30/03/2015

Elections départementales: ambiance de Waterloo à Solférino

Pris sur le vif, dimanche soir, en naviguant entre les sièges de l'UMP et du PS.

 

D’un Empire à l’autre, d’un siège politique à l’autre… Rue de Solférino, antre du Parti Socialiste, c’est Waterloo qui s’impose en ce dimanche soir gris et pluvieux. Le PS aurait bien besoin de cette Croix-Rouge qu’Henri Dunant créa en souvenir de la bataille de Solferino. Il règne dans les couloirs une ambiance funèbre : «Solférino, Solférino, morgue pleine.»  Mais point de Victor Hugo à l’horizon.

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Peu de monde dans les locaux du parti, quelques journalistes, une poignée de permanents. Les médias n’aiment pas les perdants. Des chargés de communication s’attendaient bien à une gifle douloureuse, mais c’est d’une raclée mémorable qu’il s’agit. «On a même perdu la Corrèze!», retentit une voix qui manque s’étrangler avec un toast au saumon, seule touche rose dans la marée bleue.

Comme il faut bien dire quelque chose, même en pareille circonstance, les communicants font passer ce message: «Dans les duels PS-Front National, les électeurs UMP ont massivement voté FN. Il y a une porosité évidente entre les deux électorats.» Le Front républicain ne verra pas le printemps. Devant micros et caméras, le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis appelle à l’unité de la gauche, ce qui n’est pas gagné d’avance. Et de marteler cet élément de langage fourni par l’Elysée: malgré la défaite, on garde le cap.

Rue de Vaugirard, siège de l’UMP, c’est le tambour d’Arcole que l’on bat. Les mines sont réjouies et les gros bras du parti se font aimables. Les journalistes viennent en foule et se prennent les pieds dans les câbles que les techniciens des télévisions viennent de poser, non sans peine.

 A chaque bonne nouvelle, le sourire des permanents s’élargit d’un cran, façon banane. A 17 h. 45, Nicolas Sarkozy débarque dans le hall d’entrée en compagnie de son fidèle Frédéric Péchenard, directeur général de l’UMP. L’ex-chef de l’Etat est absorbé par un essaim de caméras et disparaît de notre vue. Une porte se ferme. Le président de l’UMP entre en réunion.

Peu avant 20 h. 30, Nicolas Sarkozy s’empare du pupitre de la salle de presse. D’un ton ferme qui s’efforce à la mesure, il attaque sa conclusion: «Les Français ont massivement rejeté la politique de François Hollande et de son gouvernement. Le désaveu du gouvernement est sans appel. L'alternance est en marche. Rien ne l'arrêtera.» Les sympathisants exultent, acclament leur héros, le grand vainqueur de cette soirée. Mais dehors, le soleil d’Austerlitz ne luit toujours pas.

 

Jean-Noël Cuénod 


Article paru lundi 30 mars 2015 dans la Tribune de Genève, 24 Heures et Le Soir de Bruxelles.

 

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28/03/2015

Le copilote Andreas Lubitz ou l’inextinguible désir d’éternité personnelle

 

 

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«Un jour, je vais faire quelque chose qui va changer tout le système, et tout le monde connaîtra mon nom et s'en souviendra.» Voilà ce qu’aurait dit le copilote Andreas Lubitz (photo) à sa fiancée, dont l’interview vient de paraître sur le site du quotidien allemand Bild.

A propos des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly, auteurs des attentats de janvier à Paris, le ministre français de l’Intérieur Bernard Cazeneuve avait déclaré qu’eux aussi recherchaient ce quart d’heure de célébrité, cher à Andy Wahrol, l’islam n’étant pour eux qu’un vecteur à leur quête violente de notoriété. En d’autres temps, ils auraient trouvé d’autres causes. L’important est de marquer les esprits au fer rouge, peu importe l’outil.

 

 Comme il est plus aisé d’être tueur de masse que prix Nobel de physique, la voie sanguinaire est la plus courte pour parvenir à ce Graal. D’ailleurs, décrocher le prix de Nobel de physique ne mène pas forcément à la gloire. Citez donc celui qui l’a obtenu l’an passé[1]!

