21/07/2015

La Grèce, première victime de la dictature molle (1)

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Le véritable symptôme que révèle le diktat imposé à la Grèce par la Germaneurope n’est pas la dette colossale – et inremboursable ­– d’Athènes. Après tout, il y a eu d’autres exemples de ce genre dans l’Histoire. A commencer par les dettes allemandes au XXe siècle qui n’ont jamais été intégralement remboursées. En fait, l’affaire grecque met au grand jour cette dictature molle dont on sentait la croissance depuis plusieurs années mais qui aujourd’hui apparaît au grand jour. Molle, cette dictature, car elle n’a pas (encore ?) besoin d’instaurer un ordre violent pour s’imposer. Elle préfère le doux consentement des ex-citoyens confits dans leur indifférence.

De même, elle ne brise pas les institutions démocratiques mais les vide de leur substance, petit à petit, sans faire trop de tintamarre. Les Grecs ont-ils choisi un gouvernement anti-austérité ? La dictature molle va manœuvrer en sorte de contraindre les nouveaux élus à renier leur programme pour appliquer, non pas le mandat du peuple, mais celui édicté par la Germaneurope, représentant régional de la dictature molle.

 Pour comprendre comment elle s’est instaurée, reprenons le fil de l’Histoire. Après la grande dépression de 1929, la capitalisme industriel, bien ébranlé, a commencé à accepter le «moment social-démocrate» pour sauver ses meubles. Ce «moment» a été illustré Etats-Unis par la politique interventionniste du président démocrate Roosevelt. Dans un registre plus modeste, les industriels suisses ont fini par accepter la Paix du Travail en 1937 et la généralisation des conventions collectives; en France, le Front populaire a pris d’importantes mesures sociales (les congés payés, notamment) entre 1936 et 1938.

 A la Seconde Guerre mondiale, a succédé la période de reconstruction où le capitalisme industriel avait besoin du «moment social-démocrate» pour se développer sans trop de heurts avec ses imposantes troupes prolétariennes. Plus tard, la peur inspirée par l’empire soviétique a convaincu ce capitalisme industriel de continuer à supporter le «moment social-démocrate», en acceptant des réformes sociales destinées à détourner la classe ouvrière de la tentation de Moscou.

 Ce type de capitalisme, basé essentiellement sur l’industrie ­– la finance se plaçant au service de son développement – a amorcé son déclin vers la fin des années 70. Durant les années 80, la finance est devenue de plus en plus autonome vis-à-vis de l’industrie. Il est frappant de constater qu’elle a inventé le concept de «produits financiers» destinés à être vendus comme des biens de consommation. Auparavant, lorsqu’on parlait de «produits», on pensait «voitures», «ampoules électriques», «médicaments» mais certes pas «contrats à négocier sur le marché des capitaux».

 Pendant la décennie 80, les nouvelles technologies ont magnifiquement servi au développement du capitalisme financier qui, désormais, a supplanté le vieux capitalisme industriel. Dès lors, pourquoi s’encombrer du «moment social-démocrate» ? Il est devenu d’autant moins nécessaire que l’Empire soviétique craquait de toutes parts, avant de s’effondrer dès le début des années 90. Le Bolchévique au couteau entre les dents n’était plus qu’un ectoplasme.

 Devant ce constat, le couple infernal Reagan-Thatcher a fait en sorte de donner au capitalisme financier son assise politique en effaçant le «moment social-démocrate». Reagan a consciencieusement démantelé les acquis sociaux du New Deal de Roosevelt ; Margaret Thatcher en a fait de même en détruisant la plupart des mesures prises par les travaillistes et en muselant les syndicats.

 Reagan-Thatcher juraient de leur attachement à la démocratie, à preuve, leur volonté d’abattre la dictature soviétique. Mais en fait, ces deux leaders de la révolution conservatrice ont initié le mouvement vers la dictature molle. En proclamant son fameux slogan TINA (There Is No Alternative), Margaret Thatcher a bien illustré cette tendance. En clair, il n’y a pas d’alternative au capitalisme financier, devenu hypercapitalisme. S’il n’y a pas d’alternative, il n’y a pas de choix. S’il n’y a pas de choix, il n’y a pas de politique. S’il n’y a pas de politique, il n’y a pas de démocratie. Nul besoin de dresser les échaffauds et de brûler les urnes. Si le peuple vote dans le bon sens, grand bien lui fasse. S’il vote dans le mauvais, il sera tout naturellement conduit vers le droit chemin, les Etats n’ayant plus les moyens de s’opposer aux puissances financières supranationales.

