05/10/2015

Crise des réfugiés : les Etats-Unis coupables mais pas responsables

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Douze millions de Syriens en errance entre leur dictateur et les égorgeurs de l’Etat islamique. Quatre millions d’entre eux sont parvenus à quitter leur terre de feu. La plupart ont gagné les pays voisins, souvent de tailles modestes. Ainsi, le Liban – 5,8 millions d’habitants – en abrite… 1,1 million. Et dire que nos Blochériens aux âmes noueuses glapissent de trouille devant les 500 réfugiés Syriens que le Conseil fédéral a accepté de recevoir ces prochains mois! Aveuglés par nos richesses, nous autres Suisses avons-nous perdu tout sens des réalités du monde ?

 Il faut dire qu’au bal des faux-culs, l’Helvète n’est pas le seul à valser, loin de là. Passons sur les pétromonarchies qui n’ont pas levé le petit doigt bagué de diamant pour aider les Syriens en fuite. Ceux-ci, il est vrai, n’ont nulle envie de se rendre en Arabie Saoudite ; ils savent bien qu’entre ce Royaume à essence et l’Etat islamique, il n’y a qu’une différence de degrés et non pas de nature, l’un et l’autre défendant la même vision intégriste d’un islam réduit à la portion médiévale.

 Quant à l’Allemagne, elle a vu dans ces réfugiés syriens – appartenant souvent aux classes moyennes et éduquées – une aubaine pouvant compenser son déficit démographique, avant de fermer brusquement ses portes. Cruelle décision après avoir suscité autant d’espoirs. L’Allemagne, présentée il y a peu comme un modèle de vertu solidaire, a désormais rejoint Volkswagen et ses tests falsifiés au cimetière des illusions perdues.

 Il y aurait encore plus à dire sur les réactions des Européens de l’Est qui, aujourd’hui, rejettent ces réfugiés dont ils partageaient le même sort il n’y a pas si longtemps.

 Mais ce bal, ce sont tout de même les Etats-Unis qui le mènent avec un entrain travoltesque. En intervenant en Irak en 2003, sous prétexte de détruire des armes de destruction massive mais massivement inexistante, Washington et ses néoconservateurs voulaient redessiner un Moyen-Orient à leur main et imposer la démocratie par la force. Il s’agissait aussi d’effacer les traces des anciennes puissances coloniales, la France et la Grande-Bretagne, qui avaient créé l’Irak et la Syrie, deux Etats artificiels. Sur ce dernier point, les visées des «néocons», comme ils se nomment eux-mêmes, ont été couronnées de succès mais certainement pas dans le sens souhaité. S’il n’y a plus de frontière entre l’Irak et la Syrie, c’est que l’Etat islamique occupe désormais les deux côtés de la ligne Sykes-Picot. En guise d’un Moyen-Orient s’ébrouant sur les paisibles prairies démocratiques et gentiment dévoué aux intérêts politico-économiques étatsuniens, le gigantesque brassage de cartes engagé par Deubelyou Bush a fait naître le monstrueux Etat islamique qui porte la guerre partout, y compris en Europe.

 C’est en pleine conscience que Washington a jeté la planète dans la fournaise moyen-orientale. La France et son président Jacques Chirac avaient pourtant prédit en détails les événements catastrophiques qu’une intervention étatsunienne allait entraîner. En guise de réponse, Washington a changé le nom des frites de ses cantines, les french fries étant rebaptisées freedom fries. Pour le coup, les «néoscons» avaient tout à fait mérité leur french suffix.

Les Etats-Unis sont donc les premiers coupables de la situation actuelle. Mais ils ne s’en estiment nullement responsables. La fameuse formule lancée par l’alors ministre française Georgina Dufoix dans l’affaire du sang contaminé – «responsable mais pas coupable»– est ainsi retournée outre-Atlantique en «coupables mais pas responsables». En effet, la vague de réfugiés n’émeut guère les Etatsuniens qui n’ont accueilli que 1800 Syriens depuis 2011. Devant les vifs reproches que cette indifférence a soulevés, Obama a promis que son pays allaient en recevoir 10 000 d’ici à septembre 2016. Outre que les promesses rendent les fous joyeux, comme l’on dit à Genève (qui n’est avare ni de promesses ni de fous, mais c’est une autre histoire), ce chiffre reste bien modeste pour une nation aussi vaste, aussi puissante et aussi riche. A comparer au million de Syriens qui se tassent dans le petit Liban. Et au Québec qui s’est organisé pour en abriter 3. 650 d’ici à décembre prochain.

 En bonne justice, Washington devrait assumer le plus gros des charges provoquées par sa politique moyen-orientale. Mais il ne se trouvera personne pour lui présenter l’addition.

 

Jean-Noël Cuénod

15:09 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : réfugiés, droit d'asile, syrie, terrorisme | |  Facebook | | |

Commentaires

C'est pas graaave ! Tant que les islamo-nazi-gazaouis sont enfermés tout va pour le mieux dans le meilleur de mondes !!

N'est-ce pas ??

