28/09/2014

Marine Le Pen fait deux pas de plus vers la notabilité

 

images.jpgLe Sénat est à la France, ce que la Chambre des Lords est à la Grande Bretagne, une chambre parlementaire héritée de l’époque des diligences et des perruques poudrées. Une sorte de survivance du monde d’avant la démocratie.

En effet, le Sénat français n’a rien à voir avec le Sénat américain ou le Conseil des Etats suisse ; ses membres ne sont pas élus par le peuple mais par les grands électeurs, c’est-à-dire les parlementaires, les conseillers régionaux et généraux (départements) ainsi que les délégués des conseils municipaux. Il s’agit donc d’une assemblée de notables, élue par les notables et défendant les notables. C’est un entre-soi institutionnel.

Certes, de prime abord, son poids politique semble plus faible que celui de l’Assemblée nationale, élue au suffrage universel direct. Contrairement aux sénateurs, les députés disposent du pouvoir de renverser le gouvernement. Et en cas désaccord sur un projet de loi, c’est l’Assemblée nationale qui a le dernier mot, à la suite d’une « navette » entre les deux chambres.

Toutefois, on ne saurait négliger l’influence des sénateurs sur la vie politique française. Elle s’exerce de façon moins spectaculaire mais plus profonde, car les racines du Sénat plongent dans le terreau provincial et l’humus des collectivités locales.

 

Les parlementaires français tiennent souvent le rôle officieux d’intermédiaires entre leurs électeurs et l’administration, sorte de monstre protéiforme qui fige le citoyen dans l’angoisse dès qu’il met le doigt dans ses incompréhensibles engrenages. Les permanences des députés ou sénateurs sont pleines de quidams demandant tel passe-droit pour obtenir un permis de construire, tel piston pour que le petit dernier puisse entrer à la Poste. En Grèce, on appellerait cette pratique « clientélisme ». En France, on préfère parler de « présence sur le terrain ». C’est plus digne.

 

Or, à ce jeu-là, les sénateurs se montrent, en règle générale, plus efficaces que les députés. Elus des élus, ils connaissent souvent mieux que les députés les rouages de l’administration et savent à quelle porte frapper. Le sénateur a quelque chose de rassurant. Ce n’est pas lui qui va se pavaner devant les caméras. Il ne crève pas l’écran mais agit en coulisses.

 

Le Sénat se renouvelle par moitié tous les trois ans. Ce dimanche (28 septembre 2014), 179 sièges (sur 348) étaient remis en jeu et 87 000 grands électeurs, convoqués. Sans surprise, la gauche a perdu sa majorité sénatoriale, la droite UMP et le centre UDI l’a retrouvée après trois ans de purgatoire. Cette défaite des socialistes était inéluctable dans la mesure où ils ont perdu un nombre impressionnant d’élus locaux et, donc, de grands électeurs.

 

La seule surprise vient du Front national qui, pour la première fois, entre au Sénat. Les frontistes David Rachline (à droite sur la photo du bas), maire de Fréjus, et Stéphane Ravier (à gauche), maire du VIIe arrondissement de Marseille ont été élus. A gauche comme au centre-droit, la plupart des politiciens minimisent cette entrée de l’extrême-droite dans le Saint des Saints de la notabilité républicaine. Ils ont tort car ce succès marque une étape décisive vers la « dédiabolisation » du FN entreprise par Marine Le Pen.

 

Il s’est donc trouvé maints grands électeurs qui, bien que n’étant pas frontistes, n’ont pas hésité à voter pour l’extrême-droite. Il ne s’agit pas de citoyens peu au fait de la vie politique et qui mettent toute leur colère dans l’urne, mais de notables qui ont pignon sur rue. La porosité idéologique entre le Front national et les autres formations se vérifie une fois de plus. La « lepénisation des esprits » est un fait. Il y a quelques années, il aurait été inconcevable pour un élu local de voter en faveur d’un candidat frontiste. Aujourd’hui, un garde-fou est tombé.

 

Au Sénat, le duo lepéniste ne pourra guère bouleverser les votes. Mais ces deux jeunes élus vont découvrir de l’intérieur tous les rouages de la vie politique française, une connaissance qui manque cruellement aux frontistes. Les deux nouveaux sénateurs vont pouvoir combler cette grave lacune et parfaire la formation des cadres du FN.  Rachline et Ravier seront également en bonne place pour tisser ces réseaux d’influence qui font la force des sénateurs.

 

 Marine Le Pen vient donc de faire deux pas de plus vers la respectabilité et vers… le second tour de l’élection présidentielle en 2017.

 

 

Jean-Noël Cuénod 

 

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Commentaires

La classe politique française dans son ensemble, désire faire comprendre autour d'elle, que 2/348, ce n'est rien du tout, même pas mal.

