31/05/2015

Sepp Blatter, ce dinosaure que la Suisse rejette

 

 Que Sepp Blatter soit ou non poursuivi par la justice est une chose, qui ne peut n’être réglée que par les magistrats suisses et américains. Mais qu’il soit responsable du système FIFA  tissé d’opacité, de petits arrangements et de gros cadeaux en est une autre qui ne relève pas de la présomption d’innocence. Quasi octogénaire, Sepp Blatter est devenu l’emblème d’une Suisse écartelée entre deux éléments irréconciliables.

  D’une part, il y a dans les peuples de ce pays une véritable répulsion pour tout ce qui touche à la corruption à l’intérieur de ses frontières. En France, il arrive souvent que des politiciens condamnés à la suite de magouilles soient réélus. En Suisse, c’est impensable. Le moindre ennui judiciaire provoque la condamnation à mort politique. Ce qui explique, entre autres, que la Suisse obtient le cinquième rang  sur 175 pays au classement international de l’indice de perception de la corruption alors que la France n’obtient que la 26ème place.

 D’autre part, cette corruption que les Suisses rejettent pour eux-mêmes, ils l’ont trop longtemps acceptée pour les autres. Ainsi, des flots d’argent issus des régimes les plus vermoulus ont-ils été déversés dans les banques helvètes. Pas de corruption chez nous. Mais bienvenue à ses  fruits juteux, pourvu qu’ils viennent d’ailleurs. Ainsi, nous autres Suisses gagnions sur tous les tableaux: un pays qui fonctionne bien puisque la corruption ne vient pas altérer son développement ; et un pays qui accueille les fonds de la corruption étrangère.

 Devenu secrétaire général de la FIFA en 1981, puis son président dès 1998, le Suisse Sepp Blatter a, jusqu’à maintenant et à nouvel ordre, échappé aux nombreuses accusations de corruption qui sont apparues depuis une quinzaine d’années. Il n’en demeure pas moins qu’il ne saurait s’abstraire de ses responsabilités, au moins morales, en tant que dirigeant du foot mondial depuis 34 ans. Il est devenu l’emblème de ce double langage helvétique : pourquoi s’en faire puisque cette corruption footballistique exerce ses ravages dans des pays plus ou moins exotiques et non chez nous?

 Mais voilà, cette Suisse-là est devenue obsolète. Le monde n’a plus besoin de son secret bancaire et ne supporte plus les paradis fiscaux, après les crises financières. D’ailleurs, Berne vient de signer avec l’OCDE[1] l’accord d’échange automatique d’informations fiscales. Certes, les fraudes à l’impôt ne seront pas supprimées pour autant, mais la Confédération n’y tiendra plus le rôle pivot. Une autre Suisse va se dessiner. On en ignore encore les traits. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que Sepp Blatter est devenu l’un de ces dinosaures que, désormais, son pays rejette.

 

Jean-Noël Cuénod



[1] Organisation pour la coopération et le développement économique

19:42 | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | | |

26/05/2015

Après "L’Arche de Noé", il faut interdire le "Cé qu’è lainô" !

Noe_5_.jpg

 

 

 Ainsi, à en croire les médias romands (cf. les liens à la fin du texte), le Département de l’Instruction publique de Piogre-sur-Rhône ­– ce DIP qui fait plouf – a coulé L’Arche de Noé. Du moins, celui de Benjamin Britten, l’ouvrage construit par le patriarche du Premier Testament se trouvant, Dieu merci, hors de portée des ukases diptyques. (Photo: une scène de L’Arche de Noé jouée par des écoliers en France).

Le directeur de l’Orchestre de Chambre de Genève avait pour projet de faire participer les écoliers genevois de cinq à sept ans, à L’Arche de Noé de Benjamin Britten. Mais le Département de l'instruction public y a mis son véto. Motif : ces enfants auraient chanté des paroles trop connotées sur le plan religieux. Selon 20 Minutes,  la Direction de l’enseignement obligatoire aurait estimé que ce projet serait contraire à l’article 3 de la nouvelle Constitution genevoise et même à l’article 15, alinéa 4 de la Constitution fédérale.

 

Que dit l’article 3 ?