 Si ce phénomène est apparu dans toute sa clarté en Grèce, c’est en raison de ses faiblesses particulières. Dans la plupart des autres pays occidentaux, l’Etat a quelques vestiges qui peuvent encore donner l’illusion d’un pouvoir, certes vacillant. Mais, pour sauver les apparences, la Grèce moderne ne peut même pas s’appuyer sur les ruines d’un Etat digne de ce nom, un Etat qui n’a jamais existé depuis l’indépendance obtenue en 1830.

 Le «moment social-démocrate» est bien mort. Il a rejoint au cimetière des idéologies perdues, le libéralisme, lié au capitalisme industriel. Aujourd’hui, l’hypercapitalisme financier impose, mine de rien, sa dictature molle. Existe-t-il un moyen pour sortir de cette situation ? Nous verrons ça dans le prochain blogue du Plouc intitulé : «De l’énergie cupide ou de la grande trouille climatique, qui l’emportera?»   

 

Jean-Noël Cuénod

Le Plouc vient de publier son livre de poésie ENTRAILLES CELESTES à commander sur le site: 

 

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Commentaires

En fait, vous soutenez l'énorme corruption qui assassine la Grèce ?

Vous souhaitez que la valse des milliards qui fuient vers des comptes à numéros continuent de détruire l'Europe ?

la corruption à très haut niveau et par centaines milliards, représente l'avenir des peuples européens !

La même gôche technocrate qui organise l'invasion de migrants et qui se promène dans les palaces genevois après chaque octroi de subvention provenant des banques centrales européennes.

Bel avenir en perspective !!

Écrit par : Corto | 21/07/2015

Le prétexte des remboursements de la dette afin de permettre d'autres pillages et détournements fonctionne à merveille !

Écrit par : Corto | 21/07/2015

Re-re, Excusez-moi, mais j'insiste beaucoup sur cette vidéo :


http://www.rts.ch/play/tv/12h45/video/grece--accord-fragile-le-point-avec-alexia-kefalas-a-athenes?id=6943855

le reste me semble superfétatoire !

nadia valavani

Écrit par : Corto | 21/07/2015

Corto,

Tsipras s'est pendu comme une carotte bien rouge au bout du bâton de l'Europe.

Que demander à un ex communiste? La chrétienté a plus d'argent et d'Or que le pays. Le peuple a cru avec cet ex communiste qu'il pouvait continuer de croire aux mafias, aux financiers et à l'Europe.

Il a oublié de croire en lui, il a voté, ce faisant, il a perdu la parole et peut-être son argent.
Entreprendre et produire du sens avec une volonté sans faille, c'est presque du judaïsme?

Cet accord ne tiendra pas selon certains experts économiques, il va même aggraver les choses en Grèce mais aussi en Europe.

Écrit par : Pierre NOËL | 21/07/2015

Et vous Corto vous souhaitez quoi, finalement? "que la valse des milliards qui fuient vers des comptes à numéros continuent de détruire l'Europe" IM-PU-NE-MENT? Ou que les peuples et leurs élus réussissent à juguler l'hemorragie?
Affutez votre clavier Corto, préparez un copier-coller traitant de gôchistes tous ceux qui s'opposent à l'infâmie!
Et votre ami D.J? Il a déserté? Ca devient mou, vos argumentations! Le climat? Cet Ice-crime!
Oui, oui nous savooons "gôchistes!" et technocrates pusique nous utilisons un ordinateur, pas Russe ou piiiire soviétique non-stalinien, nan, parce qu'ON ne nous donne même pas le choix d'essayer, voyez?
Hi-Han

Écrit par : Trio-Octet In inferno | 22/07/2015

On parlait d'une refondation de l'UE...

Atemporel le temps de la Bible avec un aspect prophétique.
On note que la Création, cette page choisie, ce récit ne nous apprend pas qu'"avant" la Création il n'y avait rien ou que de l'énergie et de l'éther. Il avait tohu-bohu: CHAOS
Chaos, en cherchant "simplement", sans pinailler, quelques mots: gabegie foutoir, merdier, "chienlit" (terme cher à de Gaulle) en même temps que l'Esprit planait au-dessus des eaux (les eaux, le "mental", comprises comme l'ensemble de nos fonctions psychiques)
Puis Dieu ne crée pas les "grands luminaires" mais les place. Si par luminaires on comprenait yeux on pourrait dire qu'il les place, ces yeux, en face de leurs trous. Ainsi le récit de la Création peut-il devenir celui d'un PROCESSUS conduisant à une guérison mentale.