Écrit par : Pas grave | 05/10/2015

Certes G.W.Bush est l'homme responsable du déclenchement des misères moyen-orientales par son intervention débutée en mars 2003, motivée par les mensonges proférés par son secrétaire d'Etat Colin Powell le 5 février 2003 à la Tribune des Nations Unies. La France avait en effet refusé de se joindre à la coalition destructrice de l'Etat irakien, grâce à la clairvoyance de son président Jacques Chirac, pour qui il n'aurait jamais fallu ouvrir cette "boîte de Pandore".
Mais il ne faut pas écarter les raisons réelles du déchirement de la Syrie, soit que ce pays à majorité sunnite est dirigé par des Alaouites minoritaires (12 %), proche des descendants chiites. Et la France en porte sa part de responsabilité par son appui entre les deux guerres mondiales à la création d'un territoire pour les Alaouites.
Avant tout, le soutien saoudien et qatari aux insurgés sunnites s'explique par le désir des dirigeants de l'Emirat du Qatar de vouloir construire, dès le départ de Bachar al Assad, un pipe-line à travers la Syrie et la Turquie permettant le marché européen du gaz naturel.
On est donc en plein dans une guerre théologico-économico-géostratégique.

Écrit par : Wega07 | 05/10/2015

Certes G.W.Bush est l'homme responsable du déclenchement des misères moyen-orientales par son intervention débutée en mars 2003, motivée par les mensonges proférés par son secrétaire d'Etat Colin Powell le 5 février 2003 à la Tribune des Nations Unies. La France avait en effet refusé de se joindre à la coalition destructrice de l'Etat irakien, grâce à la clairvoyance de son président Jacques Chirac, pour qui il n'aurait jamais fallu ouvrir cette "boîte de Pandore".
Mais il ne faut pas écarter les raisons réelles du déchirement de la Syrie, soit que ce pays à majorité sunnite est dirigé par des Alaouites minoritaires (12 %), proche des descendants chiites. Et la France en porte sa part de responsabilité par son appui entre les deux guerres mondiales à la création d'un territoire pour les Alaouites.
Avant tout, le soutien saoudien et qatari aux insurgés sunnites s'explique par le désir des dirigeants de l'Emirat du Qatar de vouloir construire, dès le départ de Bachar al Assad, un pipe-line à travers la Syrie et la Turquie permettant le marché européen du gaz naturel.
On est donc en plein dans une guerre théologico-économico-géostratégique.

Écrit par : Wega07 | 05/10/2015

Excellent article !
Je me tue à dire que tout ce chaos provient de l'admirable strumpf Bush qui en éliminant Sadam et promettant monts et merveilles aux irakiens a suscité les multiples clans arabes à désaler leurs propres potentats en attendant le soutien des USA.
Et aujourd'hui c'est la "guerre des clans", chacun revendiquant le pouvoir au détriment des autres et chacun utilisant Allah et sa version du Coran pour son propre intérêt. Sunnites, chiites, salafites, etc.

Les USA n'ont jamais compris que les arabes n'obéissent qu'à 2 choses : le Coran (qu'il soit sunnite ou chiite) et la dictature. Le Coran depuis Mahomet et la dictature depuis la nuit des temps en passant par l'empire ottoman que la France et l'Angleterre ont vaincu pour le remplacer par des potentats à leur botte.

Écrit par : Lambert | 05/10/2015

Dans toute votre analyse vous oubliez les responsabilités irakiennes qui s'est formé après la chute de Sadam.

L'intervention américaine sans la juger, a mis l'Irak dans une position neuve pour reconstruire leur avenir. Les irakiens, du moins certain ont été source de divisions, et donc du chaos. Le chaos ne vient pas des USA, mais des irakiens eux-mêmes qui ne sont pas (encore) prêt à un système de partage.

Si vous libérez un prisonnier pour vol, et qu'il recommence à voler, allez-vous accusez la prison du vol commis ?

Minimiser les responsabilités locales, c'est les prendre pour des enfants, une vision neocon.
Quelques soit les circonstances qui amène un peuple à devoir se reconstruire, il est responsable du chaos qu'il génère.

Écrit par : Glob | 05/10/2015

@ Glob


Pourquoi l'intervention américaine "sans la juger"?

Écrit par : MB | 06/10/2015

En "intervenant" en Irak en 2003 ceux qui avaient rendus inoubliables deux noms soit Hiroshima et Nagasaki, sans parler du napalm au Vietnam, et autres merveilles, étaient-ils les mieux placés pour prétexter le danger d'armes chimiques d'armes massives?

Écrit par : MB | 06/10/2015

MB, vous parlez dans le vide, savez-vous ce que les japonnais ont fait en Chine, en Corée et dans toute l'Asie du sud-est, quant au Vietnam, allez demander aux vietnamiens si ils soutenaient tous la dictature stalinienne ?

Lors de la première intervention en Irak, l'Irak tombait complètement dans les mains des russes et saddam a certainement plus tué d'irakiens que le bordel actuel, dû au départ des Marines sur ordre du mollah barak-hussein !

Alors, sans cesse vouloir accuser les américains de tous les maux, ça va !


