• Sivens, Notre-Dame-des-Landes...La France a raté sa décentralisation

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    Conçue sous de Gaulle au début des années 1960, mise en place après l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand en 1982, la décentralisation de la France n’a guère tenu ses promesses. Le drame de la manif contre le barrage de Sivens – qui a provoqué la mort de Rémi Fraisse (21 ans, photo) – et les nombreuses autres démonstrations s’opposant à des projets locaux destructeurs de l’environnement, comme l’ «Ayraultport» de Notre-Dame-des-Landes, n’en sont que les symptômes les plus récemment apparus. 

     

    Souvent, ce n’est pas l’Etat central qui se trouve en première ligne, mais les collectivités locales, tels les conseils régionaux et généraux (assemblées départementales). Ce qui frappe d’emblée: ces collectivités censées être plus proches de la population, adoptent le comportement arrogant et autoritaire que l’on reproche aux instances centrales de Paris. Pourquoi? Cette réponse tient dans la différence radicale entre le fédéralisme et la régionalisation.

     

    Le fédéralisme est un mouvement qui part de la base pour constituer le sommet. La base garde un grand nombre de ses prérogatives et accepte de déléguer à un centre les domaines qu’elle ne peut pas ou plus gérer. Le centre est construit par la base. La régionalisation va en sens inverse. Le centre délègue une part de ses responsabilités à la base mais tout en gardant le contrôle final. La base est, si l’on ose dire, «construite» par le centre, du moins ses compétences lui sont octroyées par le centre et sous le contrôle de celui-ci. 

     

    La régionalisation consiste aussi à répercuter dans les niveaux locaux, le même type de rapports entre administrateurs et administrés que celui en vigueur au centre. La monarchie absolue – réinterprétée à la Révolution par les Jacobins et Napoléon Bonaparte  – avait créé un pouvoir central fort pour installer dans ses provinces des vassaux chargés de les administrer au nom du Roi, de l’Empereur ou de la République, selon les époques.

     Ce schéma est resté en vigueur lors de la régionalisation, les présidents de région et de conseils généraux partageant le pouvoir avec les préfets, représentants directs du centre. Certes, ces présidents provinciaux sont élus par le peuple mais ils restent dépendants, pour la bonne suite de leur carrière, des grands appareils politiques dont les états-majors figurent au centre, à Paris. Ce sont ces derniers qui détiennent les cordons de la bourse lors des campagnes électorales.

    De plus, pour se faire élire, ces dirigeants locaux doivent entretenir une clientèle et satisfaire à ses exigences autant que faire se peut. Quand tout va bien, les intérêts généraux coïncident avec les intérêts de la clientèle. Mais on ne saurait faire de cette miraculeuse coïncidence, une généralité.

    Les dirigeants provinciaux doivent donc à la fois tenir compte du centre et de leurs «clients», ce qui ne laisse guère de place aux questions qui, pour eux, restent subalternes, comme la défense de l’environnement.

    La régionalisation n’est donc, en fin de compte, que la duplication, réduite à l’échelle locale, des tares du pouvoir central.

     

    Pour l’instant, il n’existe qu’un seul système qui répartit de façon cohérente les diverses instances du pouvoir, c’est le fédéralisme. Alors, la France peut-elle l’adopter? Pas si vite! Comme nous l’avons vu, le fédéralisme est un mouvement qui part de la base pour créer progressivement son sommet. Or, un tel mouvement n’a jamais pu naître en France, sans doute en raison de la marque profonde que la monarchie absolue a imprimée sur l’Histoire de ce pays. Il faudra donc que les Français trouvent un moyen particulier pour que leurs régions vivent de façon plus démocratique. La démocratie semi-directe peut devenir l’un de ces moyens, car il existe une véritable demande en ce sens. Cela contraindrait les roitelets locaux à tenir compte de l’ensemble des électeurs et non plus uniquement de leur clientèle et des appareils parisiens.

    On n’imagine pas en Suisse, une instance locale présenter un projet aussi mal ficelé que celui du barrage de Sivens (présenté par le Conseil général du Tarn), sans se faire rabrouer vertement par une votation populaire.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

     

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  • LE DESERTEUR

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    Froissés par le mufle de la pluie

    Les herbes rendent au sol leur parfum

    Le feu de la pierre s’est éteint

    Ne plus s’encombrer du soleil et marcher

     

    Marcher jusqu’à ce que vie s’ensuive

    Marcher comme un soldat désespéré

    La fuite seul héroïsme qui vaille

    Quand nul ne sait où donner de la guerre

     

    Le désert ne vaut rien au déserteur

    Vers la forêt mère libératrice

    Diriger les souliers lourds de glèbe

     

    Buissons d’épineux, ronces et orties

    Coins et recoins de roches et de mousses

    Fraternels gardes du corps des fuyards

     

    Aucune trahison à redouter

    Entre les fougères les esprits veillent

    Le courant d’amour sans cesse circule

     

    Jeter les armes reprendre son souffle

    Ailleurs les mornes combats ont repris

    Sous les frondaisons le cercle est fermé

     

     

     

    Jean-Noël Cuénod

     

     

                                                   *****************************

     

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  • De Charles de Gaulle à François Hollande, l’art du rebrousse-poils

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    imgres.jpgC’est devenu une Lapalissade, un chef d’Etat est-il élu à gauche qu’il fait une politique de droite. Et réciproquement. Il bat la campagne pour la paix puis déclare la guerre. Et réciproquement. Ce mouvement à rebrousse-poils se vérifie un peu partout.

