31/07/2015

De l’indispensable inutilité de la poésie

 

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Essence-Ciel, photo JNC 

 « Ça rime à quoi ? », la seule émission radiophonique de poésie: supprimée de la grille de France-Culture ; la Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines près de Paris : asphyxiée par fermeture du robinet à subventions; le Festival de Lodève : rayé de la carte. Ces trois emblèmes de la poésie en France vont donc passer par pertes et profits. Une pensée pour Sophie Nauleau, poétesse et productrice de «Ça rime à quoi ? » qui a défendu, toutes griffes dehors, la cause de la poésie chez les médiacrates. Une autre pour le maire et poète Roland Nadaus, qui a créé la Maison de Saint-Quentin-en-Yvelines. Une troisième pour Marc Delouze, cofondateur du Festival de Lodève, et infatigable animateur de l’association Les Parvis poétiques[1].

Toutes ces mises à mort se sont déroulées dans un silence criant d’indifférence. Les protestations qui se sont élevées, ici et là, n’ont pas atteint l’ouïe des médias, sourds mais point muets, hélas.

 Cela dit, ces épisodes n’ont rien d’étonnant. Ils sont dans l’ordre des choses. La société actuelle, basée sur l’hypercapitalisme et l’industrie des médias, n’est pas compatible avec l’  « état de poésie », si bien décrit par ce cher Georges Haldas.

Car, voyez-vous, la poésie n’est bonne à rien. Jadis majeur, cet art n’est aujourd’hui même plus mineur; il a disparu des écrans radar. Tout se vend, sauf la poésie. Tout se vaut, mais la poésie ne vaut rien. Impossible de la calibrer pour qu’elle se coince dans les moules de la marchandise.  La société médiamercantile a l’estomac nickelé des prédateurs. Elle avale tout : la musique qu’elle met en boîte format mp3, la littérature qu’elle castre pour la rendre consommable, l’art pictural qu’elle transforme en produits dérivés pour enjoliver les réfrigérateurs. Mais avec la poésie, rien à faire, elle la vomit.

 Ce qui fait résistance dans la poésie, c’est son inutilité. Elle ne peut pas servir à baliser une carrière, à s’insérer dans la lutte des places, à amorcer la pompe à phynances. Elle ne saurait être, en aucun cas, un divertissement, c’est-à-dire une occupation qui détourne l'humain de l'essentiel. Au contraire, la poésie va à l’essentiel, alors que la société médiamercantile impose le superflu.

 La poésie est dilatation de l’être ; elle l’aspire vers l’émotion esthétique. La société médiamercantile est rétractation de l’être ; elle le rabougrise dans sa seule dimension de tube digestif.

Ne nous lamentons pas sur le rejet de la poésie par cette société-là. Au contraire, réjouissons-nous. Il y a au moins une dimension de la vie qui échappe à cette bouillie hypercapitaliste. C’est la seule. D’où sont indispensable inutilité.

 Continuons à écrire des poèmes, à les dire, à les vivre, partout, dans les rues, les parcs, les caves, les champs, les arbres, sans rien escompter d’autre que le plaisir du moment présent. Il y aura toujours une oreille attentive à jouir de l’essence-ciel.

 

Jean-Noël Cuénod

 



[1] www.parvispoetiques.fr

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24/07/2015

Suite grecque : De l’énergie cupide ou de la grande trouille climatique, qui l’emportera? (2 et fin)

 

grexit,capitalisme,pollution climat

 

Dans le précédent papier intitulé « La Grèce, première victime de la dictature molle », le Plouc tentait d’expliquer la fin du «moment social-démocrate» et du libéralisme au sens classique, effacés par la révolution de l’hypercapitalisme financier qui a été traduit sur le plan politique par Reagan-Thatcher et dont le gérant actuel pour notre continent est la Germaneurope.

 Le capitalisme n’est pas qu’un ensemble de caractéristiques économiques et sociologiques. Il a aussi une dimension d’ordre psychique, faute de trouver un meilleur qualificatif. Le capitalisme est mû par une force interne qu’alimente l’ «énergie cupide». C’est cette force interne qui garantit sa pérénité. Elle est d’autant plus puissante qu’elle est inscrite au fond de chacun de nous. L’humain devant se débrouiller pour assurer sa subsistance sans pouvoir recourir à des moyens physiques exceptionnels, il a non seulement utilisé ses ressources intellectuelles pour obtenir de quoi se nourrir et se protéger des intempéries, mais il a aussi essayé d’amasser les plus possible de biens dans le but de se préserver pour l’avenir. La thésaurisation est devenue une obsession. Le «toujours plus» était né et avec, lui, la volonté d’exploiter la nature et autrui par la force ou la ruse.

