23/12/2014

La Tunisie, bastion avancé de la démocratie

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Voilà une scène qui donne du baume au cœur et du cœur au ventre: à l’issue d’une campagne où les candidats à la présidence de la Tunisie ont confronté leurs arguments sans se ménager, le vaincu, Moncef Marzouki, a félicité le vainqueur, Béji Caïd Essebsi.

Une fois de plus, l’impressionnante Tunisie montre l’exemple, non seulement aux pays musulmans mais aussi à nous autres Européens pour qui voter est une corvée à laquelle il est si facile de se soustraire. Merci les Tunisiens ! Il leur fallait à la fois du courage, du discernement et une volonté sans faille pour parvenir à accomplir ce premier acte d’un peuple libre, malgré les menaces de groupes djihadistes.

Le Printemps arabe a échoué partout, sauf en Tunisie. Le Printemps des Peuples européens en 1848 avait connu pareil échec partout, sauf en Suisse. La Confédération était alors la seule République du continent. Mais la graine démocratique avait été semée au cœur des Alpes et ses rhizomes ont progressivement poussés sous les cieux voisins.

En sera-t-il de même pour la Tunisie? La graine tunisienne fructifiera-t-elle en terre d’islam? Il faudra tout d’abord la protéger. Car, elle reste bien fragile, cette graine. La coalition laïque Nidaa Tounès, qui a emporté cette présidentielle, devra sans doute partager le pouvoir avec l’autre grand force, le parti islamiste Ennahda. Pour rassurer les démocrates, celui-ci ne peut plus guère exciper du modèle de l’AKP turque qui a versé dans l’autocratisme et la régression antilaïque. Le modèle d’un parti démocrate islamique, sorte de pendant à la démocratie chrétienne européenne, reste encore à inventer.

Ceux qui prétendent la chose impossible et ceux qui affirment qu’elle est inéluctable, parlent, chacun, pour ne rien dire. Nous ne savons rien de l’existence possible ou impossible d’un tel parti, sinon une chose : l’Histoire nous réserve toujours des surprises, bonnes ou mauvaises, mauvaises et bonnes.

Tout dépendra de la manière dont se feront les accords entre les deux forces rivales. Elles ont entre leurs mains, l’avenir de la Tunisie et de la démocratie dans le monde musulman. Lourde responsabilité ! Mais elle n’incombe pas aux seuls Tunisiens, cette responsabilité. Les Européens doivent aussi en prendre leur part. Sans progrès économique et social, sans la résorption du chômage, sans amélioration des conditions de vie du peuple, la révolution démocratique tunisienne sera vouée à l’échec. Dès lors, il appartient aux Etats riches de guider les investissements vers la Tunisie, de lui accorder toutes les facilités pour son décollage économique, de l’aider sans l’étouffer.

Il en va aussi de l’avenir d’une idée qui reste fragile comme un brin de jasmin : la démocratie.

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

Joli, le rappel historique d'une révolution culturelle et démocratique qui n'a réussi qu'en Suisse et qui a fini par semer ses graines partout en Europe. Et que cela réussisse en Tunisie aujourd'hui, et pas encore ailleurs dans le monde arabe, est remarquable. J'en suis personnellement très touché... Très belles fêtes de fin d'année à vous, cher Monsieur Cuénod.

Écrit par : pachakmac | 23/12/2014

Avec les islamistes la révolution à fait le tour du sujet. Ils sont partis d'un point du cercle, pour en revenir au même point avec quelques cadavres, rien de plus.
La boucle est bouclée.

Essebsi représente une force moderne pouvant emmener la Tunisie vers le progrès et un idéal de vie ou la religion, les croyances doivent retrouver les lieux de cultes et renter dans la caberluche de chacun.

C'est un très beau pays avec des atouts touristiques, des paysages de rêves ou chacun peut y trouver son compte.

Un accord avec les islamistes, c'est repartir dans l'obscurantisme religieux des fous de dieu et du prophète. Mais bon, les marchands d'armes sont aussi croyants pour l'éternité, pas pour l'enfer, mais leur paradis ici sur terre.

Aux Tunisiens de ne pas lâcher prise, les femmes et les jeunes en particulier.

Bonne chance et bon vent.