Et ça marche! Les tueurs de Charlie-Hebdo et de l’Hyper casher ont réussi à faire défiler dans les rues de Paris les dirigeants politiques de la planète; Andreas Lubitz a attiré sur les lieux de son crime-suicide, Angela Merkel, François Hollande et Mariano Rajoy. Ces desperados ont désormais leur fiche Wikipédia, ce qui tient lieu de viatique pour une célébrité qui durera plus qu’un modeste quart d’heure. Petit bras, Andy Wahrol!

 D’aucuns rétorqueront que ces massacres sont perpétrés par des malades mentaux et qu’on ne saurait donc en tirer leçons. Pourtant, la folie dit beaucoup de choses sur la société. La nôtre a évacué la mort et la transcendance pour fixer les humains sur deux objectifs impératifs : la production et la consommation. Produire pour consommer. Consommer pour produire. L’humain tourne de plus en plus vite sur sa roue d’écureuil. Mais voilà, il ne vit pas que d’iPhone 6, l’humain. Il a besoin d’autre chose qu’il ne sait pas ou plus nommer.

 

Certes, les croyances religieuses lui offrent la vie éternelle. Jadis, cette perspective pouvait étancher, au moins en partie, sa soif d’éternité. Mais aujourd’hui, l’humain n’est pas attiré par cet espace éthéré qui n’empêche nullement l’oubli de son nom dans la mémoire des générations suivantes. Tout le monde ne peut pas s’appeler Mozart. L’éternité en question ne concerne donc que la perpétuation de son moi, que la survie de son ego, célébré par notre société médiamercantile – à la fois marchande et médiatique. C’est le moi qui consomme et qui, donc, produit. C’est le moi qui vibre au diapason de ce monde d’images. Quitte à perdre ce qui fait ma raison de vivre, ce moi impérieux, autant laisser une trace, fût-elle de sang.

 «Le moi est haïssable». La formule de Blaise Pascal  s’impose au XXIe siècle plus que jamais. Mais pour le quitter, la société médiamercantile est bien incapable d’offrir le moindre remède. Pour dépasser l’égo, il faut viser au-delà de lui-même. Peu importe, le mot que l’on donnera à ce «Quinousdépasse». Ce peut-être le Christ, Dieu, le Grand Architecte de l’Univers, le Tout, la Nature, voire le Cosmos du philosophe athée Michel Onfray. L’essentiel est de sortir de ce moi-même devenu toxique.

 

Jean-Noël Cuénod



[1] Après consultation de Wikipédia, il s’agit des chercheurs japonais Isamu Akasaki, Hiroshi Amano et Shuji Nakamura (ce dernier est devenu citoyen des Etats-Unis)

 

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27/03/2015

TRAIT DE NUIT

Exquise

 Esquisse

 Vers tes

Cuisses

  Ma main

 Dessine

  Tes seins

 Ta peau

 Caresse

       Les ombres

Le soir

 Soyeux

Frémit

Ondule

 Rideaux

  Cheveux

   L’air tisse

   Ton corps

Textile

 Charnel

 Je m’en

Revêts

Et pars

Vers ma

Nuit

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Jean-Noël Cuénod

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21/03/2015

Aider la Tunisie après l'attentat? Alors annulons sa dette publique!

 

terrorisme,islamismem

Photo: Journée de la Femme à Tunis

L’industrie textile tunisienne fut l’une des victimes de la mondialisation version chinoise qui avait inondé ce marché de camelotes à prix cassés. Puis, les troubles qui suivirent la chute de la dictature Ben Ali avaient provoqué le naufrage de l’industrie touristique. Après les premières élections libres et le début de stabilisation politique, les touristes ont commencé timidement à reprendre le chemin des plages tunisiennes. Jusqu’à ce que les terroristes de l’Etat Islamique commettent leur attentat, pour étouffer dans l’œuf ce qui aurait pu devenir un début de reprise.

Les appels ­– tels ceux de l’écrivain Jean d’Ormesson (voir vidéo) – à séjourner en Tunisie malgré tout ne sont, certes, pas inutiles. Mais ils risquent fort d’être insuffisants pour surmonter les craintes des touristes.