 

Mais voilà, l’homme n’est pas un tigre solitaire capable de compter sur ses propres forces pour persévérer dans son être. Il a besoin de ses semblables pour assurer sa survie. D’où cette tension, jamais résolue définitivement, entre cupidité et fraternité. L’humanité a inventé divers systèmes pour tenter de mettre un frein à l’ «énergie cupide»  afin qu’elle ne transforme pas l’existence humaine en champ de bataille permanent. Les institutions religieuses, la féodalité figurèrent parmi ces systèmes de freinage. Mais tout système s’use et devient obsolète. Les révolutions américaine et française avaient donc proclamé que le roi était nu. Et surtout qu’il ne servait plus à rien, sinon à étouffer les forces productives.

Le capitalisme industriel a été tempéré par la régulation libérale puis sociale-démocrate. Aujourd’hui, comme on l’a vu dans le précédent texte, ces deux freins ont fondu sous la chaleur de la finance qui a pris la tête du capitalisme – devenu l’actuel hypercapitalisme financier – en renversant les frontières nationales qui empêchaient son moteur, l’ «énergie cupide», de tourner à plein régime et en s’attaquant aux institutions de prévoyance sociale.

 Avant la chute de l’empire soviétique, la peur de la «tentation de Moscou» a persuadé les formes politiques du capitalisme industriel à modérer un tant soit peu l’ «énergie cupide». Le communisme autoritaire étant mort, ladite énergie peut s’exprimer sans frein. C’est ce que nous sommes en train de vivre. Tout obstacle sur sa route est balayé. La loi du plus fort – ou plutôt la loi du plus mafieux, la loi du plus cynique – triomphe. Rien ne l’arrête. C’est la seule loi qui compte, celle de la jungle. Dès lors, pourquoi s’étonner que des jeunes se lancent dans le trafic, la violence et le terrorisme puisque ce sont justement les anti-valeurs prônées par l’hypercapitalisme financier sous son aspect médiamercantile? La société récolte ce qu’elle a semé.

Aujourd’hui, aucune forme politique ou sociale ne se trouve en mesure de freiner cette «énergie cupide» déchaînée – au sens premier du terme – par l’hypercapitalisme financier. Pour ce faire, seule une immense trouille – c’est-à-dire une pulsion d’intensité supérieure – pourrait l’amener à se calmer, comme celle qui s’est emparée des capitalistes industriels lorsque l’Empire rouge faisait figure d’ogre.  

 La seule grand’peur qui apparaît maintenant est d’ordre environnemental et climatique. La multiplication des catastrophes provoquées directement ou indirectement par l’humain (pollution majeure, réchauffement climatique tel qu’il entraîne des désordres incontrôlables, etc.) pourrait alors limiter sérieusement «ce toujours plus» qui nous mènerait vers le «rien pour toujours». Le développement sans limite de l’hypercapitalisme qui veut tuer le citoyen au profit du consommateur conduit, comme tout excès, à la mort.

 L’«instinct de conservation» pourrait alors brider l’«énergie cupide». Mais comme cette dernière s’est trouvée des expressions politiques pour assurer sa prééminence dans la société, l’«instinct de conservation» devra en faire de même. Or pour l’instant, on ne peut vraiment pas dire que les partis écologistes européens se placent à la hauteur de ce défi.

Un jour peut-être, les associations de base qui sont en train de se développer, à un rythme soutenu, sur des sujets particuliers (mouvements d’opposition à des projets atteints de gigantisme, défense de telle région menacée et autres) feront-elles émerger une nouvelle forme d’écologie politique suffisamment bien organisée, bien implantée et cohérente pour servir d’opposition crédible aux formes politiques de l’hypercapitalisme.

 Mais si l’humanité tarde trop à tirer la manette de frein à l’ «énergie cupide», celle-ci sera parvenu à une telle puissance que rien ne pourra l’arrêter. Et cette énergie qui aura participé à la vie des hommes achèvera de se transformer en porteuse de mort.