Attendez encore quelques années, et on verra qui suppliera les américains de remettre un peu d'ordre dans cette Europe en glissade généralisée !

Attendez que ça pète entre la Turquie et les russes, là, vous verrez ce que signifie : des vagues d'immigrés !

Écrit par : Corto | 06/10/2015

N'importe quel novice en géostratégie voit que la situation irako-syrienne n'est rien d'autre qu'une mise en scène afin de déstabiliser l'Europe !

Selon le ministre allemands de la justice, près d’un million de nouveaux migrants sont à attendre d’ici à la fin 2015 (rien que pour l'Allemagne), et la France qui continue d'annoncer qu'elle n'a accueilli que 52'000 migrants depuis le début de l'année. La Serbie déclare avoir compter environ 600'000 migrants traverser son territoire en 1 mois (septembre) dont 200'000 encore à l'intérieur de ses frontières.

L'ensemble des chancelleries font sonner le tocsin alors que les politiques organisent les manipulations médiatiques, ce sera plus de 2 millions d'immigrés rien que pour 2015 !

Il ne s'agit plus seulement d'une menace, mais d'un chaos sans nom !

Des batailles rangées ont lieu tous les jours entre les diverses communautés, particulièrement en Allemagne et dans la zone de Calais. Les églises qui avaient tant soutenues la venue de migrants ne tient pas sa parole et 95% des paroisses n'accueillent aucun migrant !

La chaîne du "bonheur" (la même qui a englouti des dizaines de millions d'Haïti) a annoncé 30 millions de promesses, résultat des courses, le compte est en dessous du million !

Écrit par : Corto | 06/10/2015

Il paraît que la Russie va prendre 1 million de réfugiés/migrants, d'après certains chrétiens d'Orient.
Obama défend les Sunnites et les chiites modérés, ça ressemble à des islamistes mais se sont des musulmans non islamistes. Quelqu'un a écrit qu'un musulman était un islamiste endormi. Un islamiste lit le journal "La Croix" pour s'intégrer au christianisme ou, "la Tribune de Genève" pour rester islamiste ou musulman au cas ou il faudrait assurer la pérennité de l'islam avec les frères Ramadan.
Obama n'est pas responsable, c'est un irresponsable ayant reçu la médaille pour la paix.
Il n'est pas interdit de rire avant de pleurer comme savent le faire les Portugaises payées pour cela, lors des enterrements.

Écrit par : Philippe B | 07/10/2015

On s'étonnera également du silence de la Russie qui se pose maintenant en maître de la guerre en Syrie, qui dispose de vastes territoires, d'une population en déclin et qui n'accueille aucun réfugié.

Écrit par : Cara | 07/10/2015

Au sujet des millions qui viendraient chez nous déjà qu'il y a guerre entre les migrants Roms divisés désormais en deux camps ,ceux qui salissent et ceux qui sont propres et quand on sait les nombreuses incivilités commises par des gens venus travailler chez nous et dénoncés par ceux à l'AI vivement que les parasites de la presse pardon les Paparazzi, aient un mariage Royal ou Princier pour occuper leur mental

Écrit par : lovejoie | 07/10/2015

A propos de l'Allemagne, puisqu'il en est question dans cet article: La population allemande commence à comprendre dans quel piège elle est tombée grâce en grande partie à Angela Merkel. Les manifestations, les heurts entre migrants mêmes, les exactions, les scènes de violence se multiplient, tout comme les incendies de centres d'hébergement. Et comme toujours, le diable est dans les détails: selon un document interne des CFF allemands, les réfugiés peuvent voyager en train gratuitement. L’article précise également qu’ « il est indéniable que le clan gouvernemental de Berlin favorise et promeut délibérément l’inégalité de traitement et la discrimination au sein de la population allemande. Si l’on considère ce qui se passe de manière rationnelle, on ne peut plus expliquer pourquoi le cinéma, la piscine et les fêtes foraines, les cours de langues étrangères et toutes sortes d’autres activités de loisirs sont généralement gratuits pour les demandeurs d’asile alors qu’en Allemagne, il existe des familles qui ne savent même plus à quoi ressemble l’intérieur d’un cinéma ou d’une piscine. »
L’article publie ensuite une série de photos prises dans des trains, sur la ligne Vienne Salzburg. On peut y voir, entre autres, ce que font les réfugiés des cadeaux et du matériel qu’on leur distribue en gare de Vienne. Et la saleté qui les suit partout.
Le lien: http://www.info-direkt.at/bahnreisen-und-fluchtlinge/

Comment s'étonner que la colère monte ? Que les autochtones soient enclins à défendre leurs valeurs, leur groupe, leur territoire... comme n'importe quel autre mammifère sur la planète ? Il s'agit bel et bien d'un réflexe de survie. En l'état actuel de nos connaissances, une invasion aussi massive et rapide n'a pas d'équivalent dans toute l'histoire de l'humanité. Ses conséquences sont, pour l'heure, incalculables. Mais certainement terribles.

Écrit par : Claude Aymon | 08/10/2015

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