 

La Tunisie, déjà mal en point, se trouve donc placée au seuil d’une crise économique majeure. Comme d’habitude, les intégristes s’empresseront d’en profiter pour recruter de nouvelles forces et dénigrer la démocratie tunisienne encore fragile.

Cette situation est encore aggravée par la présence à proximité de la Tunisie d’un territoire libyen aux mains de l’Etat Islamique. C’est d’ailleurs dans cette zone que les deux islamoterroristes, auteurs de l’attentat contre le Musée du Bardo à Tunis, ont été entraînés.

 

Soit, les démocraties occidentales se laissent couler dans leur impotente maussaderie houellebecquienne en ne faisant rien d’autres que pleurnicher. Et la démocratie tunisienne ne sera plus qu’un rêve nostalgique. Soit, elles décident de tout employer pour sauver l’économie de la seule démocratie arabe.

Mais alors, les démocraties occidentales doivent y mettre les moyens. Et commencer par annuler les dettes[1] qu’elles détiennent contre la Tunisie. Les altermondialistes avaient initié un mouvement en ce sens, mais apparemment sans succès. Il est donc urgent de le réanimer et de l’élargir à d’autres milieux.

Ensuite, c’est un véritable plan Marshall pour la Tunisie que les démocraties occidentales doivent entreprendre. Le soutien économique à ce pays doit être massif. Les mesurettes ne serviraient à rien d’autres qu’à enduire les Occidentaux de ce léger vernis de bonne conscience dont ils aiment à faire parade.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO



[1] La dette publique tunisienne (dette de l’Etat) est estimée pour 2014 à 41. 754 millions de dinars. Soit 19. 894 millions d’euros. Ce qui représente 49,1% du PIB (source : presse économique tunisienne).

17:26 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags : terrorisme, islamismem | |  Facebook | | |

18/03/2015

Je suis Tunisien !

 

 

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En frappant au Musée du Bardo à Tunis, les terroristes n’ont pas fait que tuer des Tunisiens et touristes étrangers (bilan final: 23 morts en comptant les deux agresseurs abattus) et blesser 47 personnes. C’est la seule démocratie arabe qu’ils ont voulu ainsi atteindre.

 Pour les terroristes, la Tunisie, c’est un scandale permanent dont il convient de se débarrasser au plus vite. Le seul pays où la Révolution de Jasmin est parvenue à installer un régime pleinement républicain et l’unique Etat de cette région où les droits de la femme sont respectés. Il y avait donc urgence de faire couler le sang pour que la liberté tunisienne ne fasse pas tache d’huile.

 Le tourisme est une industrie essentielle pour la Tunisie. Il apporte les devises nécessaires au redémarrage de l’économie ravagée par les années Ben Ali et les troubles qui ont suivi sa chute. Le plan des terroristes est donc limpide : faire fuir les touristes pour assécher l’économie du pays afin qu’il tombe dans la main des salafistes djihadistes.

 La bonne réplique serait, justement, de privilégier désormais la Tunisie comme lieu de villégiature. Mais ce ne sera pas suffisant. Il appartient aux démocraties européennes d’aider, de façon massive, l’économie tunisienne, notamment, en donnant à ses produits notre « préférence démocratique » et en facilitant ses exportations.

« Je suis Charlie», «Je suis Tunisien », même combat !

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

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16/03/2015

Transparence fiscale : la Suisse gagne une importante étape

 


Et voilà, la Suisse est désormais un pays en odeur de sainteté fiscale. Enfin presque, car elle reste sous contrôle. Le Secrétariat d’Etat suisse aux questions financières internationales vient de publier (ce lundi 16 mars à 11 h.05) un communiqué à ce propos. Le «Forum mondial sur la transparence et l’échange de renseignements fiscaux», proche de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), vient d’admettre le passage de la Suisse en phase II en matière de lutte contre la fraude fiscale internationale.

