18/12/2014

Le rire élégant d’Ariane Ferrier

 

 

Nous voici plongé dans cette affreuse période où l’on célèbre moins le petit Jésus que les mamelles de Mammon. Les idées de cadeaux, qui affluent toute l’année, se tarissent d’emblée devant cet étalage de marchandises bidulesques.

 

 imgres-1.jpgHeureusement, Ariane Ferrier est là. Pas folle, la guêpe. Elle sort son bouquin maintenant, rien que pour nous donner LA bonne idée à glisser sous le sapin (avant qu’on appelle le SIS pour l’éteindre). Il s’agit du recueil de chroniques (Editions Fictio-BSN Press) qu’elle a rédigées pour le quotidien fribourgeois La Liberté (Ariane tient aussi une autre chronique «vous prendrez bien un peu de recul?» dans le mensuel La Cité).  Son titre ? FRAGILE.

 

Alors, là, laissez nous rigoler! Fragile Ariane? Ne vous fiez pas aux apparences. Cela fait, disons, quelques années (Ariane, je vais t’épargner cette douloureuse comptabilité) que je la connais. Chez elle, la fragilité est une arme. Redoutable.

 

Imaginez un peu la santé qu’il faut avoir pour supporter d’être née comme elle dans une famille de la Genève patricienne. Les hasards de la profession m’ont conduit, un jour, à prendre le thé rue des Granges dans l’une de ses familles «un-sucre-ou-pas-du-tout?» (non, Ariane, ce n’était pas la tienne). L’épreuve est terrible. Assis sur le rebord d’une chaise Louis XVI – que votre poids de pilier droit de rugby fait souffrir comme si c’était elle qui allait à l’échafaud – vous touillez une tasse d’eau tiède vaguement teintée de thé. Et le nuage qui passe entre vous et vos hôtes, n’est point de lait (cela ne se fait pas de mettre du lait dans le thé, voyez-vous). Quelques petits gâteaux secs – très secs – délicatement posés sur une assiette en porcelaine de Bavière ornée de roses pâles, vous sont offerts, sans que quiconque ne songe à s’en saisir.

La conversation tourne autour de vos parents, de vos ascendants, d’où vous venez, du nom de votre mère, de celui de la mère de votre père. Dans le meilleur des cas, vous partagez avec vos hôtes un vague cousin rendu à la poussière depuis des lustres. Alors, une fugitive lueur de soulagement s’allume dans la prunelle dédaigneuse. Vous n’êtes point tout à fait indigne. Mais si ce vague cousin vous fait défaut, le froid s’installe. Il s’installe tellement que vous partez aussitôt après avoir balbutié un rendez-vous oublié.

Et puis, lorsqu’on est jeune patricienne, croyez-vous que c’est drôle de se voir affublée du sobriquet de «Lullin» par de gros lourdauds qui trouvent malin de vous associer (en commandite?) à la banque Ferrier-Lullin?

 

Ariane a connu encore pire : le naufrage de La Suisse dont elle fut l’une des vedettes, suivi de son transfert par canot de sauvetage chez L’Ennemi héréditaire, la Tribune de Genève. Là, elle a dû subir les confs de rédaction qui naviguaient entre ennuis et règlements de compte. Sans oublier les crises de certain caractériel que je rencontre encore chaque matin en me rasant.

Il y a eu aussi pour elle l’épisode de la télé romande et de son Box Office. C’est bien connu, avoir son image dans le poste rend fou. Ariane, elle, est restée intacte là où les âmes les mieux trempées ont succombé sous les coups d’un égo télégonflé. Les images ont glissé sur elle comme sur les plumes d’un cygne (Oui, Ariane, je n’allais pas te comparer à un canard, même si tu continues à travailler pour les palmipèdes).

 

Son secret? L’humour. Oh, elle en a un d’égo, bien présent, bien vivace! Mais elle ne peut s’empêcher de se payer sa tête. Qui aussitôt désenfle pour regagner sa niche dans un grand éclat de rire.

 

Alors, ne ratez pas FRAGILE, c’est un vrai bonheur que de lire ou relire ces lignes qui amusent souvent (je vous recommande, entre autre, «la grande fête annuelle du slip»), émeuvent parfois («lettre à ma grand-mère morte») et consolent toujours («avoir 15 ans dans ma cuisine»).