 

1 L’Etat est laïque. Il observe une neutralité religieuse.

2 Il ne salarie ni ne subventionne aucune activité cultuelle.

3 Les autorités entretiennent des relations avec les communautés religieuses.

 

En quoi, L’Arche de Noé , œuvre vocale d’un compositeur laïque, serait-il une « activité cultuelle » ? « Activité culturelle », certes, mais en aucun cas « cultuelle ». Pourtant, le DIP ne manque pas d’R !

 

Quant à l’article 15, alinéa 4, le voici :

 

Nul ne peut être contraint d’adhérer à une communauté religieuse ou d’y appartenir,

d’accomplir un acte religieux ou de suivre un enseignement religieux.

 

Ainsi, lorsque des élèves chantent, dans un contexte purement musical, « L’Arche de Noé » de Benjamin Britten, ils adhèrent à une religion, accomplissent un acte de dévotion ou suivent un enseignement religieux… C’est magique : vous émettez une note de l’Ave Maria de Gounod, et hop, vous êtes baptisé catholique ; vous sifflotez un air de la Flûte enchantée et clac, vous êtes initié franc-Maçon ; vous chantonnez L’Internationale et, tchac, vous voilà propulsé communiste.

 

Allons plus loin : il faut interdire immédiatement le Cé qu’è lainô. Chaque année à l’Escalade, les petits Genevois s’égosillent à rendre hommage « à celui qui est haut », ce « maître des batailles » institué « patron des Genevois » et terminent en entonnant « Amen, amen, ainsi soit-y ». Ce scandale n’a que trop duré !

Et ces clefs de Saint-Pierre sur le drapeau genevois, c’est quoi cette serrurerie bondieusarde ? Allez hop à la poubelle !

 

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Lorsque les élèves visiteront le Musée d’Art et d’Histoire, vite mettons une burqa à La crucifixion de Karel Dujardin, afin que leurs yeux chastes ne soient point troublés par cette propagande. Si le prof de chant se met à leur faire chanter, le « Cantique suisse », qu’il soit brûlé comme Michel Servet !

Arrachons des manuels scolaires toutes les reproductions d’œuvres picturales mettant en scène des saints ou des prophètes, bannissons-en toutes les références musicales se rapportant aux œuvres de Bach ou au Requiem de Mozart et autres chansons à croire.

 

Dans ce fatras dipomaniaque, l’essentiel est oublié: la laïcité. En la défigurant par des mesures ubuesques, on offre à ses adversaires les verges pour la fouetter. Quel beau cadeau à eux offert! 

 

Alors, il convient de rappeler que la laïcité, sous ses formes les plus diverses, comprend  au moins deux éléments de base indissociables : d’une part, la séparation entre l’Etat et les institutions religieuses ; d’autre part, la liberté de conscience. Si l’un des deux manque, il n’y a pas de laïcité.

Mais en aucun cas, elle a pour objectif de rejeter ce qui fait notre histoire et notre culture. L’une et l’autre sont issues de la civilisation judéo-chrétienne, c’est un fait. S’en abstraire, nous condamnerait à ne plus comprendre d’où nous venons, ni dans quel monde nous vivons.

 

Il n’est pire adversaire de la laïcité que ceux qui la travestissent.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Liens annonçant la décision du DIP :

 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/dip-coule-arche-n...

 

http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Au-nom-de-la-la-...

15:23 | Lien permanent | Commentaires (47) | |  Facebook | | |

25/05/2015

L’HEURE DU LORIOT

loriotjufo.jpg

 Photo Jules Fouarge

L’heure du loriot va tomber du ciel

L’éclair de son vibrera dans les frondaisons

Le cosmos tiendra en une seule note

L’étang absorbera passé présent futur

 

Nous disparaîtrons tous pour nous reconstruire

Notre temple à chair et à sang est détruit

Dans le feu nous chercherons peaux et oripeaux

Nos yeux liquéfiés nous rendront la vue

 

Au fond du cœur nous trouverons de quoi aimer

Comme un pauvre tombant sur un quignon de pain

Oublié dans les replis d’un sac de hasard

Nous laisserons le lierre étouffer nos ruines

 

La mort a du bon quand la vie est en jeu

Dans ce monde veule et sec nous avions soif

Le christ en nous refleurira vin fraternel

L’herbe repoussera sur nos lèvres gercées

 

