25/12/2014

Les oubliés de Noël 2014

 

 

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Peu avant Noël, un cargo chargé de 800 Syriens fuyant les massacres a été trouvé par la Marine italienne en train de dériver au large de la Sicile (photo). Ces candidats au refuge avaient été abandonnés à leur sort par les passeurs qui avaient placé le rafiot sur pilotage automatique, à la merci des collisions et autres accidents. L’un des candidats à l’asile politique a pu alerter les garde-côtes transalpins qui ont ainsi pris les commandes du vieux cargo pour le ramener à bon port.

 La veille, les marins italiens avaient sauvé de justesse 194 autres migrants – dont 38 enfants et 23 femmes – à bord d'une coquille de noix qui prenait l'eau et a coulé peu après. Ces migrants venaient également de Syrie. Les deux bateaux étaient partis de Turquie, plaque tournante du trafic d’êtres humains, dont la mafia est aussi puissante que bien organisée.

 

Selon les chiffres donnés par les autorités italienne, pour l’année 2014, le total des arrivées chez notre voisin du Sud dépasse 160.000 migrants clandestins, soit une moyenne de plus de 450 personnes par jour, dont plus de la moitié ont quitté la Syrie et l’Erythrée, deux nations à feu et à sang.

 

Le Haut Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR) relève que tout au long de cette année, 350 000 migrants ont traversé les océans fuyant famine, guerres et massacres – triste trinité – pour des contrées en paix mais peu accueillantes. 3 419 de ces candidats au refuge ont perdu la vie au cours de ces traversées où ils sont entassés sur des cargos hors d’âge.

 

Ces drames qui se déroulent tous les jours au large de l’Europe nous laisse d’une indifférence de fer. A peine en parle-t-on quelques secondes à la TV ou à la radio ou lui consacre-t-on un coin de page dans les journaux. A part les efforts déployés par les organisations humanitaires et aussi par les admirables marins italiens, aucun vaste mouvement de solidarité ne pointe à l’horizon de nos contrées repues. Au contraire, les partis nationalistes engrangent des voix en les vouant aux Gémonies. Nous préférons pleurnicher sur notre identité nationale ou culturelle qui serait mise à mal par ces désespérés. Faut-il qu’elle soit bien faible, cette identité!

 

Alors en ce jour de Noël, consacrons juste un infime moment à penser à eux, vulnérables comme l’enfant né dans la clandestinité d’une grotte.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 


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23/12/2014

La Tunisie, bastion avancé de la démocratie

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Voilà une scène qui donne du baume au cœur et du cœur au ventre: à l’issue d’une campagne où les candidats à la présidence de la Tunisie ont confronté leurs arguments sans se ménager, le vaincu, Moncef Marzouki, a félicité le vainqueur, Béji Caïd Essebsi.

Une fois de plus, l’impressionnante Tunisie montre l’exemple, non seulement aux pays musulmans mais aussi à nous autres Européens pour qui voter est une corvée à laquelle il est si facile de se soustraire. Merci les Tunisiens ! Il leur fallait à la fois du courage, du discernement et une volonté sans faille pour parvenir à accomplir ce premier acte d’un peuple libre, malgré les menaces de groupes djihadistes.

Le Printemps arabe a échoué partout, sauf en Tunisie. Le Printemps des Peuples européens en 1848 avait connu pareil échec partout, sauf en Suisse. La Confédération était alors la seule République du continent. Mais la graine démocratique avait été semée au cœur des Alpes et ses rhizomes ont progressivement poussés sous les cieux voisins.

En sera-t-il de même pour la Tunisie? La graine tunisienne fructifiera-t-elle en terre d’islam? Il faudra tout d’abord la protéger. Car, elle reste bien fragile, cette graine. La coalition laïque Nidaa Tounès, qui a emporté cette présidentielle, devra sans doute partager le pouvoir avec l’autre grand force, le parti islamiste Ennahda. Pour rassurer les démocrates, celui-ci ne peut plus guère exciper du modèle de l’AKP turque qui a versé dans l’autocratisme et la régression antilaïque. Le modèle d’un parti démocrate islamique, sorte de pendant à la démocratie chrétienne européenne, reste encore à inventer.

Ceux qui prétendent la chose impossible et ceux qui affirment qu’elle est inéluctable, parlent, chacun, pour ne rien dire. Nous ne savons rien de l’existence possible ou impossible d’un tel parti, sinon une chose : l’Histoire nous réserve toujours des surprises, bonnes ou mauvaises, mauvaises et bonnes.

