25/08/2015

La revanche de Maigret

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 C’était l’époque où le flair du flic remplaçait la police scientifique. Il y avait bien les empreintes digitales. Mais les malfrats avançaient gantés sur le boulevard du Crime. Alors, hein, les empreintes, le flic avait beau faire des pieds et des mains, il était rare qu’elles se missent à table!

Si vous avez eu le bonheur de regarder le film de Jean Delannoy «Maigret tend un piège» récemment diffusé par la chaîne D8, vous avez sans doute ressenti cette nostalgie des polars d’antan où, au moment fatal de l’aveu, le commissaire – figuré par un Gabin plus Maigret que nature ­– posait sa pipe encore fumante pour faire monter les bières et les sandwiches. Autour de lui, ses inspecteurs – Lino Ventura pas encore tête d’affiche, l’inoubliable André Valmy –retroussaient leurs manches de chemise, la cravate un peu de travers. Jean Desailly, vieil enfant couvé par ses deux femmes, sa mère et son épouse Annie Girardot, en pleine ascension, allait tomber dans le piège tendu par un Gabin-Maigret qui jacte titi comme Michel Audiard (l’auteur des dialogues).

 1958, c’est l’année de sortie du film. Il y a près de six décennies. Six siècles plutôt tant les choses policières ont changé à voir le commissaire et ses adjoints vous remuer un cadavre comme si c’était un paquet de linge ou patauger dans le sang. Et lorsqu’un flic trouvait le couteau meurtrier, allez hop !, on l’emportait, certes délicatement mais à mains nues, sans autre forme de procès.

Aujourd’hui, grâce aux séries télévisées américaines, le crime est devenu biodégradable et l’investigation (on ne dit plus l’enquête, ça fait ringard), hygiénique. Maigret traînait son pardessus qui sentait la frite alors que ses lointains descendant enfilent des combinaisons immaculées, de la tête aux pieds, et même des masques pour ne pas polluer les scènes du crime. Celle-ci est d’ailleurs bien délimitée par des bandes rouges et blanches en plastique. Pas question de faire les cent pas autour d’un cadavre en se grattant l’occiput pour tenter de faire venir l’inspiration.

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Après, le gros du travail ne se déroule plus dans un étroit bureau enfumé avec des machines à écrire qui font un bruit de mitraillette Thompson. Non, le vrai boulot s’accomplit dans ce qu’on n’appelle plus la morgue mais la salle d’autopsie. Là, des médecins légistes vêtus comme des cosmonautes emploient une batterie d’instruments tellement sophistiqués que l’on s’attend à ce que le cadavre soit ressuscité. Hélas (ou heureusement pour la suite du scénario), il reste bel et bien raide mort.

 Mais alors qu’est-ce qu’il cause, le macchabée! Car nos démiurges savent le faire parler comme s’il était le témoin de sa propre mort. Maigret, malgré ses ruses à deux Sioux, ne parvient jamais à rendre ses suspects aussi bavards que les défunts tout couturés gisant sur leur table d’acier qui étincelle sous le scialytique.

 Le dieu ADN a changé le monde criminel. Un prélèvement salivaire et c’est tout une histoire qui se déploie sous les microscopes à balayage électronique. Le criminel peut bien laver à grandes eaux les lieux de son forfait, il restera toujours une infime molécule qui le trahira. Le moindre atome laissé par lui vaut tous les aveux. Plus besoin de bière et de sandwiches, ni même de torgnoles ou de coup d’annuaire de téléphone sur le crâne. La vérité surgit des éprouvettes. La technologie était magicienne. La voilà justicière. Et même justicière infaillible. Ce n’est plus la Justice aveugle qui officie mais la Science clairvoyante.

 Mais vous savez comment sont les hommes, malins comme des singes. Il s’en trouvera toujours un pour manipuler les preuves, échanger des empreintes ADN avec d’autres pour faire accuser l’innocent et protéger le coupable. Alors que jadis l’on se méfiait des enquêtes menées par les hommes, qui oserait aujourd’hui contester les décrets rendus par la technologie ? L’erreur judiciaire ne sera donc jamais bannie. Mais elle risque fort de devenir indécelable.

 Pour la traquer, il faudra se pencher, comme autrefois, sur les méandres torturés de l’esprit humain, user de l’intuition, de l’imagination, de la déduction, de ce flair qu’on ne saurait trouver dans un bouillon de culture. Pour Maigret, l’heure de la revanche aura sonné.