Nous serons le vent chaud caressant les épaules

La pluie tiède fécondant les labours

Et la flamme glacée protégeant les semences

Nous serons l’or fondu dans la moelle du temps

 

De nos ruines s’élèveront des palais

Où tous les oiseaux blessés trouveront refuge

Pour y recomposer le chant de l’univers

L’heure du loriot va monter au ciel

 

Jean-Noël Cuénod 

10:02 | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

22/05/2015

La soif de fraternité et les sources empoisonnées

 

 illustration_fraternite.pngNous avons l’âme sèche comme le gosier d’un égaré au Sahara. Dans ce monde qui change toujours trop vite, mû par l’indomptable puissance de la cupidité sans frontière, le voisin devient une gêne, le collègue, un rival, l’étranger, un ennemi, l’autre, un suspect. Un monde où règne la trouille paranoïaque avec, pour changer les idées noires, un flot coloré d’images qui se meuvent parmi des ondes de bruit. Chacun dans sa bulle et Dieu pour personne. La main tendue cache une main tordue. Le sourire spontané dissimule un calcul commercial. L’amitié devient un moyen de faire réseau. On ne sait jamais, ça peut servir.

 Et l’âme continue à s’assécher. Oui, nous avons soif de fraternité. Mais ce qu’elle nous fait honte, cette soif ! Vous dites, «fraternité». On vous réplique, «angélisme», «bisounours», «gnangnan» et, pour les plus vieux, «cucul-la-praline». Autant d’arguments massues qui brisent menu ce vocable risible ou plutôt ricanable.

 Pourtant, cette aspiration à trouver des sœurs ou des frères n’est pas éradiquée pour autant. Chacun la cachera du mieux qu’il le peut, sans pouvoir l’étouffer tout à fait. Il lui reste un petit filet d’air.

Que voulez-vous, l’humain, c’est un truc bien compliqué. D’une part, il doit affirmer son individualité au sein de la horde afin de ne pas être écrasé par elle, ce qui ne va pas sans bagarres, ruses, coups tordus, poignards dans le ventre ou le dos. D’autre part, s’il reste seul, l’humain crève. Il éprouve donc un furieux besoin de rapports avec ses semblables qui, dès lors, ne lui paraissent plus si dissemblables que ça. Les autres sont à la fois enfer et paradis. En même temps.

 Pour satisfaire cette soif de fraternité, l’humain utilisera des moyens souvent étranges et parfois mortifères. Adhérer à un parti extrémiste, par exemple. Le lien entre les militants est d’autant plus fort que la réprobation dont ils sont l’objet est puissante. Lorsque Jean-Marie Le Pen proclame qu’ «un Front national gentil n’intéresse personne», il n’a pas tort. Le sentiment de fraternité – cet «entre-nous» qui anime et protège – s’aiguise devant l’adversité. L’extrême-droite anti-Marine qui est en train de se former va tabler sur ce sentiment d’appartenance partagé, car la fille Le Pen préfère les électeurs aux militants, contrairement à son père qui a toujours fait le choix inverse.

 Lorsque les communistes, surtout en France et en Italie, étaient ouvertement staliniens, ils avaient créé une véritable contre-société en réponse à l’animosité qu’ils devaient affronter, même au sein de la gauche. Et malheur à celui qui voulait quitter cette contre-société. Du jour au lendemain,  il devenait transparent aux yeux des camarades, comme s’il n’avait jamais existé, un processus qui se vérifie aussi dans les sectes.

 Les terroristes occidentaux de l’islam intégriste et radical placent ce processus à son paroxysme. Ils pataugeaient dans les ornières de l’échec scolaire ou les fossés de l’ennui familial et flottaient sans cadre, ni but, dans une vie au rabais. Les voilà devenus ennemis publics numéro un, ce qui est tout de même plus enthousiasmant que de faire la queue à Pôle Emploi ou de vendre des barrettes de haschich dans des cages d’escalier pourries. Entre eux, le sentiment de fraternité est rendu plus intense par l’omniprésence de la mort.

 Tous ces «desperados» de l’extrême sont certes éloignés par l’Histoire des idées. Mais ils se retrouvent dans cette recherche de partage fraternel. Dire cela n’est pas faire leur éloge mais tenter de voir leur réalité en face. Si l’on veut combattre l’extrémisme, il faut en premier lieu prendre conscience des attraits que recèlent ses différentes formes.