Tout dépendra de la manière dont se feront les accords entre les deux forces rivales. Elles ont entre leurs mains, l’avenir de la Tunisie et de la démocratie dans le monde musulman. Lourde responsabilité ! Mais elle n’incombe pas aux seuls Tunisiens, cette responsabilité. Les Européens doivent aussi en prendre leur part. Sans progrès économique et social, sans la résorption du chômage, sans amélioration des conditions de vie du peuple, la révolution démocratique tunisienne sera vouée à l’échec. Dès lors, il appartient aux Etats riches de guider les investissements vers la Tunisie, de lui accorder toutes les facilités pour son décollage économique, de l’aider sans l’étouffer.

Il en va aussi de l’avenir d’une idée qui reste fragile comme un brin de jasmin : la démocratie.

Jean-Noël Cuénod

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18/12/2014

Le rire élégant d’Ariane Ferrier

 

 

Nous voici plongé dans cette affreuse période où l’on célèbre moins le petit Jésus que les mamelles de Mammon. Les idées de cadeaux, qui affluent toute l’année, se tarissent d’emblée devant cet étalage de marchandises bidulesques.

 

 imgres-1.jpgHeureusement, Ariane Ferrier est là. Pas folle, la guêpe. Elle sort son bouquin maintenant, rien que pour nous donner LA bonne idée à glisser sous le sapin (avant qu’on appelle le SIS pour l’éteindre). Il s’agit du recueil de chroniques (Editions Fictio-BSN Press) qu’elle a rédigées pour le quotidien fribourgeois La Liberté (Ariane tient aussi une autre chronique «vous prendrez bien un peu de recul?» dans le mensuel La Cité).  Son titre ? FRAGILE.

 

Alors, là, laissez nous rigoler! Fragile Ariane? Ne vous fiez pas aux apparences. Cela fait, disons, quelques années (Ariane, je vais t’épargner cette douloureuse comptabilité) que je la connais. Chez elle, la fragilité est une arme. Redoutable.

 

Imaginez un peu la santé qu’il faut avoir pour supporter d’être née comme elle dans une famille de la Genève patricienne. Les hasards de la profession m’ont conduit, un jour, à prendre le thé rue des Granges dans l’une de ses familles «un-sucre-ou-pas-du-tout?» (non, Ariane, ce n’était pas la tienne). L’épreuve est terrible. Assis sur le rebord d’une chaise Louis XVI – que votre poids de pilier droit de rugby fait souffrir comme si c’était elle qui allait à l’échafaud – vous touillez une tasse d’eau tiède vaguement teintée de thé. Et le nuage qui passe entre vous et vos hôtes, n’est point de lait (cela ne se fait pas de mettre du lait dans le thé, voyez-vous). Quelques petits gâteaux secs – très secs – délicatement posés sur une assiette en porcelaine de Bavière ornée de roses pâles, vous sont offerts, sans que quiconque ne songe à s’en saisir.

La conversation tourne autour de vos parents, de vos ascendants, d’où vous venez, du nom de votre mère, de celui de la mère de votre père. Dans le meilleur des cas, vous partagez avec vos hôtes un vague cousin rendu à la poussière depuis des lustres. Alors, une fugitive lueur de soulagement s’allume dans la prunelle dédaigneuse. Vous n’êtes point tout à fait indigne. Mais si ce vague cousin vous fait défaut, le froid s’installe. Il s’installe tellement que vous partez aussitôt après avoir balbutié un rendez-vous oublié.

Et puis, lorsqu’on est jeune patricienne, croyez-vous que c’est drôle de se voir affublée du sobriquet de «Lullin» par de gros lourdauds qui trouvent malin de vous associer (en commandite?) à la banque Ferrier-Lullin?

 

Ariane a connu encore pire : le naufrage de La Suisse dont elle fut l’une des vedettes, suivi de son transfert par canot de sauvetage chez L’Ennemi héréditaire, la Tribune de Genève. Là, elle a dû subir les confs de rédaction qui naviguaient entre ennuis et règlements de compte. Sans oublier les crises de certain caractériel que je rencontre encore chaque matin en me rasant.