 De quoi s’agit-il ? La Suisse a dû se plier à toute une série d’examens sous la férule de ce Forum mondial qui comprend 123 pays membres (Union européenne y compris) ; il est lié pour son organisation à l’OCDE. Pendant longtemps, la Confédération a été l’une de ses principales cibles. En 2009, elle apparaissait au deuxième rang des paradis fiscaux et n’était devancée que par le Delaware (Etats-Unis).

Première place mondiale pour la gestion de fortune off-shore, gérant 26% de ce marché, la Suisse a tout d’abord fait le dos rond, face aux accusations la donnant comme championne de la fraude fiscale internationale. Puis, elle a été reléguée en 2011 au rang des Etats les plus opaques de la planète, avec onze autres pays comme le Libéria ou le Panama. Son prestige sur la scène internationale a dégringolé, ce qui n’est jamais bon pour les affaires.

 La Suisse a donc durci sa législation et réduit la portée de son secret bancaire. Pour ce faire, il lui a fallu franchir deux étapes. La phase I consistait pour le Forum, avec l’aide logistique de l’OCDE, à vérifier si les textes légaux du pays contrôlé permettaient l’échange d’informations contre la fraude fiscale.

Finalement, la Confédération a été admise en phase I et, non sans peine, est parvenue à «concourir» pour atteindre la phase II afin de prouver qu’elle applique bien les échanges d’informations fiscale entre Etats.

En résumé, la phase I, c’est la théorie et la phase II, on vérifie si théorie est mis en pratique.

 La Suisse a donc réussi à passer en phase II, ce qui, en soi, est un exploit. Toutefois, la Suisse n’est pas pour autant parvenue à bon port. Il lui reste encore quelques bords à tirer. Elle est admise à passer l’examen. Mais il lui faut encore réussir l’examen final, soit «la notation globale de l’examen de phase II ». Or, son principal concurrent, le Luxembourg qui se trouve en phase II lui aussi,  demeure "non conforme", car la mise en œuvre concrète de sa législation anti-évasion fiscale n'a pas donné satisfaction.

 

 

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 L’un des principaux artisans de cette réussite helvétique se nomme Jacques de Watteville (photo), le secrétaire d’Etat aux questions financières internationale. Il a dû non seulement convaincre les dirigeants d’Etats qui étaient tout sauf bien disposés à l’égard de la Suisse, mais surtout convaincre la classe politique de notre pays de ne pas lui mettre des bâtons dans les roues. 

Dans son travail d’approche, il a pu compter sur la France qui a été le principal atout suisse pour l’admission en phase suisse. Voilà qui devrait faire chauffer l’unique neurone de ceux qui crachent sur la France.

 Pour qu’un pays soit accepté en phase II, il doit obtenir l’assentiment de tous les 123 Etats membres, moins un. Si deux Etats refusent, le candidat est recalé. Or, la Suisse a dû affronter l’hostilité de l’Inde qui avait annoncé qu’elle s’opposerait au passage de la Confédération en phase II. Un litige oppose actuellement les deux Etats. L’Inde a réclamé l’aide de la Suisse pour poursuivre 500 fraudeurs indiens qui se trouvaient sur les listes volées à l’agence genevoise de la banque britannique HSBC. Or, les autorités helvétiques ne peuvent pas faire droit à une demande qui serait basée sur le produit d’un délit. Il y a donc eu refus de Berne de collaborer. Ce qui a valu à la Suisse de se faire traîner dans la boue par la presse indienne.

L’Inde militant contre la Suisse, celle-ci a tenté de l’amadouer en lui murmurant à l’oreille que l’aide fiscale lui serait accordée si elle n’évoquait pas les fichiers dérobés si elle donnait des éléments non-entachés par un délit. Après vérifications, la liste des 500 fraudeurs indiens s’est réduite, nombre d’entre eux ne vivant pas en Inde. Pour l’instant on en est là, entre l’Inde et la Suisse. Mais apparemment, les choses vont mieux entre les deux pays.

