27/04/2015

Se réfugier dans la molle dictature du dérisoire

 

 Tremblement de terre au Népal, attentat déjoué en France, massacres de chrétiens au Proche-Orient,  naufrages de réfugiés, menaces, violences, injures… Sentiment d’impuissance devant cette marée qui n’en finit jamais de rejeter ses morts.

Ne plus entendre la litanie comptable des cadavres, les imprécations barbues, les discours poisseux. Et se réfugier dans le mol édredon du dérisoire. Verser une larmichette rose devant l’accouchement de cette princesse qui a repris la riante tradition des porteuses de chapeaux ridicules, dont la promotion est la seule utilité sur cette terre de la britannique monarchie. Rigoler devant les facéties des chatons, grandes vedettes des vidéos diffusées par les réseaux sociaux. Ne plus penser. Ne plus remuer les méninges, ça ne sert à rien sinon à se fabriquer des ulcères.

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  Voilà pourquoi les médias dominants placent l’horrifiant sur le même plan que le divertissant. Ils nous fournissent à la fois le mal et son analgésique. Mais non pas son médicament, notez-le bien. Il s’agit de calmer et non de guérir. Car notre société médiamercantile a besoin de l’angoisse pour écouler ses tranquillisants, réels ou métaphoriques.

 L’ennemi de la société médiamercantile, c’est le politique. Les gens doivent rester des gens, c’est-à-dire une foule d’individus sans actions collectives qui se rendraient autonomes de ce système d’aliénation fait de « stupéfiants images », pour reprendre l’expression de Régis Debray, et de consommations compulsives. Il ne faut pas que les gens fassent peuple. S’ils se mettaient de s’occuper de leurs affaires, où irions-nous ? Tout est donc fait pour nous distraire. Et nous traire par la même occasion.

Voter une fois de temps en temps pour quelques guignols de foire, voilà qui suffit amplement. Cela fait tourner la machine médiatique tout en perpétuant l’apolitisme de base. Mais pas plus, il ne faut surtout pas donner des idées. Elles pourraient bien amener les gens à devenir un peuple qui s’organise lui-même, hors du système de la domination médiamercantile.

  Les manitous (manient tout) de cette société – les dirigeants de l’économie numérique, financière et médiatique – organisent leurs réseaux de manière à ce que nous soyons à la fois connectés et séparés. Connectés à leurs réseaux afin de mieux connaître nos réactions pour  vendre leur came et faire de nous de dociles amateurs de vidéos animales ou princières. Mais séparés dans l’organisation du travail afin de donner le moins de prises possibles à l’action collective autonome.

  Tous les systèmes totalitaires cherchent à éradiquer le politique pour chasser le débat des arènes du pouvoir. Hitler, Staline, Mussolini, Mao, Pol Pot, Franco et autres tyrans ont mobilisé la force criminelle. Les potentats de la société médiamercantile eux, usent, de la crétinisation et de l’infantilisation, pour étouffer le débat dans l’œuf. C’est une dictature douce qui nous donne, avec le sourire, les matériaux nécessaires pour bâtir nous-mêmes notre prison mentale. Dictature gentille mais d’autant plus perverse qu’elle enlève, grâce à ses divertissements, toute velléité de révolte de façon bien plus efficace que les versions brutales des tyrannies.

  Mais du mal, le remède viendrait-il ?  Les mêmes réseaux sociaux peuvent aussi servir à s’organiser contre l’aliénation. Mais pour ce faire, il faut trouver des cerveaux encore disponibles pour réfléchir plus loin et surtout plus haut que le chapeau de la princesse Kate. Plus encore que de l’hygiène mentale, lutter contre la généralisation de l’abrutissement relève de la salubrité publique.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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24/04/2015

MECANIQUE DE LA GRAND’ PEUR

 

 

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Les chants de la forêt s’éteignent peu à peu

Sous les pas du chat les mousses se font complices

Et les chênes laissent tomber toutes leurs rides

Un monde de crimes muets va se lever

Sur la nuque l’haleine fauve de l’humus

Au ventre s’étripent la crainte le désir

Seul compte l’instant l’avenir n’est qu’un piège

Et le passé n’en finit pas de trépasser

Mue de vipère dissoute par les averses

 

Craque une branche sèche tout est suspendu

Générale mobilisation des sens

Bien exécuté l’acte calme les ombres

Honteuse gratitude envers les assassins

Bref soulagement les échines se détendent

Mais le répit se dissipe brouillard léger

Découvrant la nudité des peurs animales

 

Un pas de fourmi sépare la vie la mort

Respirer est un danger bouger un péril

Surtout ne pas penser ! Surtout ne pas penser !