Il y a eu aussi pour elle l’épisode de la télé romande et de son Box Office. C’est bien connu, avoir son image dans le poste rend fou. Ariane, elle, est restée intacte là où les âmes les mieux trempées ont succombé sous les coups d’un égo télégonflé. Les images ont glissé sur elle comme sur les plumes d’un cygne (Oui, Ariane, je n’allais pas te comparer à un canard, même si tu continues à travailler pour les palmipèdes).

 

Son secret? L’humour. Oh, elle en a un d’égo, bien présent, bien vivace! Mais elle ne peut s’empêcher de se payer sa tête. Qui aussitôt désenfle pour regagner sa niche dans un grand éclat de rire.

 

Alors, ne ratez pas FRAGILE, c’est un vrai bonheur que de lire ou relire ces lignes qui amusent souvent (je vous recommande, entre autre, «la grande fête annuelle du slip»), émeuvent parfois («lettre à ma grand-mère morte») et consolent toujours («avoir 15 ans dans ma cuisine»).

Et vous entendrez tinter sous le sapin, au lieu des agaçantes sonneries de portables, le rire élégant d’Ariane.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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17/12/2014

Le Hamas s’abrite sous la robe des juges européens!

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 Le Tribunal de l’UE a, ce jour, annulé pour vice de forme la décision du Conseil européen inscrivant le Hamas sur la liste des organisations terroristes établie par l’Union.

Disons-le d’emblée, la portée de cette décision reste, sur le plan juridique, limitée. Tout d’abord, les juges maintiennent le gel des fonds du Hamas. Ensuite, les magistrats ne se prononcent pas sur le fond de cette question: faut-il ou non maintenir cette organisation sur la liste noire? Ils renvoient sa copie au Conseil européen pour décision nouvelle après en avoir amélioré l’argumentation juridique.

Le Tribunal de l’UE a estimé que pour placer le Hamas sur la liste terroriste, le Conseil[1] européen s’était fondé sur des informations issues de la presse et de l’internet et non pas, selon les termes de l’arrêt, «sur des faits examinés et retenus dans des décisions d’autorités nationales compétentes».

Tout d’abord, point n’est besoin de recevoir 25 000 coups de tampons officiels pour savoir que le Hamas est une organisation terroriste. Sa charte (lire la version complète[2]), ses actions, ses discours, son mode de gouvernement démontrent son caractère terroriste. Mais à force de dénicher les plus infimes détails dans une procédure, la vue des juges baisse tellement que l’évidence les éblouit parfois!

 

Ce qui est plus inquiétant dans ce contexte, ce n’est pas la décision en elle-même. Si le Conseil européen veut vraiment inscrire le Hamas sur sa liste noire, il le fera sous la forme voulue par les juges. En revanche, elle démontre à quel point la judiciarisation de la vie sociale– une mode venue d’outre-Atlantique – peut pervertir le processus de décision politique. En général, on invoque la séparation des pouvoirs pour protéger la justice et ses magistrats des ingérences du pouvoir politique. Mais la séparation est tout aussi nécessaire dans l’autre sens.

La décision politique obéit à des critères bien différents de ceux utilisés pour émettre un arrêt de justice. Celui-ci établit une vérité judiciaire sur des preuves et des faits dûment avérés, à la suite d’un long processus contradictoire. La justice cherche la fixité et la certitude.

La politique évolue, elle, dans un monde en constant mouvement où règne l’incertitude. Ses décisions doivent être prises rapidement en se basant sur le raisonnement certes, mais aussi sur l’intuition et sur des éléments qui ne sont pas forcément du même ordre qu’une preuve dûment estampillée comme telle.

 Là où la justice tend vers la science, la politique tend plutôt vers l’art. Certes, l’une n’est pas vraiment une science et l’autre n’est pas pleinement un art, mais leur tendance profonde s’exprime ainsi.

Dès lors, confondre la décision politique et la décision juridique risque d’aboutir à des catastrophes, car le temps de la politique ne sera jamais celui de la justice.

Aujourd’hui, le Hamas a trouvé sous les robes des juges un asile provisoire. Il ne faudrait pas pour autant que le pouvoir politique se… dérobe devant ce qui doit rester de ses responsabilités.

Jean-Noël Cuénod



[1] Organe exécutif de l’Union européenne qui regroupe les chefs d’Etat ou de gouvernement des pays membres. Il est présidé depuis peu par le Polonais Donald Tusk.

[2] La traduction que vous pourrez lire sur ce lien est due au chercheur français et historien arabisant Jean-François Legrain. Naguère, nous l’avions fait relire à un ami égyptien qui a jugé cette traduction fidèle au texte originel.