Sauf que partout, en Europe, comme dans les campagnes françaises, on s'interroge.
En Hongrie, le Jobbik se réjouit de la réussite du Front National.
Comme dans tous les autres partis semblables en Europe.

Chacun attend désormais les élections dans leurs pays respectifs.

Pour une fois, le modèle français va être suivi.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 29/09/2014

Les socialistes donnent l'impression d'être des croulants.

Marine agit:

lieu mouvement énergie


Le pensant ou non Marine évoque les valeurs selon lesquelles on établit une civilisation pérenne. En trois mots: sens de l'autre.

Pour le reste, comme pour les sénateurs, les COULISSES.

N'y sommes point conviés.

N'est-il pas temps, Réalités en Blogosphère, de songer à la formation d'agents (ou espions)! déguisés en fines mouches (et bouches, bonjour caviar et petits fours) pour se dissimuler derrière rideaux, décorations, stèles et autres moulures du Sénat?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 29/09/2014

Monsieur Cuénod. Il faut commencer par le commencement. La France n'a jamais été une démocratie. L'aristocratie monarchique a été remplacée par une aristocratie politique et financière: avec quelques coupures comme l'épopée Napoléonienne. Que croyez-vous que souhaite notre Sarkonaparte 1er (rejeton de bourgeois hongrois alliés d'Adolf Hitler): Vivre à Versailles avec sa Pompadour. Les français deviennent tellement nuls, qu'ils pourraient exhausser son voeu. Voyez à quel point nos médias lèchent les culs de toutes les monarchies restantes de l'Europe. On constate aussi que nos CRS ressemblent de plus en plus aux SS de 1940... Malheureusement, comme je l'ai maintes fois expliqué; Pour que ça change, il faut que ce soit ceux et celles qui profitent le plus du système pourri actuel, qui demandent le changement. Donc, il ne faut pas rêver; cela ne s'obtiendra que par la force. Le FN fait beaucoup de bla bla bla, mais une fois, confortablement installé dans la place et profitant de tous ces privilèges, il fera comme les autres...Nous devons, absolument tout revoir et trouver des gens sincères, compétents et surtout désintessés pour le faire. Il n'y en a aucun dans la classe politique française actuelle. Peut-être devrions-nous les importer de Suisse ou d'ailleurs (En contrat à durée déterminée)...

Écrit par : Jean-Claude Meslin | 29/09/2014

74 % des Français ont peur et ne font pas confiance aux musulmans et à l'islam.

Donc, tous les français ne sont pas des crétins, cette façon de penser situe l'auteur du commentaire.
Le temps que nos idiots-utiles esquivent ce très grave problème, ajouté à celui des privilèges des fonctionnaires et des banquiers, la politique pro-musulmane des industriels remplaçant les Français par de bons musulmans, la mauvaise gestion de nos institutions et des organismes sociaux, l'immigration à tout va, Marine Lepen continuera son bonhomme de chemin vers le pouvoir. Est-ce bien est-ce mal?

Vu l'état lamentable des idéologies des gauches comprenant les écolos cocos, il ne faudra pas s'étonner.

En 2017, la gauche et la droite devront faire alliance pour les mêmes promesses, la même politique, les mêmes comportements mais d'ici là, le monde aura explosé, au proche orient et en Ukraine qui sait?

Écrit par : Pierre NOËL | 30/09/2014

Des « mini Etats islamiques » en France (Vidéo/télévision suisse)

Dans le journal télévisé de de la Radio Télévision Suisse francophone, l’état véritable des banlieues française est beaucoup moins soumise à la langue de bois.
La propagande de l’Etat islamique autoproclamé est une arme redoutable. Elle fonctionne d’autant mieux qu’elle trouve un écho aussi dans certains pays d’Europe. Reportage de la Radio Télévision Suisse.
Vous avez des territoires en France comme à Roubaix, comme les quartiers nord de Marseille où la police de met plus les pieds, l’autorité de l’Etat est complètement absente, et donc on a des mini Etats islamiques qui se sont constitués. (Fabrice Balanche, université de Lyon 2).


https://www.youtube.com/watch?v=C3BkUX1O4b0

Écrit par : Corto | 30/09/2014

Pierre Noël, donc c'est bien ce dit la marine nationale, c'est qu'il y a 26% de musulmans en France !

Écrit par : Corto | 30/09/2014

Je ne sais ce que dit Marine Lepen, mais le calcul est faux. La différence entre 100 % et 76 % n'indique pas le nombre de musulmans....
Cela dit, nul ne sait si c'est 5 millions, six ou sept. Nos fonctionnaires ne fonctionnent pas très bien, à l'image de nos politiciens.

Écrit par : Pierre NOËL | 30/09/2014

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