Les ondes pourraient attirer l’attention

Et si des fauves s’abattaient sur nos épaules ?

Et si du ciel le feu noir brûlait nos âmes ?

Patience l’unique force qui nous reste

 

Le matin surgit entre les os des fayards

Les survivants lèvent la tête se regardent

Et la nuit venue tout recommencera

 

 

Jean-Noël Cuénod

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21/04/2015

La mer à mort

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Lorsqu’il n’y a plus d’espoir dans son pays, que les saigneurs de la guerre – criquets en kalachnikov – ravagent les récoltes, pillent les maisons, violent les filles, enrôlent les garçons et massacrent ceux qui ont le malheur de se trouver sur leur chemin, il reste une faible lueur d’espérance : ramasser ses ultimes économies, payer des mafieux, embarquer dans un port libyen sur leurs rafiots rafistolés et atteindre l’Europe dont la première terre est Lampedusa. Périr en mer est un risque qui paraît bien faible, mesuré à l’aune de la détresse.

Entre la côte libyenne et Lampedusa, un bateau plein de migrants fuyant l’Afrique a donc chaviré. 700 trépassés. Depuis le début de l’année, 1600 migrants ont trouvé la mort en cherchant le refuge. Un clandestin meurt toutes les deux heures en Méditerrannée.

Devant ce spectacle atroce qui se passe sous nos yeux, sur notre continent, nous n’offrons guère qu’un brin de compassion et quelques larmes plus ou moins sauriennes. Quant ce n’est pas le vomi de la graphomane anglaise Katie Hopkins, qui, dans le tabloïd fascistoïde The Sun, exige que les bateaux de guerre tirent sur cette «vermine». Entre hypocrisie et barbarie, ah, elle est belle l’Europe!

Agir. Certes. Mais comment? Car la situation est d’une complexité inouïe. Et les Franco-britanniques ont contribué fortement à la rendre inextricable en intervenant en Libye et en laissant ce pays dans la plus complète anarchie. Voilà ce qui arrive lorsqu’on donne les clefs de la guerre à un philosophe pour plateau-télé (BHL) et à un président (Sarkozy) qui ne voit pas plus loin que le bout de sa télécommande.

Mais pleurnicher sur le passé ne sert à rien. Pour le moment, il faut faire face à l’urgence humanitaire, comme l’indique sur le site de L’Express le politologue belge François Gemenne[1], c’est-à-dire, «relancer des missions de sauvetage comme l'opération Mare Nostrum, abandonnée fin 2014. Ensuite, il faut renforcer la lutte contre les passeurs, et enfin rétablir les voies légales d'accès à l'Union européenne. La politique de fermeture des frontières est en effet directement responsable de ces drames.»

En lisant cette phrase, tous les furieux de la xénophobie vont grimper aux rideaux. Tentons d’examiner la situation de façon rationnelle, plutôt que de baver de trouille. Nous avons au Sud, une population en hausse démographique, jeune, pauvre et au Nord, une population en baisse démographique, vieillissante, riche. Dans ces conditions, les transferts humains de l’un vers l’autre sont inévitables. D’ailleurs, n’est-ce pas ce qui est en train de se passer au cœur de l’Europe continentale, en Suisse? La population s’y accroît régulièrement (1% grosso modo par an depuis 2007) alors que la natalité est faible. Cette augmentation démographique est donc due à l’immigration.

 On peut hurler, trépigner, voter Blocher, voter Le Pen, voter UKIPE, voter Bossi, semer les bunkers sur les côtes, ériger des murs partout, rien n’y fera. Les grands mouvements de population sont inéluctables. Entre 1943 et 1944, les Waffen SS et la Gestapo ne sont même pas parvenus à rendre imperméable la frontière d’une centaine de kilomètres qui sépare la France et la Suisse à Genève. Même le Mur de Berlin a fini par s’effondrer.

