qui gueule le plus fort, donc c’est lui le gagnant. C’est simple, la gueulocratie. Pas besoin de s’embêter avec des calculs. Le monde est compliqué ? Pas grave. On le transforme en truc tout simple, tout carré par la seule magie de la gueule. On n’est quand même pas là pour résoudre les problèmes, on est là pour surfer sur eux et rafler les bonnes places.

 En France, même topo. La gueularde en chef du Front national a déjà gagné toutes les élections avant même d’y participer. Que va dire Marine ? Que va faire Marine ? Que pense Marine ? Que mange Marine ? Que boit Marine ? Que fume Marine ? Qui voit-elle ? Qui écoute-t-elle ? Que lit-elle ? Plus besoin d’élections. De toute façon, c’est sa politique qui sera appliquée, par elle ou par d’autres. Les médias servent de gueulomètre. Celui qui fait le plus de bruit, aura le plus de temps de gueule, donc le plus de pouvoir.

 La gueulocratie sonne le grand retour de la méchanceté. Finies les jolies idées bien humanistes, toutes roses, toutes gnangnan. On peut enfin faire jaillir au grand jour nos idées bien brunâtres qui clapotaient tout au fond de notre mauvaise conscience. Désormais, je peux cracher sans vergogne sur les migrants qui crèvent au bord de nos richesses, sur ces salopards de pauvres trop bronzés, sur tout ce qui ne ressemble pas à mon petit moi si grand.

 Restons simple puisque tout nous y engage. Pourquoi sommes-nous devenus des méchants gueulards ? Parce qu’il n’y a désormais plus de politique, mais que des professionnels de la politique qui sont là pour occuper le pouvoir et non en faire quelque chose. Ils ont déteint sur nous. Et voilà nos sociétés européennes transformées en vaste gueuloir.  

L’ultracapitalisme galopant a pulvérisé tout ce qui pouvait lui faire obstacle et, en premier lieu, l’Etat, donc la politique. Retrouver les limites de cet Etat protecteur est voué à l’échec. Le temps de l’imperméabilité nationale est aussi révolu que le gramophone à pavillon. Il faudrait que se construise un autre type de souveraineté pour brider le cheval fou, une méta-souveraineté. L’Union européenne aurait pu en être une. Elle a raté le coche de l’Histoire. Plus rien à l’horizon, que ces gueulocrates qui l’ouvrent pour mieux nous enfermer dans des frontières fantasmatiques.

 

Jean-Noël Cuénod

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25/10/2015

Mais où sont-ils donc passés les hommes?

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Entendez-vous sonner la nuit

Au fond des impasses assoupies ?

Les nuages sont déchiquetés

Par la ronce des rayons lunaires

Le vent des barbelés s’est levé

 

Mais où sont-ils donc passés les hommes ?

 

Je ne vois que poubelles vidées

Fugitifs fantômes de rongeurs

Filant glissant comme des reproches

 

Entendez-vous sonner la nuit

Au-dessus du fleuve gras et gris ?

Les rives et les ponts sont dissous

Par l’acide du crachin jaunâtre

L’eau des venins a tourbillonné

 

Mais où sont-ils donc passés les hommes ?

 

Je ne vois qu’entrepôts désertés

Ombres épaisses des rafiots

Dansant grinçant comme des menaces

 

Entendez-vous sonner la nuit

Sur les éclats brisés de nos rêves ?

La peau de la ville est écorchée

Par nos courses d’aveugles errants

La terre des tombes est semée

 

Mais où sont-ils donc passés les hommes ?

 

Je ne vois que voitures brûlées

Squelettes fardés par la fumée

Puants béants comme des injures

 

Entendez-vous sonner la nuit

Près des silhouettes endormies ?

Les murs sont lavés de lumière

Par la salive des réverbères

Le feu va dérouler ses tapis

 

Mais où sont-ils donc passés les hommes ?

