15/08/2015

La dette grecque, un gros boulet en… 1848 !

 

 

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Se plonger dans la lecture des journaux du XIXe siècle permet d’apprendre beaucoup sur l’actualité du XXIe. L’excellent confrère Arnaud Galy ­– rédacteur-en-chef du magazine en ligne ZigZag, de l'Année francophone internationale et d'Agora francophone – m’a permis de consulter sa collection du Moniteur Universel, dont les numéros parus au début de la IIe République française née de la Révolution de février 1848.

Je tombe sur un article daté de samedi 16 septembre 1848 (première photo). Il fait part d’une décision prise la veille par l’Assemblée nationale. Pour un lecteur de 2015, le titre est très évocateur : Avance au gouvernement grec. En voici le libellé (seconde photo) :

Art. 8. Il est ouvert au ministre des Finances un crédit de 527 240 francs 2 cent. et un autre crédit de 522 019 fr. et 83 centimes à l’effet de pourvoir, au défaut du gouvernement grec, au payement du semestre échu le 1er septembre 1847 et de celui échu le 1er mars 1848, des intérêts et de l’amortissement négocié le 13 janvier 1833 par ce gouvernement, jusqu’à concurrence de la portion garantie par le Trésor de France, en exécution de la loi du 14 juin 1833 et de l’ordonnance royale du 9 juillet suivant.

Les payements qui seront faits en vertu de l’autorisation donnée par le présent article auront lieu à titre d’avances à recouvrer sur le gouvernement grec. Il sera rendu annuellement à l’Assemblée nationale un compte spécial de ces avances et des recouvrements opérés en atténuation.

(L’article 8 est mis aux voix et adopté).

 Au moment où la Grèce d’aujourd’hui se débat dans les rets de sa dette, il apparaît qu’en 1848 déjà, elle faisait l’objet de négociation et qu’Athènes ne parvenait pas à rembourser ses créanciers, les Etats d’Europe occidentale et la Russie.

En fait, la Grèce était endettée avant même la proclamation de son indépendance en 1830. En effet, durant la guerre d’Indépendance contre la Turquie, qui a duré neuf ans, les Etats européens ont massivement prêté des fonds aux Grecs afin qu’ils se fournissent en armes … auprès de ces mêmes Etats !

 C’est ainsi que le journaliste français Edmond About écrit de la Grèce en 1854 : 

C’est le seul exemple connu d’un pays vivant en pleine banqueroute depuis le jour de sa naissance. Tous les budgets, depuis le premier jusqu’au dernier, sont en déficit. 

161 ans plus tard, la situation n’a guère évolué.

 Il vaut d’ailleurs la peine de lire l’ouvrage d’Edmond About, La Grèce contemporaine (disponible sur Gallica[1]) pour se rendre compte à quel point les problèmes qui se posent à la Grèce et à l’Europe sont anciens. L’équation avait été posée au milieu du XIXe siècle. Mais rien de sérieux n’a été entrepris pour la résoudre. Résultat : plus d’un siècle et demi après, nous voilà en plein bouzin, comme l’on dit en Suisse romande.

 Edmond About avait mis la plume dans une plaie qui est encore bien ouverte : les vertigineuses dépenses militaires de la Grèce, dépenses qui, comme dit plus haut, ont plombé ce pays avant même son indépendance:

Si la Grèce n’a point de route, si les forêts ne sont pas exploitées, si les terres ne sont pas cultivées, si les mines ne sont pas fouillées, si les bras manquent, si le commerce extérieur n’a pas fait les progrès qu’il devrait faire, c’est parce que, depuis vingt ans, la Grèce a une armée.

Si le budget est régulièrement en déficit, si la Grèce est hors d’Etat de servir les intérêts de la dette, c’est parce qu’elle a une armée.

 Et le journaliste français d’en faire reproche au roi grec Othon 1er, d’origine bavaroise :Le roi tient beaucoup à garder son armée. Il y tient par vanité et par ambition.

Il faut dire que la défense nationale est un véritable gisement de corruption :Le ministère de la guerre donne environ 600 000 drachmes,  le ministère de la marine de la marine en paye plus de 250 000 à des hommes qui ne sont ni marins ni soldats  et qui, souvent, n’ont été ni l’un ni l’autre.

 Edmond About souligne que la Grèce n’a nul besoin de son armée, personne ne songeant à l’attaquer puisqu’elle se trouve sous la protection des puissances européennes.

 Un siècle et demi plus tard, l’appétit budgétaire de l’armée grecque reste aussi vorace. Au début des années 2000, les dépenses militaires atteignaient entre 4 et 5% du Produit intérieur brut de la Grèce, soit le taux le plus élevé de l’Union européenne. Aujourd’hui, il est descendu à moins de 3%, ce qui reste considérable, surtout en regard de la situation économique. Il y a peu, la Grèce était le quatrième plus gros importateur d’armes de la planète. Les deux principales bénéficiaires de cette manne: l’industrie militaire des Etats-Unis et… celle de l’Allemagne qui réclame aujourd’hui l’austérité perpétuelle pour les Grecs.

Et tout ça pourquoi ? Pour se défendre de la Turquie… qui fait partie de la même alliance militaire que la Grèce!

 Ce qui était aberrant au XIXe siècle, le reste au XXIe.

 Jean-Noël Cuénod

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[1] http://gallicalabs.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k28630w

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Commentaires

Il vous en a fallut du temps ...

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 15/08/2015

Bonsoir,

" et… celle de l’Allemagne qui réclame aujourd’hui l’austérité perpétuelle pour les Grecs. "

Non l'Allemagne ne réclame pas "l'austérité perpétuelle" ! En tant que bailleur de fonds, elle exige simplement que de sérieuses réformes soient entreprises. Est-ce trop demander ?

Pour reste, d'accord avec vous ...

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 15/08/2015

Monsieur Cuénod,

Plusieurs sites se sont satisfaits de relayer le point de vue d'Edmond About, mishellène notoire et auteur d'un ouvrage intitulé "La Grèce contemporaine".

Paru en 1854, il sert de référence opportune à qui le veut bien pour montrer que la Grèce ne serait qu'un pays de profiteurs sinon de voleurs ou pis encore.

Boulevard Volaire, Le Monde, L'ObsRue89 en citent de larges extraits évidemment choisis. Car les passages décrivant le système mis en place par les puissances de l'époque pour profiter elles-mêmes des crédits alloués à la Grèce sont soigneusement omis par leurs émérites journalistes.

Le cadre ainsi posé, les commentateurs s'en donnent à coeur joie pour distiller leur venin et égrener leurs certitudes ainsi référencées.

En réaction à cette déferlante haineuse -qui ne date toutefois pas d'hier- Michel Bouillet avait publié, en 2012, un ouvrage intitulé "Non! Les Grecs ne sont ni des voleurs ni des menteurs."

Si sa lecture vous a échappé, je vous invite vivement à vous y consacrer tant elle est instructive.

L'auteur y explique comment le levier de l'emprunt a toujours été utilisé pour infléchir la politique grecque à l'avantage des Puissances.

Le contribuable Bonnal de Boulevard Voltaire a dès lors et en effet de quoi s'inquiéter.

Car loin du romantisme de quelques philhellènes du XIXe siècle dont il conclut dans son article...

http://voix.blog.tdg.ch/archive/2015/07/26/la-haine-politique-de-croissance.html

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 16/08/2015

Et ce n'est pas fini, les banques françaises doivent encore se rembourser sur les 135 milliards détournés sur des banques suisses !

Écrit par : Corto | 16/08/2015

En a-t-il fallu du temps à Jean-Noël Cuénod pour rédiger un article non pour nous faire savoir ce qu'il entend mais bien ce qu'entend et veut lire sur ce blog... Victor-Liviu DUMITRESCU!

En relisant l'ensemble des articles de ces derniers temps consacrés à la Grèce par l'auteur de ce blog on repart de 1848 jusqu'en la conclusion récente suivante (06/07/2015): "(...) qu'il reste à la Grèce à construire non seulement une économie mais un Etat digne de ce nom."

En prenant connaissance extrêmement modestement des problèmes de la Grèce il est difficile de ne pas se demander quant à ses dirigeants si l'on est en face d'escrocs, de voyous qui ne savent que demander sans jamais rien rembourser, sortes de personnages de mendiants connus en Suisse sous le noms de "taupeurs" qui viennent sonner aux portes... ou de personnes ne disposant pas de la capacité de discernement laquelle s'accompagne immanquablement de sa compagne: la "délibération intime". En ce cas, problème mental.

Ces personnes devront donc juridiquement être soutenues par des tuteurs qui prendront soin de leurs affaires et géreront leurs budgets avec respect, certes, mais autorité également.

Écrit par : MB | 16/08/2015

MB,

Permettez-moi de vous inviter, vous aussi, à lire dès que possible le petit ouvrage de Michel Bouillet intitulé "Non! Les Grecs ne sont ni des voleurs ni des menteurs."

Il a été publié en 2012 et est fort instructif pour comprendre la Grèce, son Histoire et ses classes sociales.

Juger sans comprendre est toujours dommageable. Les liens que la Grèce entretient et a entretenu avec les grandes puissances ont été et restent complexes. En prendre la mesure permet de nuancer une prise de position. C'est dans ce sens qu'il serait bon à tout un chacun et chacune de prendre connaissance de ce qui est trop souvent masqué sinon évoqué de manière partielle -voire partiale- dans les grands médias.

Merci et bien à vous

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 16/08/2015

@MB ...

1. de quoi je me mêle ?
2. j'en avait abordé la question depuis un sacré bout de temps.

"En a-t-il fallu du temps à Jean-Noël Cuénod pour rédiger un article non pour nous faire savoir ce qu'il entend mais bien ce qu'entend et veut lire sur ce blog... Victor-Liviu DUMITRESCU!"

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 16/08/2015

Madame Richard-Favre,


Les commentaires également sont reflets de l'opinion publique.

Nombreux ceux qui ont condamné les dirigeants grecs ainsi que la démarche de l'UE et zone euro en prenant en horreur l'hypocrite terme "austérité".

Personnellement, momentanément, plus encore secouée par le drame indiscible des migrations.

Tout en vous souhaitant un bon dimanche... j'avoue apprécier particulièrement les articles de Jean-Noël Cuénod qui prend son temps ainsi que le temps qu'il faut prendre pour mettre en relief l'essentiel sans indifférence, jamais. On peut sentir cet intellectuel parfois "bouillir" intérieurement mais en même temps comme il se doit: non en partisan borné mais en journaliste éclairé.

Je redis, Madame, à quel point j'apprends de vous (comme de madame Vallette) le goût, pour ne pas dire l'art, le talent... le soin apporté à répondre (ou ne pas répondre) avec courtoisie tel/le, si on l'était, un clavecin "bien tempéré"!

Écrit par : MB | 16/08/2015

MB,

Nous ne partageons pas souvent les mêmes vues, avec Monsieur Cuénod mais cela peut aussi arriver que oui et même, est-ce si important alors que l'essentiel est de ne cesser de dialoguer et d'échanger, nul n'ayant la science infuse, nous le savons bien.

Dans ce cas, je réitère mon invite à vous et à Monsieur Cuénod au cas où il ne l'aurait déjà fait, de lire l'ouvrage de Michel Bouillet. Il est loin d'être volumineux, tout au contraire et va à l'essentiel.

On ne peut pas comprendre les Grecs si l'on ne connaît leur Histoire, leur culture et leurs valeurs.

J'en ai parlé sur quelques uns de mes sujets de blog, peut-être les avez-vous lus. Libre à vous, le fait est que je maintiens qu'Edmond About est un mishéllène notoire et que le prendre comme référence revient à choisir un point de vue orienté et déterminé.

Bien à vous

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 16/08/2015

Madame Richard-Favre,


Vous avez raison: il faut toujours apprendre.

En l'occurrence, Edmond About.

On se procure le livre.

On étudie, on apprécie, on s'enrichit les connaissances,
En un mot, l'esprit.

Mais que deviennent ceux d'entre les Grecs, les classes moins favorisées, écoeurées et qui n'en finissent plus de souffrir?!

De même, il y a de quoi remplir nos bibliothèque de livres concernant Syrie, par exemple: culture, histoire mais pratiquement parlant, à propos des migrants, quoi?

Eux-mêmes, vous l'avez entendu ces dernières heures qui font appel à ces Droits de l'homme que, selon eux, nous ne respectons pas?!

Avec, de notre part, cette question: chez nous non pour quelques-uns mais pour l'ensemble de ces migrants quel avenir?

De la révolte de ceux qui éprouvent en leur chair, de manière vitale que des migrants il y en a trop avec la réponse, la nouvelle (officiellement)! mesure: "on les laisse venir, on accélère prétendument avec les dossiers après quoi on les refuse et on les raccompagne à la sortie... mais j'abrège. Tel n'est pas le thème de l'article présent de Jean-Noël Cuénod.
Très bonne semaine à vous.

Écrit par : MB | 16/08/2015

Après le vide "journalistique" et les secrets d'états, c'est évident que ça cause et qu'aucune réponse ne surnage à un des tels tsunamis de corruptions !

Je le répète pour la millième fois, les technocrates et politiques grecs se sont mis 200 milliards dans les poches avec leurs "généreux" donateurs et sur des comptes suisses !

Vous pouvez aller dans tous les sens, c'est la triste réalité de cette Europe qui n'a fait que de multiplier par 1'000 les méfaits de la corruption de haut vol !