Soit on suit l’extrême-droite en fermant les yeux sur le réel pour en appeler à la fermeture impossible des frontières. Soit on essaie de se montrer intelligent, en partant de ce constat: plus les frontières sont fermées, plus les clans mafieux et les milices terroristes prennent en main le lucratif business des passeurs clandestins. C’est le paradoxe du xénophobe : il croit se protéger alors qu’il ne fait qu’engraisser les mafieux et les terroristes qui sèmeront le crime chez lui.

Puisque les flux de population sont inévitables autant s’efforcer de les contrôler en établissant des politiques d’immigration rationnelle et en organisant des filières légales. S’il est vrai que le chômage règne dans plusieurs pays européens, notamment en France, il est tout aussi vrai que de nombreux postes de travail n’y sont pas occupés par des autochtones. Voit-on beaucoup de Français «de souche» à la plonge des brasseries parisiennes ou sur les chantiers marseillais?

Cela dit, aucun pays ne peut gérer seul une problématique aussi complexe. C’est donc une politique d’immigration à l’échelle de l’Europe qu’il est nécessaire d’établir. Mais là nous nous dirigeons vers un éceuil de taille, à savoir la faiblesse des institutions européennes. Tant que l’Union et l’Espace Schengen restent en leur état de techostructure impotente, nous continuerons à faire du bricolage en matière d’immigration. Et les rafiots plein de migrants continueront à couler au large de Lampedusa.

Jean-Noël Cuénod 


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Deux minutes pour comprendre comment l'Europe... par liberation



[1] Spécialiste des migrations et enseignant à Sciences-Po, Versailles et Bruxelles (ULB)

09:04 | Lien permanent | Commentaires (49) | Tags : migrants, immigration, lampedusa, vidéo | |  Facebook | | |

17/04/2015

L'au-revoir à K. Vasili, artiste

 

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Les nombreux proches, amis et admirateurs de K. Vasili ont rendu, jeudi 16 avril 2015 en fin de matinée, un dernier hommage à ce grand artiste au Funérarium du Père-Lachaise à Paris. L’homme est désormais ailleurs. L’œuvre, elle, reste pour porter témoignage. Ultime au revoir du Plouc.

 

Ce matin-là, K. Vasili, ce matin-là

 

Tu as tracé ta ligne droite un peu plus loin

Et voilà que tu as traversé le miroir

Le monde des apparences s’est brisé

Ta ligne droite file vers ses parallèles

Et tu es devenu ce que tu avais peint

L’essence-ciel dans sa pure liberté

Dehors sonnent les Pâques sous un froid soleil

Les cris d’enfants volent comme des étourneaux

C’est si léger, mourir, mince trait sur la toile

 

Ce matin-là, K. Vasili, ce matin-là

 

 

 Jean-Noël Cuénod

 

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16/04/2015

Nouvelle victoire des terroristes contre la liberté

 

Les députés français examinent actuellement le projet de loi sur le renseignement destiné à lutter en amont contre le terrorisme, notamment par la surveillance d’internet. Quels que soient les dispositifs techniques et les finesses juridiques pour faire passer ce train de mesures à grande vitesse, la liberté personnelle en prend un méchant coup.

 

 Tout d’abord, l’ensemble de ces dispositifs sera concentré dans les mains du premier ministre. Si un jour Marine Le Pen arrive à l’Elysée, on frémit d’avance à l’usage qui pourrait être fait d’un tel pouvoir. En guise d’amusette cosmétique, le gouvernement prévoit une «Commission nationale de contrôle des techniques du renseignement» mais elle sera de peu de poids. On peut faire confiance à l’entourage du gouvernement pour organiser l’urgence afin que cette instance reste à sa place d’élément décoratif.

 

Ensuite, le gouvernement plaide qu’il ne veut capter que des métadonnées consignées par les réseaux sociaux, les hébergeurs de sites, les fournisseurs d’accès internet  et que celles-ci seront anonymes. Les métadonnées décrivent l’origine et le destinataire d’un courriel, les mots de passe utilisés, l’adresse IP des sites visités. En fait, disposer des métadonnées d’un quidam dit encore plus de choses sur ses relations et les circonstances de sa vie que les babils enregistrés par les «longues oreilles» de naguère. 