 La soif de fraternité ne doit pas être niée par les ricanements. Il faut savoir l’apaiser mais pas n’importe comment.  Au lieu de la dégrader, l’assumer et la prendre au vol lorsque les circonstances s’y prêtent. Car on ne créé pas de fraternité ex nihilo, il lui faut le substrat des événements pour se former. Et c’est alors qu’il faut lui donner un contenu constructeur et non destructeur. Certes, la fraternité se forge dans les combats. Mais il y a combat et combat. Certains sont porteurs de vie, d’autres de mort. On peut lutter contre ou lutter pour. La vraie fraternité ne se fait pas sur le dos des autres.

Jadis, il appartenait aux partis de la gauche démocratique de porter ce message. Aujourd’hui, la plupart d’entre eux sont devenus des machines électorales qui n’ont pour horizon que le prochain scrutin. Il faudra donc que d’autres types d’organisation naissent pour donner corps à la fraternité authentique, sinon cette soif s’étanchera aux sources empoisonnées.

 

Jean-Noël Cuénod

19:03 | Lien permanent | Commentaires (23) | |  Facebook | | |

12/05/2015

Lettre ouverte au Dimanche-11-janvier, vilipendé à Todd et à travers

 

11Jancier15- copie.jpg

 

Quatre mois après ta naissance, tu parais bien malmené, cher Dimanche-11-janvier. Te voilà vilipendé à Todd et à travers dans une de ces polémiques qui permettent aux acteurs médiatiques de se sentir exister. Ainsi, les quatre millions de citoyens, Français et étrangers, qui sont descendus dans la rue durant cette fin de semaine sanglante ne seraient que des jobastres manipulés par la bien-pensance médiatique. Ou pire des islamophobes qui auraient trouvé dans les massacres à Charlie-Hebdo et à l’Hyper Casher le prétexte pour assouvir leur racisme chafouin.

 Je me trouvais parmi ces bataillons de gogos, perdu avec mes amis dans la masse, place de la République. A entendre les uns, les musulmans auraient boudé les cortèges. Comment se fait-il alors que j’ai vu des jeunes se revendiquant de l’islam et soutenant la liberté d’expression ? Etaient-ils si peu nombreux, que cela ne vaut même pas la peine d’en parler? Je ne sais pas. Impossible de distinguer, dans cette foule engourdie par le froid vespéral, qui relève de Voltaire et qui participe du Coran. Et tout ce que l’on peut dire à ce propos reste sujet à caution.

Et les élèves et lycéens qui ont refusé de respecter la minute de silence dédiée aux victimes? Pas question de nier leur existence. Mais en quoi cela te flétrirait, sacré Dimanche-11-Janvier? L’âge bête est éternel. L’important, c’est d’en sortir un jour. Peut-être.

 A écouter les autres, tu n’étais qu’une mascarade ourdie pour amuser la galerie et faire oublier l’impopularité du président Hollande; tu n’étais que l’emblème boursouflé d’un unanimisme de façade, une sorte village Potemkine mobile.

 Pour vendre des bouquins ou faire du beuze sur la Toile, il faut donc cracher sur toi, mon pauvre Dimanche-11-Janvier. Tu n’avais pourtant comme ambition que de répondre à la connerie sanguinaire par la dignité, à la fois triste et fervente. Je n’ai pas lu le moindre slogan raciste ou islamophobe sur les pancartes; je n’ai pas ouï la plus petite insulte. Je n’ai vu que des centaines de milliers d’individus qui, pour une fois, quittaient leur bulle pour constituer un peuple. Oh, certes, ce frisson républicain a vécu ce que vivent les frissons, l’espace d’un beau soir. Mais ce soir-là brûle encore dans nos cœurs à la manière d’un feu d’espoir.

 

 

Jean-Noël Cuénod

15:29 | Lien permanent | Commentaires (25) | |  Facebook | | |

05/05/2015

Vive le FN (Foutoir Népotiste) ! Artémis est vengée !

 

rtxz61f.jpg

 

Thérapie familiale à grand spectacle pour le clan Le Pen. Le Cacochyme aurait supporté, à la rigueur, d’être tué par un fils. Mais pas par une nana, fût-elle sa fille… Sigmund, réveille-toi, ils sont devenus fous !