 

Je ne vois que débandade en bande

Vieux masques jetés à la hâte

Flottants coulants comme des regrets

 

Entendez-vous sonner la nuit ?

Mais où sont-ils donc passés les hommes ?      

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

Poème extrait d’ENTRAILLES CELESTES paru chez Edilivre, disponible à la Galerie ART-Aujourd’hui, 8 rue Alfred-Stevens Paris 9ème arrondissement ou directement chez l’éditeur par internet :

 http://www.edilivre.com/entrailles-celestes-20bca8a41a.ht...

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19/10/2015

Elections fédérales: l’UDC vainqueur mais pour quoi faire ?

 Le parti UDC a donc gagné les élections, comme prévu. Pour l’instant, il réclame un second siège au Conseil fédéral. Son importance numérique autorise cette revendication. Mais pour quoi faire ?

Maurer.jpgRappelons, car on a tendance à l’oublier sur la photo du gouvernement, que son seul représentant est, pour l’instant, le ministre de la Défense Ueli Maurer. Son action à la tête de l’armée est à l’image de son charisme de sac à pain oublié dans une guérite.

Sous sa direction, l’armée suisse n’a cessé de voir ses effectifs se réduire à la vitesse de la fonte des glaciers alpestres. Peut-être est-ce une bonne chose sur le plan financier et budgétaire. Mais c’est tout de même curieux de constater que l’auteur de cette cure de minceur soit un nationaliste fervent, héraut d’une défense forte, issu d’un parti qui veut transformer la Suisse en forteresse assiégée. Une cure qui intervient au moment même où l’Europe subit les assauts du terrorisme et assiste au regain de militarisme en Russie. Quant à l’achat d’avions de combat Gripen que Maurer a voulu imposer, il a explosé en vol, le peuple suisse l’ayant refusé par plus de 53% de voix en mai 2014.

 A quoi sert Ueli Maurer pour la Suisse ? A rien. Et pour l’UDC ? A rien non plus.

 De même, lorsqu’il fut élu en 2004, avant d’en être éjecté trois ans plus tard par l’Assemblée fédérale, Christoph Blocher, s’est principalement illustré en semant la zizanie au sein de gouvernement. Le patron de l’UDC avait alors démontré son incapacité foncière à se hausser à la stature d’homme d’Etat. Bref, le bilan des blochériens au gouvernement relève de la calamité.

 Le défi que doit affronter la Suisse désormais, c’est le franc fort. Pour un pays dont l’industrie ne vit que grâce aux exportations, la situation se révèle on ne peut plus périlleuse. Or, à cause de l’initiative de l’UDC du 9 février contre la libre circulation des Européens, nos relations avec nos voisins et clients de l’Union sont altérées. Le bras de fer qui oppose la Suisse aux 28 pays de l’UE nécessite un Conseil fédéral fort et uni. Avec deux UDC au gouvernement, ce serait plutôt mal parti.

Comment les deux partis de la droite, les libéraux et ultralibéraux du PLR  et les xénophobes de l’UDC pourraient-ils trouver un terrain d’entente, alors que sur ce plan au moins, tout les oppose ? Et si, par miracle, ils y parvenaient, les deux ministres UDC risqueraient fort de passer pour des mous manipulés, incapables de faire passer les idées du parti xénophobe dans la réalité. Ce qui créera un sacré rodéo dans les réunions internes.

 Il est un chapitre au moins sur lequel les deux droites s’entendront, ce sera pour s’attaquer aux acquis sociaux. Mais alors le Parti socialiste, qui a tout de même assez bien résisté aux élections de dimanche, se refera une stature de combattant de la cause des travailleurs et occupera cette scène médiatique que l’UDC a su monopoliser pendant des lustres.