 

Jean-Noël Cuénod

18:23 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : #justice #police #adn #gabin #simenon | |  Facebook | | |

Commentaires

"Pas question de faire les cent pas autour d’un cadavre en se grattant l’occiput pour tenter de faire venir l’inspiration."
Ah ben ça dépend où. Parlez-en aux parents du petit Luca, fouetté par son chien berger allemand...

Écrit par : Géo | 25/08/2015

Il ne suffit pas d'établir des faits pour établir une culpabilité, le juge est chargé d'évaluer le degré de culpabilité, qui dépend aussi des pensées secrètes de ceux qui ont commis les faits.

Écrit par : Rémi Mogenet | 26/08/2015

Si les pensées secrètes se peuvent comparer à des germes il faut voir également, en premier, en quels terrains ces germes sont appelés à se développer.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 26/08/2015

A cette époque la fonction était plus vraisemblables que les annonces officielles du gouvernement français !

Ils ne savent même écrire des romans qui tiennent la moindre interrogation, mais vu la puissance des haut-parleurs, ils en déduisent que les spectateurs sont des cons !

Écrit par : Corto | 26/08/2015

Je vous recommande la lecture de La Dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil. Un vrai régal! Pas d'internet ni de téléphones mobiles. Il faut attendre plusieurs heures pour appeler Paris de la province! Impossible de retracer d'où vient un coup de fil. On y "tape à la machine" ! On tape 4 à 6 copies avec sa machine à écrire. Les jeunes n'y comprennent certainement rien.... !

Écrit par : Arnica | 27/08/2015

Un merveilleux roman qui suscita de nombreuses vocations, puis film de Jean Delannoy avec Jean Gabin juge pour enfants Chiens perdus sans collier.
Roman qui joua un grand rôle dans l'engagement de la lausannoise Petite Mère Sofia qui avait premièrement voulu suivre Mère Teresa en Inde mais qui s'entendit par elle annoncer de demeurer en Suisse où il y aurait pas mal é faire également.

Il est toujours stupéfiant de réaliser à quel point un livre, ou film, est en mesure de programmer une vie tout en la déprogrammant de traumatismes plus anciens.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 27/08/2015

Pardon "A cette époque la fonction"

Pas la fonction mais la fiction !

Écrit par : Corto | 27/08/2015

Jean Gabin tenait le rôle d'un juge pour enfants issus de milieux défavorisés français en un film de Jean Delannoy tiré du roman à très vif succès (de cœur, également) de Gilbert Cesbron: Chiens perdus sans collier.
Il s'agissait, ce qui plus tard fut le travail de Guy Gilbert, prêtre éducateur des rues de ne pas se contenter de partir du symptôme, le délit, pour aller en aval voit quelle châtiment conviendrait mais de remonter préalablement en amont chercher le pourquoi du symptôme, c'est-à-dire du délit. Pas mal de temps plus tard Gilbert Cesbron ami avec le pasteur Alain Burnand, de la Croix de Camargue, lui confia qu'il se demandait ce qu'il restait de cette immense émotion de jadis... "Tolérance zéro!" serait la réponse appropriée aujourd'hui. Guy Gilbert qui publiait dans ses livres des cartes à lui envoyées par des jeunes en prison sans corriger l'orthographe permettait à ses lecteurs d'entrevoir de misérables quartiers aux tours parfois hideuses. Cris, chamailleries des parents, coups. Alcool.

Pharmacien très grand observateur Emile Coué a écrit que pour qu'un être soit bien équilibré il lui faut vivre dans une maison avec un jardin.

Écrit par : MB | 27/08/2015

Par contre, interdiction de Caseneuve aux médias de communiquer sur la mort d'Erika, jeune fille de 17 ans égorgée par un candidat au djihad fiché "S" !

La jeune fille voulait quitté le candidat islamistes et dans ce cas, le coran justifie la mort de la jeune fille !

Le scandale en France serait d'en parler, mieux, les médias ont d'un seul bond appelé l'ouragan passant dans les Caraïbes "Erika", histoire à nouveau de semer les doutes !

La jeune fille a été poignardée à plusieurs reprises avant d'être finalement égorgée, c'est ça la France !

Écrit par : Corto | 28/08/2015

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