 

Jean-Noël Cuénod

 

     Jean-Noël CUÉNOD vient de publier ENTRAILLES CÉLESTES, préfacé et illustré par Bernard THOMAS-ROUDEIX. Il est édité par Edilivre à Paris et disponible directement chez l’éditeur en cliquant sur ce lien :

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21/07/2015

La Grèce, première victime de la dictature molle (1)

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Le véritable symptôme que révèle le diktat imposé à la Grèce par la Germaneurope n’est pas la dette colossale – et inremboursable ­– d’Athènes. Après tout, il y a eu d’autres exemples de ce genre dans l’Histoire. A commencer par les dettes allemandes au XXe siècle qui n’ont jamais été intégralement remboursées. En fait, l’affaire grecque met au grand jour cette dictature molle dont on sentait la croissance depuis plusieurs années mais qui aujourd’hui apparaît au grand jour. Molle, cette dictature, car elle n’a pas (encore ?) besoin d’instaurer un ordre violent pour s’imposer. Elle préfère le doux consentement des ex-citoyens confits dans leur indifférence.

De même, elle ne brise pas les institutions démocratiques mais les vide de leur substance, petit à petit, sans faire trop de tintamarre. Les Grecs ont-ils choisi un gouvernement anti-austérité ? La dictature molle va manœuvrer en sorte de contraindre les nouveaux élus à renier leur programme pour appliquer, non pas le mandat du peuple, mais celui édicté par la Germaneurope, représentant régional de la dictature molle.

 Pour comprendre comment elle s’est instaurée, reprenons le fil de l’Histoire. Après la grande dépression de 1929, la capitalisme industriel, bien ébranlé, a commencé à accepter le «moment social-démocrate» pour sauver ses meubles. Ce «moment» a été illustré Etats-Unis par la politique interventionniste du président démocrate Roosevelt. Dans un registre plus modeste, les industriels suisses ont fini par accepter la Paix du Travail en 1937 et la généralisation des conventions collectives; en France, le Front populaire a pris d’importantes mesures sociales (les congés payés, notamment) entre 1936 et 1938.

 A la Seconde Guerre mondiale, a succédé la période de reconstruction où le capitalisme industriel avait besoin du «moment social-démocrate» pour se développer sans trop de heurts avec ses imposantes troupes prolétariennes. Plus tard, la peur inspirée par l’empire soviétique a convaincu ce capitalisme industriel de continuer à supporter le «moment social-démocrate», en acceptant des réformes sociales destinées à détourner la classe ouvrière de la tentation de Moscou.

 Ce type de capitalisme, basé essentiellement sur l’industrie ­– la finance se plaçant au service de son développement – a amorcé son déclin vers la fin des années 70. Durant les années 80, la finance est devenue de plus en plus autonome vis-à-vis de l’industrie. Il est frappant de constater qu’elle a inventé le concept de «produits financiers» destinés à être vendus comme des biens de consommation. Auparavant, lorsqu’on parlait de «produits», on pensait «voitures», «ampoules électriques», «médicaments» mais certes pas «contrats à négocier sur le marché des capitaux».

 Pendant la décennie 80, les nouvelles technologies ont magnifiquement servi au développement du capitalisme financier qui, désormais, a supplanté le vieux capitalisme industriel. Dès lors, pourquoi s’encombrer du «moment social-démocrate» ? Il est devenu d’autant moins nécessaire que l’Empire soviétique craquait de toutes parts, avant de s’effondrer dès le début des années 90. Le Bolchévique au couteau entre les dents n’était plus qu’un ectoplasme.

 Devant ce constat, le couple infernal Reagan-Thatcher a fait en sorte de donner au capitalisme financier son assise politique en effaçant le «moment social-démocrate». Reagan a consciencieusement démantelé les acquis sociaux du New Deal de Roosevelt ; Margaret Thatcher en a fait de même en détruisant la plupart des mesures prises par les travaillistes et en muselant les syndicats.

 Reagan-Thatcher juraient de leur attachement à la démocratie, à preuve, leur volonté d’abattre la dictature soviétique. Mais en fait, ces deux leaders de la révolution conservatrice ont initié le mouvement vers la dictature molle. En proclamant son fameux slogan TINA (There Is No Alternative), Margaret Thatcher a bien illustré cette tendance. En clair, il n’y a pas d’alternative au capitalisme financier, devenu hypercapitalisme. S’il n’y a pas d’alternative, il n’y a pas de choix. S’il n’y a pas de choix, il n’y a pas de politique. S’il n’y a pas de politique, il n’y a pas de démocratie. Nul besoin de dresser les échaffauds et de brûler les urnes. Si le peuple vote dans le bon sens, grand bien lui fasse. S’il vote dans le mauvais, il sera tout naturellement conduit vers le droit chemin, les Etats n’ayant plus les moyens de s’opposer aux puissances financières supranationales.