Écrit par : Pierre NOËL | 23/12/2014

Il était le collègue de Papa, magistrat, à Tunis

Écrit par : Temam | 24/12/2014

Il était le collègue de Papa, magistrat, à Tunis

Écrit par : Temam | 24/12/2014

Il était le collègue de Papa, magistrat, à Tunis

Écrit par : Temam | 24/12/2014

Ne croyez-vous pas plutôt qu'il s'agit d'une révolution avortée, qui n'a servi à rien, à l'instar de ce que l'on peut observer dans les autres pays arabes concernés par la révolution? La transition n'a rien apporté à la démocratie - les mêmes structures sont restées en place - et le développement a reculé encore et encore. Les modes opératoires de la corruption connus jusqu'en janvier 2011 ont continuer à sévir dans les mêmes proportions. Les assassinats politiques sont venus alourdir la chape de plomb qui pèse sur le pays; les riches ont continué à s'enrichir et les pauvres à s'appauvrir.

Cette révolution avait été encouragée par Ben Laden (la vidéo existe toujours) et il s'agissait bel et bien d'une révolution islamiste à laquelle était exhortée le peuple tunisien. Marzouki gracie 3 terroristes (qui ont tué des représentants militaires) juste avant les élections.

Mais en termes de droits politiques, vous avez raison de souligner que les citoyens tunisiens sont allés voter en masse partout où ils se trouvaient. L'esprit laïc aura gagné sensiblement. C'est au moins déjà ça !!!

Belles fêtes à vous !!!

Écrit par : Nobody | 24/12/2014

"Les riches ont continué à s'enrichir et les pauvres à s'appauvrir"... pas du tout comme ailleurs pas forcément si loin que cela de chez nous?!
Pour ne pas dire plus...

Dit-on au soir des votations chez nous en Suisse que les "citoyens (...) sont allés voter en masse partout où ils ou où (houx)! qu'ils se trouvent: en l'occurrence qui donne l'exemple?

Muguet en mai, jasmin?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 24/12/2014

40 millions.. que la Suisse devrait débloquer à la famille Trabelsi

"Le tribunal a estimé que le MPC a violé le droit d'être entendu de Belhassen Trabelsi."

bigre! faut-il comprendre que l'italien devenu suisse après avoir renié sa nationalité italienne puis repris cette nationalité pour briguer un poste d'élu après avoir été battu en Suisse, puis revenu sur la scène politique genevoise via le MGC - si populiste que rien de populaire n'en ressort -
entre-temps converti à l'islam pour épouser une riche ressortissante Trabelsi...

noooooooooooooooooooooon, sûr que là j'ai mal compris le scmilblick du tribunal.
http://www.tdg.ch/monde/suisse-peut-rendre-prevu-avoirs-ben-ali/story/30215947

Écrit par : genevois déshérité | 24/12/2014

c'est quoi ce bazar: la Suisse devrait débloquer ces qq 40 mios.. à la Tunisie soit au peuple,

ou à une famille, les Benazir? sinon Poggia n'a rien à voir avec tout ce fatras d'évasions fiscale & autre pognons manipulés, hein?
faut rassurer les électeurs -non suisses, faut les excuser- sur Genève, au plus vite!

Écrit par : genevois déshérité | 24/12/2014

en clair: Tunisie/Suisse: la Suisse devrait débloquer quelques 40 mios d'avoirs,
à la famille Trabelsi

Ce qui veut dire que Poggia, marié à cette famille, va toucher le jack-pot
Ce qui veut dire que, gräce à Poggia et à cette famille Trabelsi,
la démocratie tunisienne ne veut rien dire, en Suisse.

Écrit par : genevois déshérité | 24/12/2014

40 mio d'héritage tunisien bloqués : quand un ex-italien marié à une Trabelsi s'est converti à l'islam pour hériter et a réussi à se faire élire à Genève

Écrit par : genevois déshérité | 24/12/2014

Oui comme disait Souchon, un vote libre et massif, c'est déjà ça pour cette Tunisie qui s'était habituée aux élections déjà jouées d'avance.

Écrit par : tunis | 25/12/2014

40 mio? comme le clan Ben Ali prévoit son retour en Tunisie en janvier , il leur faut bien un peu d'argent de poche pour acheter quelques souvenirs

Écrit par : taghut | 25/12/2014

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