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15/12/2014

Le Plouc cause dans le poste: Raffarin à France-Inter (VIDEO)

Lors de l'émission "Tous Politiques" de France-Inter, Marc Fauvelle, chef du service politique de cette station, Thierry Borsa, directeur des rédactions du Parisien et votre serviteur Jean-Noël Cuénod, autrement dit Le Plouc, ont interviewé l'ancien premier ministre et figure actuelle de l'opposition Jean-Pierre Raffarin.

Voici donc la vidéo intégrale de cette émission qui s'est déroulée dimanche de 18h. 10 et 19 h. 

Entre Sarkozy et Juppé, le coeur de Raffarin balance toujours pour la primaire qui désignera le candidat de la droite et du centre en 2017; il ne se prononcera qu'au dernier moment. D'ici là, il va tout faire pour que le duel ne se termine pas en massacre au sein de son camp.

S'il condamne la manière dont le président socialiste Hollande s'y prend pour relancer le vote des résidents étrangers non-communautaires aux élections locales, à une question du Plouc, il répond qu'en principe, il n'est pas opposé à un vote de ce genre, pour autant qu'il fasse l'objet d'une étude non-partisane.

Tout à la fin, Jean-Pierre Raffarin évoque le décès de sa mère qui est intervenu quelques heures avant l'émission.

 

Jean-Noël Cuénod

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Jean-Pierre Raffarin : "Le gouvernement est à... par franceinter

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13/12/2014

EMERVEILLE

Ta main sur la hanche

Comme une mésange bleue

Dans son nid de peau

                 Prête à l’envol et au chant

                 Vers la brise matinale

                 

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                                                                                                               Ton parfum galope                                                                                              Dans le pré de ton absence                                                                                                          Cheval invisible

 

 

 

L’oiseau rouge bouge

Sautille au fond de la rue

C’est toi dans ta robe

 

 

 

                                              Lent balancement 

                                              De tes hanches serpentines

                                              Marche inexorable

                                                           Sur le trottoir ébloui

                                                           En allant chercher du pain

 

 

Lever de soleil

Sur tes monts sur tes vallées

Ombre douce et rouge

                Le camion des poubelles

                A dissipé la magie

 

 

A midi sonnant                                                                                                      Le soleil et les persiennes

Font de toi un zèbre

                             Mais en sortant dans la rue

                  Tu deviens antilope

 

Jean-Noël Cuénod 

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11/12/2014

La torture ne détruit pas que des suspects

 

 

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Le rapport que le Sénat américain vient de rendre public confirme ce que tout le monde supposait : les Etats-Unis se livrent à la torture (photo : un prisonnier des Américains à Guantanamo) Comme une vulgaire dictature. Sauf que dans une dictature, vulgaire ou non, ce genre de divulgation est impossible. Elle torture sous le voile du silence. Dans une démocratie, les cris finissent par le percer.

 

Et la sempiternelle question de l’efficacité de la torture se repose. La patronne du Clan des Blondes, Marine Le Pen, suit fidèlement les traces de son père en comprenant l’usage de la torture sur les ondes de RMC : « Il peut y avoir des cas, permettez-moi de vous dire, quand une bombe - tictac tictac tictac - doit exploser dans une heure ou deux et accessoirement peut faire 200 ou 300 victimes civiles, où il est utile de faire parler la personne.»

Mais à la différence du fondateur de la boutique familiale, elle n’assume pas ses propos et fait machine arrière. Passons. Restons plutôt sur cette question de l’efficacité. Pour sauver cent vies humaines ne faut-il pas aller jusqu’à la torture pour faire parler un suspect ?

 

Exposée ainsi et vue superficiellement, la question appellerait une réponse positive. Sauf que, dans la réalité, cela ne marche pas ainsi. L’une des principales leçons à tirer du rapport d’enquête américain est que, justement, la torture n’a servi à rien, comme le précise la présidente démocrate de la commission sénatoriale, Dianne Feinstein :

 

«A aucun moment les techniques d'interrogatoire renforcées de la CIA n'ont permis de recueillir des renseignements relatifs à des menaces imminentes, tels que des informations concernant d'hypothétiques bombes à retardement dont beaucoup estimaient qu'elles justifiaient ces techniques.»