 Si ce phénomène est apparu dans toute sa clarté en Grèce, c’est en raison de ses faiblesses particulières. Dans la plupart des autres pays occidentaux, l’Etat a quelques vestiges qui peuvent encore donner l’illusion d’un pouvoir, certes vacillant. Mais, pour sauver les apparences, la Grèce moderne ne peut même pas s’appuyer sur les ruines d’un Etat digne de ce nom, un Etat qui n’a jamais existé depuis l’indépendance obtenue en 1830.

 Le «moment social-démocrate» est bien mort. Il a rejoint au cimetière des idéologies perdues, le libéralisme, lié au capitalisme industriel. Aujourd’hui, l’hypercapitalisme financier impose, mine de rien, sa dictature molle. Existe-t-il un moyen pour sortir de cette situation ? Nous verrons ça dans le prochain blogue du Plouc intitulé : «De l’énergie cupide ou de la grande trouille climatique, qui l’emportera?»   

 

Jean-Noël Cuénod

Le Plouc vient de publier son livre de poésie ENTRAILLES CELESTES à commander sur le site: 

 

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16/07/2015

MIRAGE VALAISAN

 

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Haleine solaire sur les mélèzes

Leur peau verse des larmes de résine

Parfum de chapelle à l’ombre des pentes

Qui serpentent vers le nid des chalets

 

Coups d’encensoir le long des sentiers

La marche a pour oraison l’horizon

Mais la messe n’est pas encore dite

Sous les souliers roulent les pierres

 

Vêtu de ciel le vide menace

Espérer la présence secourable

Car dans la chaleur les morts reviennent

Sache-le les morts toujours reviennent

 

Leurs pas vibrent à l’unisson des nôtres

Comme un rire venu du fond des âges

Fragiles fragments de l’éternité

 

 

Dès qu’un bruit de ville retentit

Ils disparaissent et nous laissent seuls

Face à la plaine de tous nos vertiges

 

Jean-Noël Cuénod

 

Photo © JNC vers le sommet de Chrindellicka (Lötschental)

                                                                      

Le Plouc vient de publier ENTRAILLES CÉLESTES, préfacé et illustré par Bernard THOMAS-ROUDEIX. Il est édité par Edilivre à Paris et disponible directement chez l’éditeur en cliquant sur ce lien :

 

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14/07/2015

L’Europe évite le Grexit mais pas le Démocrexit

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« Peuples d’Europe, vous pouvez voter ce que vous voulez, votre suffrage ne pèse pas plus lourd qu’une flatulence de musaraigne ». Voilà le message que l’Union européenne et sa zone euro, sous la direction de l’Allemagne, viennent d’envoyer en forçant le gouvernement grec à signer sa reddition. L’  « accord » qui permet à la Grèce de rester dans la zone euro n’en est pas un. Il s’agit, ni plus ni moins, d’une capitulation sans condition et sous contraintes.

Les Grecs avaient clairement, et à plusieurs reprises, signifié leur refus de continuer à subir des mesures d’austérité qui, pendant cinq ans, n’ont fait qu’aggraver la crise économique sans permettre de dégonfler l’énorme dette publique de leur pays (317 milliards d'euros à la fin de 2014, soit 171,3% du Produit Intérieur Brut). Une élection et un référendum n’ont donc eu aucun effet. L’important était de sauver les institutions créancières qui veulent bien engranger des bénéfices mais sans en payer les risques. Devant cet impératif financier la voix du peuple est inaudible.

A cet égard, l’Allemagne s’est montrée intraitable, menant une véritable guerre contre le gouvernement Tsipras. Berlin ne voulait pas d’un gouvernement anti-austérité en Grèce qui aurait pu donner de mauvaises idées à d’autres pays. Il fallait donc l’abattre. Que l’Epicière berlinoise nomme elle-même les membres de l’exécutif grec, ce serait moins hypocrite.

L’Europe a peut-être évité – pour combien de temps ? – le Grexit. Mais elle n’a pas échappé au Démocrexit, c’est-à-dire la sortie de la démocratie en Grèce. Selon les termes de la capitulation, Athènes « doit consulter les institutions créancières et convenir avec elles de tout projet législatif dans les domaines concernés dans un délai approprié, avant de le soumettre à la consultation publique ou au parlement ». En d’autres termes, la Commission européenne, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI) vont se substituer au peuple et à ses représentants pour les principales décisions. On leur laissera, peut-être, le soin de choisir la couleur de leurs chaînes. Dès lors, à quoi peut servir l’urne électorale dans le pays qui a inventé la démocratie ?