 Dans tous les cas de figure, la présence renforcée du parti xénophobe au Conseil fédéral risque de poser bien des difficultés, encore plus à l’UDC elle-même qu’aux autres partis. Le parti blochérien a gagné en agitant l’émotion née des vagues migratoires. Certes, les bons sentiments ne font pas une politique, mais les mauvais non plus. Seule la raison  est à même de résoudre les équations complexes du monde présent. Jusqu’à maintenant, l’UDC n’a pas démontré qu’elle en était bien pourvue.

 

 Jean-Noël Cuénod

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16/10/2015

Madame Le Pen, Herr Blocher, dessinez-moi un judéo-chrétien !

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En Helvétie et en Gaulle, l’extrême-droite semble partie pour triompher dans les urnes, dimanche prochain, lors des élections fédérales suisses et en décembre, à l’occasion des régionales françaises. Les deux principaux partis xénophobes, l’UDC de la bande à Blocher et le Front national du clan Le Pen, ont pour propagande commune, «la défense de nos sociétés judéo-chrétiennes» contre les étrangers dont la pire engeance est représentée par les musulmans.

Le fait que le Coran soit imprégné de notions juives et chrétiennes, qu’il se réfère tant à la Torah qu’aux Evangiles ne leur a pas traversé l’esprit. Qu’on le veuille ou non, l’islam fait partie du monde judéo-chrétien. A sa façon. En contestant les interprétations des juifs et des chrétiens, mais en se fondant sur de semblables notions. Bah, en matière de propagande, on ne s’arrête pas à ce genre de détails !

L’important, ce n’est pas le fond mais le bruit du mot. «Judéo-chrétien», ça claque bien à l’oreille. Remarquez que les ancêtres idéologiques des nationalistes d’aujourd’hui, auraient banni la partie «judéo» du mot pour ne glorifier que son aspect «chrétien». A présent, pour faire plus convenable, on ajoute «judéo». Mais on n’en pense pas moins…

Au moment où les blochéro-lepénistes veulent fermer les portes de la France et de la Suisse au nez des réfugiés qui fuient les islamoterroristes, voyons un peu ce que disent les textes judéo-chrétiens sur la principale hantise des nationalistes, à savoir l’accueil des étrangers. 

Le Premier Testament ou Tanakh (Bible hébraïque), tout d’abord.

Exode XXII,21 ;Exode XXIII, 9 ; Lévitique XIX, 33 : Deutéronome XXIV, 14 :

«Tu ne maltraiteras point l’étranger et tu ne l’opprimeras point car vous avez été étrangers dans le pays d’Egypte».   

 Deutéronome XXVII, 19 :

«Maudit soit celui qui porte atteinte au droit de l’étranger, de l’orphelin et de la veuve.»

 Lévitique XIX, 34

 « Tu aimeras l’étranger comme toi-même.»

 Lévitique XXIV, 22 :

 «Vous aurez le même droit, l’étranger ou l’autochtone ; car je suis l’Éternel, votre Dieu.»

 Lévitique XXV, 35 :

 « Si ton frère devient pauvre, et que sa main fléchisse près de toi, tu le soutiendras ; tu feras de même pour celui qui est étranger et qui demeure dans le pays afin qu’il vive avec toi. »

 Deutéronome XIV, 28-19 :

 « Au bout de trois ans, tu sortiras toute la dîme de tes produits pendant cette année et tu la déposeras là où tu résideras. Alors viendront le Lévite, qui n’a ni part ni héritage avec toi, l’étranger, l’orphelin et la veuve, qui résideront avec toi ; ils mangeront et se rassasieront, afin que l’Éternel ton Dieu te bénisse dans toute l’œuvre que tu entreprendras de tes mains. »

 Deutéronome XVI, 14 :

 « Tu te réjouiras à l’occasion de cette fête, toi, ton fils et ta fille, ton serviteur et ta servante, et le Lévite, l’étranger, l’orphelin et la veuve qui résideront avec toi. »

 Le Nouveau Testament ensuite

 Mathieu XXV, 31-46 :