 Cela dit, cet épisode des fichiers volés illustre le dernier obstacle à la normalisation fiscale de la Suisse. Et nul doute qu’il en sera question lors de l’examen de la phase II, à savoir l’utilisation de preuves frauduleusement obtenues pour accepter l’entraide fiscale à un pays tiers. Si l’on s’en tient au standard de l’OCDE, cette entraide doit être accordée même si la demande dudit Etat tiers est fondée sur des données provenant d’un vol. Pour la Suisse, le vol annule le caractère probant de la donnée. Il reste donc du grain à moudre pour Jacques de Watteville et son équipe.

 Jean-Noël Cuénod

 

 

 

Reponse officielle du Conseil fédéral au rapport du Forum mondial.

 

La Suisse va continuer ses efforts visant à se conformer aux recommandations formulées par le Forum mondial. La Suisse développe ainsi son réseau d’accords permettant l’échange de renseignements au standard, y compris à travers le processus de ratification de la Convention du Conseil de l’Europe et de l’OCDE concernant l’assistance mutuelle fiscale qui a débuté récemment. En outre, les mesures visant à identifier les détenteurs d’actions au porteur devraient entrer en vigueur au cours de l’année 2015. La Suisse continuera également à répondre aux requêtes de ses partenaires de manière prompte et efficace en ligne avec les exigences du standard en matière d’échange de renseignements sur demande. La Suisse réitère sa disponibilité à discuter avec ses partenaires de toute question qui pourrait se poser dans le cadre de leur coopération en matière fiscale. Pour ce qui est de l’avenir, la Suisse a informé la réunion du Forum mondial à Berlin en octobre 2014 de son engagement à introduire l’échange automatique d’informations. Conformément à cet engagement, la Suisse a lancé son processus législatif interne en janvier 2015. La Suisse exprime ses remerciements à l’équipe d’évaluation et au secrétariat du Forum mondial pour leur travail remarquable dans la préparation du rapport supplémentaire. La Suisse se réjouit de pouvoir travailler avec eux pour le rapport de phase 2.

 

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12/03/2015

J’ENTENDS

Ville sans oreille les cloches sont muettes

Le ballet des ombres agite le silence

Comme si de rien n’était elles s’étreignent

Mais les phares d’une voiture les séparent

Et la lumière s’en va poursuivre sa route

 

Mes pas maintenant font un bruit du tonnerre

Je suis le dieu qui chemine sans but

Brut comme un trottoir et sec comme un lendemain

Au fond de ma mort je cherche le pain de vie

Pour vous le transmettre prenez-en de la graine

 

Un jour je vous le dis les cloches chanteront

Et vous verrez alors de quel feu je me chauffe


Jean-Noël Cuénod

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11/03/2015

Esprit du 11-Janvier es-tu las?

 

 

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Le grand parti des chouineurs et autres pleureuses y va donc de sa larme plus au moins saurienne sur l’ «esprit du 11-Janvier» qui n’aurait pas survécu à l’arrivée du printemps. 

­

– Esprit du 11-Janvier es-tu là?

­– Non, je suis las…

– Ah lala!

 Croyait-on sans rire que cette effervescence, née des marches républicaines en réponse aux attentats de janvier à Paris, allait perdurer? Comme l’a écrit le poète soviétique Maïakovski dans la lettre annonçant son suicide : «La barque de l'amour s'est brisée contre la vie courante». Maintenir l’effervescence est malaisé en chimie mais en politique, un tel prodige est impossible à réaliser. Le destin du soufflé, c’est de retomber.

D’autant plus que nombre de médias ont identifié l’ «esprit du 11-Janvier» avec la cote de popularité du président français. Tant que les sondages souriaient à l’Elysée, l’esprit restait présent. Dès qu’il a fait la grimace à François Hollande, pffuit, le voilà transformé en pet de lapin. Absurde! C’est confondre l’écume de la chose publique avec la vague de fond.

 

Ce qui s’est passé dimanche 11 janvier, a dépassé le coup médiatique et le simple répit d’un président aux abois qui, eux, étaient destinés à s’évaporer rapidement. Une prise de conscience d’une telle ampleur – quatre millions de citoyens dans les rues – aura forcément des prolongements à moyen et long termes.  L’ «esprit du 11-Janvier» agira mais de façon souterraine et diffuse. Un peu à la manière de Mai-68 qui a sombré dans le vote pro-gouvernemental un mois plus tard, mais qui est tout de même parvenu à bouleverser les mentalités au fil des années 70. 