On a lu qu'il faudrait songer non à démanteler l'UE mais à la refonder non plus sur des affaires de charbon et d'acier masquées en vœux de paix entre les nations (parce que à la fin de la seconde guerre mondiale il n'était pas encore possible de parler "politique" avec les Allemands). Donc, pour en revenir au début de mes lignes, on parlait d'une refondation (bienvenue) de l'UE!
Or François Hollande, il y a deux jours, annonçait son intention de "renforcer" l'UE (donc avec ses erreurs) en créant un indispensable, selon lui, "gouvernement économique européen"
.
Comment comprendre la soumission des sujets de l'UE?

Les cosmologies, sauf une, ne parlent pas de "soumettre" mais de "servir".

Sauf une, laquelle?
Précisément la nôtre: "Tu domineras"!

En noter les heureux effets concernant la planète, ses êtres vivants et biodiversité.

Le "NOM" de Dieu?
Bible un brin prophétique.

NOM: Nouvel Ordre Mondial

A ce sujet s'il en est besoin se rafraîchir la mémoire en cherchant sur Google mais on peut également y dénicher... CODE SECRET DE LA BIBLE... et alors là...!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 22/07/2015

Ceux qui sont légitimement scandalisés deviennent des "frondeurs"!

Les journalistes ne se sentent-ils jamais concernés, interpellés par ce terme?

On connaît très approximativement de quelles pressions, manipulations ou menaces les journalistes sont victimes avec obligation sous peine de procès voire emprisonnement avec risques de représailles concernant leurs familles... de n'écrire "que ce qu'ils peuvent se permettre".
Mais "quand-même"!

Que se passerait-il si, légitimement scandalisés, se donnant le mot, s'accordant entre eux, l'union pour la force, quelques journalistes décidaient de présenter chacun un bref fragment d'article sur un thème d'actualité ¨"signifiant" avec ce fragment en un premier temps présenté tel qu'il devrait s'écrire avec pour objectif l'information impartiale, en un second temps, de par les pressions, chantages, menaces il sera finalement présenté(premier temps, information, second, bien "obligés", désinformation)?!

Avec, en final, question aux lecteurs: en cas de "complications" pour nous, journalistes, lecteur, lectrice quelle serait ta riposte et cette riposte quelle forme prendrait-elle?

Question subsidiaire: lecteur, y aurait-il de "ta" part riposte?

On voit bien que les hommes et les femmes au pouvoir ont perdu le contact avec le peuple, les journalistes avec leurs lecteurs. Mais les torts ne sont-ils pas partagés?

Si oui, pourquoi?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 24/07/2015

«L'Histoire commence à Sumer» selon la formule célèbre de l'historien américain Samuel Noah Kramer.

"Située au sud de l'Irak actuel, Sumer est une région de l'antique Mésopotamie, une expression qui veut dire : «le pays d'entre les fleuves», d'après les mots grecs méso, (milieu), et potamos (fleuve).

Cette région du Moyen-Orient, très ensoleillée et manquant de pluies, doit son nom au fait qu'elle est traversée par deux grands fleuves, le Tigre et l'Euphrate. Ces fleuves ont attiré très tôt de nombreuses communautés humaines et favorisé le développement de l'agriculture."

--Mais également des fables royales dont se nourrissent les ignorants.

"Nous avons conservé de l'époque sumérienne de nombreux cylindres-sceaux, des milliers de tablettes d'argile recouvertes de caractères cunéiformes et bien sûr d'innombrables oeuvres d'art : représentations de dieux et de rois. Elles témoignent des avancées exceptionnelles de cette première civilisation en matière intellectuelle et technologique."

Les écrits "judéo-chrétiens-islamiques" ont prit le large avec les Pharaons leurs prêtres et moines, tous des mâles...

Les jeunes doivent s'émanciper des religions s'ils veulent avoir un idéal de vie autre que la guerre, la famine et les maladies. Vivre tout simplement et penser par eux-mêmes sans aller chercher ces bouquins religieux mortifères depuis leurs origines.

http://www.herodote.net/histoire/synthese.php?ID=155

Écrit par : Pierre NOËL | 24/07/2015

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