     

    Sauf en Suisse, où, selon le mot du conseiller fédéral Willi Ritschard, si personne ne sait vraiment où est le pouvoir, chacun est persuadé qu’on ne saurait le trouver au gouvernement. Que l’électeur helvète actionne de l’eau froide ou chaude, c’est toujours un filet tiède qui s’échappe des urnes. Les surprises sont rares. Si, par hasard, un extrémiste bien clivant – un type comme Blocher, par exemple – se glisse parmi les sept nains de la Blanche-Neige fédérale, l’intrus en est éjecté comme un vulgaire Schtroumpf noir. On lui choisit comme remplaçant – prenons au hasard, Ueli Maurer – un compagnon de parti de même sinistre mentalité et de semblable démagogie, mais qui a l’avantage d’avoir le dynamisme d’une moule pendant la canicule.

     

    A part le casus helveticus, les dirigeants des pays démocratiques usent du rebrousse-poils avec un art consommé. En Israël, c’est le belliciste Menahem Begin qui a signé la paix avec l’Egypte. Aux Etats-Unis, Obama a été élu pour retirer les troupes américaines du Moyen-Orient ; aujourd’hui il doit les réengager pour achever un job sans fin. Et l’on pourrait multiplier les exemples.

     

    La Grande Zohra et les cocus de l’Histoire

     

    C’est en France que le poil électoral est le plus malmené. Le général de Gaulle a été porté au pouvoir par l’armée, les Pieds-Noirs de l’Algérie française et la droite nationaliste pour vaincre les indépendantistes algériens et conserver le pays le plus important du Maghreb au sein de la France. On sait ce qu’il en est advenu. La Grande Zohra[1] a fait tout le contraire. Quatre ans après la reconquête du pouvoir par le Général, l’Algérie était indépendante, ce qui a contraint les Pieds-Noirs, électeurs aussi gaullistes que cocufiés, à traverser la Méditerranée en catastrophe.

     

    Georges Pompidou est mort trop tôt pour trahir qui que ce soit durant son mandat.

     

    Quant à Giscard d’Estaing, le favori des culs-bénis, il a légalisé l’avortement. La Fille aînée de l’Eglise pratiquant l’IVG … Même dans leurs cauchemars les plus délirants, les grenouilles de bénitier n’avaient pu envisager pareil blasphème.

     

    Mitterrand et la «bascule à Charlot»

     

    Avec François Mitterrand, c’est autre chose. Il a tellement trahi ses camps successifs, passant de la droite nationale au programme commun avec les communistes, qu’il serait fastidieux de dresser la comptabilité de ses changements de veste. Avec ce paradoxe particulier: son nom restera lié à la suppression de la peine de mort; or, lorsqu’il était ministre de la Justice durant la Guerre d’Algérie, il a fait tourner la «bascule à Charlot[2]»  à un rythme effréné, cosignant même le 17 mars 1956, avec trois autres ministres, les lois 56-268 et 56-269, qui ont permis de condamner à mort – sans instruction préalable – les membres du FLN (indépendantistes algériens) pris les armes à la main. (Le Point, N° 1511 du 31 août 2001).

    Sur un plan plus politique, Mitterrand sera celui qui, élu sur un programme à la limite du gauchisme, aura tenté de convertir les Français aux frénétiques bienfaits de l’économie de marché, qui est le mot poli pour dire «capitalisme».

     

    Du Grand Matin Calme aux petits soirs agités

     

    Jacques Chirac a été élu par la droite et le centre pour mener une série de réformes très ambitieuses destinées à rendre compétitif le capitalisme français. Mais pendant ses douze ans de règne, il s’est surtout efforcé de ne rien faire, ce qu’il a accompli avec une constance qui force l’admiration. On comprend mieux l’intérêt de Chirac pour la culture asiatique qui prône le non-agir. Contempler le bilan chiraquien relève de la méditation zen sur le vide.

     

    Comme pour Mitterrand, énumérer les volte-face de Nicolas Sarkozy remplirait plusieurs tomes: un jour prenant les socialistes plus ou moins repentis genre Kouchner, Besson, Bockel et Jouyet[3] dans son gouvernement ; un autre, débordant le Front national sur sa droite extrême. Mais il a effectué ses zigzags avec une telle rapidité qu’il en est venu à décontenancer son électorat. Celui-ci l’a désarçonné comme l’aurait fait un cheval agacé par son cavalier trop agité.

     

    L’Etat-Major n’aime pas le nez sale des trouffions

     

    Avec François Hollande, le rebrousse-poil est devenu une pratique quotidienne. Il n’est pas un jour où l’actuel président paraît-il socialiste ne fait pas le contraire de ce qu’il a promis. Evénement rare dans un parti de gouvernement, des élus de son parti et même d’anciens ministres, encore en charge récemment, dénoncent aujourd’hui le hollandisme en des termes d’une rare violence. Encore ministre de l’Education nationale il y a deux mois, Benoît Hamon (voir la vidéo) vient de déclarer que la politique menée par François Hollande – pour laquelle il a œuvré pendant plus de deux ans – «menace la République» et va provoquer «un immense désastre démocratique» , rien que ça ! Au Parti socialiste, ça sent le sapin et pas seulement parce que le ministre des Finances porte le nom de ce bois dont on fait les cercueils.