(A ce propos, l'intervention de John McCain dans la vidéo ci-dessous est particulièrement éclairante)

 

Marine Le Pen aurait dû lire ce rapport avant d’en parler. Mais sans doute est-ce trop demander à une créature médiatique.

 

Sous la torture, on peut parler certes, mais de quoi? Sous l’effet de la douleur insupportable, le torturé dit n’importe quoi, avoue des crimes qu’il n’a pas commis, désigne des pistes imaginaires, dénonce des complices fantomatiques qui ne font que retarder l’enquête. De plus, l’usage de la torture renforce la détermination de l’adversaire comme le relève Albert Camus dans Actuelles III :

 

Celle-ci (la torture) a peut-être permis de retrouver trente bombes au prix d'un certain honneur, mais elle a suscité du même coup cinquante terroristes nouveaux qui, opérant autrement et ailleurs, feront mourir plus d'innocents encore.

 

Son emploi ne détruit pas que le torturé mais atteint aussi le bourreau qui, irrémédiablement, se détache de la communauté humaine. Nos actes nous suivent comme des ombres. Impossible d’y échapper. Le tortionnaire devient prisonnier de la torture qu’il inflige. Au-delà de ce couple infernal, bourreau-torturé, c’est toute la société qui est sapée à sa base.

Dans ce magma d’images confuses, de violences irrationnelles, d’insécurité généralisée suscité par le capitalisme dans sa version mondialisée, sauvage et financière, il ne reste que la notion d’Etat de droit à laquelle se raccrocher. Lorsqu’un Etat de droit commet l’arbitraire dans toute sa violence, alors tout ce qui fait société risque de s’effondrer.

En Amérique, la pratique de la torture a donc été dûment dénoncée par le Sénat, ce qui démontre que l’Etat de droit y demeure. Mais le danger est que, petit à petit, on s’habitue à la violence d’Etat. On la dénonce, mais de plus en plus mollement. Puis, on la prend pour un mal nécessaire. Et enfin, l’inhumanité devient la norme.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

ESPACE VIDEO

 

Extrait du journal de RTL Info.


Rapport accablant pour la CIA qui a massivement pratiqué la torture aux USA

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08/12/2014

Le Front national transforme la crèche de Noël en champ de bataille

 La crèche de Noël est devenue un champ de bataille en France. Le Front national s’est emparé du bœuf et de l’âne, du divin enfant, de Joseph et Marie, sans oublier bergers et musettes pour mener sa guerre contre la laïcité. Tout est parti de l’Hôtel du Département de Vendée, à La Roche-sur-Yon ; le président du Conseil général Bruno Retailleau (UMP tendance culs-bénis) y a installé une grande crèche au milieu du hall d’entrée. Le Tribunal administratif de Nantes lui a ordonné de la démonter. Retailleau a interjeté recours. Il fut du vicomte Philippe de Villiers, le bras très droit.

 

Les maires du Front national ou crypto-frontistes se sont engouffrés dans cette brèche et ont aussitôt monté leur crèche à Béziers, à Beaucaire, à Cogolin, à Fréjus, au 7ème secteur de Marseille et bientôt à Villers-Cotterêts. Le petit Jésus au service de la politique raciste du Front national, on aura vraiment tout vu avec ces gens-là, surtout le pire. Pas un seul instant, l’indécence de leur démarche leur est apparue. Au contraire, le clan des blondes – Marine Le Pen, flanquée de sa nièce – a applaudi à tout rompre à cette utilisation du Christ pour commettre ce sale coup médiatique.

 

Les nouveaux discours frontistes glorifiant la République laïque, ce n’était que du pipeau à pistons. Les masques n’auront pas mis longtemps à tomber : la laïcité à la frontiste ne sert donc qu’à lutter contre une seule religion, l’islam. Autrement dit, il ne s’agit en aucun cas de laïcité. Comme tous les politiciens qu’elle se plaît à fustiger, Marine Le Pen détourne les mots, les mâche, les remâche pour les recracher sous forme de bouillie infecte.

 

L’argument avancé par les frontistes pour justifier leur offensive est de prétendre que la crèche est un élément des traditions françaises plus qu’une manifestation religieuse. C’est insulter le christianisme que de le dégrader en une sorte de folklore dépourvu de  signification religieuse. Que Noël ait été tardivement transformé (au IVème siècle après Jésus-Christ) en fête chrétienne, sur le substrat des célébrations de la Rome antique, ne change en rien son appartenance au christianisme. Rendons à Noël ce qu’il est désormais depuis seize siècles, la célébration de la naissance du Sauveur pour les chrétiens, c’est-à-dire un moment particulier d’une religion particulière mais qui ne saurait être célébré, d’une manière ou d’une autre, par l’Etat et ses organes.