 

Quelles que soient les vicissitudes électorales, le germe semé dans les consciences lors d’un froid dimanche de janvier va croître. Mais sous quelle forme? C’est là le vrai sujet. C’est le véritable projet à concevoir dès maintenant, à savoir comment capter cet esprit pour qu’il irrigue la France. Et au-delà.

Il reste un obstacle de taille à surmonter: les institutions de la Cinquième République. De par leur caractère autocratique, leurs structures fortement hiérarchisées, leurs modes d’élections qui favorisent les batailles d’égos, elles réduisent le débat politique à un steeple-chase pour écuries présidentielles. Les marches républicaines ont démontré qu’il y avait dans le peuple un réel «désir de politique» – mais de politique «autrement»! – que seule une forme, encore à déterminer, de démocratie directe peut assouvir.

 

La question des institutions n’est pas qu’une polémique pour spécialistes. Elle est devenue cruciale pour donner un corps à l’ «esprit du 11-Janvier».

 

Jean-Noël Cuénod

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09/03/2015

Avec Boko Haram, l’Etat Islamique à proximité de l’uranium nigérien

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 Ainsi, le groupe sectaire nigérian Boko Haram a-t-il fait allégeance à l’Etat Islamique.  Jusqu’alors, les troupes d’Abubakar Shekau restreignaient leurs opérations au Nigéria afin d’imposer la sharia version salafiste dans tous les Etats de cette République fédérale, y compris ceux à majorité chrétienne. Son action principale ne visait donc pas, jusqu’à maintenant, à rejoindre le grand combat internationaliste enclenché par Al Qaïda et perfectionné par l’Etat Islamique.

Mais ses récents revers et la grande contre-offensive des armées tchadiennes et Nigériennes l’ont convaincu qu’il lui fallait s’insérer dans le camp de l’Etat Islamique afin de recevoir l’aide financière nécessaire pour se refaire une santé militaire.

 En effet, Daech regorge de pétrodollars. Il affirmait la mois dernier disposer d’un budget de deux milliards de dollars. Selon Newsweek, les revenus de l’Etat Islamique s’élèvent à six millions de dollars par jour grâce à la contrebande de pétrole (Daech occupe des champs pétroliers d’importance en Irak, en Syrie, en Libye), aux rançons et à l’aide de riches particuliers dans les pays du Golfe.

 Avec ce budget, l’Etat islamique peut, non seulement se faire des vassaux, mais aussi construire les structures d’un Etat avec ses fonctionnaires, son armée et son système d’assistance sociale et médicale (très apprécié par les sunnites qui en profitent). La chose est d’autant moins malaisée à édifier que l’Irak et la Syrie – bases de départ de l’Etat islamique – ne sont que des entités artificielles fondées en 1920 par les puissances britanniques et françaises.

 De nombreux experts de l’islam radical traçaient une nette différence entre les stratégies de l’Etat islamique et d’Al Qaïda, l’un prenant appui sur un territoire pour l’organiser à sa main tout en cherchant à l’étendre et l’autre, n’ayant nul souci de ce genre, préférant lancer des actions tous azimuts exécutées par des groupes autonomes franchisés «Al Qaïda».

Le système qaïdiste avait ses avantages en multipliant les actes terroristes par des groupes difficilement identifiables. Mais ses inconvénients n’étaient pas minces : le financement était mal assuré et les liens très lâches entre « la base » (le nom arabe d’Al Qaïda) et ses lointains franchisés empêchaient la poursuite à long terme d’une organisation cohérente.

 Aujourd’hui, cette distinction n’a plus lieu d’être. L’Etat Islamique cumule désormais les deux stratégies. Il reste ancré sur les territoires qu’il a conquis en Irak et en Syrie mais il s’est assuré la vassalité de groupes djihadistes, situés hors de sa base, en  Libye, en Egypte, au Yémen, en Arabie saoudite et en Algérie. Avec l’allégeance de Boko Haram, l’Etat Islamique élargit notablement sa sphère d’influence. Désormais, Daech est présent sur des territoires d’une importance stratégique essentielle pour le camp occidental. Grâce à sa suzeraineté sur Boko Haram, l’Etat Islamique se trouve désormais à proximité des mines d’uranium du Niger.

