31/05/2015

Sepp Blatter, ce dinosaure que la Suisse rejette

 

 Que Sepp Blatter soit ou non poursuivi par la justice est une chose, qui ne peut n’être réglée que par les magistrats suisses et américains. Mais qu’il soit responsable du système FIFA  tissé d’opacité, de petits arrangements et de gros cadeaux en est une autre qui ne relève pas de la présomption d’innocence. Quasi octogénaire, Sepp Blatter est devenu l’emblème d’une Suisse écartelée entre deux éléments irréconciliables.

  D’une part, il y a dans les peuples de ce pays une véritable répulsion pour tout ce qui touche à la corruption à l’intérieur de ses frontières. En France, il arrive souvent que des politiciens condamnés à la suite de magouilles soient réélus. En Suisse, c’est impensable. Le moindre ennui judiciaire provoque la condamnation à mort politique. Ce qui explique, entre autres, que la Suisse obtient le cinquième rang  sur 175 pays au classement international de l’indice de perception de la corruption alors que la France n’obtient que la 26ème place.

 D’autre part, cette corruption que les Suisses rejettent pour eux-mêmes, ils l’ont trop longtemps acceptée pour les autres. Ainsi, des flots d’argent issus des régimes les plus vermoulus ont-ils été déversés dans les banques helvètes. Pas de corruption chez nous. Mais bienvenue à ses  fruits juteux, pourvu qu’ils viennent d’ailleurs. Ainsi, nous autres Suisses gagnions sur tous les tableaux: un pays qui fonctionne bien puisque la corruption ne vient pas altérer son développement ; et un pays qui accueille les fonds de la corruption étrangère.

 Devenu secrétaire général de la FIFA en 1981, puis son président dès 1998, le Suisse Sepp Blatter a, jusqu’à maintenant et à nouvel ordre, échappé aux nombreuses accusations de corruption qui sont apparues depuis une quinzaine d’années. Il n’en demeure pas moins qu’il ne saurait s’abstraire de ses responsabilités, au moins morales, en tant que dirigeant du foot mondial depuis 34 ans. Il est devenu l’emblème de ce double langage helvétique : pourquoi s’en faire puisque cette corruption footballistique exerce ses ravages dans des pays plus ou moins exotiques et non chez nous?

 Mais voilà, cette Suisse-là est devenue obsolète. Le monde n’a plus besoin de son secret bancaire et ne supporte plus les paradis fiscaux, après les crises financières. D’ailleurs, Berne vient de signer avec l’OCDE[1] l’accord d’échange automatique d’informations fiscales. Certes, les fraudes à l’impôt ne seront pas supprimées pour autant, mais la Confédération n’y tiendra plus le rôle pivot. Une autre Suisse va se dessiner. On en ignore encore les traits. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que Sepp Blatter est devenu l’un de ces dinosaures que, désormais, son pays rejette.

 

Jean-Noël Cuénod



[1] Organisation pour la coopération et le développement économique

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Commentaires

bioen dit !

Écrit par : NDOYE GORGUI | 31/05/2015

Lorsque la Suisse n'existera plus, ce sera un eldorado pour chercheurs d'or, il suffit de gratter les montagnes.

Je préfère Blatter à un prince menteur pensant pouvoir remettre les royautés au pouvoir en s'infiltrant, tel l'anacondas dans un jardin.

C'est vers les entreprises qu'il faut regarder également, car combien de milliards donnés sur le dos des salariés ? Les monarchies des Saouds ou du Qatar sont des mafias soutenues par les occidentalopithèques et leurs monarchies, en voie de disparition, prêtes à laisser la place au bel islam sanguinaire.

Le système mafieux est partout, peut importe le classement ce n'est que de la poudre aux yeux.

Écrit par : Pierre NOËL | 31/05/2015

Chronologiquement parlant Sepp Blatter a dit deux choses:

la première qu'il ne peut pas tout surveiller
la seconde qu'il assume ce qui lui est reproché

Sans rien juger, sans être bien au courant concernant les affaires internes de la FIFA "système tissé d'opacité", j'apprécie que Sepp Blatter ait dit assumer ce qui lui est reproché autrement dit reconnaisse ses torts ce que pas mal de dirigeants pourraient ou devraient s'entendre suggérer: reconnaître ses torts, et d'une, assumer, et de deux.

La FIFA, non "le" système tissé d'opacité mais "un entre tous" les systèmes locaux, régionaux, nationaux, européens comme mondiaux (sans oublier le "pas forcément en tout" bienvenu Traité transatlantique) tissés d'opacité... sous les étoiles scin-til-lan-tes!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 01/06/2015

Vous allez oser écrire un article sur le paradis fiscal américain du Delaware, un jour ?????

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 01/06/2015

@victor
je suis pour...histoire de présenter la pelote de laine de l'hypocrisie!

Écrit par : plumenoire | 01/06/2015

Il y avait un édito à ne pas manquer, dans le Matin dimanche : celui de Peter Rothenbühler, qui , à son âge, n'a pas peur de ne pas hurler avec les loups. Expression insultante pour les loups, qui valent bien mieux que la meute dont il est question...

Écrit par : Géo | 01/06/2015

La captation de la fortune mondiale est un but en soi ...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Paradis_fiscal#Liste_noire

Le Réseau pour la justice fiscale estime que les 10 principaux paradis fiscaux sont, dans l'ordre, l'État du Delaware aux États-Unis, le Luxembourg, la Suisse, les îles Caïmans, la City de Londres, l'Irlande, les Bermudes, Singapour, la Belgique et Hong Kong.
Ce classement combine le degré d'opacité de chaque place financière et son poids dans l'économie mondiale.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 02/06/2015

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