 

Quant à la garantie de l’anonymat, ce n’est même pas de la bouillie pour chat. La gent féline, par bonheur pour la perpétuation de son espèce, n’est pas nourrie de vent. L’anonymat ne peut jamais être garanti dans de telles circonstances. Si nos cyberlimiers s’intéressaient à tout d’une personne-cible, sauf à son identité, cela relèverait du théâtre de l’absurde (le monde du renseignement n’en est pas toujours éloigné, il est vrai). Or, lorsqu’elle est connue, une identité risque forcément d’être dévoilée à des tiers qui ne sont pas forcément animés des meilleures intentions. On peut facilement «monter un turbin», comme le disaient jadis les vieux flics, contre un personnage gênant. 

 

Toutefois, force est de reconnaître qu’il faut donner à la police et à la justice les moyens d’effectuer la cybertraque contre les islamoterroristes. Ceux-ci disposent d’indéniables talents dans ce domaine comme l’a démontré l’assaut numérique dont la chaîne francophone TV5 a été la récente victime. L’islam radical a imposé sa guérilla mondiale à nos démocraties, c’est un fait. Qu’il faille répliquer avec efficacité en est un autre.

Mais justement, en grignotant par-ci par là le socle sur lequel reposent l’Etat de droit et la liberté individuelle, les responsables politiques des démocraties entrent tout à fait dans le jeu des intégristes de l’islam qui vouent à nos principes la haine la plus implacable. Ce qu’ils veulent, c’est abattre la démocratie. Si nous faisons une partie du travail à leur place, quoi de mieux pour eux?

 

images.jpgTout n’est pas forcément néfaste dans le projet de loi du gouvernement Valls. Mais son principe de base est dangereux, en confiant au premier ministre des pouvoirs exorbitants. Manuel Valls et son ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve (photo) ont soigneusement écarté les magistrats de l’ordre judiciaire dans cette nouvelle loi, sous le mauvais prétexte qu’il faut souvent agir en urgence, comme si les juges et procureurs n’avaient pas, eux aussi, l’habitude de gérer ce genre de situation extrême!

C’est-là que réside le vice fondamental du projet. Les magistrats apportent un regard qui n’est pas biaisé par les ambitions politiciennes; ils se situent dans la longue durée à travers les changements de majorité. Si quelques malfaisants personnages parvenaient à prendre le pouvoir, les juges pourraient toujours servir de garde-fous. Or, ces garde-fous, Valls et Cazeneuve les ont enlevés, c’est fou !

 

Mais il est une autre victoire, encore plus inquiétante, que les islamoterroristes viennent de remporter. Un récent sondage CSA indique que 63%  des Français interrogés se déclarent favorables à la limitation des libertés individuelles sur internet, notamment en surveillant les données de navigation des internautes.

Or, dès qu’un peuple préfère sa sécurité à sa liberté, il sera prêt, un jour ou l’autre, à accepter le pire.

 

Jean-Noël Cuénod

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09/04/2015

Marine Le Pen: meurtre politique du père en direct

 

 

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De noir vêtue et les traits tendus, Marine Le Pen a procédé devant les caméras de TF1, hier soir, à l’exécution politique de son père, fondateur en 1972 du Front national qu’elle préside depuis 2011. C’est la suite logique des échanges de plus en plus musclés entre le père et la fille après les  dernières provocations lancées par Jean-Marie Le Pen dans l’hebdomadaire antisémite Rivarol: «J’annonce donc l’ouverture d’une procédure disciplinaire contre Jean-Marie Le Pen.» Cette instance décidera de sa suspension, voire de son exclusion. Marine Le Pen invite d’ailleurs son père à se retirer de lui-même de la vie publique.