 C’est que, voyez-vous, la femme, c’est la calamité de Jean-Marie Le Pen… Trois filles et  pas un seul porteur de slip kangourou dans sa descendance directe. Il faut donc bien se résoudre à accepter ce qui, au fond, reste inacceptable et à donner les clés de l’entreprise familiale FN (Foutoir Népotiste) à une Le Pen au féminin.

 Mais les femmes, vous savez ce que c’est. Imprévisibles. Manipulatrices. Traitresses.  Et tout. Avec sa première épouse, Pierrette, le Menhir a dû déchanter (et un Menhir qui déchante, croyez-moi, ça fait du bruit !) Elle le bafoue en quittant le domicile conjugal avec Jean Marcilly, journaliste au Figaro Magazine, chargé de sculpter la bio dudit Menhir. Le divorce est étalé sur la place publique, car les Le Pen font tout en famille, surtout la politique, sauf laver leur linge sale. Là, ils convoquent tout le monde à la lessive.

Alors que, devant les journalistes, Jean-Marie Le Pen raille et déraille – «Madame Le Pen peut faire des ménages pour compléter ses revenus» –, la perfide Pierrette le prend au mot et pose nue en soubrette pour Play Boy. Gros succès de vente.

 Autre déboire : Marie-Caroline, sa fille aînée. Tout d’abord, elle défend bien les intérêts du clan en devenant conseillère régionale d’Ile-de-France le 22 mars 1992. Ensuite, c’est la catastrophe. Elle participe à la dissidence fomentée en 1998 par Bruno «Naboléon» Mégret, alors bras droit de Le Pen, en suivant son mari, Philippe Olivier, bras droit du bras droit. Son père ne lui adressera plus la parole. Première répudiation filiale.

 La cadette, Marine, lui succède. Et avec elle, c’est une autre paire de manche. Le duo père-fille fonctionne tout d’abord à merveille. Le vieux continue ses provocations fascisantes pour gonfler le moral des troupes militantes et donner du grain brun à moudre à ces jobastres de journalistes. De son côté, Marine nous la joue «dédiabolisation» en touillant dans sa casserole un fond de sauce xénophobe, allongé de souverainisme avec une pointe de gauchisme. Le président d’horreur et la présidente de charme. Le méchant et la gentille, comme chez les flics.

 Mais une nouvelle vilenie féminine se profile à l’horizon bleu marine. Si le père se contente de mimer la chefferie, la fille, elle, veut le pouvoir. Le vrai pouvoir. Pas celui des estrades, celui de l’Elysée. Et dans cette optique, le paternel est devenu un boulet. Alors ces pitreries nazillardes que la fille tolérait jusqu’alors, deviennent prétextes à secouer le cocotier pour que le vieux lâche enfin prise. A défaut de chuter, le voilà suspendu. Il a l’air fin. Sa présidence d’honneur risque même de lui être arrachée lors du prochain congrès frontiste. Tu quoque mea filia ! Deuxième répudiation filiale. Le fondateur du Foutoir Népotiste est une fois de plus trahi par la chair de sa chair: «Je ne veux plus qu’elle porte mon nom!» Et surtout, il ne faut pas qu’elle devienne présidente. Le Menhir qui s’effrite a déclaré sur toutes les ondes qu’il fera tout pour que la félonne échoue en 2017 (voir Espace Vidéo).

 Il reste un ultime espoir pour pérenniser la vraie marque Le Pen. Fatalité d’un destin qui s’acharne, il est porté par une autre représentante de cette engeance perverse, à savoir sa petite-fille Marion Maréchal-Le Pen, députée. Et dépitée. Car elle doit choisir entre le grand-père dont elle approuve l’idéologie brunâtre et sa tante Marine qui tient le poignard par le manche. L’ancêtre aura 87 ans dans un mois. Tantine affiche 47 ans au compteur. Moi, j’en compte 25. N’insultons pas l’avenir. Le calcul est vite fait : «Je ne veux pas être l’otage de mon grand-père» a-t-elle fait dire à la presse par l’un de ses proches. Alors, troisième répudiation filiale?

A moins que dans un futur plus ou moins lointain, se réalise la grande vengeance paternelle, la nièce trahissant la tante. Que nous réserve à l’avenir le zoo Le Pen?