 

Qu’est-ce que la laïcité ? Ni une arme au service d’une religion contre les autres ni un succédané d’Eglise. Il s’agit avant tout d’un principe séparant l’Etat des communautés religieuses; celles-ci n’interviennent pas en tant que telles dans les affaires de l’Etat ; celui-là n’intervient pas dans les affaires des institutions religieuses, sauf à faire respecter la loi, comme pour n’importe quelle autre personne morale.

 La laïcité ménage également un espace où les fidèles des différentes communautés religieuses, les personnes professant l’athéisme, celles choisissant l’agnosticisme, ainsi que les tenants de systèmes de pensée ou philosophiques de toute nature, peuvent échanger, débattre, évoluer en tant que citoyens, sans chercher à imposer leurs convictions par la contrainte, la menace ou le harcèlement.

 

L’Etat laïc ne reconnaît pas une confession qui deviendrait ainsi, comme dans de nombreux pays, « religion nationale ». L’Etat laïc ne reconnaissant pas les institutions religieuses, il les respecte toutes. La liberté d’expression leur est garantie ainsi qu’à tous les citoyens ou groupements de citoyens dans les limites de la paix publique.

 

L’Etat n’a pas à intervenir dans l’espace qui est dévolu aux religions. De même, celles-ci n’ont pas leur place dans les lieux symbolisant l’Etat. La crèche de Noël étant liée à une religion particulière, elle n’a pas à figurer dans une mairie, un hôtel du département ou de région, dans un ministère, etc. De même, une mairie ne doit pas abriter un concert de Ramadan, comme ce fut le cas à Paris sous le règne du maire socialiste Bertrand Delanoë.

 

Cette neutralité de l’Etat a aussi pour but d’éviter l’instrumentalisation des religions par les politiciens. Il est évident que Bertrand Delanoë a voulu séduire l’électorat musulman  grâce à ce concert de Ramadan. Il est tout aussi évident que c’est pour de basses besognes politiciennes que les élus frontistes se prennent d’amour pour les crèches. La laïcité protège donc les religions de ce détournement à des fins partisanes.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Légende de la photo : dans le rôle des ravis de la crèche, en haut à gauche, Marc-Etienne Lansade (Cogolin), en haut à droite, Stéphane Ravier (7ème secteur de Marseille), en bas à gauche, Julien Sanchez (Beaucaire), en bas à droite Marion Maréchal-Le Pen (députée).

 

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04/12/2014

La révolte des patrons et les mauvais choix de François Hollande

 

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Lundi, les patrons des petites et moyennes entreprises françaises (PME) défilaient dans les rues de Paris et de Toulouse pour exprimer leur révolte. « Notre économie va mal. Elle est bridée par trente  années d’une politique qui a progressivement étouffé les entreprises de toutes tailles par une accumulation de charges, de contraintes, de taxes et de sanctions », a expliqué Jean-Eudes Du Mesnil du Buisson, délégué général de la CGPME (Confédération générale des petites et moyennes entreprises), aux médias.

 

Le lendemain, le nouveau ministre de l’Economie Emmanuel Macron, fustigeait Pierre Gattaz, le dirigeant du Medef – syndicat qui défend, en premier lieu, les grandes entreprises – en l’accusant d’avoir fait capoter le fameux Pacte de responsabilité concocté par le président François Hollande… à l’instigation de ce même Gattaz.

Aux termes de ce pacte, chaque branche professionnelle devait engager des négociations entre représentants des salariés et des patrons, afin de prévoir les contreparties à apporter par les entreprises aux 40 milliards d’euros de baisses de charges qui leur ont été consenties. Contreparties qui auraient dû se traduire en embauches. Or, seuls deux accords de branche ont été signés pour le moment.

 

François Hollande s’est donc fait rouler dans la farine par le « patron des patrons » qui a obtenu ce qu’il voulait sans exécuter ses promesses.

images.jpgPourtant, il avait fait fort, le Gattaz, qui arborait fièrement son insigne affirmant que ce pacte allait créer « un million d’emplois » (voir photo). C’est ce qu’on appelle la pensée magique. Comment créer un million d’emplois grâce à un pacte de cette nature ? Les emplois arrivent quand la croissance est là. Sans croissance, vous pouvez pondre tous les pactes possibles, imaginables et même inimaginables, aucune entreprise n’embauchera.