C'est le FMI en personne qui a annoncé que 200 milliards avait disparus des comptes grecs, c'est pas Corto !

Écrit par : Corto | 16/08/2015

Pourquoi se torturer sur la question grecque, même le FMI l'a publié, 200 milliards sur les 320 de la dette grecque (devenu 350 sans explications depuis 2 mois) sont sur des comptes à numéros en Suisse !

C'est la seule évidence qui semble impossible à expliquer !

Écrit par : Corto | 16/08/2015

Madame Richard-Favre

Tout au long de son article Jean-Noël Cuénod fait référence et cite le journaliste français Edmond About.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 18/08/2015

Je crois que toute la blogosphère l'a très, très bien compris, Corto ...

"Je le répète pour la millième fois, les technocrates et politiques grecs se sont mis 200 milliards dans les poches avec leurs "généreux" donateurs et sur des comptes suisses !
Écrit par : Corto | 16/08/2015"

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 18/08/2015

Deux mondes s'affrontent ouvertement ou en dessous de table depuis des lustres, l'empire d'Orient et l'empire d'occident.

" Les auteurs chrétiens étaient du même avis. La Première épître aux Corinthiens était lue comme un catalogue des « vices et dépravations » empêchant les Grecs de gagner le Paradis. "

https://fr.wikipedia.org/wiki/Schisme_de_1054

https://fr.wikipedia.org/wiki/Premi%C3%A8re_%C3%A9p%C3%AEtre_aux_Corinthiens

Une ouverture sur l'histoire, Hélène Richard-Favre a raison de mettre en avant une réalité qu'il faut connaître.

Cela n'exclu pas de rappeller cette escroquerie bien montée par la banque Goldmam Seach, elle s'est permise avec quelques-uns de nos détraqués du centre dont giscard, de la droite et de la gauche à tripatouiller les comptes du pays pour le faire entrer dans l'UE.

"La formule est tellement célèbre qu’elle circule sous plusieurs versions : « On ne laisse pas Platon attendre », « On ne ferme pas la porte à Platon ». C’est ainsi que Valéry Giscard d’Estaing dit avoir imposé l’entrée de la Grèce dans ce qui s’appelait alors la Communauté économique européenne (CEE), face à une Commission européenne sceptique sur l’état du pays."

les belles formules sont comme les fables religieuses, à faire dormir debout le lambda.

Écrit par : Pierre NOËL | 18/08/2015

Pierre, la Russie tu la mets en orient ou en occident ?

Écrit par : Corto | 20/08/2015

Ce que les lecteurs doivent comprendre, c'est que la Russie s'est mis sur la gueule avec les musulmans pendant des siècles, ce qui a en partie provoqué la révolution de 1917 et la chute "provisoire" des tsars !

Maintenant après cette longue expérience, la Russie va tenter de retourner cette hargne contre l'Europe non orthodoxe et tous leurs alliés, sachant que les musulmans partent en guerre de manière chronique depuis le début l'hégire !

Les russes avait servit "d'ennemis" aux musulmans pendant des siècles et ils feront tout pour dévier les courants "naturels" de cette tendance presque naturelle, ce ne sera pas facile et la Russie, finalement, perdra dans ce jeu, elle se retrouvera occupée avant l'Europe, malgré les apparences !

Moscou est encerclée par des musulmans, plus de 15 millions de musulmans dans les banlieues de Moscou tiennent la capitale en état de siège et la "presse" russe se garde bien de faire la moindre allusion à ce sujet, comme le fait la France !

L'Allemagne, le seul pays d'Europe à afficher plus ou moins honnêtement la réalité de l'immigration musulmane dans son pays, vient d'annoncer avoir reçu 750'000 réfugiés musulmans depuis le début 2015, sachez qu'une bonne partie viennent des filières russes, personne ne parle des navires remplis de musulmans débarquant sur les cotes allemandes !

Écrit par : Corto | 20/08/2015

J'avis prévu, notamment sur le blog de DJ, que le pétrole chuterait sous la barre des 35.00 $ le baril, je révise, le brut fera une chute bien en dessous !!

Ça veut dire, la fin de pas mal de régimes très corrompus !!!!!

Et qu'importe les contorsions "philosophiques" !!!

Il faut rester les pieds sur terre les amis !!

Écrit par : Corto | 20/08/2015

"Pierre, la Russie tu la mets en orient ou en occident ?"

Selon le TCS, la Russie est en Occident

Écrit par : Jessi | 20/08/2015

Même Moscou ?

Écrit par : Corto | 20/08/2015

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