 Pour l’instant, la revanche appartient à une autre représentante du sexe honni. L’été dernier, Artémis, la chatte bengalaise de Marine Le Pen, fut dévorée par l’un des dobermans de son père, ce qui avait conduit la fille à quitter le château familial. Aujourd’hui, voilà cette âme féline vengée. C’est au tour du propriétaire des dobermans d’être livré aux crocs.

 

Jean-Noël Cuénod


ESPACE VIDEO


Jean-Marie Le Pen déclare la guerre à sa fille par lemondefr

19:52 | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook | | |

02/05/2015

Laïcité à multiples vitesses

 

 La laïcité doit-elle être considérée comme un mètre de couturier? Placarder une affiche de concert pour les chrétiens d’Orient relève-t-il du crime de lèse-République? Deux récentes affaires survenues en France démontrent à quel point la laïcité est trop souvent mal comprise par celles et ceux qui sont chargés d’en appliquer les règles.

 Plusieurs collégiennes et lycéennes de religion musulmane ont été interdites de cours en France parce que la jupe qu’elles portaient était trop longue pour être honnête laïquement. Le Conseil contre l’islamophobie en France a recensé 130 cas de ce genre en 2014, sans que ce chiffre soit confirmé par une autre source. Cette longueur suspecte est considérée comme relevant du «port ostensible d’un signe religieux», interdit dans les établissements scolaires publics. A noter que cette prescription concerne principalement le port du foulard islamique. Or, les collégiennes et les lycéennes en question avaient ôté le leur en entrant au collège et assistaient donc tête nue aux cours. 

 A Paris, c’est une affiche dans les couloirs de métro qui a fait crépiter les réseaux sociaux. La RATP – régie des transports publics parisiens – avait interdit un panneau publicitaire en faveur d’un spectacle car il y était mentionné «Concert pour les chrétiens d’Orient» (photo).  Cette inscription, pourtant bien anodine, était considérée par la RATP comme une atteinte intolérable à la laïcité. Finalement, devant le concert de… protestations et après s’être fait botter les fesses métaphoriquement par un tweet du premier ministre Valls, la direction des transports a dû revenir sur son interdiction. 

XVMbd3cdb86-dae7-11e4-8b2e-931701e0068c.jpg

 

En multipliant ce genre d’interdiction ridicule, ces fonctionnaires zélés, croyant servir la laïcité, la caricature en la transformant en usine à interdits ubuesques. En quoi la longueur d’une jupe relève-t-elle du prosélytisme religieux ? A combien de centimètres au-dessus de la cheville doit-elle être considérée comme laïquement correct? Un centimètre? Deux ? Quatre? Cinq et demi? 

En quoi une mention «pour les chrétiens d’Orient» dans le couloir d’un métro lèse-t-elle la neutralité confessionnelle de l’Etat? C’est un élément d’information, c’est tout. Qui ne provoquera pas des vagues de conversions en faveur des Eglises maronites, orthodoxes ou syro-chaldéennes. 

Ah, c’est le mot «chrétien» qui gêne, voyez-vous! Aurait-on usé du vocable «juif», «musulman», «bouddhiste», «hindouiste» que la décision de la RATP aurait été différente? La RATP nous ferait un complexe parce que la religion chrétienne est majoritaire dans nos pays? Dans cet esprit, elle devrait alors accueillir avec bienveillance la pub des Adorateurs de l’Oignon.

 Pourtant, l’Etat français lui-même donne de larges coups de canif aux principes de la laïcité. Ainsi, subventionne-t-il massivement les écoles privées dont 90% sont d’obédience catholique. De même, pour des raisons historiques, la France salarie les prêtres, rabbins et pasteurs en Alsace-Moselle. 

 D’une part, l’Etat se montre d’une laïcité vétilleuse et punitive pour des broutilles. D’autre part, il l’oublie en abordant des domaines aussi essentiels que l’enseignement. Dans les deux cas, c’est l’incohérence qui sévit et les ennemis de la laïcité qui ricanent.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Le Plouc est invité à l’émission de Laurent Caspary, «Tribu», sur les ondes de la RTS, lundi, de 11h. à 11h.30 à propos de son dernier livre «Ne retouche pas à mon dieu – Un bilan de la laïcité».

19:00 | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | | |