29/01/2015

Tsipras, la dette grecque et la force des faibles

 

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Le succès de Syriza, coalition de la gauche radicale, aux élections grecques a donc amené Alexis Tsipras au pouvoir, avec l’apport du petit parti de la droite souverainiste Les Grecs indépendants. Un tel attelage est pour le moins original. Mais pour le moment, les deux formations tombent d’accord pour arrêter les privatisations, rétablir certains services publics et, surtout, renégocier la colossale dette de la Grèce: 321,7 milliards d’euros, soit 175% du produit intérieur brut (à titre de comparaison, la Suisse est à 42,6% - Source : Les Echos).

Le succès de Syriza tient, entre autres, au fait que son patron Tsipras a bien fait comprendre à ses électeurs que celui qui est vraiment très mal en point se situe, vis-à-vis de ses interlocteurs, en position de force. Non pas pas malgré, mais à cause de sa faiblesse.

 

Qu’elle est la seule puissance de la bande européenne? L’Allemagne. «Tapons donc sur elle», se dit Tsipras. Si elle cède, les autres suivront. Tout d’abord, le nouveau chef du gouvernement grec fait vibrer la corde mémorielle en exigeant que l’Allemagne d’Angela Merkel paye pour les crimes commis par celle d’Adolphe Hitler. Après tout, la Grèce n’a jamais reçu les 200 milliards de dollars représentant les dégats commis par les armées allemandes durant la Seconde Guerre mondiale. Dès lors, pourquoi ne pas en tenir compte pour dégonfler la dette grecque ?

Après tout, selon le New York Times, plus de 300 000 Grecs sont morts de faim durant l’occupation allemande (ce qui, soit dit en passant, explique l’intensité du ressentiment grec vis-à-vis de l’Allemagne). L’argument semble à la fois juste et solide. Semble, car en fait cette situation est plus compliquée qu’il n’y paraît.

Dans la seconde partie de la décennie 40, tous les Alliés, y compris les Grecs, avaient décidé de ne pas répéter les erreurs commises à la fin de la Première Guerre mondiale. L’Allemagne d’après 1918 fut saignée à blanc par ses vainqueurs, ce qui avait fait le lit du nazisme. Dès lors, les réparations de guerre réclamées aux Allemands à la fin des années 1940 étaient volontairement limitées. D’autant plus, que l’objectif principal était de redresser l’Allemagne de l’Ouest dans un contexte de guerre froide avec Moscou.

Par conséquent, il semble douteux, pour le moins, que les Grecs puissent faire partager sa proposition par d’autres pays européens.

 

Toutefois, pour Athènes, cette argumentation relève aussi de la tactique psychologique, afin éveiller la mauvaise conscience allemande et tenter ainsi d’entamer la rigueur de Berlin lors des prochaines discussions sur le remboursement de la dette grecque.  D’ailleurs, pour bien souligner la chose, Alexis Tsipras s’est rendu, sous les regards des caméras, à Kaisariani, un site où 200 Grecs ont été exécutés par les nazis en 1944 (photo).

 

Le gouvernement Tsipras a développé une autre offensive en direction de Berlin. Il rappelle qu’en 1953, un accord pris à Londres avait amputé de 60% la dette publique de l’Allemagne de l’Ouest tout en lui accordant un moratoire de cinq ans sur le solde, jusqu’à ce que l’industrie allemande redémarre. Ajoutons que 21 Etats avaient signé cet accord, dont le grec.

Dès lors, pourquoi ne pas faire la même chose pour la Grèce de 2015? C’est oublier qu’en 1953, il était possible de diminuer de 60% la dette allemande, car ce pays était seul en cause. Outre que l’économie occidentale commençait à fonctionner à plein régime, il n’y avait pas de risque de contamination à d’autres Etats. Or, si l’on diminue la dette grecque maintenant, les autres pays européens fortement endettés, comme le Portugal, vont aussitôt demander à bénéficier de la même mesure.

Quant au moratoire de cinq ans, les créanciers de l’Allemagne ne prenaient pas de grands risques; malgré les destructions massives, le potentiel industriel restait de grande qualité. En Grèce, l’industrie est quasi-inexistante; son potentiel est proche de zéro. Il reste deux gisements économiques, le tourisme et les profits des armateurs grecs. Sur le plan touristique, la concurrence ne manque pas et ce seul secteur ne saurait, à lui seul, opérer le redressement économique. Et les armateurs grecs ? Leur faire payer des impôts relève de la mission impossible.

 

Dès lors, la Grèce de 2015 paraît en bien plus mauvaise posture que l’Allemagne de 1953. Ce n’est donc pas ce genre d’argument qui pourrait servir à la plaidoire de Tsipras vis-à-vis de Berlin. En fait, c’est son absence d’atout qui en constitue un de taille.

 Le patron de Syriza tient en premier lieu cet argument imparable: les gouvernements grecs qui l’ont précédé avaient docilement appliqué pendant cinq ans les purges sévères réclamées par la «Troïka» (Commission Européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international). Résultat : la dette reste à un niveau très élevé et les Grecs ont sombré dans la pauvreté, voire la misère. 

Ensuite, Tsipras tient en main le destin de l’euro. S’il fait sortir la Grèce de la monnaie et retourne à la drachme, tous ceux qui détiennent de la dette grecque seront remboursés en billets de Monopoly, ce qui créerait une crise majeure.

Dès lors, bien que la chancelière allemande insiste pour que la dette grecque ne soit pas entamée, on ne voit pas comment elle pourrait maintenir cette position qui, n’est sans doute, que de la posture d’avant-négociation.

Alexis Tsipras n’a rien dans les mains, rien dans les poches. Mais dans son cas, il vaut mieux n’avoir rien que posséder un peu. S’il manœuvre bien, s’il s’allie avec les autres pays européens endettés au lieu de s’en faire des concurrents, alors sa stratégie du faible au fort peut se révéler…payante.

 

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

Comme vous êtes gentil avec l'extrême-gauche ... "gauche radicale" ...

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 29/01/2015

interessant, souhaitons lui bonne chance, il la mérite car il sait trouver des arguments valables

Écrit par : Burgy Zita | 29/01/2015

interessant, souhaitons lui bonne chance, il la mérite car il sait trouver des arguments valables

Écrit par : Burgy Zita | 29/01/2015

Tsipras, rien dans les mains, rien dans les poches, à part, une fronde, peut-être?

Écrit par : Lamberto | 30/01/2015

@ Lamberto Si Goliath (UE) ne tient pas bien debout et qu'il suffit d'une pichenette (sortie d'un membre de la zone euro) de Tsipras Le David pour le renverser n'est-il pas temps de s'occuper de sa santé?

Écrit par : M.B. | 30/01/2015

@Burgy Zita

Il y en a un, c'est la corruption de gauche en Grèce, et ce n'est pas le moindre, le FMI estime à 200 milliards volé par les membres du PS (psok) sur les 320 milliards de dettes envers les crédits européens !

Exemple : l'actuel ministre de l'économie, Yanis Varoufakis, n'est autre que l'ex-premier ministre socialiste Papandreou, vous savez celui dont la mère possède un compte de 550 millions d'euros rien que sur un seul compte à Genève !

Si vous voulez des sources :

http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/greece/9717973/George-Papandreous-mother-linked-to-550-million-Swiss-bank-account.html

Écrit par : Corto | 31/01/2015

L'actuel ministre de l'économie grec, Yanis Varoufakis, était le conseillé personnel de l'ex-premier ministre socialiste grec George Papandreou, celui qui a organisé toutes les fuites en Suisse, soit près de 200 milliards, ce ministre de gauche qui possède un appartement de 350 m2 dans les quartiers patriciens de Genève !

Appartement estimé à 9 millions de Sfr. !!!!

Au fait combien de dizaines ou centaines de millions George Papandreou possède illégalement en Suisse, sous le nom de sociétés offshores, allez demander à la banque P. !!!!

vive la Hollande !

Écrit par : Corto | 31/01/2015

Les Grecs et l'église Orthodoxe se moquent du monde:

"L’Église orthodoxe est le plus gros propriétaire foncier du pays, avec une fortune foncière estimée à 700 millions d’euros de patrimoine, elle bénéficiait d'exonérations fiscales et de la prise en charge du salaire de ses popes par les caisses publiques !
Bien qu'elle possèderait 90 % du foncier du pays, on ne compte pas aussi les milliards investis sur les marchés boursiers (de 50 à 100 milliards selon certaines sources)."

- La chrétienté en général se moque du monde:

"Ce qui suit est un extrait du chapitre 26 du livre " Les milliards du Vatican " écrit par Avro Manhattan.

L’accumulation spectaculaire de richesses de l’église catholique est un phénomène relativement récent. Il a commencé lorsque le saint siège a été privé des Etats Pontificaux par les italiens en 1870. Ces états incluaient Rome elle-même et comptaient près du tiers de la péninsule italienne.

C’est alors que l’église catholique a commencé à accumuler des richesses selon la formule de réussite du monde moderne, industriel et financier. Ses fondements principaux furent toutefois posés par le Pape Benoît XV (1914-1922) pendant et après la Première Guerre Mondiale (1914-18).

C’est l’origine de la politique actuelle du Vatican, pour qui les investissements des papes et de l’église et ne devraient pas être limités par des considérations politiques ou religieuses mais devraient plutôt être traités uniquement sur la base d’une bonne entreprise, concrète et profitable.

Le Vatican à cette époque n’avait pas les ressources en espèce qu’il reçut du fascisme italien une décade plus tard, mais il avait suffisamment de millions pour investir dans les marchés mondiaux. Benoît XV, pour prouver qu’il ne plaisantait pas quand il a promulgué la nouvelle politique à bref délai, a investi la majeure partie de l’argent du Vatican.

Où ? A l’ombre des croisades pontificales ! Dans l’immobilier de l’Empire Turc ! Ce fut le début d’une route qui allait élever l’église catholique dans les hauts rangs des sociétés milliardaires du vingtième siècle."
.../...

-Quant à l'islam ses monarchies et ses despotes tout le monde sait.