 Le plus étonnant et que le président socialiste – qui n’est pas un benêt – se soit laissé embarquer dans cette aventure qui le coupe de son électorat.

 

Vilipendé par les petits patrons et dupé par les grands, François Hollande ne sait décidément pas négocier avec le patronat. Il aurait pourtant pu s’inspirer de son propre programme de candidat en 2012 ! « Je ferai des PME une priorité » proclamait-il. C’est avec elles et leurs représentant qu’il aurait dû prendre langue en premier lieu et non avec le Medef de Gattaz, représentant des grosses pointures économiques dont le principal souci est d’échapper au fisc de leur pays. Car les petits patrons et les artisans ne peuvent guère, eux, s’évader dans les paradis fiscaux pour y faire bronzer leur trésorerie. Surtout, les petites boîtes et les moyennes entreprises constituent d’importants « gisements d’emplois », pour filer la pétrométaphore en honneur dans les médias.

 

Le Plouc s’échine à répéter à ses confrères parisiens que, non, ce ne sont pas ses grandes banques internationales qui font la prospérité de la Suisse, mais son tissu dense de PME – 99% des entreprises helvétiques, employant les deux tiers des salariés – qui interviennent dans les secteurs les plus pointus.

Pour cela, il faut les laisser se concentrer sur leur cœur de métier au lieu de les accaparer, comme en France, dans des travaux bureaucratiques. Les PME  sont moins opposées aux impôts qu’on ne le pense, dans la mesure où elles savent bien que les commandes des pouvoirs publics et, surtout, la formation professionnelle[1] ne tombent pas du ciel. C’est donc elles que François Hollande et Manuel Valls aurait dû caresser dans le sens du poil, plutôt que de se lancer dans déclarations d’amour aux patrons lors des congrès du Medef.

 

Jean-Noël Cuénod



[1] C’est d’ailleurs ce qui manque à la France, notre bon vieil apprentissage et nos deux joyaux que sont les Ecoles polytechniques fédérales de Zurich et Lausanne.

 

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02/12/2014

Nicoléon Sarkonaparte à cheval vers Waterloo ?

 

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Décidément, le retour de Nicolas Sarkozy dans l’arène politique continue à s’accomplir sur le mode poussif. Première étape vers la reconquête de l’Elysée : la présidence de l’UMP. Lors de la campagne 2012, il avait promis d’arrêter la politique en cas de défaite (cf. la vidéo), ajoutant  qu’il ne reprendrait pas la tête de l’UMP : « Je préfère encore le Carmel. Au Carmel au moins, il y a de l’espérance. » Apparemment, le Carmel – même agrémenté par Sœur Carla – a perdu ses charmes. Mais qui accorde encore la moindre importance aux déclarations des pros de la politique ? 

 

Cela dit, Sarkozy ne se contentait pas de briguer la présidence de son parti, il voulait obtenir un triomphe, mieux un plébiscite, un score stalinien qui l’aurait propulsé comme maître incontesté et incontestable de l’opposition, jetant aux oubliettes ses rivaux Juppé et Fillon. L’objectif : faire mieux, ou au moins aussi bien, qu’en 2004 lorsqu’il avait conquis l’UMP avec plus de 85% des voix exprimées par les adhérents à ce parti. Les semaines passant – et son principal concurrent Bruno Le Maire accomplissant une campagne très efficace au sein des militants de base – l’objectif a été revu à la baisse : 80%, puis 70%. Résultat final : 64,5% des voix pour Sarkozy, Bruno Le Maire frisant les 30% et Hervé Mariton recueillant les miettes.

 

Dans cette drôle d’élection, le gagnant a donc perdu et le perdant a gagné. Mal élu, Sarkozy ne peut pas se débarrasser de Fillon et, surtout, de Juppé, son plus grand obstacle sur le chemin de l’Elysée. De plus, il s’est découvert un nouveau danger, Bruno Le Maire. A 45 ans, il incarne l’avenir de la droite, face aux vieux chevaux de retour et pèse 30% des militants UMP, ce qui ressemble fort à une minorité de blocage.