Et vous entendrez tinter sous le sapin, au lieu des agaçantes sonneries de portables, le rire élégant d’Ariane.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Commentaires

On célèbre moins le petit Jésus que Mammon, il faut dire que subventionner des entreprises dont le but est le profit est plus permis aux collectivités que de mettre une crèche de Noël dans un bâtiment public!

Écrit par : Rémi Mogenet | 18/12/2014

Pour les gens comme il faut, bien comme il faut... Jean-Noël Cuénod, "bien"! comme il faut: pour le sucre pour le thé vous avez oublié de mentionner la pince qui n'est pas celle du linge mais du sucre: la pince à sucre.


Il serait temps, un de ces quatre, de revenir à Genève, Monsieur Cuénod.

On ne peut décidément plus se fier à quoi que ce soit: boire son thé sans pince pour le sucre. En cas de présence pastorale ("le terrain, plus haut, à gauche, à qui appartient-il?"! En cas de présence pastorale, donc, thé après petit vin blanc, merveilles ("Le Seigneur fit pour moi des merveilles, Psaume, quand-même...)! avec crème chantilly ainsi qu'autres mignons "sablés" sur lequel, sable, un jour, Notre-Seigneur traça des signes... mysté-ri-eux!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 18/12/2014

Ariane Ferrier a de fort beaux yeux.

Son prénom nous plonge en mythologie avec ce fil d'Ariane symbole de la démarche psychanalytique.

Histoire de ne pas faire de jaloux après un souvenir protestant, un autre catholique.

Les prêtres, époque des livres de Marc Oraison, la psychanalyse battant son plein, estimèrent, pas tous, ceux qui se sentaient concernés, que faire évoluer la confession en pratiquant désormais la psychothérapie (ce non plus dans l'"armoire à balais", le confessionnal, mais dans une salle... les personnes non plus agenouillées mais étendues comme il se doit) cures psychanalytiques y compris (il est prouvé qu'il est faux d'affirmer qu'on ne peut aller mieux qu'en payant au maximum)! la cure psychanalytique d'autant plus indiquée que les paroissiens éprouvaient bien souvent pour les
prêtres cet amour particulier nommé transfert indispensable agent thérapeutique pour les psys en même temps que problèmes, souffrances que la confession n'était pas en mesure d'alléger (on connaît le sourire imperceptible: "les catholiques? ils vont se confesser et puis "après" ils recommencent...? Qui refusa net et sans appel cette démarche innovante?Karol Wojtyla.

On note que, depuis, sans parler d'autres choses, se vident les séminaires ce qui n'est que justice et, pour le dire de façon enfantine, "bien fait"!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 19/12/2014

Ton article est très utile et enrichissant, merci pour le partage

Écrit par : cialis | 19/12/2014

Faut bien que l'un(e) d'entre eux s'encanaille dans cette presse nord-coréenne !

Le mariage bobo-gaucho & fille ou fils de banquier est tolérer, voir encouragé, voir il n'y a presque des bobos-gauchos bien-nés dans cette presse livre contre le coin d'une étagère faite par un aïeux bricoleur à ses heures.

Le plus remarquable dans le cadre de ces rues réservées aux véhicules familiers, ce sont les accouplements entre voisins, histoire d'avoir pour le coup, rien à craindre. En bougeant l'oreille, ils se croient éternels.

Écrit par : Corto | 21/12/2014

Seulement les jours ferriers !

Écrit par : Corto | 21/12/2014

Qui comparerait Ariane Férier à un canard elle qui semble avoir des yeux à la Morgan? "Restée intacte là où les âmes les mieux trempées ont succombé"!

N'évoque-t-elle pas celle dont le Petit Prince parlait en disant qu'il redoutait que les moutons l'aient dévorée?!

- Qui? sa rose
- Laquelle?
- Celle du Petit Prince

Y en a qui ont de la chance...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 22/12/2014

Pardon: Ariane Ferrier

Écrit par : Myriam Belakovsky | 22/12/2014

Que de très bons et excellents souvenirs ...

Écrit par : viagra | 23/12/2014

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