« Venez, les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire; j'étais un étranger et vous m'avez recueilli; nu, et vous m'avez vêtu; malade, et vous m'avez visité; en prison, et vous êtes venus à moi. » 

(…)

« Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche: « Allez-vous-en loin de moi, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire, j'étais un étranger et vous ne m'avez pas recueilli; nu, et vous ne m'avez pas vêtu; malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité. » 

Acte des Apôtres II, 11 :

« Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

Epître au Colossiens III, 11 p:

 « Il n’y a plus de Grec et de Juif, d’israélite et de païen, il n’y a pas de barbare, de sauvage, d’esclave, d’homme libre, il n’y a que le Christ : en tous il est tout ». 

 Alors, les blochéro-lepénistes, toujours « judéo-chrétiens » ?

 

Jean-Noël Cuénod

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12/10/2015

Le Plouc cause dans le poste et recette de l’intellectuel rôti au beuze

 

 

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Samedi, l’émission de Marie-Christine Vallet, «Micro-Européen» sur France-Info était consacrée aux intellectuels qui vibrionnent dans les médias à propos des menaces, supposées ou réelles, sur l’identité française. Deux journalistes européens ont été invités à causer dans le poste : Martina Meister du quotidien allemand Die Welt et votre serviteur humble mais pas soumis, Jean-Noël Cuénod, représentant le mensuel La Cité.

 Ces débats sur l’identité française se déroulent souvent dans des émissions d’amuseurs télévisuels qui n’ont pour étalons des valeurs morales que les courbes de leur audimat. Ils font donc tout pour pousser l’intello de service à donner de sa pensée une caricature grossière. L’important, c’est le beuze sur les ondes et les réseaux sociaux. Mais alors que viennent-ils faire dans cette galère, les intellectuels ?

 Vous pouvez écouter l’émission, en cliquant ici. Et en attendant, voici en exclusivité intergalactique, la recette de l’intellectuel rôti au beuze.

  • Choisissez un intellectuel bien tendre et bon tchatcheur.
  • Jetez-le dans une poêle enduite d'un corps gras de ricaneurs professionnels.
  • Saisissez-le à feu vif.
  • Arrosez-le d’actualité, si possible avec des giclées de sujets éloignés de ses compétences. Moins il en sait, plus il dira de sottises. Et ce sont les sottises qui donnent du goût à la sauce
  • Retournez-le de temps en temps pour qu’il entre en contradiction avec lui-même, ce qui le fera sortir de son jus.
  • Coupez-lui la parole dès qu’il développe une idée qui dépasse les 140 signes, la limite à ne pas dépasser pour le four de marque Twitter.
  • Flambez-le à la provocation, c’est alors que l’intellectuel peut être desservi à point.

 

Jean-Noël Cuénod

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09/10/2015

La Tunisie, un Nobel de la Paix qui exaspère les extrémistes

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Le Prix Nobel de la Paix a rarement été aussi mérité. Le «quartet» qui a sauvé la transition démocratique de la Tunisie a été récompensé par les jurés norvégiens.

 A l’automne 2013, la Tunisie – qui s’était débarrassée deux ans auparavant de la dictature du clan Ben Ali – menace de s’effondrer.  Deux figures de la gauche laïque – Chokri Belaïd et Mohamed Brami – sont assassinés, respectivement, le 6 février et le 25 juillet 2013, à l’aide d’une même arme, un revolver Beretta 9 mm. Ces deux assassinats ont été, par la suite, revendiqués par Boubaker al-Hakim alias Abou Mouqatel, un Franco-tunisien dont le groupe islamofasciste a fait allégeance à l’Etat islamique.

Ces crimes djihadistes provoquent un tsunami politique, alors que les Tunisiens tentent de former un gouvernement stable et d’établir une Constitution démocratique. Pour sauver ce qui pouvait encore l’être, quatre organisations sociales ont œuvré en commun, à savoir l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), son adversaire traditionnel, le syndicat patronal UTICA, la Ligue tunisienne des droits de l’homme et l’Ordre national des avocats.