     

    Au fond, Hollande ne fait que suivre les traces de ses prédécesseurs en menant la politique pour laquelle il n’a pas été élu. Ni plus ni moins. Alors, pourquoi suscite-t-il un rejet aussi massif, une impopularité aussi générale, qui dépasse même celle de la présidence Sarkozy?

     

    Hasardons cette hypothèse. L’actuel président français n’a pas pris la mesure du changement profond qui est en train de transformer la société française. Naguère encore, elle se résignait avec fatalisme à ces promesses qui rendent les fous joyeux. De temps en temps, elle battait le pavé et grognait mais s’en tenait à ces manifestations quasi-hygiéniques de mauvaise humeur. On défilait sur les Grands Boulevard, la bouche pleine de kebab, lors de manifs où l’on se retrouvait entre copains, comme aux noces et enterrements en province.

     

    Mais voilà, le peuple en a marre de marcher pour des prunes. Il voudrait être associé de plus près aux décisions qui le concernent. Une femme politique avait bien perçu cette mutation, à savoir Ségolène Royal qui a tenté de promouvoir la «démocratie participative» lors de sa campagne présidentielle de 2007. Mais l’appareil de son parti, le PS, a tout fait pour torpiller l’idée. Les généraux d’Etat-Major détestent que les simples trouffions mettent leur nez sale sur leurs belles cartes bien dessinées. Exit donc Ségo.

    Ce désir de démocratie plus ou moins directe a toutefois pris de l’ampleur. En octobre 2009, les syndicats, mouvements associatifs et partis de gauche avaient organisé contre la privatisation de la poste, un référendum sans aucune portée juridique, puisque la France ignore ce type de scrutin.

     Malgré tous les obstacles mis sur son chemin, cette consultation a attiré 2.123.717 personnes, selon Libération à l’époque. Le résultat – écrasante majorité contre la privatisation – ne signifiait pas grand-chose. En revanche, le succès de cette initiative – qui a convaincu plus de deux millions de Français à se déplacer lors d’une votation qui «comptait pour beurre» – aurait eu de quoi faire réfléchir le futur candidat François Hollande.

    Mais le président socialiste reste ce qu’il est profondément, c’est-à-dire un énarque qui ne dispose pas du logiciel permettant d’associer le peuple à sa politique.

    Dès lors, Hollande est incapable de trouver les mots justes pour expliquer ses réformes. Ce n’est même pas par mauvaise volonté, mais toute la formation (déformation?) qu’il a reçue le conforte dans cet esprit de caste qui a de la vie sociale, une vision pyramidale. C’est le sommet qui s’occupe de la base qui, elle, doit rester à sa place subalterne.

     

     Or, la société vit désormais sous le règne de l’horizontalité, à l’image des réseaux sociaux. L’heure est aux échanges et non aux ordres du haut vers le bas. Les interventions via internet ont fait tomber de leur piédestal les faiseurs d’opinions de jadis. Désormais, n’importe quel citoyen peut commenter, en temps réel, un discours, un projet, une décision, et le faire savoir à un large public.

     

    La démocratie autocratique telle que la France la pratique encore est morte. Tout le monde le sait, mais ceux qui en profitent encore ne veulent pas le savoir. Ils oublient qu’enfouir la tête dans le sable reste le plus sûr moyen de recevoir un coup de pied aux fesses.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

     

    ESPACE VIDEO




    [1] Surnom donné à de Gaulle par les Pieds-Noirs ; sobriquet d’abord affectueux, puis franchement injurieux.

    [2] Le Charlot en question n’est point de Gaulle et encore moins Charlie Chaplin, mais Charles-Henri Sanson, rejeton d’une célèbre dynastie de bourreaux français, qui a raccourci Louis XVI et 2999 autres suppliciés. A son époque, sa petite entreprise ne connaissait pas de morte saison.

    [3] Malgré une concurrence de très haut niveau, Le Plouc remet à Jean-Pierre Jouyet le Caméléon d’Honneur pour l’ensemble de ses œuvres. Serviteur de gauche à droite, puis de droite à gauche, il est aujourd’hui le bras droit (mais pas gauche) de François Hollande comme secrétaire général de l’Elysée.

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  • TENIR

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    Sous le soleil une volée de cloches

    Secoue la poussière des chemins

    Au loin tu passes vraie comme un mirage

    Je ne t’attendais plus et te voilà

    Tache de fraîcheur sous le ciel sec

    Tu es à portée de voie T’appeler

    T’appeler toutes affaires cessantes

    Vers toi courir comme un enfant ému

    Un mur te dérobe et me voilà nu

    Mes yeux ne savent plus te chercher

     

     

                           Dans le ciel le vol d’une hirondelle

                           A gravé le signe de la perte

                           Pour m’inciter à la défaite

                           Il n’y a pas de drapeau blanc

                           Et je crache au ciel

                           Bénédiction

                           Colère sainte

                           Je reprends

                           Mes yeux

                           Toi

                           Toi

                           Enfin

                           Sur le mur

                           En équilibre

                           Les bras grands ouverts

                           Lançant des éclairs de rire

                           Sur l’armée des hommes gris

                           Ton soleil brûle mes yeux

                           Dans mes veines le souffle du feu

                           Et voilà mon corps revêtu de joie

     