 L’Etat Islamique est certes barbares. Mais le passé nous a appris que la barbarie et l’efficacité stratégique vont souvent de pair.

 

Jean-Noël Cuénod

Photo: le calife autoproclamé Aboubakr Al-Baghdadi

 

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05/03/2015

L’EVASION DES PARFUMS

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        Ouvre le portail et laisse échapper

                  Les parfums

           Couleur de l’esprit musique du corps

                  Pluie sèche

     Trace d’infini et divine empreinte

                   Sur la boue

     Odeur de sainteté dans les replis

                   De nos sexes

Pont invisible entre ciel et sol

                    Peau d’étoile

                Poumons emplis de saveurs et d’arômes

                    Air soyeux

                      Reprends ton chemin de fraises et de mûres

                    En riant

             Il n’est pas d’autre guide que ton nez

                    Vin devin

 

 

Jean-Noël Cuénod

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04/03/2015

Drones de drame

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On vous surveille. Le gouvernement a un dispositif secret, une machine qui vous espionne jours et nuits, sans relâche.

 L’intro de Person of Interest, la série américaine bien partie pour décrocher l’Entonnoir d’Or au Paranoïa Award, déroule son gros délire habituel, mardi soir. De son regard de taupe connectée, Harold Finch contemple ses écrans et doit faire face à une machine d’électrosurveillance aussi puissante que la sienne mais bien plus méchante.

 Au même moment, l’alerte du Parisien s’affiche sur l’écran : « Dix drones survolent actuellement Paris, Saint-Mandé et Charenton ».

 C’est quoi ça ? Les ennemis de Finch ont-ils lancé une attaque sur la Tour Eiffel pour faire voir un peu de quel câble ils se chauffent ? Tous aux abris ! Mais comment sortir ? Les drones sont là qui guettent prêt à vous envoyer une fléchette empoisonnée. Peur dans la fiction. Peur dans la réalité. Mais où se niche la fiction ? Quel complot la réalité ourdit-elle ? On ne sait plus à quel écran se vouer. Ecran. Et crainte. Voilà le programme du soir.

 La peur est la véritable énergie renouvelable, inépuisable, autoalimentée. Poutine se goinfre en Ukraine et lance son regard sibérien sur les pays baltes. Pendant ce temps, Boko Haram, de crainte de paraître petit bras, se met à égorger devant les caméras façon Etat Islamique, devenu l’arbitre des élégances barbares. Et qui sévit maintenant en Libye, à quelques brasses de l’Europe. Les reporters doivent utiliser des « fixeurs » pour déambuler dans les banlieues à la fois « chaudes », « sensibles » et « déshéritées » tous adjectifs qui ont comme un petit air d’érotisme misérabiliste et donnent à cette angoisse urbaine, un frisson particulier.

 Nous sommes assomés de peur brute. Encerclés par des écrans paniques.

 Comment trouverions-nous encore le temps de réfléchir ? La peur nous épargne de cet effort. Ne pensez plus, ayez peur. C’est tellement bon d’être aliéné.

 Jean-Noël Cuénod

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Survols interdits : faut-il avoir peur des... par lemondefr

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03/03/2015

L’OR DU TEMPS

 

 

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 Le vent passe et repasse son souffle abrasif

Sur le corps offert des pierres blanches et nues

 

Des frissons de poussière donnent la fièvre

Tourbillonnent puis s’éteignent dans l’ombre

 

Les eaux souterraines murmurent sans surgir

Le moment du geyser n’est pas encore venu

 

L’air seigneur des règnes et des éléments

N’a pas fini de travailler la chair des pierres

Pour qu’elle rende le feu dérobé au ciel

 

Lumière enrobée de sel, d’os et de sable

Il n’y a pas de miracle, que du labeur

Pour restituer à notre monde l’or du temps


Jean-Noël Cuénod

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