Le «quartet» n’a pas lâché les partis politiques de tous bords, laïques et islamistes, jusqu’à ce qu’ils acceptent de respecter la feuille de route qui conduira la Tunisie à adopter sa nouvelle Constitution, sans encombre. Cette initiative, née de la société civile, a sauvé ce pays. Ni plus ni moins. Cela valait le Nobel de la Paix. Au moins.

 Gageons que cette attribution à la Tunisie nouvelle de la plus prestigieuse distinction de la planète va en exaspérer plus d’un.  Voici un petit florilège des grincements de dents.

  • L’Etat islamique, la Tunisie représentant son insupportable cauchemar. En tant que seule nation arabe à vivre en démocratie et dans le respect de l’égalité entre femmes et hommes, les islamoterroristes la considèrent comme un scandale permanent à éradiquer au plus vite.
  • Les monarchies pétrolières qui craignent que l’exemple tunisien donne de fâcheuses idées de démocratie et d’égalité des sexes à leurs peuples anesthésiés par les polices religieuses et les liens de dépendance envers les dispensateurs de la manne énergétique.
  • Les extrême-nationalistes européens, furieux qu’un pays arabe échappe à leurs clichés propagandistes d’un monde musulman monolithique et uniquement voué au terrorisme. Plus ou moins ouvertement, ils espèrent que la Tunisie tombera un jour dans l’escarcelle djihadiste. 
  • Les clans proches danciens dictateurs des Etats arabes qui, pendant des décennies ont été soutenus par l’Occident, grâce à ce chantage : sans nous, c’est le chaos islamiste qui règnera. L’échec de la démocratie en Egypte leur a donné quelque espoir. Mais l’exemple tunisien est là pour les contredire.

 C’est dire si la Tunisie nouvelle ne manque pas d’ennemis. Ses institutions sont encore fragiles. 5500 jeunes Tunisiens se sont engagés dans les rangs de l’Etat islamique, selon l’ONU. Daech a d’ailleurs pris pied en Libye voisine. Et surtout la pauvreté s’accroît, notamment après les attentats au Musée national du Bardo, le 18 mars dernier, qui a mis à mal l’industrie touristique tunisienne et avec elle, tous les secteurs qui en dépendent comme la construction et le commerce.

Remettre le Prix Nobel de la Paix à la Tunisie démocratique, c’est bien. La soutenir économiquement, ce serait très bien. Annuler sa dette publique, ce serait encore mieux.

 Jean-Noël Cuénod 

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08/10/2015

Et si la femme était l’avenir de l’islam?

 

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Il existe de multiples diagnostics pour décrypter la succession de convulsions violentes qui secoue le monde ici et là et tout particulièrement au Moyen-Orient. Une piste est peu suivie, celle de la confrontation entre l’émancipation de la femme et les forces du patriarcat.

Avec des périodes de haut et de bas, le patriarcat s’est imposé comme la référence principale de la plupart des sociétés humaines, même si d’autres formes de relations entre les genres ont prévalu dans certaines contrées et à certaines époques. En Suisse et chez ses voisins, la «tutelle masculine» sur la femmes s’est renforcée dans les législations au cours des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècle. L’homme était le Chef de famille avec un C des plus majuscules. A la femme, le rôle d’assistante et de ménagère. En Suisse, il a fallu attendre la révision du Code civil de 1988 pour que ce schéma soit définitivement bouté hors des lois mais... pas toujours, hors des têtes.

            L’évolution vers l’émancipation de la femme est lente, sujette à retours en arrière. Toutefois, depuis la dernière moitié du XXe siècle, il est indéniable qu’en Occident, elle a fait des progrès. Néanmoins, le vieux monde patriarcal ne se tient pas pour battu. Il organise ici ou là ses résistances. Dans les sociétés où, de par la culture, les us et coutumes, voire les conditions climatiques, le rôle de la femme était moins subalterne qu’ailleurs, les contre-offensives patriarcales se font plutôt rares et lorsqu’elles s’engagent, c’est à fleurets mouchetés.