     

    Jean-Noël Cuénod


                                         ****     ****      *****

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  • Devant l’Etat islamiste, la Turquie jette son masque démocrate

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    Au début de son règne commencé en Turquie il y a onze ans, Recep Tayyip Erdogan (photo: avec le grand démocrate Ahmadinejad, ancien président iranien) devait inaugurer une nouvelle forme d’islamisme politique, à la fois conservateur dans les mœurs mais respectueux de l’Etat de droit et des principes démocratiques. Il voulait créer une sorte de parti démocrate musulman à l’instar des partis démocrates chrétiens européens. La Turquie allait, enfin, inventer le modèle de démocratie originale qui manquait tant aux pays musulmans.

      En tant que premier ministre, Erdogan a d’abord misé sur le processus d’entrée au sein de l’Union européenne. Des mesures ont été alors projetées pour permettre à la Turquie de s’insérer dans ce processus.

    Auparavant, l’armée était la garante de l’ordre constitutionnel et laïque. Pour Erdogan, il fallait se débarrasser de cet encombrant concurrent qui lui faisait de l’ombre. Dans ce but, il s’est appuyé sur l’Europe et le respect de la Convention européenne des droits de l’homme en utilisant habilement ces principes démocratiques pour enlever ses prérogatives à l’armée turque.

     

    Que les militaires soient écartés des leviers de commande politique, cela ne pouvait que réjouir les démocrates. Sauf qu’en Turquie, l’armée était aussi très attachée au respect de la laïcité inscrite dans la Constitution par le fondateur de la Turquie moderne Mustafa Kemal Atatürk. Or, Erdogan n’a eu de cesse de vider la laïcité turque de sa substance. En utilisant le masque démocrate, il s’est donc attaqué à cette laïcité qui l’empêchait de viser son but : remettre l’islam au centre de la politique, avec son auguste personne comme défenseur de la religion.

     

    Aujourd’hui, Erdogan a modifié la Constitution en donnant l’essentiel du pouvoir au président de la République ; il s’est installé dans cette fonction le 28 août dernier, porté par une forte majorité d’électeurs. Car force est de reconnaître que, pour l’instant, Erdogan est soutenu par une majorité de Turcs, surtout dans les campagnes où sa popularité est à son comble. Cela dit, il ne cesse d’agrandir son pouvoir personnel et musèle les médias. Le rapport du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), publié en février dernier, accuse la Turquie «d'être à la tête des pays ayant le plus grand nombre de journalistes incarcérés» (39 sont emprisonnés et 153 ont été blessés) pour la deuxième année consécutive. Parvenu au pouvoir par la voie électorale, Erdogan acceptera-t-il d’en être évincé de la même manière? Rien n’est moins sûr. Le pouvoir est une drogue. Le pouvoir absolu est un stupéfiant.

     

    Désormais, son masque de gentil démocrate ne lui sert plus à rien. La Turquie est la championne incontestée des violations de la Convention européennes des droits de l’homme, avec 2521 condamnations prononcée par la Cour de Strasbourg, loin devant l’Italie (1651 condamnations), puis la Russie (1262). Et la Turquie ne cherche guère à remédier à cette sinistre situation.

     

    L’attitude actuelle d’Erdogan face aux avancées de l’Etat islamiste au Kurdistan démontre aussi qu’il est prêt à s’entendre avec l’Etat islamiste sur le dos des Kurdes. Il les laisse se faire massacrer à Kobané, près de sa frontière syrienne, et empêche par la violence les Kurdes de Turquie d’aider leurs frères. Pire, dimanche et lundi, l’aviation turque a bombardé des positions du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), faisant d’Erdogan l’allié, au moins objectif, des égorgeurs de l’Etat islamiste.

     

    Lorsque la Turquie avait frappé à la porte de l’Europe en 1999, il était possible de parier sur une intégration qui aurait permis à ce pays de se développer dans la démocratie. Aujourd’hui, tout démontre l’inanité de cette position. Sur les trente-cinq chapitres de négociations entre ce pays et l’Union européenne, quatorze ont été ouverts et un seul a pu être terminé définitivement. A l’évidence, Erdogan utilise l’Europe quand cela entre dans ses desseins – par exemple, se débarrasser de l’armée pro-laïcité – et la rejette pour le reste.

    Autant prendre acte, clarifier les positions et abandonner ces négociations sans fin qui ne servent que de prétexte à un président turc dont la soif de pouvoir est inextinguible.

     

    Jean-Noël Cuénod

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  • Ségolène Royal jettera l'éponge en 2017: Le Plouc cause dans le poste

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    Le Plouc a participé dimanche à l'émission de Marc Fauvelle, Tous Politiques, sur France Inter, avec, pour Le Parisien - Aujourd'hui en France, Henri Vernet. La ministre de l'écologie annonce qu'elle renoncera à la politique active en 2017. Mais d'ici là, elle compte bien occuper le terrain. On lui fait confiance.

    Pour écouter l'émission, c'est ici.

     

    Jean-Noël Cuénod

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  • Le sang de la France et l’argent de Bruxelles

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     Bruxelles tord le nez devant le projet de budget du gouvernement français qui ne dégage pas assez de mesures d’économie. Paris a prévu de raboter ses dépenses budgétaires de 21 milliards d’euros. La Commission européenne laisse filtrer cette information : la France devrait encore jouer du rabot en trouvant 8 milliards supplémentaires. C’est que, voyez-vous, la France ne retrouvera ses 3% de déficit autorisés pour les pays de la zone euro qu’en 2017. Cela représente un retard de deux ans par rapport au plan de rabotage prévu.

     

    Ce projet de budget est, peut-être, mal ficellé ou trop timoré ou tout ce que l’on voudra. Mais, sciemment, Bruxelles ne prend pas en compte un paramètre important: l’Union européenne a délégué, de fait, sa défense armée à la France et, dans une moindre mesure, au Royaume-Uni.

    Chaque fois qu’il faut aller au casse-pipe pour défendre les intérêts de l’Europe – hier en Afghanistan, aujourd’hui au Mali, en Centrafrique, en Irak et demain, ailleurs – l’armée française est requise. Actuellement, 8000 de ses militaires sont expédiés loin des leurs pour se battre contre les milices djihadistes. Il ne faudrait pas oublier que c’est aussi pour nous – Suisses compris – qu’ils risquent leur peau. Depuis le 1er janvier 2009, 84 d’entre eux sont morts en «opérations extérieures» (opex).

     

    Ces «opex» ont aussi coût financier énorme. Pour la seule année 2014, le surcoût des opérations extérieures de l’armée française dépasse de 1,1 milliard d’euros la provision initiale (450 millions) prévue au budget. Et encore, l’envoi récent de l’aide aérienne fournie par la France en Irak n’a pas encore été comptabilisé.

     

    Les autres pays d’Europe, la Grande-Bretagne mise à part, laissent donc la France se débrouiller ou alors ne lui apportent qu’une aide chichement mesurée.

    La puissante Allemagne fournit surtout aux soldats français des batteries d’applaudissements et quelques pansements.

    Comme ses prédecesseurs, Angela Merkel avance l’argument classique du passé allemand pour ne pas envoyer la Bundeswehr se battre à l’étranger. L’explication se justifiait après la Seconde guerre. «Armer l’Allemagne, c’est donner un bonbon à la liqueur à un alcoolique», disait-on à l’époque. Mais aujourd’hui, une telle position ne tient pas la route. Les générations polluées par l’idéologie nazie ne sont plus en état de nuire à quiconque. La caste militaro-prussienne des porteurs de moustaches cirées a passé l’arme à gauche depuis bien longtemps. L’Allemagne est l’un des pays les moins atteints par les idéologies d’extrême-droite.

     

    Par conséquent, Berlin pourrait fort bien tenir son rôle sur les théâtres d’opérations extérieures. L’Allemagne n’entend pas le faire, surtout pour des raisons économiques, car elle devrait alors augmenter la capacité de la Bundeswehr, tant en personnel qu’en armement. On comprend qu’elle ne veuille pas se lancer dans cette coûteuse entreprise. Mais alors qu’elle se montre plus compréhensive vis-à-vis des écarts budgétaires français, puisque c’est son gouvernement qui donne le ton de la rigueur budgétaire à Bruxelles.

     

    Cette situation est malsaine à tous égards. Soit l’Union européenne continue à profiter de la présence militaire française dans les conflits extérieurs, mais alors elle doit rémunérer la prestation ainsi offerte. Soit, l’UE met sur pied sa propre armée et c’est elle qui va au combat. Mais comme cela fait depuis 1954 que l’on évoque cette fantômatique armada, ce n’est pas demain la veille qu’elle deviendra réalité.

    Les troupes françaises resteront donc pour l’Europe ce que les gardes suisses étaient pour le Royaume de France. A un détail près, les régiments helvètes se vendaient à fort bon prix[1].

     

    Jean-Noël Cuénod



    [1] On rapporte souvent cette anecdote. Louvois, ministre des finances de Louis XIV, devant les exigences des régiments helvètes, se serait ainsi adressé au roi: «Avec tout ce que lui ont coûté les Suisses, Votre Majesté aurait pu paver d'or une route de Versailles à Bâle.» A quoi aurait répliqué le lieutenant-général Pierre de Stupa : «Mais avec tout le sang que les Suisses ont versé au service de Votre Majesté, on aurait pu remplir un canal allant de Bâle à Versailles!»

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  • Contre l'Etat islamique, quelles sont nos valeurs?

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     Gagner une guerre sur le plan militaire ne sert à rien si on la perd politiquement. Au début des années 1960, l’armée française avait vaincu par les armes les indépendantistes algériens. Pour quel résultat? En 1962, l’indépendance de l’Algérie était proclamée et ses habitants d’origine européenne ont dû quitter leur terre natale dans des conditions particulièrement inconfortables.

    La France avait perdu la seule bataille décisive, celle du rapport de force moral, politique et idéologique. Alors que son armée – encore traumatisée par sa déroute face à la Wehrmacht en 1940 et à la perte de l’Indochine – se crispait sur ses acquis en Algérie, de Gaulle avait compris, lui, que cet ascendant militaire n’était que provisoire.

    Qu’elles étaient les valeurs défendues par la République? Perpétuer un régime colonial? Qui se battrait pour un tel motif? En France même, l’idée d’une poursuite des hostilités en Algérie a été vigoureusement rejetée par l’immense majorité des citoyens.

     

    Certes, la guerre d’Algérie a peu de points communs avec celle qui fait rage contre l’Etat islamique. Toutefois, la leçon principale du conflit franco-algérien demeure: qui abandonne le terrain des valeurs perd la guerre.

    Que nous jugions les valeurs de nos ennemis fausses, trompeuses, stupides, obscurantistes ou barbares importe peu; ce qui compte, c’est leur capacité de mobilisation.

    Or, force est de reconnaître que l’Etat islamique (EI) mobilise. Les divers services de renseignements occidentaux estiment le nombre de combattants d’EI entre 12 000 et 20 000, voire plus. Parmi eux, figurent 2000 à 3000 terroristes originaires des pays occidentaux dont 700 à 900 Français, quelque 400 Britanniques et 270 Allemands. La plus forte proportion en fonction de la population est atteinte par la Belgique qui compte 250 djihadistes pour 11 millions d’habitants (voir aussi la vidéo).

    La Suisse n’est pas épargnée. Le SRC (Service de renseignement de la Confédération) établit à 40 le nombre de djihadistes provenant du sol helvétique. C’est peu, surtout si on compare ce nombre avec les 800 volontaires suisses des Brigades internationales durant la Guerre d’Espagne (170 d’entre eux y laisseront leur vie). Mais le conflit actuel ne fait que commencer.

    Selon toute vraisemblance, l’Etat islamique augmentera encore le nombre de jeunes Occidentaux dans ses rangs. Ils y éprouveront l’exaltation des combats, la fraternité des armes, l’apaisement moral des rituels collectifs, le sentiment de se battre pour une cause qui dépasse les étroites limites des hommes et celui de donner sa vie pour un idéal au lieu de la perdre dans un monde dépourvu de sens.

     

    Et nous autres Occidentaux, au nom de quelles valeurs nous battons-nous? Pour la cause du pétrole qui va nourrir les bouchons routiers du week-end? Pour la survie du capitalisme financier qui n’a d’autre horizon que sa cupidité destructrice?

    Dans le cynisme déprimé et régressif qui est la marque de nos sociétés cacochymes, les idées qui, jadis, mobilisaient les énergies ne provoquent plus que des ricanements et des haussements d’épaules fourbues. En levant les yeux vers le ciel, nous ne voyons plus rien, pas même l’azur. En les baissant sur la terre, nous les détournons bien vite de peur de voir les cadavres d’immigrés clandestins venus d’Afrique pour s’échouer sur nos côtes. Plus rien ne nous touche, sinon nos petites peurs d’Harpagon sénile. Et c’est avec cet état d’esprit que l’Occident part en guerre contre l’Etat islamique? Eh bien il est plutôt mal barré !

     

     

    Si l’on ne compte que sur la force des armes, alors, à terme, nous perdrons. A quoi a-t-il servi de vaincre militairement les troupes de Saddam Hussein? A créer des monstres. Il faut donc se réapproprier ces valeurs qui ont permis à ceux qui nous ont précédé de vaincre l’adversité: le goût du pain partagé, le sentiment de faire corps, la main tendue vers le semblable et le dissemblable. Aujourd’hui, ces mots font rire les imbéciles.

    Mais on n’est pas forcé de les suivre. Le cynisme ne créée rien d’autres que des crampes d’estomac alors que la fraternité a permis aux hommes de surmonter tous les obstacles. Serons-nous capables de ce sursaut moral?

     

    Jean-Noël Cuénod

     

     

    ESPACE VIDEO

     

    Voici le témoignage d’un jeune chercheur belge qui a rencontré des djihadistes en Syrie.


    Un chercheur de la KUL a réalisé une thèse sur les jeunes djihadistes

  • DESTIN

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    Dans ce nid de poussière

    Que le courant d’air néglige

    Des lambeaux de souvenirs

    Viennent y pondre leurs œufs

     

    Il fait chaud dans la soupente

    Larme ou transpiration ?

     

    Peu importe c’est de l’eau

    Et c’est de l’air qu’il nous faut

     

    Ne pas mourir tout de suite

    Laisser le chant de la terre

    Dérouler tous ses refrains

    Nos comptes ne sont pas réglés

     

    Et les fumées du matin

    Cachent encore des mystères

     

    Nous respirons la poussière

    Comme l’univers aspire

    Ses planètes ses soleils

    Pour en faire des trous noirs

     

    Au ventre la lumière !

    Des astres courent en nous

     

    Quitter ce nid aux remugles

    Errer dans le soir qui tombe

    Sur un quai grouillant de rats

    Des grains de nuit rouleraient

    Entre les pavés luisants

    Des bateaux prêts à partir

    Balanceraient leur squelette

    En attendant notre assaut

     

    Jamais nous ne partirons

    Nous avons perdu la clef

    Les souvenirs monstrueux

    Ont fait des tas de petits

     

    Voilà notre air disputé

    Voilà notre peau bleuie

     

    Il n’y a jamais d’issue

    Il n’y a que des murailles

    A percer de nos mains nues

    Mousses de chair sur la pierre

     

    Les sarments de notre corps

    Témoigneront de l’effort

     

    Une vague d’espérance

    Roulera sur nos dos secs

    Il n’en restera rien

    Qu’un peu de sel à nos âmes

     

    Car nous n’avons pas fini

    De poursuivre l’invisible

     

    Brisant ses murs un à un

     

     

    Jean-Noël Cuénod

     

     

     

     

    Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ainsi que sur le site www.payot.ch ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

     

    - Circonstances

     

    - Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

     

    Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

     

     - Matriarche (Editions Editinter Paris)

     

    - Liens (Editions Editinter Paris)

     

    - Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

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  • Défilé de la Manif pour Tous et pour tous les fantasmes

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    Comme d’habitude en France, il sera impossible de savoir le nombre exact de participants à la mal nommée « Manif pour Tous », ce dimanche. Toujours aussi culottée comme une vieille pipe de curé, l’organisation des cathos annonce 500 000 porteuses de jupes plissées,  adeptes du loden et autres soutanes. La police, elle, dégonfle cette inflation à 70 000. Selon l’IPDP[1] les manifestants étaient nettement moins nombreux qu’en février dernier (100 000 personnes).

    Mais une chose demeure : la Manif pour Tous les Cathos est toujours fort bien organisée par les réseaux proches d'une Eglise romaine qui, en France,  se dégrade en porte-parole d’une communauté crispée sur son passé comme Harpagon sur sa cassette. Même si, apparemment, les prélats prennent leurs distances avec le mouvement qu'ils ont contribué à lancer. Le Primat des Gaules Philippe Barbarin ne s'est pas montré dimanche parmi les manifestants, alors qu'il paradait en tête des cortèges au début de l'année.

     

    Les slogans visent toujours à côté de la plaque : « non à la PMA », alors qu’elle ne figure même pas dans le programmes de François Hollande ; « halte à la théorie du genre », alors qu’elle n’est même pas enseignée. Mais pour ces gens-là, peu importe le réel ; seuls comptent les fantasmes.

    Et puis, il faut bien faire pression sur le futur candidat Sarkozy en exigeant qu’il se prononce pour l’abrogation du mariage homosexuel. Voilà « Revanchator » bien embêté. Visiblement, il n’en a rien à faire de cette histoire de mariage gay. Mais comme il doit récolter le maximum de punaises de sacristie pour tenter sa reconquête de l’Empire après son Waterloo de 2012, Nicoléon Sarkonaparte est bien contraint de leur donner des gages. D’où les phrases emberlificotées qu’il a prononcées, à ce propos, lors de son retour en politique.

    Si Sarkozy est élu en 2017, comment procèdera-t-il pour abroger le mariage homosexuel ? Que faire de tous les couples gays ou lesbiens qui ont convolé jusqu’alors en justes et légales noces ? Seront-ils divorcés de force ? Ou alors les laissera-t-on mariés en interdisant tous nouveaux mariages homosexuels ? Il s’en suivra une inégalité de traitement qui ne tiendra pas deux secondes devant la justice.

     

    Cette Manif pour Tous est devenu, en fait, le bras armé du catholicisme qui n’a accepté la République qu’à la faveur – si l’on dire ! – de la Première Guerre mondiale. Il sait faire patte de velours lorsque les circonstances lui sont adverses. Mais dès qu’il sent se lever un vent favorable, le voilà aux aguets pour reprendre son magistère moral et imposer son mode de vie qui ne doit rien au Christ et à Dieu mais tout à sa soif de domination sur les humains.

     Comme si l’Eternel se souciait de la façon dont nous nous comportons au lit ! Comme si le Christ allait signer des actes de mariage !

     

    L’Evangile ne nous demande pas d’autres choses que d’œuvrer contre les injustices que nous commettons chaque jour. Au lieu de chercher qui haïr au nom d’un Saigneur, cherchons qui aimer au nom de Celui que le pouvoir – tous les pouvoirs – crucifie.

     

     Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père (Jean 14,II). Il y a de la place pour tous. Pour les gays, les lesbiennes, les hétéros, les rejetés, les notables, les méprisés, les glorieux, les miséreux, les nantis, les noirs, les jaunes, les rouges, les blancs, les moins que rien, les plus que tout.

    Et il y en a aussi pour les cathos.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

    Et voici deux affiches parodiques de la Manif antimariage gay.

     

    ManifpourTous-Parodies-2014-01.jpg

     

     

     



    [1] Institut pifométrique du plouc

     

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  • Sarkozy, Hollande et les astres morts de la politique française

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    François Hollande 1.jpg

     

    Outre leur commun destin présidentiel, Nicolas Sarkozy et François Hollande partagent au moins un point commun : ils ont tous deux signés l’acte de décès de leur parti. Entendons-nous bien : ni l’un ni l’autre n’ont tué l’UMP et le PS. Ils n’en sont que les fossoyeurs.

     

    Il faut dire que tant à droite qu’à gauche, les acteurs politiques français ont toujours éprouvé de grandes difficultés à s’unir dans leur propre camp.

     

    Les différentes formes de socialisme, divisées en multiples chapelles révolutionnaires, républicaines, réformistes ont mis un quart de siècle à s’unir. Elles n’y sont parvenues qu’en 1905, alors que le Parti socialiste suisse avait été fondé en 1888 déjà et le SPD, en 1890. Quinze ans plus tard, cette unité a été brisée par le congrès de Tours. La majorité avait choisi la ligne dictée par Lénine et l’Internationale communiste, la minorité restant dans le giron du socialisme démocratique sous le nom de SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière). La SFIO a développé par la suite une rhétorique révolutionnaire en complet déphasage avec sa pratique réformiste, qui allait même au-delà du pragmatisme social-démocrate des autres partis européens en participant activement à une guerre colonialiste, celle d’Algérie dans les années 50.

     

     Ayant perdu toute crédibilité, la SFIO s’est effondrée à la fin des années 60. Un homme politique en mal de pouvoir, François Mitterrand, en a ramassé les morceaux pour créer en 1971 « son » Parti socialiste qu’il a transformé en écurie présidentielle. Sur le plan tactique, ce fut une réussite puisque Mitterrand est parvenu au sommet de l’Etat pour y rester 14 ans, un record qui ne sera jamais battu.

    Mais sans appui syndical, sans réseaux solides au sein des travailleurs, devenu une formation de permanents et d’élus, n’ayant pour tout horizon que la prochaine élection, ce parti – qui n’a de socialiste que le nom – était appelé à mourir lorsque les défaites électorales se sont accumulées. Comme avec la SFIO des années 50, l’écart entre le discours et la pratique est devenu trop grand pour que le PS mitterrandien reste une formation crédible aux yeux de la population.

    Le règne de François Hollande n’est que l’ultime étape vers le cimetière.

     

    A droite, la division règne aussi tout en prenant d’autres aspects. L’UMP n’était qu’un attelage ficelé en 2002 à la hâte pour les besoins électoraux de Jacques Chirac qui cherchait à se faire réélire à l’Elysée. Il a réuni deux des droites traditionnelles en France – selon la distinction opérée par l’historien René Rémond –d’une part la bonapartiste avec le RPR héritier des formations gaullistes et d’autre part, l’orléaniste avec l’UDF et ses nombreux réseaux du centre-droit.

    Sur le plan idéologique, ces deux droites sont difficilement conciliables. La bonapartiste reprend la tradition centralisatrice[1] et autoritaire de la France ; elle place l’Etat au centre de l’action politique. Elle est imperméable au « laisser faire » contrairement à l’orléaniste qui représente le courant libéral, proche des milieux d’affaire, et ne fait pas de l’Etat le nombril de la France.

     Mais ces divergences fondamentales ont été provisoirement passées au second plan par la victoire de Chirac en 2002. L’  « effet gamelle » est toujours aussi magique ; dès qu’il s’agit de se répartir postes, prébendes et apanages les grands principes passent à la trappe. Mais lorsque survient le temps des défaites, il ne reste plus grand chose à partager et les alliés se rappellent alors à quel point leurs divergences idéologiques étaient profondes. Ainsi, dès 2012, le centre-droit a quitté l’UMP pour créer l’UDI sous la férule de Jean-Louis Borloo.

     

    Avec le retour de Nicolas Sarkozy sur la scène politique, la division de la droite a pris une vitesse supérieure. « Revanchator » déclare « rassembler les Français » ; jusqu’à maintenant, il ne réussit qu’à diviser le couple Chirac ! Lundi, Bernadette prend fait et cause pour Sarkozy contre son rival à l’UMP Alain Juppé. Ce dernier, dès le lendemain, reçoit le soutien public de Jacques qui ne peut pas encadrer « Revanchator », à l’instar de sa fille Claude.

    Pour la présidence du Sénat, l’onction apportée par Nicolas Sarkozy à Jean-Pierre Raffarin a eu comme effet répulsif de convaincre la grande majorité des sénateurs UMP de choisir son adversaire Gérard Larcher. Même chez les députés UMP, l’Ex ne fait pas l’unanimité.  Selon la chaîne radio RTL, la moitié d’entre eux ne soutiendraient pas Nicolas Sarkozy dans sa conquête de la présidence de l’UMP.

    L’opinion publique n’est pas plus ravie par ce retour. En juillet, un sondage indiquait que 53% des personnes interrogées ne voulaient pas que Sarkozy retournât en politique. Après l’annonce de son retour, ce taux est monté à 56%. Seul les sympathisants de l’UMP le plébiscitent à 84%. Ce qui démontre que « Revanchator » n’est pas « Rassemblator ».

     

    Nicolas Sarkozy et François Hollande ne peuvent donc se départir de leur rôle d’entrepreneur de pompes funèbres ; l’un célébrant les funérailles de l’UMP, l’autre organisant celles du PS. En espérant qu’ils ne mettront pas la France au cercueil.

     

    Jean-Noël Cuénod



    [1] Certes, le général de Gaulle avait préconisé une certaine décentralisation lors de son référendum d’avril 1969. Toutefois les électeurs n’avaient pas répondu à la question posée mais à celle sur laquelle de Gaulle voulait vraiment qu’ils se prononçassent, à savoir : « Voulez-vous encore de moi comme président ? » Et la réponse fut : « non » entraînant la démission du général. C’était l’époque où la parole politique avait encore du poids.

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