Fine tacticienne, Marine Le Pen a, de toute évidence, senti qu’elle devait agir maintenant pour enlever le boulet paternel. «Les dernières élections départementales ont confirmé que le Front national est un bon parti de premier tour et un mauvais de second tour», constate la politologue française Magali Balent. «Pour que le FN surmonte ce handicap, il devra bénéficier d’un report des voix de la droite encore plus important qu’il ne l’est actuellement. Or, de nombreux sondages indiquent que la figure de Jean-Marie Le Pen dissuade encore de nombreux électeurs UMP de voter pour un candidat frontiste au second tour des élections.» Si Marine Le Pen veut siphonner massivement les suffrages des sympathisants et électeurs UMP, elle doit donc éjecter son père.

Sa guerre ouverte avec la fondateur du FN lui offre également une autre opportunité, à savoir la mise au pas de sa nièce, la députée Marion Maréchal-Le Pen qui campe sur les mêmes terres idéologiques que Jean-Marie Le Pen, son grand-père. La petite dernière du clan a dû se démarquer des déclarations de son aïeul et se plier à la logique des partis d’extrême-droite: un seul chef domine. Pour l’instant, c’est Marine Le Pen qui tient le couteau par le manche. D’autant plus que Jean-Marie Le Pen n’aura pas l’investiture du FN pour les élections régionales de décembre prochain et que la liste frontiste en Provence-Alpes-Côte d’Azur pourrait être conduite par… Marion Maréchal-Le Pen avec le soutien de tante Marine.

Pour porter son estocade, la patronne du Front national a sans doute dû aplanir un obstacle de taille: le financement du parti. Jean-Marie Le Pen tient en ses seules mains, la Cotelec (remplacée depuis 2014 par la Promelec), microparti qui a prêté plus de quatre millions d’euros au FN en 2013. Mais de son côté, Marine Le Pen a créé son propre microparti nommé Jeanne qui a engrangé en 2012, pour 9,6 millions d’euros de recettes. Dès lors, tout laisse à supposer que, disposant d’une bonne intendance personnelle, Marine Le Pen peut désormais se passer de la manne paternelle.

 

Jean-Noël Cuénod

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Marine Le Pen s'explique après avoir convoqué... par LeHuffPost

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Le grand peintre K. Vasili a rejoint l’Idée

 

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Tableau de K. Vasili Zigourat, peint en 2010.

 

Samedi matin à l’Hôpital Charles-Foix d’Ivry-sur-Seine, un peintre majeur a quitté le monde de la matière pour rejoindre celui de l’Idée, qu’il n’a cessé de chercher tout au long de son œuvre. K. Vasili était aimé, apprécié, admiré par tous ceux qui servent l’art et refusent de s’en servir. C’est dire si la société médiamercantile – qui exerce actuellement ses ravages – l’a ignoré… Un signe de haute qualité qui ne trompe pas. La société médiamercantile a un mauvais goût très sûr.

 

K. Vasili est né en 1942 à Lakotama en Grèce ; son enfance a été marquée par la guerre civile qui, dès la fin du second conflit mondial, a opposé les communistes grecs aux nationalistes. Avec son frère aîné, Vasili avait trouvé refuge en Yougoslavie où il a accompli toute sa formation scolaire et artistique, notamment aux écoles des beaux-arts de Pec, Skopje et Belgrade. Dès 1964, il s’installe à Paris avant d’être naturalisé français.

 

Rien n’était plus étranger à K. Vasili que le bruit. En ascète de la peinture, il le tenait à l’écart, préférant l’ombre qui protège la vraie lumière aux projecteurs qui n’éclairent rien mais aveuglent la foule. D’ailleurs, même son patronyme est source d’interrogation, tantôt écrit à la grecque, tantôt rédigé à la serbe. Comme si l’important n’était pas dans une identité bureaucratique et forcément vague. Or, K. Vasili – c’est ainsi qu’il signait ses tableaux – n’aimait pas le vague, le flou, l’à-peu-près près trompeur. C’est la vérité qu’il cherchait à atteindre. Ou plutôt l’idée de vérité. Parti de la représentation figurative d’un monde bouleversé et souvent conflictuel, l’artiste a épuré son geste et pris progressivement le parti de l’abstraction afin de tendre vers l’essentiel, l’essence-ciel où vibre le monde des Idées platoniciennes. Cette ligne qui figure dans nombre de ses tableaux est un chemin vers la lumière. Mais il en va ainsi de tous les chemins de crêtes, il faut dominer son vertige pour tendre vers le but.