Mais il en est d’autres où le poids des traditions permet aux forces du patriarcat de s’exprimer avec virulence. C’est le cas de la plupart des pays musulmans à des degrés diverses intensités. Certes, d’autres régions du monde, d’autres religions considèrent les femmes sur le mode mineur. Mais force est de reconnaître que c’est dans les pays musulmans — à la belle exception de la Tunisie — que le patriarcat déchaîne ses forces. Elles sont désormais bien connues, les exactions de Boko Haram — qui a enlevé 2000 femmes et très jeunes filles au Nigéria, selon Amnesty International, pour les réduire à l’esclavage sexuel — et celles de l’Etat islamique qui en fait de même à encore plus grande échelle. Certes, il serait faux d’associer tout l’islam à ces terroristes, mais c’est tout de même au nom de leur foi qu’ils agissent ainsi. Et ces actes barbares trouvent aussi un terrain fertile dans les coutumes qui placent la femme à un rang inférieur.

 

Qu’on ne s’y trompe pas, le refus de l’Occident par l’islamoterrorisme, ce n’est pas seulement celui des anciennes puissances coloniales. C’est aussi — et sans doute surtout — le rejet de ce féminisme qui s’est développé dans nos contrées.

Il appartient aux musulmans, et à eux seuls, de reconsidérer la place de la femme dans leur conception du monde pour que leurs sociétés soient enfin pacifiées. Le chemin pour y parvenir est semé de pièges que les forces du patriarcat ne manqueront pas de tendre. Ce patriarcat qui mène un combat d’autant plus sanglant qu’il est d’arrière-garde. Alors, que les musulmans se posent cette question: et si la femme était l’avenir d’un islam renouvelé? En attendant laissons le poète Aragon conclure avec cet extrait du Fou d’Elsa:

 L’avenir de l’homme c’est la femme
Elle est la couleur de son âme
Elle est sa rumeur et son bruit
Et sans Elle il n’est qu’un blasphème.

 Jean-Noël Cuénod

Editorial du mensuel suisse La Cité octobre 2015 http://lacite.website/

Photo: une femme enlève sa burqa dans une zone qui a été libérée de l'Etat islamique par les Kurdes

11:55 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : islam, féminisme, terrorisme | |  Facebook | | |

05/10/2015

Crise des réfugiés : les Etats-Unis coupables mais pas responsables

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Douze millions de Syriens en errance entre leur dictateur et les égorgeurs de l’Etat islamique. Quatre millions d’entre eux sont parvenus à quitter leur terre de feu. La plupart ont gagné les pays voisins, souvent de tailles modestes. Ainsi, le Liban – 5,8 millions d’habitants – en abrite… 1,1 million. Et dire que nos Blochériens aux âmes noueuses glapissent de trouille devant les 500 réfugiés Syriens que le Conseil fédéral a accepté de recevoir ces prochains mois! Aveuglés par nos richesses, nous autres Suisses avons-nous perdu tout sens des réalités du monde ?

 Il faut dire qu’au bal des faux-culs, l’Helvète n’est pas le seul à valser, loin de là. Passons sur les pétromonarchies qui n’ont pas levé le petit doigt bagué de diamant pour aider les Syriens en fuite. Ceux-ci, il est vrai, n’ont nulle envie de se rendre en Arabie Saoudite ; ils savent bien qu’entre ce Royaume à essence et l’Etat islamique, il n’y a qu’une différence de degrés et non pas de nature, l’un et l’autre défendant la même vision intégriste d’un islam réduit à la portion médiévale.