Le premier ministre grec Tsipras a dû céder, car une sortie de l’euro aurait eu des conséquences cataclysmiques pour la Grèce. La BCE menaçait d’assécher du jour au lendemain les banques grecques. Le gouvernement Tsipras n’ayant pas le temps d’imprimer une nouvelle monnaie, il n’avait donc pas d’autres choix que de se soumettre au diktat de Berlin.

Que les Grecs portent une part de responsabilité dans ce qui leur arrive, c’est un fait. Que Tsipras n’ait pas compris les rouages de la diplomatie européenne par manque d’expérience, en est un autre. Mais que dire de l’attitude des instances européennes ? L’homme qui, aujourd’hui, a la main sur le robinet des finances à la Grèce – le patron de la BCE Mario Draghi – a joué un rôle pour le moins trouble dans le maquillage des comptes qui a permis à ce pays de rester dans l’euro il y a une dizaine d’années.

En 2000, la Banque Goldman Sachs vend au gouvernement grec un produit financier « swap » qui permet d’inscrire une partie de sa dette publique hors bilan et de la faire ainsi disparaître provisoirement, le temps de présenter un bilan financier qui a permis à la Grèce d’entrer dans la zone euro. Certes, Mario Draghi n’a été engagé chez Goldman Sachs qu’en 2002, soit deux ans après la vente du « swap » et, lors de son audition devant les députés européens avant d’être nommé à la tête de la BCE, il a affirmé n’avoir travaillé qu’avec le secteur privé. Pourtant, le titre qu’il portait chez Goldman Sachs contredit cette assertion : « vice-président pour l'Europe-Goldman Sachs International, entreprises et dette souveraine ». S’occupant de la dette souveraine en Europe, il est difficile de croire que Draghi n’avait pas au moins supervisé les développements du contrat entre sa banque et la Grèce, même s’il en n’était pas l’initiateur.

De même, l’Allemagne qui donne des leçons de vertu à la Grèce, ne se vante pas d’avoir mis la main dans une grave affaire de corruption. En 2010, plusieurs cadres de la société allemande Ferrostaal, filiale du groupe MAN, avaient, selon leblogfinance.com, « avoué avoir distribué au total 60 millions d’euros à des intermédiaires grecs dont l’ancien ministre de la défense ». La justice de Munich a condamné Ferrostaal à une amende de 140 millions d’euros.

Autrement dit, les Allemands qui sont les plus décidés à bouter les Grecs hors de l’Europe n’ont pas été les moins prompts à les corrompre.

D’ailleurs, la Grèce fut longtemps une très bonne affaire pour les marchands de canons, son armée étant suréquipée en raison des tensions récurentes avec la Turquie. Dans ce contexte, l’Allemagne a été, il y a une dizaine d’années. le deuxième plus important fournisseur d’armes de la Grèce, après les Etats-Unis. Dès lors,  on comprend mieux pourquoi Berlin et les autres pays se sont montrés peu regardant pour accueillir Athènes dans la zone euro.

L’Allemagne et ses alliés auraient pu considérer, au vu des torts partagés, qu’il convenait d’aider les Grecs à surmonter cette dette colossale. Ils ont préféré les humilier en les privant, de fait, de leur pouvoir.

Le pire est que ce prétendu « accord » ne résoud en aucun cas la question fondamentale de la dette. Il risque fort de déstabiliser le gouvernement Tsipras et de provoquer des troubles sociaux de forte intensité. Or, cette situation ne peut que satisfaire les néonazis d’Aube dorée – troisième force politique du pays – toujours prompts à canaliser à leur profit la colère populaire.

Ailleurs qu’en Grèce, ce déni de démocratie, cette Union qui n’a pour ambition que de servir au plus près les exigences du capitalisme financier, ne font que donner des arguments supplémentaires aux partis de l’extrême droite nationaliste.

 L’Europe à l’heure allemande est complètement déréglée.

 

Jean-Noël Cuénod

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06/07/2015

Dirigeants de l’Europe, allez vous faire voir chez les Grecs !