-La Grèce ne paiera pas ses dettes, l'Europe explosera un conflit mondial s'en suivra. Ce point de vue devient de plus en plus évident, car la seule façon d’éliminer la dette abyssale, c'est la guerre.

-Que fait-on avec la Russie ? Pourquoi transformer Poutine en mangeur d'enfants?

-Pourquoi Lagarde responsable ou iresponsable (c'est selon) du FMI raconte que le despote d'Arabie a fait beaucoup pour les femmes? Ca cache quoi comme véritable politique ?

Ils nous fabriquent quoi nos détraqués de dirigeants Obama en tête?

-Qu'à-t-on fait à l'Allemagne avec le traité de Versailles? Qu'elles ont été les conséquences, on a perdu la mémoire??

L'empire européen (future arabia) joue avec le feu. Nos dirigeants mentent comme ils respirent, les citoyens croaent du verbe croasser; c'est très grave pour la suite.

A moins de transformer chaque citoyen en entrepreneur dès demain, soyons précis: c'est la faillite de l'Europe ou son système. La grèce fera également faillite ou quittera l'Europe.

Constatons que les banquiers Suisses ont sans prévenir et d'une manière très lâche, appliqué la politique du délit d'initié. Les Grecs ont suivi le même chemin par leur vote. A qui profite le crime ?? Suivez mon regard.....

Écrit par : Pierre NOËL | 31/01/2015

Non, Pierre, pas 700 millions d'euros, mais suffisamment pour rembourser la dette grecque, cependant ces fortunes sont en grande partie sous forme de biens immobiliers, et pas que des églises !!

Et que dire de la Suisse qui abrite ou qui a abrité les 2/3 de la dette grecque sur des comptes à numéros ?

Écrit par : Corto | 01/02/2015

L'actuel ministre de la défense grec a déclaré que les juifs ne paient pas leurs impôts, il est connu pour son antisémitisme maladif et il appartient à un parti nationaliste extrémiste et raciste !

c'est ce que je dis depuis des années, les alliances entre "nazionalists" et "sozialists" ont commencés à montrer leurs vrais visages !!!

Écrit par : Corto | 01/02/2015

Correction sur un commentaire posté le 31 :

Au fait combien de dizaines ou centaines de millions Yanis Varoufakis possède illégalement en Suisse, sous le nom de sociétés offshores, allez demander à la banque P. !!!!

(pour Papandréou, tout le monde le sait, mais pour Yanis Varoufakis, c'est pas encore très clair !!!)

Écrit par : Corto | 01/02/2015

Corto, ce sont des chiffres datant de 2011, depuis, ils ont eu le temps de cacher pas mal de choses, puisque la chrétienté orthodoxe au pouvoir, fermait les yeux sur le travail au noir et les fausses déclarations fiscales, selon certains experts et journalistes bien informés.

Une majorité de Grecs sont responsables de la situation, sans dédouaner cette Europe, nouvel empire, inadapté pour le bien des peuples et son idéal de vie.

Écrit par : Pierre NOËL | 02/02/2015

Un élève de l’athénée royal Leonardo da Vinci, à Anderlecht, aurait été tabassé par d’autres jeunes parce qu’il n’approuve pas l’attaque perpétrée au siège de Charlie Hebdo.
Un élève de l’athénée royal Leonardo da Vinci, à Anderlecht, aurait été tabassé par d’autres jeunes parce qu’il n’approuve pas l’attaque perpétrée au siège de Charlie Hebdo, rapporte lundi La Dernière Heure. Avertie des faits, la ministre de l’Education Joëlle Milquet a demandé au préfet coordinateur de zone d’ouvrir une enquête, signale son porte-parole, Olivier Laruelle.
D’après La Dernière Heure, au lendemain des tueries de Paris, un professeur d’histoire de l’athénée a fait valoir devant ses élèves que des caricatures ne peuvent pas justifier des assassinats. Sur les 20 élèves que compte la classe, 18 ont ensuite signé une pétition demandant la démission de cet enseignant.
L’un des deux non-signataires se nomme Amadou D., un jeune de 20 ans. Quelques jours après son refus de cautionner la pétition et après avoir été harcelé, il aurait été frappé à coup de battes de base-ball.
«On est très préoccupé», admet Olivier Laruelle. Mardi en fin de matinée, le préfet coordinateur de zone, qui représente le pouvoir organisateur, se rendra à l’athénée royal Leonardo da Vinci pour tenter d’y voir plus clair. «L’enquête pourra permettre d’identifier les responsabilités des acteurs», précise le porte-parole de la ministre.
Une enquête judiciaire est également en cours.

Écrit par : Corto | 02/02/2015

Les médias français se livrent à une grande opération de désinformation et d’enfumage en relayant les chiffres fantaisistes d’un pseudo « Observatoire national de l’islamophobie » qui n’a rien d’officiel et qui annonce 147 actes anti-musulmans sans que le Ministère de l’intérieur ne confirme ces chiffres. En revanche pas un mot dans les médias sur les 150 agressions ou provocations contre les militaires qui gardent les synagogues et les écoles juives depuis les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher !

Écrit par : Corto | 05/02/2015

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