S’il fallait lui coller une étiquette – un acte toujours douteux – celle de peintre platonicien serait la moins fâcheuse. Cette phrase tirée du Phèdre de Platon illustre parfaitement sa démarche artistique :

 

Une intelligence d’homme doit s’exercer, selon ce qu’on appelle «Idée», en allant d’une multiplicité de sensations vers une unité, dont l’assemblage est acte de réflexion.

 

Parti du multiple, l’artiste est parvenu à l’Un. Dans ce monde qui turbule à la folie, l’œuvre de K. Vasili n’est pas seulement nécessaire, elle est devenue vitale.

 

Jean-Noël Cuénod

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08/04/2015

"Ne retouche pas à mon dieu!" à Radio-Cité

Dans le contexte de son émission « Spiritualité » diffusée sur Radio-Cité, Gilles Soulhac a consacré deux interviewes au dernier bouquin du Plouc, « Ne retouche pas à mon dieu! »  qui vient de paraître chez Slatkine.

On peut les écouter ici


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04/04/2015

La Pâque et les Pâques ou l’appel à quitter l’aliénation

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Il fut un temps où le terme « aliénation » était utilisé à tout bout de champ. Au XIXe siècle, il devint le mot scientifique pour désigner la folie. Durant les années 1960-1970, l’aliénation était perçue comme la dépossession des humains de leur propre personnalité pour être conditionnés par la puissance capitaliste, à la fois comme producteurs et comme consommateurs.

Et puis, le mot s’est perdu avec le triomphe du capitalisme sur toutes les autres formes de production économique et la nouvelle jeunesse que les gadgets technologiques lui ont apportée.

  Serait-ce le signe que l’aliénation a été tellement intériorisée par chaque individu qu’elle ne peut plus être objectivée ? Serait-ce sa ruse ultime, devenir une force que l’on ne peut pas nommer afin que l’on ne puisse plus la combattre ? Serait-elle devenue une partie de notre système parasympathique qui contrôle les activités involontaires des organes ?

Pas tout à fait, puisque nous la nommons encore, un peu, rarement, certes ; c’est mieux que rien. Toutefois, la tendance forte est là. Les mêmes outils qui nous libèrent des corvées en tant que producteurs, sont aussi ceux qui nous aliènent en tant que consommateurs.

 Il faut donc continuer à nommer l’ennemi, « l’aliénation », cette dépossession de notre véritable personnalité au profit du…profit. Dans cette prise de liberté contre l’aliénation, l’utilisation du langage symbolique est essentielle. Un symbole ne signifie jamais une seule chose (s’il n’a qu’une seule signification, il s’agit d’un emblème) mais dispose, pour une seule représentation, d’une multitude de réseaux d’analogies. C’est un bon antidote contre l’aliénation. Pris dans ce mouvement symbolique, un produit aliénant peut se transformer en outil libérateur.

 Ainsi, les religions, en tant qu’institutions humaines, servent à l’aliénation la plus accomplie ; les exemples abondent tant dans l’histoire que dans l’actualité. Toutefois, les messages qu’elles délivrent sont aussi une source de symboles et, une fois intégrés dans une vision libératrice, sont en capacité de devenir l’un  des plus puissants moyens pour se libérer de l’aliénation.

 Puisque nous sommes en période de Pâque juive (Pessa’h) et de Pâques chrétiennes, évoquons le message libératoire illustré par ces célébrations. Pessa’h rappelle le départ du peuple juif d’Egypte et la fin de son esclavage, de son aliénation à la puissance pharaonique.

Les Pâques chrétiennes, elles, ne commémorent pas tant la crucifixion du Christ au moment de la Pâque juive que sa résurrection.

Dans les deux cas, c’est la victoire de la vie sur la mort qui est célébrée. Une victoire remportée aussi sur l’aliénation, cette porteuse de mort puisqu’elle tue la personnalité véritable pour l’assujettir à une puissance mercantile et manipulatrice. Celui qui est aliéné est un cadavre qui marche.

  Croyants de toutes confessions, athées, agnostiques, que les symboles véhiculés par Pessa’h-Pâques vivent en vous. Ne soyons plus des cadavres qui marchent.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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