 Quant à l’Allemagne, elle a vu dans ces réfugiés syriens – appartenant souvent aux classes moyennes et éduquées – une aubaine pouvant compenser son déficit démographique, avant de fermer brusquement ses portes. Cruelle décision après avoir suscité autant d’espoirs. L’Allemagne, présentée il y a peu comme un modèle de vertu solidaire, a désormais rejoint Volkswagen et ses tests falsifiés au cimetière des illusions perdues.

 Il y aurait encore plus à dire sur les réactions des Européens de l’Est qui, aujourd’hui, rejettent ces réfugiés dont ils partageaient le même sort il n’y a pas si longtemps.

 Mais ce bal, ce sont tout de même les Etats-Unis qui le mènent avec un entrain travoltesque. En intervenant en Irak en 2003, sous prétexte de détruire des armes de destruction massive mais massivement inexistante, Washington et ses néoconservateurs voulaient redessiner un Moyen-Orient à leur main et imposer la démocratie par la force. Il s’agissait aussi d’effacer les traces des anciennes puissances coloniales, la France et la Grande-Bretagne, qui avaient créé l’Irak et la Syrie, deux Etats artificiels. Sur ce dernier point, les visées des «néocons», comme ils se nomment eux-mêmes, ont été couronnées de succès mais certainement pas dans le sens souhaité. S’il n’y a plus de frontière entre l’Irak et la Syrie, c’est que l’Etat islamique occupe désormais les deux côtés de la ligne Sykes-Picot. En guise d’un Moyen-Orient s’ébrouant sur les paisibles prairies démocratiques et gentiment dévoué aux intérêts politico-économiques étatsuniens, le gigantesque brassage de cartes engagé par Deubelyou Bush a fait naître le monstrueux Etat islamique qui porte la guerre partout, y compris en Europe.

 C’est en pleine conscience que Washington a jeté la planète dans la fournaise moyen-orientale. La France et son président Jacques Chirac avaient pourtant prédit en détails les événements catastrophiques qu’une intervention étatsunienne allait entraîner. En guise de réponse, Washington a changé le nom des frites de ses cantines, les french fries étant rebaptisées freedom fries. Pour le coup, les «néoscons» avaient tout à fait mérité leur french suffix.

Les Etats-Unis sont donc les premiers coupables de la situation actuelle. Mais ils ne s’en estiment nullement responsables. La fameuse formule lancée par l’alors ministre française Georgina Dufoix dans l’affaire du sang contaminé – «responsable mais pas coupable»– est ainsi retournée outre-Atlantique en «coupables mais pas responsables». En effet, la vague de réfugiés n’émeut guère les Etatsuniens qui n’ont accueilli que 1800 Syriens depuis 2011. Devant les vifs reproches que cette indifférence a soulevés, Obama a promis que son pays allaient en recevoir 10 000 d’ici à septembre 2016. Outre que les promesses rendent les fous joyeux, comme l’on dit à Genève (qui n’est avare ni de promesses ni de fous, mais c’est une autre histoire), ce chiffre reste bien modeste pour une nation aussi vaste, aussi puissante et aussi riche. A comparer au million de Syriens qui se tassent dans le petit Liban. Et au Québec qui s’est organisé pour en abriter 3. 650 d’ici à décembre prochain.

 En bonne justice, Washington devrait assumer le plus gros des charges provoquées par sa politique moyen-orientale. Mais il ne se trouvera personne pour lui présenter l’addition.

 

Jean-Noël Cuénod

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03/10/2015

TEMPS MINERAL

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Lampée d’eau salée goût d’algue au fond de la gorge

Sur le sable un petit crabe court à sa perte

Et subira bientôt la loi du talon

 

Les rouleaux passent et repassent sur ton corps

L’océan est un monstrueux copulateur

Mais sa semence n’engendre que des galets

Qui se réchauffent dans les sables utérins

 

L’oiseau bleu ne se détache plus du ciel

La trace de son vol s’est dissoute dans l’air

Au sol absolue solitude des pierres

Le cœur absent nous vivons un temps minéral

 

Jean-Noël Cuénod

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