 

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Ce n’est pas un camouflet que Bruxelles a reçu, c’est une claque des plus retentissantes. Les Grecs ont voté par référendum « non »  aux propositions des créanciers, alors que la gouvernance allemande de l’Union européenne a multiplié les menaces pour que triomphe le « oui ». Chantage à l’exclusion de la zone euro, voire de l’UE, menace d’assécher les banques, surtout, dénigrement du premier ministre Tsipras et son parti Syriza. Pendant des semaines, les dirigeants de l’Union européenne ont multiplié les confidences et les petites phrases pour caricaturer le chef du gouvernement grec en une sorte de clown incapable de suivre une ligne claire, un type dangereux avec lequel il n’était pas question de continuer à parler. Le « oui » des Grecs devaient donc débarrasser l’Europe de cet inapprivoisable animal politique.

  Le Fonds monétaire international et l’Europe allemande voulaient aussi bouter hors du gouvernement grec la gauche radicale,  afin d’imposer de nouvelles mesures d’austérité, sans renégocier la dette. Les dirigeants allemands avaient même ouvertement prévu l’installation d’un gouvernement de technocrates, Tsipras étant censé démissionner en cas de victoire du « oui ». Ah, le bonheur de traiter avec des technocrates, malléables à souhait, sourds aux cris du peuple, prêts à défendre les intérêts du système financier comme de braves petits soldats de la cause comptable !

 Mais c’est le « non » qui a déferlé dans les urnes grecques. Un « non » qui sonne comme un « oui »  franc et massif à la politique suivie par Tsipras.

 Les Grecs ont subi huit plans d’austérité en échange des programmes d’aide internationale depuis 2009. Résultat : la dette grecque n’a fait que croître. De plus, les efforts consentis par le peuple hellène ne servent qu’à rembourser les banques, sans faire avancer le pays. Et c’est cette méthode désastreuse que les créanciers ont proposée aux Grecs. Ils avaient parié sur leur peur de l’inconnu et d’être expulsés de la zone euro pour les inciter à voter « oui ». Tsipras n’est donc pas le seul à jouer au poker dans cette histoire. Mais lui au moins, il gagne !

 L’Epicière berlinoise, son commis Schäuble, l’Ectoplasme de l’Elysée et les gnomes de Bruxelles ont démontré qu’arrogance et incompétence peuvent rimer. Rime pauvre sur le plan politique, misérable même. Si nous vivions dans un système européen un tant soit peu démocratique, ces piètres négociateurs devraient être prier d’aller se faire voir, par exemple, chez les Grecs. Mais voilà, les mêmes dirigeants  qui ont si mal mené la barque européenne – et qui n’ont fait preuve d’aucune imagination créatrice pour sortir de l’imbroglio de la dette grecque – seront dès demain aux commandes. Dès lors, l’espoir de trouver une solution intelligente paraît aussi mince qu’un mannequin de chez Lagerfeld.

Des solutions intéressantes existent pourtant,  comme la proposition de transformer la dette en certificats d’investissement. Cela aurait pour avantage de ne pas effacer la dette tout en permettant le démarrage de l’économie grecque. Elle est formulée par les Français Gabriel Colletis, Jean-Philippe Robé et Robert Salais, deux économistes et un avocat. On peut lire cette proposition en cliquant sur ce lien :

http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/annuler-une-par...

 Quant aux Grecs, ils ne sont pas sortis de l’auberge. Il leur reste à construire non seulement une économie, mais un Etat digne de ce nom.

 

Jean-Noël Cuénod

Le livre de poésie ENTRAILLES CELESTES vient de sortir chez Edilivre à Paris sous la plume de Jean-Noël CUÉNOD. Il est préfacé et illustré par le peintre, sculpteur et céramiste Bernard THOMAS-ROUDEIX.

Il est disponible sur le site de l’éditeur :

http://www.edilivre.com/entrailles-celestes-20bca8a41a.ht...

 

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01/07/2015

FAIT DIVERS

 

 

 

 

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L’éclair embrasse la mer

Les nageurs blêmes s’extirpent

Hors de l’eau sans cri sans mot

La peau enduite de sel

Léchée par le vent d’autan

Lampes de chair ils s’éteignent

Absorbés par les ténèbres

Jean-Noël Cuénod 

 

Ce poème fait partie de l’ouvrage ENTRAILLES CELESTES de Jean-Noël CUÉNOD, préfacé et illustré par Bernard THOMAS-ROUDEIX. Il est édité par Edilivre à Paris et disponible directement chez l’éditeur en cliquant sur ce lien :

http://www.edilivre.com/entrailles-celestes-20bca8a41a.html#.VYlooEbeJRA

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