 

On le savait fin, germanophone et intelligent, mais son image d’énarque propret constituait un lourd handicap. La Maire s’est donc appliqué, tout au long de la campagne interne, à enduire de bonne bouse bien provinciale ses escarpins vernis de Parisien chichiteux. Alors que Sarkozy débitait son numéro habituel – avec plus de «couac» que d’ordinaire – devant les médias, Bruno Le Maire a labouré les sections UMP les plus reculées.

Il a appris à avaler son tripoux sans rechigner, à boire la piquette locale en affirmant qu’il s’agit d’un nectar de première, à se pâmer devant un saint-nectaire (qui a dit « nain sectaire ? » Sortez immédiatement !), à essuyer une larme d’émotion devant les médailles d’un ancien combattant en fauteuil roulant. Bref, Le Maire a fait son Chirac, ce qui reste le meilleur moyen de réussir en politique outre-Jura (Jacques Chirac : douze ans à l’Elysée, quatre ans et demi à Matignon, quarante au pouvoir, cinquante-huit ans de mariage avec Bernadette, mais ça c’est une autre histoire).

 

Toutefois, il faut ajouter un peu de blanc de céruse à ce sombre tableau pour Sarkozy. Après tout, même s’il a été élu de piètre façon, l’Ex tient en main le levier principal, à savoir l’UMP, c’est-à-dire une puissante machine à fabriquer des candidats gagnants à la présidentielle. Alain Juppé regrettera peut-être un jour de ne pas avoir brigué la tête de ce parti. Nicolas Sarkozy possède donc dans sa manche un atout de taille.

 

Comment le jouera-t-il ? C’est là que tout se complique. Sarkozy est en train de composer son équipe. Le Maire va se mouiller le moins possible avec l’Agité de Neuilly afin d’éviter de jouer son jeu et de se faire phagocyter. Mais il est position de lui imposer certains de ses plus proches collaborateurs au sein du nouvel Etat-Major de l’UMP. Le Maire aura donc des espions dans la place, tout en se gardant de ne pas plonger les mains dans le cambouis sarkozyste.

 

Le Trépidant veut changer le nom de l’UMP au printemps prochain. Il ne peut guère faire autrement. Tout d’abord, les partis gaullistes et ex-gaullistes changent régulièrement de dénomination, comme les serpents font leur mue au printemps : UNR dans les années cinquante, UNR-UDT au début des années soixante, UD-Vème à la fin de cette décennie, UDR peu après, RPR du temps de Chirac et enfin, UMP. A chaque fois, il s’agit de donner un coup de pinceau sur la façade d’une formation qui éprouve une certaine tendance aux magouilles financières (il n’est certes pas le seul en ce cas).

Aujourd’hui, ce changement est rendu encore plus nécessaire pour des raisons de propagande. Il faut d’urgence couper l’herbe sous le pied de Marine Le Pen dont le slogan « UMPS » (c’est-à-dire la contraction des deux partis de gouvernement, UMP et PS) fait des ravages. Sans jouer les voyants extralucides, gageons que le P ne sera pas la lettre finale du nouveau parti de Sarkozy.

 

L’organisation des primaires pour désigner le candidat de la droite à l’élection présidentielle de 2017 sera nettement plus malaisée. Nicolas Sarkozy résistera-t-il à la tentation d’en organiser une à sa main ? Le personnage étant ce qu’il est, on peut en douter. Mais alors, il provoquera la colère de Juppé, de Fillon, de Le Maire et la division du nouveau parti. Un premier tour 2017 avec, comme candidats de la droite, Juppé (sans doute soutenu par le centre) et Sarkozy risquerait fort de provoquer un second tour mettant aux prises un candidat socialiste et Marine Le Pen, avec de fortes chances pour celle-ci d’emporter la victoire. 

 

Si, par miracle, Sarkozy parvenait à organiser une primaire digne de ce nom, réunissant la droite et le centre, il prendrait alors un autre risque, celui de perdre face à Juppé dont l’image est bien meilleur que la sienne. Dès lors, tenir une machine électorale aussi explosive n’est pas forcément un gage de succès pour la présidentielle.

 

Il y a 210 ans, jour pour jour, Bonaparte se faisait couronner Empereur des Français. Onze après, Napoléon 1er revenait d’exil et entamait ses Cent-Jours. A son tour, Nicoléon Sarkonaparte veut reprendre la direction de la France en enfourchant son destrier électoral. Mais on sait comment les Cent-Jours se sont terminés, dans la morne plaine de Waterloo.

 

Jean-Noël Cuénod


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